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Contes du renard

De la bête sauvage à l'épouse, du moine au messager divin et au renard yōkai : les légendes en perpétuelle évolution

Contes du renard

15 yokai

L’essentiel

Les contes japonais sur les renards ne se limitent pas à un seul type. Renards des champs trompeurs, renards se transformant en épouses ou beautés, Hakuzōsu déguisé en moine, Kuda-gitsune et Osaki-gitsune employés par les familles ou sorciers, concepts littéraires de Tenko et Kūko, ou Tamamo-no-Mae menaçant la cour—leurs rôles diffèrent selon l'époque et la région. De plus, la divinité Inari Ōkami n'est pas un renard, mais les renards blancs sont ses messagers. Ce dossier retrace les vastes récits sur les renards en évitant de confondre animaux sauvages, yōkai, esprits possesseurs, messagers divins et iconographie bouddhiste.

Le Renard : Un Animal Proche de l’Homme Avant d’Être un Yōkai

Les renards vivent dans les champs et au pied des montagnes. Ils crient dans la nuit et disparaissent dans les broussailles à peine aperçus. C’est parce qu’ils vivent si près des villages humains tout en restant insaisissables que sont nées les légendes sur leurs pouvoirs mystiques : prendre forme humaine, créer des illusions ou prédire l’avenir. Le charme du folklore lié au renard ne réside pas dans une définition unique de « yōkai renard », mais dans la superposition de ses multiples facettes : animal sauvage, membre de la famille, messager divin, esprit possesseur et personnage de théâtre.

Sur cette page, nous ne classerons pas tous les renards selon une hiérarchie stricte menant au Renard à neuf queues. Des titres comme « Tenko » (Renard céleste) ou « Kūko » (Renard du vide) ne sont pas des rangs universels figés depuis l’Antiquité ; leurs significations ont varié au fil des essais et des textes religieux de l’époque prémoderne. En examinant les contextes locaux et les sources originales, nous découvrirons comment les renards se sont insinués dans le monde des humains.

Yako : Les Renards Trompeurs des Champs, Feux Follets et Fausses Processions

Le terme « yako » (renard des champs) désigne généralement les renards qui trompent les humains près des villages. Les récits de renards égarant les voyageurs, empruntant les traits de connaissances ou créant des lumières fantomatiques ressemblant à des processions nuptiales se retrouvent dans tout le Japon, se confondant souvent avec les histoires de métamorphose des tanuki (chiens viverrins). Même les rumeurs modernes de faux trains fantômes apparaissant sur les routes nocturnes montrent comment les anciennes capacités de métamorphose des renards ou des tanuki ont été réadaptées pour expliquer l’arrivée du chemin de fer.

Un nom spécifique à une région, comme le « Tamehachi-gitsune », ne peut résumer la nature de tous les renards du pays. Comme le montrent les archives de folklore régional, les phénomènes étranges causés par les renards, les moyens de s’en prémunir et la façon dont ils sont perçus varient grandement d’un endroit à l’autre.

La Femme-Renarde : Kuzunoha et les Contes de Mariage Intersubjectif

Kuzunoha est célèbre grâce à une légende très connue : un renard secouru se transforme en femme, devient l’épouse d’Abe no Yasuna et lui donne un enfant. Lorsque sa véritable identité est découverte, elle s’en va en laissant derrière elle un poème poignant : « Si tu m’aimes, viens me chercher dans les bois de Shinoda à Izumi, la malheureuse Kuzunoha. » Cette scène est devenue très populaire dans le Jōruri (théâtre de marionnettes) et le Kabuki.

L’épouse renarde n’est pas toujours une séductrice destructrice. Elle soutient le foyer et aime son enfant, mais doit inévitablement faire face à la séparation car la frontière entre l’homme et la bête ne peut être franchie. Ses pouvoirs de métamorphose sont une tromperie, mais ils sont aussi la forme nécessaire qu’un être surnaturel doit adopter pour vivre parmi les humains.

