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Yōkai célèbres | Les figures emblématiques du folklore japonais

Oni, kappa, tengu, Yuki-onna : les créatures japonaises dont le nom traverse les époques

Yōkai célèbres |
Les figures emblématiques du folklore japonais

54 yokai

L’essentiel

Parmi les yōkai les plus célèbres du Japon figurent les oni, les kappa, les tengu, le renard à neuf queues, Yuki-onna, Zashiki-warashi, Rokurokubi et Nurarihyon. Cette sélection n’est pas un classement de popularité : elle présente des figures emblématiques dont le nom s’est diffusé par les textes classiques, les traditions régionales, l’imagerie des yōkai et la culture moderne.

Quels sont les yōkai les plus célèbres du Japon ?

Lorsqu’on évoque les yōkai les plus célèbres du Japon, les oni, les kappa, les tengu, le renard à neuf queues, Yuki-onna ou Zashiki-warashi viennent aussitôt à l’esprit. Ils ne forment pourtant ni une espèce unique, ni un ensemble né à la même époque ou dans une même région. L’oni change de visage au gré des religions, des récits et des fêtes calendaires ; le kappa et le tengu portent des noms et des caractères différents selon les territoires ; Yuki-onna appartient aux paysages et aux modes de vie des pays de neige. Un ouvrage de référence comme la *Grande encyclopédie des yōkai du Japon* montre que chacun de ces êtres possède ses propres sources, ses lieux et son histoire.

Cette sélection ne cherche donc pas à convertir la notoriété en classement chiffré. Elle retient des yōkai et des phénomènes étranges devenus emblématiques parce qu’ils ont été transmis pendant des siècles, déclinés dans plusieurs régions, dotés d’une silhouette mémorable par les rouleaux et les recueils illustrés, puis partagés avec de nouvelles générations par le manga, l’animation, le cinéma, les histoires d’école ou Internet. Sous un même nom, l’apparence et le comportement changent souvent d’un lieu à l’autre. Les variantes recensées dans la base de données des traditions liées aux phénomènes étranges et aux yōkai du Centre international de recherche sur la culture japonaise sont précisément l’une des richesses de cette culture.

Oni, kappa et tengu : les grands classiques

La présence des oni, des kappa et des tengu dépasse largement un livre ou une région. Selon les récits, l’oni devient bourreau de l’enfer, étranger des montagnes, monstre à abattre ou calamité chassée à Setsubun. Le kappa donne une forme humanoïde aux dangers des rivières et des gouffres ; le tengu réunit la puissance sacrée des montagnes, l’orgueil du pratiquant bouddhiste et le pouvoir de voler. Aucun ne répond à une définition immuable : leur visage familier est le résultat de traditions locales accumulées au fil du temps.

Yuki-onna et Zashiki-warashi ont elles aussi gagné une renommée nationale à partir de lieux proches du quotidien : la neige et la maison. Les *Récits de Tōno* de Yanagita Kunio consignent notamment des histoires de kappa et de Zashiki-warashi, et montrent comment des récits profondément ancrés dans une région ont circulé par l’écrit. Rokurokubi se reconnaît immédiatement à son cou qui s’allonge, tandis que l’image de Nurarihyon n’a cessé d’évoluer au fil des peintures, des encyclopédies illustrées et des œuvres plus récentes.

Une silhouette reconnaissable : ce que les images ont fixé

Pouvoir imaginer un yōkai dès que son nom est prononcé contribue puissamment à sa célébrité. Karakasa-kozō est un parapluie à une jambe, pourvu d’un œil et d’une langue ; Nopperabō présente un visage entièrement lisse ; Nekomata est un vieux chat devenu surnaturel ; Wanyūdō fait apparaître une tête humaine au centre d’une roue en feu. Une silhouette qui tient en quelques mots passe facilement du livre illustré au jouet, à la scène ou à l’écran, et demeure ainsi dans la mémoire de plusieurs générations.

À l’époque d’Edo, des recueils comme le *Gazu hyakki yagyō* de Toriyama Sekien ont popularisé le plaisir d’associer un nom et une image à chaque phénomène étrange. Rouleaux antérieurs, traditions orales et inventions des peintres se sont superposés : même Mokumokuren ou Akaname, tapis dans les interstices du quotidien, sont devenus des êtres que l’on apprend à reconnaître d’un regard. Tsukumogami ne désigne pas un yōkai particulier, mais l’idée plus vaste selon laquelle les objets anciens peuvent acquérir une présence spirituelle ; ce concept offre une porte d’entrée vers les yōkai liés aux objets, comme Karakasa-kozō.

Shuten-dōji, Tamamo-no-Mae et Ōtakemaru : les grands yōkai de légende

Shuten-dōji, Tamamo-no-Mae, Ōtakemaru, Nue et Tsuchigumo ne doivent pas seulement leur renommée à une apparence saisissante. Chacun porte un long récit où interviennent guerriers, spécialistes de l’onmyōdō, cour impériale, cultes montagnards et combats contre les monstres. Dans le *Ōeyama ekotoba*, consacré à Shuten-dōji, le palais des oni au cœur de la montagne et le stratagème de Minamoto no Yorimitsu prennent l’ampleur d’une véritable épopée. Tamamo-no-Mae unit la beauté d’une dame de cour au renard à neuf queues ; Nue exprime l’effroi de l’inconnaissable par une voix sans origine visible et un corps composé de plusieurs animaux.

Ushi-oni et Umibōzu incarnent sous une forme gigantesque des espaces où l’être humain perd la maîtrise : rivages, gouffres et mer nocturne. Gashadokuro, en revanche, n’est pas un yōkai transmis depuis l’Antiquité sous ce nom. La silhouette actuelle du squelette géant s’est constituée dans les médias consacrés à l’étrange au milieu de l’ère Shōwa, avant d’être rapprochée d’une estampe d’Utagawa Kuniyoshi. L’histoire retracée par les recherches sur les articles fantastiques des magazines pour la jeunesse et leurs sources rappelle que la célébrité d’un yōkai peut mêler traditions anciennes et créations modernes.

Montagnes, maisons et rivages : des yōkai ancrés dans leur territoire

Yamanba réunit les menaces et les bienfaits de la montagne ; Ubume évoque l’accouchement et la mort ; Jorōgumo associe araignée, cascade et bassin profond ; Nure-onna donne un visage presque humain aux périls du rivage. Inugami porte les croyances et les craintes attachées à la maison et à la lignée, tandis que Kamaitachi attribue au vent les coupures apparues soudainement. Kodama fait entendre la voix de la forêt et la présence spirituelle des vieux arbres ; Makura-gaeshi donne une forme aux petites anomalies qui surviennent pendant le sommeil.

Ces yōkai ne présentent pas partout le même aspect. Selon les régions, Ubume est l’esprit d’une femme morte en couches ou une figure protectrice des enfants. L’aire de diffusion d’Inugami, le caractère de Yamanba et le corps même de Nure-onna varient eux aussi. Plus un nom devient célèbre, plus il tend à être réduit à une image standard ; la comparaison des traditions divergentes conservées dans les différentes régions révèle au contraire que leur richesse tient précisément à ces écarts locaux.

Sons, présences et gestes : quand quelques traits suffisent

Un yōkai n’a pas besoin d’un grand récit de combat pour s’imposer dans la mémoire. Azuki-arai fait entendre le bruit de haricots azuki lavés au bord de l’eau ; Betobeto-san suit le voyageur sur une route obscure sans révéler autre chose que ses pas. Mikoshi-nyūdō et Ōnyūdō grandissent à mesure qu’on lève les yeux ; Hitotsume-kozō surprend par la simplicité d’un jeune moine doté d’un seul œil. Tōfu-kozō se contente de porter un plateau de tofu : son étrangeté amusante l’emporte largement sur le danger.

Kasha enlève les cadavres au cours des funérailles, tandis que Funa-yūrei réclame une louche pour remplir d’eau le bateau de sa victime. Ces histoires brèves réunissent en quelques traits le lieu de la rencontre, l’action du yōkai et, parfois, le moyen de lui échapper. Leur force ne tient pas à la longueur du récit, mais à la netteté avec laquelle un nom, un son, une silhouette et un geste composent une scène inoubliable.

Du récit local à une renommée nationale

Ittan-momen, Konaki-jiji, Sunakake-baba et Nurikabe possèdent chacun des traditions locales ou des témoignages recueillis sur le terrain. À partir du XXe siècle, encyclopédies de yōkai, mangas et dessins animés leur ont donné une apparence partagée bien au-delà de leur région d’origine. Hakutaku, Raijū et Kudan, pourtant attestés par des textes ou des images plus anciens, deviennent à leur tour des yōkai familiers pour chaque nouvelle génération lorsqu’une exposition, un livre, une vidéo ou Internet les remet en lumière. Les multiples sources et variantes rassemblées dans les grandes encyclopédies consacrées aux yōkai montrent que leur notoriété actuelle repose sur une longue chaîne de documents et de réinterprétations.

Shiranuhi et Hitodama ne sont pas tant des créatures matérielles que des phénomènes lumineux auxquels la nuit a donné un nom et un sens. Amabie, elle, n’est attestée que par un kawaraban de 1846 : l’être serait sorti de la mer à Higo, aurait prédit une épidémie et demandé que l’on reproduise son portrait. Même lorsqu’il ne subsiste qu’une trace, un nom peut connaître une nouvelle diffusion s’il est redécouvert et rattaché aux préoccupations d’une autre époque.

De Kuchisake-onna à Hachishaku-sama : des légendes urbaines modernes

Les yōkai n’appartiennent pas seulement aux textes anciens. À la fin des années 1970, la rumeur de Kuchisake-onna, la femme à la bouche fendue, s’est propagée d’une région à l’autre parmi les enfants, jusqu’à être relayée par les hebdomadaires de l’époque. Teketeke et d’autres récits situés dans les écoles ou près des voies ferrées ont continué de circuler grâce à des recueils de traditions contemporaines comme *Les histoires de fantômes à l’école* de Tsunemitsu Tōru. Sans chronique ancienne ni rouleau peint, ces phénomènes acquièrent une forme commune lorsque le cadre de la peur et la manière d’y répondre passent de bouche en bouche.

Hachishaku-sama, la femme haute de huit shaku, s’est fait connaître à partir d’un message anonyme publié sur un forum en 2008. Kunekune s’est lui aussi diffusé au gré des copies et des reprises des premières histoires d’horreur du Web. Ces archives de publications anonymes en ligne témoignent d’un mode de transmission propre à Internet, très différent des classiques dont l’auteur ou le lieu est identifié. Il ne faut pas leur attribuer la même origine qu’aux yōkai anciens ; le mécanisme par lequel les détails changent à chaque récit tandis que le nom survit prolonge toutefois celui de la tradition orale.

Derrière la célébrité : retrouver les lieux et les sources

Plus un yōkai est connu, plus son image familière risque de masquer la diversité des lieux, des noms anciens, des peurs, des croyances et des réinterprétations qui l’ont façonné. Ouvrir la fiche d’un être qui intrigue, puis remonter jusqu’au moment, au lieu et aux personnes qui l’ont raconté, transforme une simple liste de personnages célèbres en une histoire culturelle : celle des façons dont les habitants du Japon ont pensé la nature, la mort, la famille et les changements de la société.

Cette sélection réunit des figures représentatives. Pour parcourir le catalogue sans critère particulier, consultez l’Encyclopédie des yōkai. Pour découvrir la popularité actuelle fondée sur les votes, ouvrez le Classement des yōkai.

Mis à jour: 16/07/2026
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Yokai inclus

54 yokai sont inclus

Ces yokai ont aussi des cartes artistiques

158 cartes — ukiyo-e, Japon moderne…

Oni

Oni

Légendaire

o-ni

Oni (image traditionnelle)

Oni et créatures gigantesquesKyoto

Le mot oni désigne l’une des grandes familles de créatures inquiétantes du Japon. On les représente généralement avec des cornes, des crocs et un pagne en peau de tigre. Leur nom est parfois rattaché à un ancien terme signifiant « caché » ou « invisible » : à l’origine, il aurait pu désigner des influences néfastes ou des esprits des morts dépourvus de forme. Avec l’arrivée du bouddhisme, cette figure s’est mêlée à celles de Gozu et Mezu, bourreaux des enfers, ainsi qu’aux yaksha et aux rakshasa. L’onmyōdō y a ajouté l’idée du nord-est, le kimon, ou « porte des oni », correspondant aux directions du Bœuf et du Tigre ; de là viendraient les cornes bovines et la peau de tigre de l’image devenue classique. Bourreau infernal, fléau chassé à Setsubun ou grand ravisseur des montagnes à la manière de Shuten-dōji, l’oni peut inspirer aussi bien la terreur que la crainte respectueuse.

