Des sources locales plus tardives font apparaître un Ittan-momen qui arrive au crépuscule et s’enroule autour de la tête ou du cou. Une enquête orale menée à Kimotsuki[3] rapporte des récits d’Ikenosono, Hami, du mont Gongen et des rives du Kimotsuki, tout en signalant des villages où cette tradition était inconnue. L’Ittan-momen ne forme donc pas un récit uniforme dans toute la préfecture de Kagoshima : il demeure une apparition dont le souvenir varie d’un lieu à l’autre dans une zone restreinte de l’Ōsumi.
Le « Yōkai meii (IV) », paru dans Minzoku Denshō en 1938[1], cite l’Ittan-momen parmi les monstres de Takayama, dans l’Ōsumi. La notice est brève : une chose de la forme d’un Ittan-momen apparaît, voltige de nuit et attaque les gens. Pourtant, les quelques lignes contiennent déjà les traits essentiels de l’être : le pays de Takayama dans l’Ōsumi, la nuit, une forme longue évoquant un rouleau de tissu, un mouvement qui semble pris par le vent et un danger qui s’avance vers l’humain. Parmi les sources publiées actuellement repérées, c’est l’une des plus anciennes mentions.
Les sources locales ultérieures précisent davantage l’attaque. Dans les récits d’Ikenosono et de Hami, rapportés par l’office de tourisme de Kimotsuki d’après la Chronique locale de Takayama[3], l’Ittan-momen arrive au crépuscule, s’enroule autour de la tête ou du cou et coupe le souffle. On se souvenait aussi qu’à Heigoen, à Hami, son nom servait à réprimander les enfants qui restaient dehors trop tard. L’image de l’étoffe qui serre le cou ne figure pas dans les textes concis de 1938 et de 1942 : elle relève de récits locaux rapportés plus tardivement.
Les traditions varient jusque dans leurs lieux. La même enquête mentionne un récit selon lequel l’Ittan-momen venait du mont Gongen près d’Okazaki, à Kushira, ainsi que l’idée que les histoires étaient nombreuses le long du Kimotsuki en amont de Hami ; elle précise aussi que Kawakami, Uchinoura et Kishira ne connaissaient pas cet être. Un recueil de 1989 à Tadoko, dans le bourg de Shibushi[6], rapporte encore qu’un « ittan momen » apparaissait dans un camélia devant une porte. Un même nom a ainsi pu se charger, selon les villages, de petites scènes différentes.