Le Renard Démoniaque de la Cour : Tamamo-no-Mae et le Renard à Neuf Queues

Tamamo-no-Mae apparaît d’abord comme une femme d’une beauté et d’une intelligence incomparables, favorite de l’empereur Toba, avant que sa véritable nature ne soit révélée par un Onmyōji. Elle est pourchassée à Nasuno et transformée en Sesshō-seki (la Pierre tueuse). Cependant, elle ne fut pas toujours décrite comme ayant « neuf queues » dans les premières versions du récit. Comme le démontrent les recherches retraçant l’évolution de son image, c’est l’influence des représentations chinoises du renard à neuf queues, mêlée au théâtre et aux publications, qui a façonné la figure que nous connaissons aujourd’hui.

Le Renard à neuf queues est également présent dans les classiques chinois, possédant des aspects à la fois de bon augure et calamiteux. L’idée que tous les renards japonais évoluent pour acquérir neuf queues avec le temps est une synthèse moderne, et non un système unifié datant de l’Antiquité.

Le Renard Déguisé en Moine : Hakuzōsu et la Pièce 'Tsurigitsune'

Hakuzōsu est un vieux renard qui se déguise en moine pour convaincre un chasseur d’arrêter de tuer ses semblables. Croyant son sermon réussi, il baisse la garde et se jette sur un rat utilisé comme appât, révélant ainsi sa véritable nature. Cette intrigue alimente la tension et l’humour de la pièce de Kyōgen *Tsurigitsune* (La pêche au renard). Comme le souligne le commentaire de la bibliothèque numérique culturelle, la frontière entre l’humain et le renard est magistralement exprimée sur scène par l’utilisation de masques, de postures et de mouvements.

Le « Bake-no-kawagoromo » (Robe de fourrure métamorphe) est un tsukumogami (yōkai objet) dessiné par Toriyama Sekien, représentant une robe en peau de renard devenue un monstre. Bien que ses origines diffèrent des légendes de renards vivants, il illustre parfaitement les métaphores visuelles centrales du folklore du renard : « revêtir une peau » et « changer d’identité ».

De Minuscules Familiers : Kuda-gitsune et Osaki-gitsune

Le Kuda-gitsune (Renard-pipe) est décrit comme une créature semblable à un renard, assez petite pour tenir dans un tube de bambou, souvent mentionnée dans les histoires de sorciers qui les commandent. L’Osaki-gitsune est également un esprit possesseur connu dans les régions du Kantō et du Chūbu, mais son apparence, ses origines et ses liens avec les lignées familiales varient selon les localités. Bien qu’ils apportent la richesse, ils sont aussi transmis de génération en génération, ce qui a conduit à des discriminations envers les familles considérées comme « possédées par les renards ».

Les légendes de possession ne doivent jamais être considérées comme la preuve de réels pouvoirs surnaturels, ni comme caractéristiques de la nature des habitants de régions spécifiques. Elles doivent plutôt être comprises comme un phénomène folklorique : une projection des angoisses communautaires liées à la maladie, au statut social, à la richesse et au mariage sur l’image du renard.

Tenko, Kūko, Kiko : Où Ces Noms Ont-ils Été Organisés ?

Des noms comme Tenko (Renard céleste), Kūko (Renard du vide) et Kiko (Renard spirituel) apparaissent dans des textes à partir de l’époque prémoderne pour qualifier des renards très âgés ou dotés de grands pouvoirs spirituels. Les caractères utilisés, leur ordre hiérarchique et leurs significations diffèrent selon les sources, bien que la fiction moderne les regroupe souvent dans un système de classement simplifié. Plutôt que de représenter une progression universelle allant du renard des champs au renard à neuf queues, ces termes nous aident à comprendre comment différents textes ont cherché à codifier la nature spirituelle des renards.