Kappa

Kappa

Légendaire

KA-pa

L’esprit fluvial à la coupelle – Kappa

Esprits des eauxKumamotoFukuoka

Le kappa compte parmi les plus célèbres de tous les yokai japonais. On le dit installé partout où il y a de l’eau : rivières, étangs comme marécages. Il a la taille d’un enfant de quatre ou cinq ans, porte au sommet du crâne une coupelle (sara) emplie d’eau, une carapace sur le dos, un bec en guise de bouche, et des mains et des pieds palmés. Son corps tire sur le vert ou le rouge, et on lui prête parfois une odeur de poisson. Cette coupelle est la source même de sa force : si l’eau vient à se renverser ou à sécher, on croit que le kappa perd aussitôt toute sa puissance. De là vient la ruse bien connue qui consiste à saluer profondément un kappa pour que, lui rendant la politesse, il déverse l’eau de sa coupelle et puisse être capturé. Le kappa a deux visages. L’un est redoutable : il entraîne hommes et chevaux au fond de l’eau et leur ôte la vie. L’autre est scrupuleux : il tient parole avec rigueur, raffole de sumo, et transmet parfois de merveilleux remèdes pour ressouder les os. Présent dans tout le pays, il y porte plus de quatre-vingts noms régionaux : Garappa, Medochi, Enko, Hyosube, et bien d’autres. Parmi tous les yokai du Japon, rares sont ceux qui plongent des racines aussi profondes dans la vie locale.

Tengu

Tengu

Légendaire

Tengu

Qu'est-ce qu'un tengu ? Un aperçu des types et de l'iconographie

Esprits des monts et des terres sauvagesKyotoShiga

Le tengu est un yokai et un être quasi divin que l'on dit habiter les montagnes du Japon, un seigneur des hauteurs inséparablement lié aux ascètes yamabushi du Shugendō. Ses formes se répartissent largement en deux lignées. L'une est le tengu au long nez, au visage rougeaud et au nez haut, vêtu de l'habit de l'ascète de montagne, portant un éventail de plumes et de hautes socques à une dent ; l'autre est le tengu-corbeau, au bec et aux ailes de corbeau, sous lesquels suivent des parents inférieurs tels que le tengu-feuille et le tengu-copeau. Ce qui fut jadis conçu comme un oiseau pareil à un milan se durcit, au cours du Moyen Âge, en l'image de l'ascète de montagne au long nez. Le tengu est à la fois un démon qui entrave la Loi bouddhique et, une fois soumis, une divinité gardienne qui la protège — cette double nature est l'essence du tengu. La notion qu'un grand moine arrogant choit et devient tengu fut liée à la « voie du tengu » bouddhique, et dépeinte en satire dans les rouleaux peints de la fin de Kamakura. Au sein du culte des montagnes, en revanche, le tengu était révéré comme gardien de la montagne et maître des arts martiaux et magiques, un être qui éprouve ou guide le pratiquant. Du mont Kurama et du mont Atago à Kyoto en partant, chacune des montagnes sacrées du royaume était dite avoir son propre grand tengu, et le Sutra des Tengu de l'époque pré-moderne en compte le nombre à quarante-huit.

Renard à neuf queues

Renard à neuf queues

Légendaire

Kyubi no Kitsune

Renard à neuf queues au visage blanc et au pelage doré

Animal métamorpheKyotoTochigi

Le renard à neuf queues est un esprit-renard qui aurait vécu si longtemps et accumulé une telle puissance que sa queue se serait divisée en neuf. Mais son nom ne désigne pas seulement un renard doté de nombreuses queues. Dans l'imaginaire japonais des yokai, il est la plus vaste figure du renard: il relie le culte du renard, la foi d'Inari, la possession par les renards, les récits de beautés qui ébranlent le pouvoir, et la grande ligne narrative allant de Tamamo-no-Mae à la pierre meurtrière Sesshoseki. Son origine renvoie à la Chine ancienne. Dans le Nanshan jing du Shanhai jing, le mont Qingqiu abrite une bête semblable à un renard, pourvue de neuf queues, poussant un cri d'enfant et dévorant les humains. Ce renard est monstrueux; pourtant, dans la Chine ancienne, le renard à neuf queues pouvait aussi être un animal de bon augure, signe d'un âge pacifié. Les textes chinois et japonais ultérieurs ont superposé le renard faste et le renard qui égare, faisant du renard à neuf queues à la fois une bête sacrée et un esprit capable de perdre un royaume. Au Japon, les traditions du renard se sont déployées dans deux directions. D'un côté se trouve le renard blanc, messager d'Inari, protecteur des champs, du commerce et de la prospérité domestique. Selon Fushimi Inari Taisha, Inari serait descendu sur le mont Inari en 711; la foi d'Inari s'étend aujourd'hui à quelque trente mille sanctuaires dans tout le pays. De l'autre côté se trouvent les renards sauvages et les esprits possesseurs qui trompent les humains, s'attachent aux maisons ou dominent un terroir: yako, kuda-gitsune, osaki, izuna et d'autres encore. Le renard à neuf queues se tient entre ces deux pôles. Il possède la noblesse presque divine du renard blanc, mais aussi le danger de pénétrer la société humaine de l'intérieur et d'en ébranler le pouvoir. Au Japon, ce sont surtout les récits de Tamamo-no-Mae et de la Sesshoseki qui ont fixé son image. Tamamo-no-Mae est une beauté sans égale aimée de l'empereur retiré Toba; découverte comme renarde, elle fuit vers Nasu, est tuée, puis devient une pierre venimeuse. Ces trois noms sont liés, mais ne sont pas synonymes. Le renard à neuf queues est la vraie forme; Tamamo-no-Mae est l'incarnation de cour; la Sesshoseki est ce qui reste après la mort. Une fois ces étapes jointes, le renard n'est plus seulement un animal qui dupe les hommes. Il devient un grand esprit-renard portant la beauté, l'intelligence, la politique, la mort et l'apaisement rituel.

Yuki-onna

Yuki-onna

Légendaire

ゆきおんな

La yuki-onna des paysages de neige et des récits divergents

Phénomènes naturels et esprits de la natureNiigataTokyo

La yuki-onna est une apparition féminine qui surgit dans les nuits de neige, les chemins de montagne pris par le blizzard et les villages ensevelis sous le blanc. On connaît bien la jeune beauté vêtue de blanc qui glace les humains de son souffle, mais cette image ne suffit pas à la définir. À Tateshina, dans la préfecture de Nagano, on racontait une « femme-esprit de la neige accumulée » qui ne faisait aucun mal et qui, la nuit, couchait au-dessus d’un ravin un grand arbre abattu pour en faire un pont. Un témoignage de Niigata évoque au contraire une femme qui laisse dans la neige nocturne des empreintes ponctuées de sang et tue ceux qu’elle rencontre. En Akita, c’est une femme au visage lisse et sans relief ; à Shōwa, dans la préfecture de Gunma, elle sert de menace pour faire dormir les enfants qui pleurent ou refusent de dormir ; à Wakasa, dans la préfecture de Tottori, c’est une femme blanche qui paraît portée par les fortes chutes de neige. Sous un même nom voisinent ainsi un esprit secourable, une rencontre meurtrière, une formule pour endormir les enfants et une silhouette à peine aperçue. L’histoire du nom commence dans le haïkaï, avant les recueils de récits étranges. L’un des premiers exemples imprimés dont l’année est établie se trouve dans Takatsukuba, compilé par Yamamoto Seibu et publié en 1642 ; les recueils Kebukigusa, Yamanoui, Konzan-shū et Masuyamai emploient ensuite à leur tour « yuki-onna ». La comparaison d’une blancheur ou d’une forme neigeuse à une femme a d’abord nourri l’esprit du haïkaï, avant de désigner plus nettement une présence surnaturelle. Le cinquième livre de Sōgi shokoku monogatari, paru en 1685, décrit en Echigo une jeune femme blanche d’environ un jō, debout près de bambous. Son visage, ses cheveux, sa peau et même son kimono sans doublure paraissent translucides de blancheur ; un compagnon explique qu’elle est un esprit de la neige ayant pris forme humaine. Malgré le nom de Sōgi dans le titre, ce texte n’est pas le récit de voyage d’un maître de renga du XVe siècle : c’est un kana-zōshi de 1685 qui emprunte la figure du voyageur pour raconter les merveilles des provinces. Le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi (1737) et le Gazu hyakki yagyō de Toriyama Sekien (1776) ont placé la yuki-onna dans l’image comme un yōkai nommé parmi d’autres. Chez Sekien, la planche ne porte que son nom : elle ne dit rien d’un souffle qui gèle, d’une séduction des hommes ou d’une faiblesse face au feu. Les images de yōkai ont rendu sa silhouette plus facile à partager, sans lui attribuer d’un seul coup tous les récits apparus plus tard. L’histoire aujourd’hui la plus représentative est « Yuki-Onna », publiée par Lafcadio Hearn dans Kwaidan en 1904. Dans une cabane de passeur battue par la tempête, la yuki-onna tue de son souffle blanc le vieux bûcheron Mosaku, épargne le jeune Minokichi et lui ordonne de garder le silence. L’hiver suivant, elle reparaît sous les traits d’une voyageuse, O-Yuki, devient son épouse et élève dix enfants avec lui. Quand Minokichi raconte la nuit interdite, elle révèle son identité ; mais, pour leurs enfants, elle lui laisse la vie et s’en va sous forme de brume blanche. Mariage, secret, tendresse maternelle, promesse rompue et séparation ont donné à l’O-Yuki de Hearn une force singulière ; ils ne caractérisent pas toutes les yuki-onna recueillies au Japon. La force du nom « yuki-onna » tient à ce qu’il ne se ferme pas sur un seul scénario. La neige efface les chemins, absorbe les sons et change les distances comme les contours. Selon les lieux et les époques, on y a vu une jeune femme, une mère, un visage immense ou une ombre mouvante. C’est l’ensemble de ces formes superposées qui compose la yuki-onna.

Zashiki-warashi

Zashiki-warashi

Légendaire

zashiki-warashi

Le zashiki-warashi des maisons du Tōhoku

Mi-Humain / Mi-YokaiIwateAomori

Le zashiki-warashi est une présence surnaturelle, parfois considérée comme une divinité, dont les récits situent la demeure dans les vieilles maisons du Tōhoku, surtout en Iwate. On le décrit souvent sous l’apparence d’un enfant, sans que cette apparence soit uniforme. Dans le récit 17 des Contes de Tōno de Kunio Yanagita, il apparaît comme un garçon de douze ou treize ans ; le même récit évoque aussi une présence qui ne se montre pas, mais se signale par le froissement du papier dans la pièce voisine ou par un reniflement. Le récit 18 parle de deux jeunes filles, tandis que des témoignages locaux plus tardifs mentionnent un enfant vêtu d’un petit kimono rouge, une vieille femme, un vieillard ou même une longue main seule. Le lien du zashiki-warashi avec la prospérité ou le déclin d’une maison est également essentiel. Les Contes de Tōno l’appellent un « dieu » et rapportent que la maison où il réside connaît richesse et bonheur. D’autres récits racontent qu’après son départ, la fortune du foyer décline. Il ne s’agit toutefois pas d’un personnage dont le tempérament capricieux le conduirait toujours à punir les habitants. Ces récits populaires superposent plutôt la sensation d’une présence autre qu’humaine au sein de la maison et les vicissitudes de celle-ci. Le nom « zashiki-warashi » semble moins désigner un être unique qu’un terme réunissant des phénomènes étranges racontés à l’intérieur du foyer. Les lieux concernés ne se limitent pas au zashiki, la pièce de réception : ils peuvent être l’entrepôt, l’arrière-cuisine, le sol en terre battue ou le dessous du plancher, autant d’espaces situés aux frontières de la vie quotidienne et de la maison. La présence peut être aperçue, mais aussi n’être connue que par un bruit, une impression d’oppression ou une ombre inhabituelle. L’enfant en est une figure représentative importante, non une image unique qui effacerait la diversité des récits. Les enquêtes recueillies par Kizen Sasaki ne réduisent pas le zashiki-warashi à un simple « enfant qui apporte le bonheur ». Elles rassemblent des récits distincts liés au zashiki, à l’entrepôt, à l’arrière-cuisine ou au-dessous du plancher, ainsi que des appellations variables selon les régions. Certains témoignages envisagent un rapport avec la mort d’enfants ou l’infanticide sélectif, mais Sasaki l’examine comme l’une des questions à comparer et ne l’affirme pas comme l’origine de tous les zashiki-warashi. Le terme recouvre ainsi un ensemble vaste et divers : l’impression qu’il y a quelqu’un de plus dans la maison, transmise à travers les souvenirs locaux et les récits sur le destin des foyers.

Rokurokubi

Rokurokubi

Légendaire

ろくろくび

Rokurokubi des textes d’Edo et des récits de têtes volantes

Humain-Yōkai / Mi-humain Mi-yōkaiFukuiKumamoto

Le rokurokubi est connu comme un yōkai dont le cou s’allonge anormalement la nuit. Mais les livres anciens, lus dans l’ordre des dates, ne dessinent pas une figure unique. Sous ce même nom se rassemblent des êtres proches du nukekubi, dont la tête se détache et vole, des femmes qui ne vivent l’événement que comme un rêve, des têtes reliées au corps par un fil ténu et des cous qui s’étirent librement. La plus ancienne forme attestée pourrait être « rokurokubi », relevée dans le second livre du recueil de haïkaï Takatsukuba ; le Nihon kokugo daijiten en donne un exemple daté de 1638. C’est la date retenue par ce dictionnaire. Des notices conservées datent toutefois l’ouvrage de 1642 : il faudrait revoir l’exemplaire original avant d’y voir une première attestation absolue. Le Shōshō senku de 1648 emploie « Rokurokubi » et un récit de 1677 porte le titre « Rokurokubi de Fuchū, en province d’Echizen ». Le nom se répand donc entre le milieu et la fin du XVIIe siècle. Dans Sorori monogatari, situé en Echizen, un homme rencontre sur une route nocturne une tête de femme, la poursuit jusqu’à une maison, tandis que la femme endormie raconte avoir rêvé qu’un homme la poursuivait. Elle rougit de ses pensées errantes et entre dans la voie bouddhique, mais le texte ne dit pas que la jalousie l’aurait changée en monstre. L’étrangeté tient ici à un cœur ou une âme qui semble quitter le corps endormi. Dans le Soushen ji chinois, une femme du peuple luotou voit sa tête voler la nuit et revenir à l’aube. Le Feitou liaozǐ du Youyang zazu porte un cercle rouge semblable à un fil au cou, vole avec des ailes et mange crabes et vers de terre. Ces récits ressemblent aux formes japonaises à tête détachée, mais ils ne prouvent pas qu’une tradition chinoise se soit simplement transformée en yōkai japonais. Au Japon, savoir des classiques chinois, histoires de fantômes, livres illustrés et livrets satiriques ont contribué ensemble à former plusieurs images du rokurokubi. Le Hyakkai zukan de 1737 dessine un « nukekubi », et Toriyama Sekien donne en 1776 la lecture « rokurokubi » au Hitōban de son Gazu hyakki yagyō. Son image relie par un fil fin le corps d’une femme endormie et sa tête flottante. Une étude propose que cette ligne a fini par être représentée comme un cou allongé. En 1788, Kyōden fait même étirer le cou d’une amoureuse d’Edo jusqu’au Kamigata, sur un mode comique. Le « Rokuro-Kubi » que Lafcadio Hearn publie dans Kwaidan en 1904 ne met pas en scène une belle femme au long cou. Le moine Kwairyō, ancien samouraï, rencontre dans les montagnes de Kai cinq corps sans tête et cinq têtes qui volent dans les bois ; il déplace un corps pour empêcher son retour et combat une tête qui l’attaque. Le récit-source direct est un épisode du quatrième livre du Kaibutsu yoron de Jippensha Ikku. Les inscriptions rouges, le déplacement du corps et une force limitée à la nuit appartiennent à cette lignée narrative.

Nurarihyon

Nurarihyon

Légendaire

Nurarihyon

Nurarihyon, chef des yōkai

Yōkai semi-humainAkita

Le Nurarihyon est un yōkai représenté sous les traits d'un vieillard au crâne chauve, vaste et bombé, dont le nom figure dans l'imagerie des yōkai de l'époque d'Edo. Son nom évoque souvent aujourd'hui le chef insaisissable de tous les yōkai ; les documents anciens, eux, transmettent d'abord une silhouette frappante et un nom, bien plus qu'une biographie détaillée. Une figure humaine nommée dans le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi, daté de 1737, compte parmi les plus anciennes représentations conservées dont la date peut être établie. Le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien, paru pour la première fois en 1776, a lui aussi largement diffusé cette image de vieillard. Ces images ne racontent ni son origine ni ses actes dans le détail. Cet espace a nourri l'imagination : dans les temps modernes, il devient le « caïd des monstres » ; dans les encyclopédies pour enfants, un vieil homme qui entre sans façon dans les maisons affairées ; dans les mangas et les dessins animés, le chef d'une faction. Cette métamorphose d'une image silencieuse en personnage central est précisément l'un des grands attraits du Nurarihyon. L'histoire de son nom n'est pas plus simple. Le Seisenban Nihon kokugo daijiten relève, dans Saikaku gohyakuin (1679), un emploi adverbial de nurarihyon, et donne le Rigen shūran, vers 1797, comme exemple du mot employé comme nom de créature. En Akita, un document local le cite parmi les êtres du cortège nocturne des cent démons ; dans la mer intérieure de Bisan, un témoignage décrit une étrange apparition marine d'une tout autre forme. Images, documents régionaux et réceptions modernes font ainsi apparaître un même nom qui, d'époque en époque et de média en média, s'est enrichi de visages multiples.

Karakasa-kozou

Karakasa-kozou

Commun

ka-ra-ka-sa ko-ZO

Karakasa-kozou, la vieille ombrelle sautillant sur les routes nocturnes

Habitations & ObjetsNara

Le Karakasa-kozou est une icône pop représentant les yōkai japonais et on peut dire qu'il est le synonyme de tsukumogami (yōkai d'objet). Son apparence la plus célèbre, sautillant sur une seule jambe en portant des geta avec un grand œil grand ouvert et une longue langue pendante, n'est pas née naturellement du folklore, mais a été façonnée artificiellement par la culture de l'édition et des jouets du début de l'époque d'Edo. Des yōkai parapluies sont également représentés dans le *Rouleau illustré de la parade nocturne des cent démons* de l'époque de Muromachi, mais ils prennent la forme de démons humanoïdes portant un parapluie fermé sur la tête, ce qui diffère de la forme unijambiste que nous connaissons aujourd'hui. C'est à la fin de l'époque d'Edo, à travers les kusazōshi (livres illustrés populaires), les estampes de jouets, les cartes à jouer de monstres et les accessoires de scène du théâtre kabuki, que les caractéristiques « un œil, une jambe » se sont figées, ce qui l'a rendu largement aimé du grand public comme un monstre charmant et comique.

Noppera-bō

Noppera-bō

Épique

nopperabo

L'anomalie sans visage de Kii-no-kuni-zaka

Yōkai humanoïde/Mi-humainTokyo

La terreur fondamentale du Noppera-bō réside dans la disparition soudaine du « visage », l'unité la plus élémentaire de la reconnaissance humaine. Il se tient sous forme humaine, revêtu de rôles quotidiens comme une femme en pleurs ou un commerçant, mais au moment où il se retourne, il révèle une surface lisse dépourvue d'yeux, de nez ou de bouche. Plutôt que l'effroi d'une apparence monstrueuse, la véritable horreur est le brisement du « jugement qui faisait confiance à l'autre comme étant humain ». Dans « Mujina », recueilli dans le « Kwaidan » de Lafcadio Hearn, un homme rencontre une femme sans visage sur la pente Kii-no-kuni-zaka à Akasaka. Il s'enfuit vers un stand de nouilles soba, seulement pour découvrir que le commerçant se retourne lui aussi pour révéler le même visage sans traits. Cette répétition en deux étapes élève le Noppera-bō d'une simple apparition grotesque à une anomalie qui dépouille l'individu de son sentiment de refuge. Plutôt qu'une « espèce » indépendante, le Noppera-bō est une anomalie humanoïde sans visage distillée à partir de motifs folkloriques où des bêtes métamorphes comme les mujina (blaireaux), les tanuki (chiens viverrins) et les renards effraient les humains. Dans le « Yokai Jiten » (Dictionnaire des yōkai) de Kenji Murakami, il est classé aux côtés des légendes de mujina et de bake-danuki (tanuki monstrueux) comme une apparition qui se manifeste sur les routes sombres, les pentes et les bords de l'eau. À travers les illustrations de yōkai de Shigeru Mizuki, ce trope métamorphe ambigu a été consolidé en une icône visuelle puissante — un visage dépouillé de ses traits — cimentant l'image que le public moderne imagine immédiatement. Essentiellement, le Noppera-bō est un yōkai né des anciennes ruses de bêtes, affiné par les histoires de fantômes modernes et la culture visuelle pour devenir une entité dont le thème même est la perte du visage.

Nekomata

Nekomata

Légendaire

né-ko-ma-ta

Nekomata aux deux queues, vieux chat métamorphosé

Métamorphose animaleTochigi

Le Nekomata (猫又) est l'une des apparitions surnaturelles les plus connues et à l'évolution la plus complexe du folklore japonais. Son apparence est décrite soit comme une bête devenue gigantesque avec les années, soit comme un chat monstrueux dont la queue s'est fendue en deux. Il existe deux lignées distinctes dans le concept de ce yôkai : l'une est le "redoutable Nekomata, bête féroce vivant dans les montagnes", que l'on trouve dans les textes de l'époque de Kamakura, et l'autre est le "Nekomata, yôkai domestique né d'un vieux chat gardé de nombreuses années dans une maison", qui s'est imposé à partir de l'époque d'Edo. Dans les croyances populaires japonaises, le chat est souvent considéré comme un être recélant une nature démoniaque ou des pouvoirs spirituels. La crainte qu'inspire une créature ayant franchi cette limite s'est cristallisée dans l'image de ce yôkai à deux queues.

Bakeneko

Bakeneko

Commun

ba-ke-ne-ko

Bakeneko (type légendaire traditionnel)

Métamorphoses animalesShimaneSaga

Le bakeneko est un chat âgé auquel le temps aurait conféré des pouvoirs surnaturels. Il peut prendre forme humaine, parler, manipuler les morts ou attirer le malheur sur une maison. On le confond souvent avec le nekomata, reconnaissable à sa queue fourchue. Le voir lécher l’huile d’une lampe passait pour un signe inquiétant, et certaines croyances voulaient que les chats à longue queue se métamorphosent plus facilement. À l’époque moderne, les citadins ont projeté ces craintes sur un animal devenu familier de leur quotidien ; livres illustrés, estampes et théâtre ont ensuite largement diffusé l’image du chat surnaturel.

Tsukumogami

Tsukumogami

Légendaire

Tsukumogami

Tsukumogami (récit traditionnel)

Habitats et UstensilesOrigine inconnue

Tsukumogami (付喪神) est le terme désignant les ustensiles et objets du quotidien qui, après avoir été longuement utilisés, acquièrent une forme et une volonté non humaines. Aujourd'hui, il est largement employé comme un terme générique pour désigner l'ensemble des yōkai nés de vieux outils, mais son usage dans la littérature classique n'est pas si fréquent. Le document représentatif qui nomme explicitement ces créatures et les place au centre de son récit est le *Tsukumogami Emaki* (Rouleau illustré des Tsukumogami) ou *Tsukumogami Ki*, dont la création remonterait à l'époque de Muromachi. Dans cette œuvre, bien qu'ils soient écrits avec le caractère de « dieu » (kami), ils ne sont pas d'emblée des divinités accordant des bénédictions aux humains. Ils y sont dépeints comme des « yōbutsu » (monstres) qui en veulent aux humains de les avoir jetés, attaquent les habitants et le bétail de la capitale, et finissent par se convertir au bouddhisme. Le début du rouleau illustré cite une théorie issue du *Onmyō Zakki* (Notes diverses sur le Yin et le Yang), aujourd'hui perdu, selon laquelle les ustensiles, après avoir passé « cent ans », acquièrent un esprit et trompent le cœur des hommes, d'où leur nom de Tsukumogami. D'autre part, la prononciation « tsukumo-gami » fait écho à « tsukumo-gami », les cheveux blancs d'une vieille femme. Le 63e passage des *Contes d'Ise* (Ise Monogatari) évoque également « des cheveux tsukumo auxquels il manque un an pour faire cent », liant ainsi la vieillesse au nombre quatre-vingt-dix-neuf. En raison du croisement de ces deux concepts, les explications évoquant à la fois cent ans et quatre-vingt-dix-neuf ans coexistent. À l'époque moderne, on trouve parfois l'orthographe « 九十九神 » (Dieux des quatre-vingt-dix-neuf), mais il s'agit seulement d'une variante graphique destinée à rendre l'association avec les cheveux blancs de la vieille femme plus apparente. Par conséquent, la règle d'âge stricte souvent invoquée aujourd'hui, selon laquelle « les outils acquièrent systématiquement une âme au bout de quatre-vingt-dix-neuf ans révolus », n'est pas formellement établie dans les textes classiques. Il n'existe pas non plus de modèle unique pour leur apparence après la métamorphose. Dans le *Tsukumogami Emaki*, ils prennent la forme d'hommes, de femmes, de vieillards, d'enfants, de chimères (chimimōryō) ou de bêtes sauvages ; dans les illustrations, certains acquièrent un visage et des membres tout en conservant la forme de leur objet d'origine tel qu'une marmite, un pot, un pilon, un éventail ou un chapelet. Si l'on peut, dans des époques ultérieures, expliquer des yōkai-objets individuels comme le Karakasa-obake (parapluie fantôme) ou le Koto-furunushi (vieux maître du koto) comme étant des sortes de Tsukumogami, tous les phénomènes surnaturels liés à de vieux outils n'étaient pas appelés « Tsukumogami » dès l'origine. Ces dernières années, plutôt que de considérer cela comme une croyance ancienne uniformément répandue à travers le Japon, la recherche avance en l'abordant sous l'angle de l'histoire culturelle, étudiant comment les rouleaux illustrés, les livres d'images et les récits ont insufflé la vie à des objets inanimés.

Wanyūdō

Wanyūdō

Épique

wa-nyū-dō

Iconographie traditionnelle, école de Sekien

Habitations et objetsKyoto

Le Wanyūdō apparaît sous la forme d’une roue de char à bœufs enveloppée de flammes, avec au moyeu le visage furieux d’un grand moine. Dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki, Toriyama Sekien en fait une roue infernale qui roule seule et arrache l’âme de ceux qui la regardent. Son commentaire ajoute qu’elle ne peut s’approcher d’une porte sur laquelle on a collé un papier portant les mots « Ici se trouve le village de Shōbo ». La formule renvoie à un épisode des Mémoires historiques de Sima Qian : Zengzi aurait refusé d’entrer dans un lieu dont le nom signifiait « vaincre sa mère ». Sekien s’inspire d’une apparition située rue Higashinotōin, à Kyoto. Le Katawa-guruma, issu du même récit, est généralement considéré comme une autre forme de la même lignée.

Mokumokuren

Mokumokuren

Épique

mo-ku-mo-ku-ren

Édition conforme aux Zukai de Sekien

Habitations et objetsOrigine locale inconnue ; figure illustrée par Toriyama Sekien comme une multitude d’yeux couvrant des shōji.

Le Mokumokuren est un yōkai illustré par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi. D’innombrables yeux apparaissent sur les shōji d’une maison délabrée et fixent quiconque les regarde. Dans la planche de Sekien, une note suggère que l’obsession d’un joueur de go s’est propagée du goban à la maison entière : le phénomène habite ainsi un élément ordinaire de l’espace domestique. Les encyclopédies postérieures soulignent souvent la part de création savante de cette figure, devenue néanmoins une image célèbre de l’étrangeté produite par les motifs du papier et la faible lumière traversant les cloisons.

Akaname

Akaname

Épique

a-ka-na-me

Iconographie traditionnelle, type enfant de bain

Habitations et objetsFigure issue des livres et images de l’époque d’Edo, notamment le Kokon hyaku monogatari hyōban et le Gazu Hyakki Yagyō ; aucune tradition locale précise n’est connue.

L’Akaname est censé apparaître dans les vieux bains publics et les salles d’eau des demeures laissées à l’abandon. Il prend l’aspect d’un enfant aux cheveux coupés court, doté d’une longue langue pendante et de griffes crochues aux pieds. Au cœur de la nuit, lorsque tout le monde dort, il se glisse sans bruit dans les lieux et lèche avec soin la crasse, le tartre et les moisissures accumulés sur les baquets, les parois, les caillebotis et les évacuations. Les sources anciennes ne le montrent guère attaquant les humains : sa présence signale plutôt l’insalubrité d’un bain négligé. Son activité très concrète, presque grotesque, en fait une créature familière et comique autant qu’inquiétante. On le rencontre aussi sous les noms d’Aka-neburi ou Akaneburi, et certains textes lui prêtent l’apparence d’un nourrisson. L’image du jeune monstre à la langue démesurée publiée par Toriyama Sekien dans le Gazu Hyakki Yagyō a largement fixé sa silhouette. Sekien n’y joint toutefois aucun commentaire : le dessin s’est diffusé avant que les auteurs postérieurs ne l’interprètent comme un rappel à maintenir les bains propres.

Shuten-dōji

Shuten-dōji

Légendaire

Shuten-dōji

Shuten-dōji, roi des oni dans l’Ōeyama ekotoba

Yōkai humanoïdes et êtres hybridesKyotoShiga

Shuten-dōji est le personnage central d’un récit médiéval de lutte contre les oni : un roi des oni enlève des habitants de la capitale, tandis que des guerriers mandatés par l’empereur pénètrent dans la montagne pour l’affronter. L’action est placée sous le règne de l’empereur Ichijō et fait intervenir Minamoto no Yorimitsu ainsi que Fujiwara no Yasumasa, deux guerriers ayant réellement existé ; elle n’est toutefois pas un témoignage contemporain de l’époque de Heian. L’Ōeyama ekotoba, bien culturel important conservé au musée Itsuō, est le plus ancien rouleau illustré encore conservé de la tradition d’Ōeyama ; il a été réalisé au XIVe siècle, durant la période des Cours du Nord et du Sud. Distinguer le cadre de Heian de la naissance médiévale de l’œuvre évite de réduire le récit à la chronique d’une expédition réelle contre des brigands : il faut plutôt y voir le monde que des auteurs ultérieurs ont imaginé à travers des guerriers de Heian et un roi des oni. Son nom lui-même s’écrit de plusieurs manières. L’Ōeyama ekotoba emploie surtout 酒天童子 ; le dōji y explique que ses serviteurs le surnomment ainsi parce qu’il aime profondément le saké. On rencontre également les graphies 酒伝童子 et 酒顛童子, ou 酒顚童子 ; aujourd’hui, la forme 酒呑童子 est la plus répandue. Le seul mot dōji ne permet pas de déterminer un âge précis, une coiffure ou un statut de moine. Dans le nô Ōeyama, la première partie confiée au protagoniste le montre durablement sous l’apparence d’un garçon ; dans l’Ōeyama ekotoba, en revanche, sa forme diurne est celle d’un personnage d’environ un jō de haut, doté de majesté. Le récit se partage principalement entre une tradition qui situe le repaire du roi des oni à Ōeyama et une autre qui le place au mont Ibuki, dans l’ancienne province d’Ōmi. Le Shuten-dōji emaki (酒伝童子絵巻), conservé au musée Suntory et réalisé en 1522, est tenu pour le plus ancien exemple conservé de la tradition du mont Ibuki. Ces deux traditions ne sont pas un même récit auquel seul le nom de la montagne aurait été substitué : selon les manuscrits, l’agencement des personnages, le nom du saké, l’apparence du roi des oni et son histoire diffèrent aussi. On ne peut donc relier Ōeyama, le mont Ibuki, l’Echigo et le col d’Oinosaka comme les étapes assurées de la vie d’un seul Shuten-dōji. Dans le plus ancien texte de la tradition d’Ōeyama, les disparitions se multiplient dans la capitale, et la divination d’Abe no Seimei désigne le roi des oni d’Ōeyama. Yorimitsu et Yasumasa, deux généraux, reçoivent le mandat impérial et gagnent la montagne avec leurs hommes. Réduire l’histoire au seul récit, mieux connu plus tard, de « Yorimitsu et ses Quatre Rois célestes » fait perdre de vue la composition des récits les plus anciens. Dans la montagne, des divinités et des bouddhas apparus sous forme humaine remettent au groupe des vêtements de yamabushi et un saké particulier ; ils entrent ainsi dans le château d’oni et prennent part au banquet du dōji. Le jour, le roi des oni devient un dōji d’environ un jō de haut, d’allure majestueuse et sage ; la nuit, il prend la forme d’un oni d’environ cinq jō. Sa tête et son torse sont rouges, sa jambe gauche noire, sa main droite jaune, sa jambe droite blanche et sa main gauche bleue ; il a quinze yeux et cinq cornes. Ivre et endormi, il est retenu par ces incarnations divines, puis Yorimitsu, Yasumasa et leurs hommes lui tranchent la tête. Celle-ci vole encore dans le ciel et mord les trois casques superposés que porte Yorimitsu. Shuten-dōji n’est donc pas un simple démon malfaisant vaincu parce qu’il a trop bu. Il accueille ses hôtes comme le maître d’un splendide château d’oni et raconte ses errances, tout en faisant des prisonniers sa nourriture. La courtoisie et la cruauté, l’intelligence et le corps gigantesque d’oni, la défaite et la tête qui vole se côtoient dans le même récit. Le nô, les otogi-zōshi, les rouleaux illustrés, les livres imprimés, le jōruri et le kabuki ont tous diffusé des figures différentes de Shuten-dōji. Dans son Konjaku gazu zoku hyakki, paru en 1779, Toriyama Sekien représente lui aussi 酒顛童子, un dōji étendu, ivre, entouré d’oni, sur une page de son recueil d’images de yōkai. Shuten-dōji n’est pas un monstre figé dans une apparence unique, mais l’un des grands rois des oni du Japon, sans cesse réinventé par les témoins du récit, les arts de la scène et la mémoire des lieux.

Tamamo-no-Mae

Tamamo-no-Mae

Légendaire

Tamamo-no-Mae

Tamamo-no-Mae, le renard à neuf queues aimé de l’empereur Toba

Animaux métamorphesKyotoTochigi

Tamamo-no-Mae est une beauté sans égale qui, à la fin de l’époque de Heian, aurait servi l’empereur retiré Toba. On tient sa vraie forme pour celle d’un renard à neuf queues, mais en tant qu’humaine, Tamamo-no-Mae a surtout été célébrée comme une dame de cour d’une beauté rare et d’un profond savoir. La poésie et la musique allaient de soi, mais des écritures bouddhiques jusqu’aux récits anciens de l’Inde et de la Chine, elle répondait à toute question sans la moindre hésitation, au grand étonnement de la cour. Le nom de « Tamamo-no-Mae » porte lui aussi son histoire. Une nuit, au cœur d’un banquet de poésie et de musique au Seiryōden, un coup de vent éteignit les lampes ; dans l’obscurité, une lumière éblouissante jaillit de son corps et éclaira la salle comme en plein jour. De là vint son nom de « Tamamo-no-Mae », c’est-à-dire la dame aux algues lumineuses comme des joyaux . Auparavant, dit-on, on l’appelait Mikuzume. Elle finit par concentrer sur elle toute l’affection de l’empereur, mais lorsque celui-ci tomba malade sans cause connue, on commença à soupçonner sa vraie nature.

Ootakemaru

Ootakemaru

Légendaire

おおたけまる

Ootakemaru, le Roi Démon Dieu cloîtré sur le Mont Suzuka

Oni / Démon géantMieKyoto

Ootakemaru est un dieu-démon (onigami) qui aurait élu domicile sur le mont Suzuka et le col de Suzuka, situés à la frontière entre les provinces d'Ise et d'Omi. Dans les Otogizoshi et l'histoire de Tamura, il apparaît comme un grand roi démon qui vole les tributs destinés à la capitale et repousse les armées avec des nuages noirs, la foudre et des pluies de feu, avant d'être vaincu par Tamuramaru (modelé d'après Sakanoue no Tamuramaro) et Suzuka Gozen. Le Tamuramaru de l'histoire n'est pas le shogun historique lui-même, mais une figure héroïque née de la superposition du culte médiéval de Kiyomizu Kannon, des croyances frontalières du col de Suzuka et des légendes de Tamura dans la région du Tohoku. Ootakemaru est parfois cité comme l'un des « Trois Grands Yokai », aux côtés de Shuten-doji et Tamamo-no-Mae. Le fait que sa tête coupée et ses restes soient ensuite intégrés dans des récits de trésors, d'origines de temples (engi) et de tertres funéraires reflète l'importance médiévale d'un « grand ennemi terrassé ».

Nue

Nue

Légendaire

nue

Le Nue dans le Dit des Heike : le monstre abattu par Yorimasa

Créature métamorpheKyotoOsaka

Le Nue (nue) est une figure née de la superposition d’un ancien nom d’oiseau, d’histoires médiévales d’apparitions à la cour et d’exploits guerriers, puis du théâtre nō et des peintures de yōkai. On le représente aujourd’hui le plus souvent comme un monstre à tête de singe, corps de tanuki, pattes de tigre et queue de serpent, surgissant d’un nuage noir qui couvre le palais de nuit avant d’être abattu d’une flèche par Minamoto no Yorimasa. Cette image ne peut pourtant pas être tenue pour sa forme originelle : la combinaison des corps varie selon les textes, et le mot nue désignait un oiseau avant de désigner le monstre. Dans le chant de Yachihoko no Kami du premier livre du Kojiki, « 阿遅夜麻爾奴延波那伎奴 », le terme indique qu’un oiseau nommé nue existait déjà dans l’Antiquité. Il ne s’agit pas ici de la créature composite des récits ultérieurs. Les dictionnaires modernes l’identifient souvent à la grive de White, mais il vaut mieux recevoir d’abord ce mot de chant ancien comme le nom d’un oiseau plutôt que de lui imposer une équivalence univoque avec la taxonomie actuelle. Dans les récits médiévaux, le Nue-oiseau et le monstre difforme apparaissent parallèlement, non dans une simple succession. Dans le récit de Yorimasa du chapitre X, 10-56, du Jikkinshō, Yorimasa tire sur le nue qui chante dans le palais par une nuit de pluie, en l’imaginant « un petit oiseau même le jour ». À l’inverse, un document des Archives nationales, qui compare le Yorimasaki et une édition non datée du Dit des Heike, rapporte des traditions où la créature tombée du nuage noir est décrite à l’aide du singe, du tanuki, du tigre ou du serpent. Le Nue est ainsi une étrangeté où se recouvrent depuis une époque ancienne le nom d’un oiseau, un oiseau monstrueux et une bête composite. Les réceptions ultérieures ont encore épaissi ces strates. Dans le nō Nue, le monstre vaincu se présente à Ashiya comme l’âme du Nue, raconte le sort injuste qui lui a été réservé après avoir été abandonné dans une barque creuse et demande à un moine de prier pour lui. Depuis la fin de l’époque d’Edo, les peintures de yōkai et les estampes de guerriers ont sans cesse redessiné Yorimasa, le nuage noir et le corps composite. Plutôt qu’une espèce fixe, le Nue peut se lire comme une figure vers laquelle continuent de converger des textes, des arts de la scène, des images et des traditions locales.

Tsuchigumo

Tsuchigumo

Légendaire

tsu-chi-gu-mo

Tsuchigumo du récit de l’extermination par Raikō

Appellations généralesNaraKyoto

À l’origine, tsuchigumo n’était pas le nom d’une araignée surnaturelle. Les chroniques anciennes l’emploient comme un terme méprisant pour désigner des groupes locaux qui refusaient l’autorité de la cour. On le rencontre dans les règnes de Jinmu, Keikō et Jingū du Nihon shoki, ainsi que dans des fragments de fudoki de différentes provinces. Ces populations, décrites comme retranchées dans des grottes ou des abris de montagne, n’avaient donc aucun rapport initial avec l’animal. À partir du Moyen Âge, le mot est réinterprété comme le nom d’un monstre. Le Tsuchigumo zōshi et le théâtre nô lui donnent l’aspect d’une araignée gigantesque qui accable de ses fils Minamoto no Yorimitsu, alors malade. Toriyama Sekien la représente également dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki, tapie dans la montagne.

Ushioni

Ushioni

Légendaire

OU-shi-o-ni

Démon marin au corps d'araignée et à tête de bovin : Ushioni

Animal métamorpheEhimeKochi

L'Ushioni (牛鬼) est l'un des yōkai les plus féroces et spirituellement puissants du Japon, réputé pour apparaître principalement sur les côtes, dans les bassins profonds et dans les régions montagneuses de l'ouest du pays. Son apparence est décrite sous diverses formes grotesques, telles qu'« un corps de démon avec une tête de vache » ou « un corps d'araignée avec une tête de bovin ». Il fut pointé du doigt comme une « chose terrifiante » dès l'époque de Heian dans *Les Notes de chevet* (Makura no sōshi), et a été profondément craint par la population depuis les temps anciens. Sa véritable nature réside dans sa dualité extrême (la double face du bien et du mal) : d'une part, c'est un « démon cruel et dieu des épidémies » qui dévore aveuglément les humains et disperse des miasmes empoisonnés ; d'autre part, c'est une « puissante divinité gardienne » qui précède les sanctuaires portatifs lors des festivals pour exorciser les mauvais esprits. C'est un yōkai extrêmement important en ethnologie, ayant évolué d'une anomalie surnaturelle dans la littérature pour devenir l'objet de croyances folkloriques régionales et d'arts du spectacle.

Moine de la mer

Moine de la mer

Légendaire

ou-mi-BOH-zou

Umi-bōzu (tradition des pêcheurs)

Esprits AquatiquesNagasakiEhime

Le Moine de la mer est un yōkai marin répandu le long des côtes japonaises, craint surtout par les pêcheurs. Il apparaît comme une immense ombre noire ou une tête chauve de moine surgissant à la surface. On n’en voit jamais tout le corps : seules la tête et parfois les épaules émergent. Sa manifestation annonce souvent des naufrages. Il se montrerait de nuit ou en pleine tempête, pour chavirer les bateaux ou entraîner les marins vers les profondeurs.

Gashadokuro

Gashadokuro

Légendaire

がしゃどくろ

Gashadokuro, le grand squelette né sur les pages de l’ère Shōwa

Esprit / FantômeCréation éditoriale : numéro de 1966 de Bessatsu Shōjo Friend

Gashadokuro est un yōkai moderne, connu comme un immense squelette qui marche dans les champs la nuit. Son nom ne figure ni dans les traditions orales d’anciens villages ni dans les recueils de yōkai de l’époque d’Edo. Le point de départ attesté est « Votre dossier sur les yōkai du Japon près de chez vous », article non signé de Morihiro Saitō dans le volume 2, numéro 9 de Bessatsu Shōjo Friend, en 1966. Les recherches de Ryūhei Hirota montrent que Saitō a créé ce yōkai, sans antécédent historique recensé, et que Shigeru Mizuki l’a intégré deux ans plus tard à un recueil comme s’il s’agissait d’un yōkai déjà existant. Cette création majeure de la culture éditoriale japonaise d’après-guerre invite à ne pas réduire les yōkai aux seules figures transmises depuis longtemps. Le noyau de l’image initiale établi par les sources savantes est un squelette géant qui marche dans la campagne. L’article de 1966 n’étant pas intégralement accessible au public, il faut distinguer les détails relevés par les chercheurs — claquement des os, réunion de crânes de personnes mortes en plein air, attaques contre des humains — de ce que les médias ultérieurs ont ajouté. Rancœur de morts de guerre ou de famine, succion de sang, disparition au jour, talismans et rites funéraires ne peuvent être rapportés en bloc à une vieille tradition sans préciser qui les a formulés et quand. Le nom hiragana がしゃどくろ évoque le bruit d’os qui s’entrechoquent ; la bibliographie de la première parution confirme pourtant la seule graphie « がしゃどくろ », dont il faut distinguer l’écriture ajoutée plus tard 餓者髑髏. Aujourd’hui, l’image la plus souvent associée au yōkai est le triptyque de Kuniyoshi, *Sōma no Furu-dairi*, antérieur d’environ cent vingt ans à la création de Gashadokuro. Cette estampe du milieu des années 1840 illustre une scène d’Uto Yasukata Chūgiden : par la magie de la princesse Takiyasha, un squelette apparaît devant Ōya Tarō Mitsukuni. Elle ne représentait pas encore Gashadokuro à l’origine : son association au yōkai comme image emblématique ne s’est établie qu’après 1966. La combinaison du nom moderne et du grand squelette de Kuniyoshi est un exemple de recréation qui attribue à une image ancienne une nouvelle lecture. Distinguer les dates, le titre et les personnages protège la force de l’estampe comme l’histoire réelle du yōkai.

Yamanba

Yamanba

Légendaire

ya-man-ba

Yamanba (image traditionnelle)

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesKanagawa

La Yamanba, aussi appelée Yamauba, est une créature des hautes montagnes qui prend l’apparence d’une vieille femme. Elle est parfois décrite comme une ogresse aux longs cheveux blancs en désordre et à la bouche fendue jusqu’aux oreilles. D’autres récits en font au contraire une « mère de la montagne » qui offre les produits des bois et apporte la prospérité. Elle réunit ainsi deux visages : celui d’une mangeuse d’hommes et celui d’une bienfaitrice généreuse. Le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien et le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi la montrent dans la montagne, tantôt portant un enfant, tantôt les cheveux épars. Elle est aussi connue, dans les traditions de l’époque d’Edo, comme la mère de Sakata no Kintoki, le futur Kintarō, ce qui interdit de la réduire à une simple ogresse.

Ubume

Ubume

Épique

Ubume

Ubume (Forme Traditionnelle)

Fantômes & EspritsDiverses régions à travers le pays. Un exemple ancien célèbre se trouve dans le Konjaku Monogatari Shū médiéval.

L'Ubume (産女) est une apparition surnaturelle (yōkai) japonaise qui serait l'esprit d'une femme décédée pendant ou peu après l'accouchement, apparaissant sous les traits d'une femme tenant un nourrisson. Dans de nombreux récits, elle interpelle les passants la nuit aux abords des gués, des ponts et des carrefours en les implorant : « S'il vous plaît, portez cet enfant. » L'issue varie selon les régions et les sources : le bébé reçu peut soudainement devenir lourd, se transformer en feuilles d'arbres ou en pierre, ou bien la personne qui parvient à le tenir jusqu'au bout peut se voir accorder une force surhumaine ou la richesse. Par conséquent, l'Ubume n'est pas simplement un esprit maléfique attaquant les humains. Elle est une entité qui rassemble dans un même récit de rencontre le lien brisé par la mort entre une mère et son enfant, la peur des morts, ainsi que le courage et la compassion de celui qui accepte sa requête. Un exemple ancien et célèbre se trouve dans le *Konjaku Monogatari Shū* (Contes des temps jadis), rouleau 27, conte 43, « Comment Taira no Suetake, vassal de Minamoto no Yorimitsu, rencontra une Ubume », compilé vers la première moitié du XIIe siècle. Alors que Minamoto no Yorimitsu était gouverneur de la province de Mino, son vassal Taira no Suetake se rendit de nuit à un gué obscur pour une épreuve de courage, où une femme dans la rivière lui confia un bébé. De retour au manoir, lorsqu'il ouvrit sa manche, il n'y trouva que quelques feuilles d'arbres. La conclusion du récit juxtapose la théorie selon laquelle l'Ubume serait un renard métamorphe et celle voulant qu'elle soit l'esprit d'une femme morte en couches, sans trancher sur sa véritable nature. À ce stade, le pagne taché de sang et les plumes d'oiseau, qui deviendront célèbres aux époques ultérieures, ne sont pas encore décrits. D'autre part, une attention particulière doit être portée à la graphie qui écrit « Guhuo Niao » (姑獲鳥) mais qui se prononce « Ubume ». La « femme noctambule » décrite dans le rouleau 16 de l'ouvrage de la dynastie Tang *Youyang Zazu* (Plats assortis de Youyang) est un oiseau monstrueux chinois qui devient oiseau lorsqu'il revêt des plumes et femme lorsqu'il les retire, et qui a pour habitude de kidnapper les enfants des autres. En raison de son lien avec les bébés et les femmes mortes en couches, elle a été confondue avec l'Ubume japonaise, mais elles appartenaient à l'origine à des lignées distinctes. Selon les recherches de Manami Yasui, Hayashi Razan, qui a attribué le nom japonais au Guhuo Niao chinois, a précisé pour la première fois dans le *Shinkan Tashikihen* de 1631 que le « Guhuo Niao » est l'« oiseau Ubume » ou Nue. Alors que l'Ubume japonaise a pour noyau « l'esprit d'une mère confiant son propre bébé à autrui », le Guhuo Niao chinois a pour noyau « un oiseau monstrueux arrachant les enfants des autres ». Comprendre cette différence permet de voir comment le yōkai appelé Ubume a changé de forme en superposant contes médiévaux, rites funéraires pour les femmes mortes en couches, savoirs sur les oiseaux monstrueux de Chine et illustrations de yōkai de l'époque moderne.

Jorōgumo

Jorōgumo

Légendaire

じょろうぐも

Femme et fils d’araignée — les figures superposées de Jorōgumo

Métamorphoses animalesShizuokaMiyagi

La 絡新婦 (jorōgumo) est un yōkai connu par la rencontre de plusieurs traditions : le nom d’une araignée réelle, les récits de l’époque d’Edo où une araignée prend l’apparence d’une femme, l’image de Toriyama Sekien et les légendes locales de « gouffres aux araignées ». Elle ne désigne pas une unique beauté vivant dans une cascade : son apparence et ses actes changent avec les époques et les sources. Les caractères 絡新婦 ne forment pas un nom de yōkai inventé au sens littéral de « nouvelle épouse qui enchevêtre les gens ». Le Wakan sansai zue lit 絡新婦 « chorōgumo » et précise que l’usage populaire dit 女郎蜘蛛. Cette graphie se situe ainsi au croisement d’un nom d’araignée issu des textes chinois et de l’appellation japonaise jorōgumo. Les récits d’araignées prenant forme humaine sont attestés avant Sekien. Dans le Tonoigusa, publié en 1677, un samouraï soupçonne une jeune femme portant un enfant, la frappe, puis découvre le lendemain dans les combles une 女郎蜘蛛 blessée au sabre et de nombreux restes humains. Dans le Taihei hyaku monogatari, publié en 1732, Magoroku de Takada est conduit par une vieille femme vers une demeure illusoire ; une jeune fille lui demande de l’épouser, mais, lorsqu’il s’enfuit, il retrouve sa véranda et voit sous l’avant-toit une petite 女郎蜘蛛 avec une grande quantité de toiles. Magoroku n’est pas dévoré : le récit porte sur le rêve et l’illusion. Dans le Gazu hyakki yagyō, paru d’abord en 1776, Toriyama Sekien intitule « 絡新婦 » une femme aux longs cheveux et vêtue, à laquelle se superposent des pattes d’araignée, entourée de nombreuses petites araignées. Des lignes qui évoquent fils, fumée ou flammes en partent, mais l’image n’est accompagnée d’aucune notice expliquant ses pouvoirs et ne représente pas une scène où elle joue du biwa pour attirer un homme. Une enquête bibliographique de la Bibliothèque nationale de la Diète n’a trouvé aucun classique correspondant exactement au récit d’une beauté qui joue du biwa, séduit un homme puis le dévore. Les images de Jorōgumo au bord de l’eau relèvent encore d’une autre tradition. Dans les récits répandus de « gouffres aux araignées », une araignée accroche son fil au pied d’un passant ; lorsqu’il le transfère à un arbre, celui-ci est entraîné sous l’eau. À la cascade de Jōren, ce motif s’est uni à celui d’une belle femme qui rend au bûcheron une hachette tombée dans le bassin, lui impose le secret, puis cause la mort de celui qui le trahit. En maintenant les différences entre les sources, on découvre dans la 絡新婦 non une simple tentatrice, mais l’inattention à une petite araignée, la frontière du rêve et du réel, le danger des reliefs aquatiques et la façon dont nom et image rassemblent des traditions.

Nure-onna

Nure-onna

Épique

nu-re-on-na

Nure-onna (version conforme aux traditions)

Esprits et créatures des eauxShimaneNiigata

La Nure-onna, littéralement « femme mouillée », apparaît au bord de la mer ou des rivières avec une tête de femme et un long corps de serpent couvert d’écailles. Ses cheveux noirs restent constamment trempés, détail auquel elle doit son nom. Dans le volume du Vent du Gazu Hyakki Yagyō, Toriyama Sekien la représente avec un visage féminin, une chevelure plongée dans l’eau et un corps serpentin, fixant une image déjà présente dans les rouleaux peints. Avant lui, des œuvres du début de l’époque d’Edo telles que le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi montraient déjà une créature féminine à corps de serpent. Sur les côtes de l’ouest du Japon, la Nure-onna remet parfois un nourrisson à un passant ; sitôt accepté, l’enfant devient une pierre si lourde que la victime ne peut plus bouger. Certaines versions la font agir avec l’Ushi-oni, qui surgit alors pour dévorer l’homme immobilisé. Elle est rapprochée de l’Iso-onna de Kyūshū et de la Nure-onago, et parfois décrite comme l’incarnation d’un serpent marin. Cette lecture serpentine repose toutefois surtout sur les images, faute de sources textuelles anciennes suffisamment précises. Cheveux mouillés, rivage et enfant-piège forment le noyau commun de plusieurs figures féminines liées à l’eau dans l’ouest du pays.

Inugami

Inugami

Légendaire

i-nu-ga-mi

Inugami (iconographie traditionnelle)

Métamorphoses et esprits animauxTokushimaKochi

L’Inugami est un esprit de chien possesseur surtout attesté dans l’ouest du Japon, où il comptait parmi les présences les plus redoutées avec la possession par le renard ou le kuda-gitsune. Shikoku, en particulier Tokushima, Kōchi et Ehime, passait pour son principal foyer ; la croyance s’étendait de Shimane et Yamaguchi à Kyūshū, aux îles Satsunan et jusqu’à Okinawa. Elle reposait fortement sur la notion de « lignée d’Inugami », selon laquelle l’esprit suivait une famille de génération en génération. L’origine d’un futur conjoint pouvait ainsi être examinée avant un mariage, et cette croyance a nourri l’exclusion matrimoniale comme d’autres formes de discrimination. L’Inugami est souvent décrit comme un petit animal tacheté de la taille d’une souris, mais son apparence varie : il peut aussi ressembler à une belette ou à une chauve-souris.

Kamaitachi

Kamaitachi

Légendaire

ka-ma-i-ta-chi

Kamaïtachi (version synthèse des récits traditionnels)

Métamorphoses et esprits animauxNiigataNagano

Le Kamaitachi est un phénomène inquiétant associé aux tourbillons de vent : il lacérerait la peau comme le passage d’une lame. Les récits se concentrent dans les régions très enneigées du Shin’etsu, du Tōhoku et du Hokuriku. Juste après la coupure, la victime ressent parfois peu de douleur et ne saigne presque pas ; d’autres versions disent que la douleur et le sang n’apparaissent qu’ensuite. Depuis l’époque d’Edo, le phénomène est représenté comme une belette munie de griffes en forme de faucilles. Dans le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien, la lecture kamaitachi est appliquée au nom du monstre chinois Qiongqi. Le mot sert également de terme saisonnier d’hiver en poésie japonaise.

Kodama

Kodama

Épique

ko-DA-ma

Esprit des vieux arbres, Kodama

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesTokyoOkinawa

Les kodama sont des esprits censés résider dans les arbres, le terme désignant parfois l'arbre lui-même habité par cette essence spirituelle. Selon les croyances anciennes, une essence divine vient s'incarner dans les vieux arbres ayant accumulé plus d'un siècle de cernes. Le phénomène du « yamabiko » (l'écho), où une voix lancée dans les montagnes ou les vallées revient avec un léger retard, était d'ailleurs perçu comme la réponse d'un kodama. Si l'on remonte à leurs origines, ils sont les vestiges d'une divinisation des arbres. Dans le Kojiki, le dieu des arbres Kukunochi est parfois assimilé au kodama, tandis que le dictionnaire de l'époque de Heian, le Wamyō Ruijushō, mentionne le terme « kodama » (古多万) comme nom japonais pour les divinités arboricoles. En revanche, dans le Dit du Genji, on trouve des expressions telles que « Est-ce un oni, un dieu, un renard ou un kodama ? » ou « le démon d'un kodama », ce qui montre qu'à cette époque, on le percevait déjà comme une entité proche du yōkai. Bien que leur apparence ne diffère en rien de celle des arbres ordinaires, ils sont dotés de pouvoirs mystérieux et l'on disait qu'ils maudiraient quiconque tenterait de les abattre sans précaution. Dans son recueil Gazu Hyakki Yagyō, Toriyama Sekien a dessiné sous le nom de « Kodama » (木魅) un couple de vieillards se tenant près d'un vieil arbre, illustrant l'idée qu'un arbre centenaire abrite un dieu qui finit par se manifester. Écrit sous diverses graphies en caractères sino-japonais (木霊, 木魂, 谺), le mot « kodama » désigne à la fois la réverbération du son et l'esprit de l'arbre, fusionnant ainsi la voix de la nature et l'âme des arbres en une seule et même entité.

Makura-gaeshi

Makura-gaeshi

Peu commun

ma-ku-ra-ga-e-shi

Type traditionnel — Lien aux phénomènes des temples et sanctuaires

Habitations et objetsRécits similaires dans de nombreuses régions du Japon ; Toriyama Sekien ne lui attribue aucun lieu précis.

Apparition nocturne qui se manifeste dans la chambre et retourne l’oreiller ou inverse la position tête-pieds du dormeur. Les mentions se multiplient à partir de l’époque d’Edo. Son apparence varie: enfant, bonze, ou indéterminée. Dans le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien, il est figuré comme une petite statue de type Niō. Faire retourner son oreiller était vu comme un signe de désordre entre âme et corps, autrefois redouté comme un présage de maladie ou de mort.

Hitotsume-kozou

Hitotsume-kozou

Épique

hi-to-tsu-mé ko-zo

Le garçon à un œil, Hitotsume-kozou

YokaiJapon (Edo, Aizu, Tanba, Bizen, etc.)

Yōkai apparaissant sous la forme d’un enfant au crâne rasé, avec un grand œil unique au centre du front. Plutôt que de blesser, il surgit pour effrayer, et il est souvent dépeint avec humour. Une croyance populaire, fondée sur un jeu de mots, le dit ennemi des fèves, image qui se serait plus tard muée en goût pour le tofu. Mentionné dans des rouleaux peints et essais de l’époque d’Edo, il rôde fréquemment en plein air ou au bord des chemins.

Mikoshi-nyūdō

Mikoshi-nyūdō

Épique

mi-ko-shi-nyū-dō

Mikoshi Nyūdō (type chronique de kaidan d’Edo)

Oni et créatures gigantesquesTokyoSaitama

Le Mikoshi-nyūdō est une apparition en forme de moine qui surgit la nuit au bout d’une route ou d’une pente, à un carrefour, sur un pont de pierre ou dans un arbre. Plus on lève les yeux vers lui, plus il grandit, jusqu’à dominer et terrifier celui qui le regarde. Pour lui échapper, on peut déclarer « je t’ai dépassé du regard » ou « je t’ai démasqué », ou garder son calme et le parcourir des yeux de la tête aux pieds. Son identité change selon les régions : le Tonoigusa en fait un tanuki métamorphosé, tandis qu’à Hinoemata, dans le sud d’Aizu, il s’agirait d’une belette, et dans l’ancienne province de Shinano d’un mujina. Le type apparaît dans plusieurs recueils de récits et d’essais de l’époque d’Edo, dont le Tonoigusa, l’Enga kidan et le Kokon hyaku monogatari hyōban. L’Enga kidan le décrit vêtu de rouge et haut d’un jō, image proche de l’Ōnyūdō ; dans les traditions locales, les deux figures sont donc souvent confondues.

Ōnyūdō

Ōnyūdō

Épique

ō-nyū-dō

Édition des récits traditionnels · Ōnyūdō

Oni et créatures gigantesquesMie

L’Ōnyūdō est une apparition gigantesque qui prend la forme d’un moine ou d’une immense silhouette semblable à une ombre. Si son nom signifie littéralement « grand moine », il ne porte pas toujours l’habit religieux : certains récits le décrivent comme un géant humanoïde, d’autres comme une masse indistincte. Il se dresse à une hauteur vertigineuse et son regard ferait s’évanouir ou tomber malade. Sa véritable identité reste souvent inconnue, mais diverses traditions y voient un renard, un tanuki, une belette, une loutre ou même une stèle de pierre métamorphosée. Il ressemble au Mikoshi-nyūdō, qui grandit lorsque l’on lève les yeux vers lui, et les deux noms se confondent fréquemment dans les récits régionaux. Dans la préfecture de Mie, le char mécanique de l’Ōnyūdō, tiré lors du festival de Yokkaichi au sanctuaire Suwa, perpétue cette figure sous la forme d’un géant d’environ neuf mètres dont le cou s’allonge et se rétracte.

Laveur de haricots rouges

Laveur de haricots rouges

Épique

a-ZOU-ki a-RA-ï

Lavezur d’azukis de la rivière de vallée

Fantômes et EspritsTokyoIbaraki

Yōkai qui, tard dans la nuit, fait résonner au bord des rivières et des ruisseaux le bruit du lavage des azuki, « shoki-shoki », « zaku-zaku ». Il apparaît en se fondant dans les sons de l’eau près des habitations. Sa silhouette est menue et âgée, parfois enfantine. Plus que d’effrayer, il égare par sa présence et fait glisser les passants. Connu des récits étranges de l’époque d’Edo et des rouleaux illustrés, il est parfois décrit comme obsédé par le fait de compter avec exactitude.

Betobeto-san

Betobeto-san

Épique

betobeto-san

Les pas résonnant sur la route de nuit

Yōkai des montagnes et des champsNaraShizuoka

Le Betobeto-san est un yōkai des routes nocturnes qui ne révèle jamais sa forme, accompagnant les gens par derrière uniquement par le bruit de ses pas. Largement connu principalement autour du district d'Uda dans la préfecture de Nara, on dit qu'en marchant sur un chemin sombre, on peut entendre des pas humides et claquants — « beto-beto » ou « peta-peta » — traînant derrière soi, mais se retourner ne révèle personne. La terreur qu'il suscite ne vient pas d'une apparence grotesque, mais du fait que la distance des pas ne change jamais. Ni en rattrapant ni en prenant du retard, les pas s'accordent parfaitement avec la foulée de la personne, forçant le marcheur à porter un compagnon invisible sur son dos. Plutôt qu'un yōkai qui inflige des dommages, le Betobeto-san est une anomalie de la frontière qui peut être passée en toute sécurité en faisant preuve de courtoisie envers l'invisible. On dit que si l'on crie : « Betobeto-san, s'il vous plaît, passez devant » (Betobeto-san, osaki e okoshi) et qu'on cède le passage, les pas se déplaceront vers l'avant et finiront par disparaître. Cette étiquette démontre la sagesse folklorique consistant à ne pas éliminer la peur par la force, mais à reconnaître l'existence de l'autre et à céder le droit de passage. Alors que les illustrations de Shigeru Mizuki lui ont donné une apparence ronde et amicale, le Betobeto-san original est une présence informe née des sons des routes nocturnes, de la terre humide et du vide dans son dos. Il y a une vaste distance entre la forme de personnage moderne visualisée de ce yōkai et l'expérience folklorique informe dont il est issu. Bien qu'il ait acquis un petit corps dans les images, le cœur de la légende reste les pas s'approchant par derrière. Par conséquent, pour vraiment comprendre le Betobeto-san, plutôt que de chercher sa silhouette, il faut imaginer la sensation d'acquérir un ensemble supplémentaire de bruits de pas sur une route sombre et solitaire.

Tofu-kozo

Tofu-kozo

Peu commun

tofu-kozo

Le yokai clown d'Edo né des Kibyoshi : Tofu-kozo

Yokai humanoïde / Mi-humain Mi-yokaiTokyo

Le *Tofu-kozo* (Le garçon au tofu) est un yokai qui apparaît les soirs de pluie sous les traits d'un enfant portant un grand chapeau de paille tressée, tenant un plateau sur lequel est posé un bloc de tofu marqué d'une feuille d'érable. Bien qu'il s'agisse d'un yokai, il n'attaque ni n'ensorcelle les gens, il se contente de se tenir là avec son tofu. Ce charme maladroit et peu effrayant est sa marque de fabrique, ce qui l'a rendu très populaire auprès des habitants de la fin de l'époque d'Edo. Ce qu'il faut retenir, c'est que son origine ne se trouve pas dans un vieux folklore traditionnel, mais dans la culture de l'édition d'Edo elle-même. Dans les années Anei (1770), il est soudainement apparu comme personnage dans les livres de divertissement illustrés appelés *kibyoshi* et *kusazoshi*. Sa première apparition serait dans le *kibyoshi* *Yokai Shiuchi Hyobanki*. Les chercheurs spécialisés dans les yokai, tels que Natsuhiko Kyogoku et Katsumi Tada, considèrent le Tofu-kozo comme un exemple précoce de « yokai personnage » créé artificiellement comme produit commercial. En d'autres termes, le Tofu-kozo n'est pas un monstre surgi des ténèbres des provinces, mais un yokai natif d'Edo, engendré par l'industrie urbaine de l'édition.

Kasha

Kasha

Épique

ka-sha

Kasha félin (récits de l’époque moderne)

Esprits et fantômesIwateGunma

Le Kasha est un yōkai qui apparaît pendant les funérailles, le long des cortèges ou dans les cimetières pour emporter un cercueil ou un cadavre. Au début de l’époque d’Edo, on attribuait ces enlèvements aux bourreaux des enfers ou au dieu du tonnerre : le corps disparaissait au milieu de nuages noirs et d’éclairs. Le mot kasha désigne d’abord, dans le bouddhisme, le « char de feu » qui transporte les pécheurs en enfer. La figure s’est ensuite mêlée aux légendes du nekomata, et la croyance selon laquelle un vieux chat devient Kasha pour s’emparer des morts s’est largement répandue. Le phénomène n’est toutefois pas toujours réservé aux défunts coupables : il est signalé dans tout le pays comme un danger propre aux rites funéraires. Pour s’en protéger, les traditions recommandent des lames, des chapelets, un amas de terre placé sur le cercueil ou une veille constante auprès du corps.

Funa-yūrei

Funa-yūrei

Épique

fu-na-yū-rei

Mendiants de teiko de Dan-no-ura

Esprits et créatures des eauxYamaguchiFukushima

Les Funa-yūrei sont les esprits de personnes mortes en mer qui réapparaissent au large. Selon les régions, ils prennent la forme d’un bateau, de revenants, de feux mystérieux ou d’une ombre comparable à un Umibōzu. Ils se manifestent souvent les nuits de tempête ou de brouillard. Certains versent de l’eau de mer dans les embarcations à l’aide d’une louche jusqu’à les couler ; d’autres égarent les marins et les poussent vers les récifs. Pour les tromper, on leur tend une louche dont le fond a été retiré, on jette des boulettes de riz ou de la cendre, ou on les fixe sans détour, selon la coutume locale. Ils sont également appelés Mōjasen, Bōko ou Ayakashi. Toriyama Sekien les a représentés dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki.

Ittan-momen

Ittan-momen

Épique

ittan momen

L’Ittan-momen qui voltige à Takayama dans l’Ōsumi

Esprits DomestiquesKagoshima

L’Ittan-momen est une étrange apparition semblable à une longue pièce de coton, transmise dans la région de Takayama, dans l’Ōsumi, près de l’actuel bourg de Kimotsuki dans la préfecture de Kagoshima. En 1938, Yanagita Kunio nota dans « Yōkai meii (IV) » qu’une chose ayant la forme d’un Ittan-momen voltigeait la nuit et attaquait les passants. Ni sa couleur, ni un visage, des membres ou une voix ne sont mentionnés : il reste seulement l’impression saisissante d’une longue forme qui danse dans la nuit. Le Glossaire des parlers du district de Kimotsuki, dans l’Ōsumi, publié en 1942, définit l’« Ittanmonmen » comme « une sorte de fantôme » et comme une chose pareille à du coton, longue d’un ittan, qui attaque les gens la nuit. L’ittan désigne la longueur d’une pièce de tissu, mais ses dimensions varient selon les périodes, les lieux de fabrication et les étoffes ; il ne correspond donc pas à un nombre précis de mètres. C’est l’inquiétante image d’un coupon assez long pour envelopper un corps humain, flottant comme un être vivant, qui donne tout son poids au nom. Des sources locales plus tardives font apparaître un Ittan-momen qui arrive au crépuscule et s’enroule autour de la tête ou du cou. Une enquête orale menée à Kimotsuki rapporte des récits d’Ikenosono, Hami, du mont Gongen et des rives du Kimotsuki, tout en signalant des villages où cette tradition était inconnue. L’Ittan-momen ne forme donc pas un récit uniforme dans toute la préfecture de Kagoshima : il demeure une apparition dont le souvenir varie d’un lieu à l’autre dans une zone restreinte de l’Ōsumi. L’image aujourd’hui familière doit beaucoup à Mizuki Shigeru. D’après une présentation de l’Agence des affaires culturelles, Mizuki a donné une forme personnelle aux yōkai du « Yōkai meii » dont aucune apparence n’avait été transmise. À partir de brèves notices écrites, l’Ittan-momen est ainsi devenu un yōkai de longue étoffe volant dans le ciel, connu dans tout le pays grâce au manga et à l’animation.

Konaki-jiji

Konaki-jiji

Légendaire

ko-na-ki-ji-ji

Le Vieillard Pleureur de Tokushima : Konaki-jijii

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesTokushima

Le Konaki-jiji est un yōkai des montagnes du district de Miyoshi, dans l’actuelle préfecture de Tokushima. Malgré son apparence de vieillard, il pousse sur les chemins des cris semblables à ceux d’un nourrisson. Un passant pris de pitié qui le soulève sent son poids augmenter peu à peu, jusqu’à être écrasé. Le Yōkai dangi de Yanagita Kunio, publié en 1956, rapproche ce récit de toute une famille de créatures pleurant comme des bébés à travers Shikoku, notamment le Gogya-naki ou l’Okyā-kyā. Yanagita remarque aussi que le motif du fardeau qui devient toujours plus lourd existe chez l’Obariyon et l’Ubume, deux figures liées au portage, à la grossesse ou au nourrisson, et suggère qu’une combinaison tardive de traditions a pu façonner la forme actuelle. À partir de 1968, son rôle récurrent dans GeGeGe no Kitarō de Mizuki Shigeru lui donne une notoriété nationale et fait de lui l’un des yōkai locaux les plus familiers du Japon contemporain.

Sunakake-baba

Sunakake-baba

Légendaire

su-na-ka-ke-ba-ba

La Sorcière de Sable Invisible : Sunakake-baba

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesNara

La Sunakake-baba est connue à Nara, Hyōgo et Shiga. Près d’un sanctuaire, dans un bois peu fréquenté, une bambouseraie ou depuis la branche d’un pin, elle jette du sable sur les passants pour les surprendre. Le Yōkai dangi de Yanagita Kunio, publié en 1956, la décrit comme une apparition qui répand brusquement du sable lorsqu’on passe dans l’ombre d’un bois désert ou d’un sanctuaire, en précisant que personne ne l’a jamais vue. Le Yamato mukashibanashi de Sawada Shirōsaku, médecin et ami de Yanagita, constitue la source directe de cette notice. Aucun rouleau ancien ne lui donne de forme. Avant que Mizuki Shigeru n’impose après-guerre, dans GeGeGe no Kitarō, l’image d’une vieille femme en kimono, la Sunakake-baba n’existait donc que par le bruit et le contact du sable : un rare exemple de yōkai dépourvu d’apparence visible.

Nurikabe

Nurikabe

Épique

nou-ri-ka-bé

Nurikabe (tradition du bord de route)

Classifications GénéralesFukuokaOita

Yōkai connu comme un « mur » invisible qui bloque le passage la nuit. Le marcheur s’arrête net, et même en tâtonnant, il sent une surface plane qui l’empêche d’avancer. On dit qu’attendre un moment, se décaler sur le côté ou taper le sol avec un bâton suffit souvent à dissiper l’entrave. Son apparence n’est pas fixée : soit invisible, soit une paroi lisse et informe. Il nuit rarement aux humains au-delà d’égarer les voyageurs, raison de sa crainte comme fauteur de méprise.

Hakutaku

Hakutaku

Divin

ha-ku-ta-ku

Conforme aux traditions iconographiques

Divinités et êtres sacrésCréature auspicieuse d’origine chinoise, diffusée au Japon à l’époque d’Edo comme image protectrice contre les calamités.

Le Hakutaku, ou Bai Ze en chinois, est une bête de bon augure issue des traditions anciennes de Chine. Il comprend la langue humaine et connaît tous les êtres étranges, esprits, démons, maladies et calamités du monde. Comme le qilin ou le phénix, il n’apparaîtrait que sous le règne d’un souverain vertueux. La connaissance qu’il transmit aurait été consignée dans le Bai Ze Tu, un livre destiné à reconnaître et repousser les êtres surnaturels. Dans l’iconographie classique, il ressemble à un lion blanc pourvu de deux cornes bovines et de plusieurs yeux sur le front et les flancs. Toriyama Sekien, dans le Konjaku Hyakki Shūi, lui donne trois yeux sur la tête et trois sur chaque côté du corps, soit neuf au total ; cette image est devenue la référence japonaise. Ces yeux multiples symbolisent une intelligence capable de voir à travers toutes les manifestations inquiétantes. À l’époque d’Edo, le dessin du Hakutaku circulait comme talisman : il protégeait les voyageurs, écartait les maladies et, à l’instar du Baku censé dévorer les cauchemars, servait parfois à préserver le sommeil. Le Hakutaku ne triomphe pas des yōkai par la force. Sa puissance réside dans le savoir : il nomme les dangers, en révèle la nature et enseigne comment s’en prémunir. Il incarne ainsi la connaissance et le classement des créatures étranges, presque comme un ancêtre symbolique de l’étude des yōkai. Le nombre de ses cornes et de ses yeux, tout comme sa forme de lion ou de bovin, varie cependant selon les textes et les artistes.

Raijū

Raijū

Légendaire

rai-jū

Bête de tonnerre des traditions du district de Kuji

Métamorphoses et esprits animauxIbarakiAkita

Le Raijū est un yōkai animal qui, croyait-on, tombait du ciel avec les orages violents et la foudre. Son apparence n’a jamais été fixée. Dans le Gendō hōgen de Kyokutei Bakin, il ressemble à un loup doté de deux pattes avant, de quatre pattes arrière et d’une queue fourchue. Le Sunkoku zasshi, géographie de l’ancienne province de Suruga, décrit celui du mont Takakusa comme un animal d’environ deux shaku, semblable à une belette mais rappelant aussi un chat. Ailleurs, on le compare au tanuki, au renard ou à d’autres petits mammifères. Son pelage serait gris ou noirâtre, parfois brun doré au jour, parfois long et fortement odorant. Sa taille varie d’une souris à deux shaku et demi ; dans la province d’Inaba, le « dragon du tonnerre » atteindrait même huit shaku. Les récits lui attribuent surtout des griffes aussi acérées que celles d’un aigle. Il vole sur les nuages d’orage et, lorsqu’il chute, déchire l’écorce des arbres, laissant des brûlures ou des fentes dans le tronc. Les personnes proches d’un impact pourraient perdre leurs esprits et rester hébétées. Une fois l’orage terminé, la bête remonterait au ciel sur les nuages. Les témoignages de capture, d’élevage ou d’exposition de Raijū témoignent aussi de la passion de l’époque d’Edo pour l’histoire naturelle et les curiosités.

Kudan

Kudan

Épique

ku-dan

Kudan des éditions sur tuiles de la fin d’Edo

Yōkai humanoïdes et êtres hybridesKyotoHiroshima

Le Kudan est une créature prophétique mi-humaine mi-bovine, largement diffusée à la fin de l’époque d’Edo. Doté d’un visage humain et d’un corps de bovin, il apparaît pour annoncer la conjoncture ou les récoltes, puis meurt peu après. Des gravures populaires (kawaraban) et des livrets de l’ère Tenpō le mentionnent, avec des variations sur le lieu d’apparition et l’aspect. Certains avis affirment que son image affichée protège du malheur et favorise la prospérité domestique, bien que le récit diffère selon les régions et les sources. Le lien direct avec l’expression « comme indiqué ci-après » (kudan no gotoshi) relève de l’interprétation populaire.

Shiranui

Shiranui

Peu commun

shi-ra-NOU-i

Guide-feu de Hassaku

Esprits AquatiquesKumamotoSaga

Le Shiranui est un feu mystérieux aperçu le long des côtes du Kyūshū, surtout dans la mer de Yatsushiro et la mer d’Ariake. La nuit du premier jour du huitième mois lunaire, par temps calme et lune noire, une ou deux « flammes mères » apparaissent au large, se divisent à gauche et à droite et se multiplient jusqu’à former des centaines, voire des milliers de lueurs alignées à l’horizon. On les distingue mal depuis le niveau de la mer, mais nettement depuis un point élevé. Plus on tente de s’en approcher, plus elles semblent reculer. Également appelées Mille Lanternes et Lanternes du dragon, elles étaient craintes comme un présage funeste interdisant la sortie en mer.

Hitodama (âme humaine luminescente)

Hitodama (âme humaine luminescente)

Épique

hi-to-DA-ma

Hitodama (version des récits traditionnels)

Fantômes et EspritsJapon, diverses régions

Les hitodama sont des phénomènes spirituels observés la nuit sous forme de petites boules de feu flottant dans l’air, interprétées autrefois comme des âmes quittant le corps humain. Les couleurs rapportées varient (bleu pâle, orangé, rouge), avec une traîne lumineuse qui dérive près du sol. Souvent confondus avec les onibi ou le feu-renard, les hitodama se distinguent comme l’émanation lumineuse de l’âme humaine, parfois présage liée à la mort ou au seuil entre vie et mort. Ils abondent dans les classiques, essais d’époque et traditions locales, et des témoignages modernes subsistent.

Amabié

Amabié

Légendaire

a-ma-bi-é

Conforme aux récits des kawaraban

Êtres Semi-HumainsKumamoto

Yōkai prophétique apparu, dit-on, à la mi-avril de la 3e année Kōka, au large de Higo. Il émettait une lueur chaque nuit depuis la mer, se présenta à un fonctionnaire en se nommant Amabié, annonçant six années d’abondantes récoltes mais aussi une épidémie. Il recommanda, face au fléau, de montrer son effigie aux gens, puis regagna la mer. On ne connaît qu’un seul enregistrement de type kawaraban, les détails restant obscurs.

Kuchisake-onna

Kuchisake-onna

Légendaire

くちさけおんな

La Femme au masque rouge / La Kuchisake-onna de 1979

Yōkai humain / Mi-humain mi-yōkaiLégende urbaine moderne originaire de Gifu en 1978, sans lieu sacré spécifique

Kuchisake-onna (La Femme à la bouche fendue) est une légende urbaine moderne représentative du Japon d'après-guerre, apparue dans la préfecture de Gifu entre 1978 et 1979 avant de se propager dans tout le pays. Le schéma typique est le suivant : une belle femme, dont le bas du visage est caché par un masque, arrête les enfants dans la rue la nuit et leur demande : « Suis-je belle ? » Selon la réponse, elle retire son masque pour révéler une bouche fendue jusqu'aux oreilles et demande à nouveau : « Même comme ça ? » — si on lui répond non, elle attaque avec des ciseaux ou un couteau de boucher. La première mention se trouverait dans la chronique « Notes de la rédaction » du Gifu Nichinichi Shimbun le 26 janvier 1979, et à partir de mars 1979, des magazines nationaux tels que le Shukan Asahi, le Shukan Shincho, le Shukan Josei et le Josei Jishin s'en sont emparés les uns après les autres. Le phénomène a atteint son apogée en juin de la même année lorsque le numéro du 29 juin du Shukan Asahi a publié un grand dossier d'Etsuro Hiraizumi intitulé « L'étrange rumeur de la \"Femme à la bouche fendue\" qui terrifie les écoliers et collégiens de tout le pays ». À Himeji, dans la préfecture de Hyogo, une imitatrice déguisée en Kuchisake-onna a été arrêtée pour violation de la loi sur le contrôle des armes ; à Koriyama (préfecture de Fukushima) et Hiratsuka (préfecture de Kanagawa), des voitures de police ont été dépêchées ; et à Kushiro (Hokkaido) et Niiza (Saitama), des retours groupés de l'école ont été organisés. La rumeur a provoqué de véritables réactions sociales. Il s'agit d'un cas rare incarnant la genèse des yōkai à l'ère des médias de masse, qui a conquis le pays en six mois grâce au lien entre les cours du soir et les magazines nationaux, et non d'une légende issue de croyances populaires ou de traditions locales de l'époque d'Edo. Depuis que Toru Joko l'a organisée académiquement dans « Histoires de fantômes à l'école » en 1990, elle n'a cessé d'être étudiée comme un cas représentatif de la recherche sur les yōkai modernes et les légendes urbaines.

Teketeke

Teketeke

Épique

てけてけ

Teketeke, la créature à demi-corps qui court dans la cour

Esprit / FantômeHistoires de fantômes scolaires répandues dans tout le Japon (origine inconnue ; le nom s’est fixé dans l’édition et l’audiovisuel vers 1993-1994)

Au bord de la cour après les cours, on aperçoit quelque chose dont il manque la moitié du corps. Cela paraissait loin ; l’instant suivant, le bruit de ses coups contre le sol résonne tout près. Teketeke est une légende scolaire contemporaine : une créature réduite au haut ou au bas du corps traverse la cour ou le bâtiment de l’école et pourchasse les gens. L’image aujourd’hui la plus connue est celle d’une jeune femme qui, après avoir perdu le bas du corps dans un accident ferroviaire, avance sur ses bras ou ses coudes. Pourtant, d’après Chiaki Konaka, scénariste du téléfilm Yōkai Teketeke en 1994, les recueils de récits de fantômes à l’école qu’il avait lus lors de sa préparation, parus vers 1993-1994, faisaient courir aussi bien des demi-corps supérieurs que des demi-corps inférieurs ; il s’agissait le plus souvent de vieilles femmes et aucune histoire d’origine n’était donnée. Avant la biographie d’une morte dans un accident, il y eut donc une scène brève, facile à raconter : un demi-corps qui se déplace avec un bruit et une rapidité anormaux. Le nom « Teketeke » est le plus souvent expliqué par le bruit produit quand le corps ou les bras frappent le plancher ou le sol. Autour de lui résonnent d’autres noms : Patapata-san à Kagoshima, Kotokoto-san dans le Shiga, Katakata dans le Kanagawa, ainsi que Hijikake-babaa, Hijiko-san ou Hijikake-onna. On peut penser que plusieurs récits de membres ou de parties du corps se déplaçant au son d’onomatopées répétées se sont rassemblés, à travers l’édition et l’audiovisuel des années 1990, sous le nom de « Teketeke ». Le sexe, l’âge, la partie manquante, le lieu d’apparition, la vitesse et la manière de nuire changent donc selon l’école et la génération qui racontent l’histoire. Le nom de « Teketeke » se détache nettement dans les publications vers 1993-1994. Des traces plus anciennes subsistent toutefois dans des souvenirs recueillis plus tard. Un témoignage envoyé en 2004 se rappelait avoir entendu une histoire semblable à Okinawa vers 1980, et un récit transmis d’un enseignant à ses élèves dans un lycée pourrait remonter à la fin des années 1980 ou au début des années 1990. Ces souvenirs ne convergent pourtant ni vers une gare ni vers un accident unique. Des créatures à demi-corps mémorisées dans plusieurs régions ont fini par être appelées du même nom à répétition sonore. Les récits locaux sont plus libres que la figure popularisée par le cinéma. Dans une histoire signalée en 2001 au lycée Rokko Island de Kobe, croiser le regard de Teketeke-san dans un miroir déclenche la poursuite. Dans une forme de récit lycéen étudiée en 2022, Teketeke est un demi-corps masculin qui fait tourner frénétiquement ses mains et son cou, mais poursuit sa proie à la vitesse d’un humain. Ces contradictions ne sont pas des erreurs : elles relèvent de l’art des histoires scolaires, où la voix du narrateur, les bruitages et les gestes suscitent à la fois peur et rire. Au demi-corps s’est ensuite ajouté un récit d’origine : celui d’une femme morte dans un accident ferroviaire. S’y sont ajoutés une mort dans les trois jours ou les 72 heures suivant la rencontre, une échappatoire fondée sur la bonne réponse, et le sectionnement par une faucille ou une scie. La règle selon laquelle la créature vient dans les trois jours chez quiconque a entendu l’histoire et pose une question est particulièrement caractéristique des récits du cycle Kashima-san. C’est là un mécanisme fortement présent dans ces histoires de fantômes. Par l’image proche du demi-corps et du chemin de fer, les deux récits ont échangé leurs noms et leurs règles. Le film Teketeke de Kōji Shiraishi, sorti en 2009, a réuni en un seul récit d’origine le suicide ferroviaire d’après-guerre à Kakogawa, Kashima Reiko et le délai de 72 heures après la rencontre. La saisissante figure féminine donnée par le film a largement façonné ce qui paraît depuis typique de Teketeke. Au cœur de la légende, pourtant, continue de vivre une scène très simple : un demi-corps qui poursuit sa victime en produisant un son semblant prononcer son nom. À chaque passage dans une salle de classe, un miroir, un couloir, une voie ferrée, une image ou un jeu, la créature revêt une nouvelle apparence et de nouvelles règles.

Hasshaku-sama

Hasshaku-sama

Légendaire

Hasshaku-sama

Hasshaku-sama, la grande femme en robe blanchâtre

Esprit / FantômeEn ligne (forum occultiste de 2channel)

Au début des vacances de printemps, une voix humaine sans paroles monte d'un jardin jusqu'à la véranda d'une ferme. Après un son entre « po » et « bo », un chapeau traverse le haut d'une haie d'environ deux mètres et une femme en robe blanchâtre paraît, la tête plus haute que la haie. Hasshaku-sama est une grande histoire d'horreur du Net japonais contemporain, née quand les proportions familières cessent de correspondre. Les grands-parents du narrateur reconnaissent un danger local : une femme d'environ huit shaku, parfois jeune femme en deuil, vieille femme en tomesode ou femme mûre en tenue de travail. Son apparence féminine, sa taille anormale, ce qu'elle porte sur la tête et son rire proche d'une voix d'homme demeurent communs. Un shaku valant trente-trois dixièmes de mètre, huit shaku font environ 2,424 mètres. Le texte ne fixe ni chapeau, ni cheveux ni visage, laissant place aux images ultérieures. Dans un secteur dont la ville et l'ancien village sont cachés, quatre Jizō ferment les limites cardinales. Talismans, fenêtres obturées, sel, statue bouddhique et prières protègent le narrateur toute une nuit ; au matin, sept parents éloignés et Mme K l'entourent dans un véhicule pour le conduire hors de la limite. Dix ans plus tard, la destruction du Jizō du chemin vers son domicile laisse craindre le retour de la voix. Le point de départ attestable est la série de messages 908 à 916 publiée le 26 août 2008 sur le forum occultiste de 2channel, dans le fil « Recueillons des histoires effrayantes au point d'en mourir de peur ? 196 ». Le même utilisateur anonyme les publia en neuf minutes, de 9 h 45 min 56 s à 9 h 54 min 54 s. Le fil accueillait récits vécus et fictions et aucune source indépendante ne confirme un lieu ou un événement réel : Hasshaku-sama relève donc du folklore du Net. Avant le 22 septembre 2008, elle était reprise sous ce titre sur une anthologie Sharekowa. Elle est devenue un objet d'étude du folklore et des récits populaires, tandis que la compilation *Fūin Eizō 16* et *Otherside Picnic* et son anime lui ont donné de nouvelles voix, images et actions.

Kunekune

Kunekune

Épique

くねくね

La silhouette blanche au loin dans la campagne : Kunekune

Esprit / FantômeHistoire de fantôme moderne issue d'Internet vers 2000

Le Kunekune est une apparition humanoïde blanche apparaissant dans les paysages ruraux, originaire des légendes urbaines d'Internet du début des années 2000. Observé en plein jour au milieu de l'été, il est aperçu au loin dans les rizières, sur les berges des rivières ou les plages, se tenant debout et se tortillant de gauche à droite comme une fine poupée de papier blanc. Sa caractéristique principale est une structure d'horreur basée sur la cognition : « Il est inoffensif lorsqu'il est vu de loin, mais essayer de comprendre sa véritable identité à l'aide de jumelles ou autres provoque la folie. » Il est connu que l'histoire fictive publiée sur un site de contes fantastiques en 2000 a perdu son avertissement « fiction » lors de sa republication sur le forum occulte de 2channel en 2003, circulant ensuite de manière indépendante comme une histoire vraie. C'est l'un des exemples représentatifs d'une « histoire de fantôme de forum » née sur Internet, et une entité symbolique du boom des histoires d'horreur sur 2ch au début des années 2000, précédant Hachishakusama (2008).