Inari Ōkami N’est Pas un Renard : Distinguer la Divinité du Messager

Inari Ōkami est une divinité que l’on prie pour des récoltes abondantes, la prospérité des affaires et la sécurité du foyer : ce n’est pas un renard en soi. Le sanctuaire de Fushimi Inari Taisha explique officiellement que les renards blancs sont les « familiers » ou messagers de la divinité. La vérification de l’histoire du Fushimi Inari Taisha montre à quel point il est important de ne pas confondre la divinité vénérée avec les statues de renards présentes sur les lieux.

Dakiniten est une divinité bouddhiste souvent représentée au Japon chevauchant un renard blanc, reflétant un syncrétisme avec le culte d’Inari. Ici aussi, le renard est distingué non pas comme un « yōkai », mais comme une entité religieuse accompagnant la divinité.

Comment Apprécier Correctement les Contes de Renards

Les renards ne peuvent être simplement classés comme entièrement bons ou mauvais, ni catégorisés de manière absolue comme des dieux ou des yōkai. Ce sont des animaux sauvages qui saccagent les cultures, des êtres étranges qui ensorcellent les humains, des épouses dévouées qui aiment leur famille, des messagers divins et des figures comiques sur scène. Ne pas forcer ces images apparemment contradictoires dans un moule unique est le meilleur moyen de préserver la richesse du folklore du renard.

Dans la section « Yōkai inclus » ci-dessous, nous avons rassemblé des entités liées à la métamorphose, au mariage intersubjectif, aux légendes de cour, à la possession, aux hiérarchies spirituelles des renards et au culte d’Inari. Nous vous invitons à commencer par celui qui attire votre attention et à explorer les terres et les textes où son nom a été enregistré.

Mis à jour: 16/07/2026
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Yokai inclus

15 yokai sont inclus

Ces yokai ont aussi des cartes artistiques

10 cartes — ukiyo-e, Japon moderne…

Renard à neuf queues

Renard à neuf queues

Légendaire

Kyubi no Kitsune

Renard à neuf queues au visage blanc et au pelage doré

Animal métamorpheKyotoTochigi

Le renard à neuf queues est un esprit-renard qui aurait vécu si longtemps et accumulé une telle puissance que sa queue se serait divisée en neuf. Mais son nom ne désigne pas seulement un renard doté de nombreuses queues. Dans l'imaginaire japonais des yokai, il est la plus vaste figure du renard: il relie le culte du renard, la foi d'Inari, la possession par les renards, les récits de beautés qui ébranlent le pouvoir, et la grande ligne narrative allant de Tamamo-no-Mae à la pierre meurtrière Sesshoseki. Son origine renvoie à la Chine ancienne. Dans le Nanshan jing du Shanhai jing, le mont Qingqiu abrite une bête semblable à un renard, pourvue de neuf queues, poussant un cri d'enfant et dévorant les humains. Ce renard est monstrueux; pourtant, dans la Chine ancienne, le renard à neuf queues pouvait aussi être un animal de bon augure, signe d'un âge pacifié. Les textes chinois et japonais ultérieurs ont superposé le renard faste et le renard qui égare, faisant du renard à neuf queues à la fois une bête sacrée et un esprit capable de perdre un royaume. Au Japon, les traditions du renard se sont déployées dans deux directions. D'un côté se trouve le renard blanc, messager d'Inari, protecteur des champs, du commerce et de la prospérité domestique. Selon Fushimi Inari Taisha, Inari serait descendu sur le mont Inari en 711; la foi d'Inari s'étend aujourd'hui à quelque trente mille sanctuaires dans tout le pays. De l'autre côté se trouvent les renards sauvages et les esprits possesseurs qui trompent les humains, s'attachent aux maisons ou dominent un terroir: yako, kuda-gitsune, osaki, izuna et d'autres encore. Le renard à neuf queues se tient entre ces deux pôles. Il possède la noblesse presque divine du renard blanc, mais aussi le danger de pénétrer la société humaine de l'intérieur et d'en ébranler le pouvoir. Au Japon, ce sont surtout les récits de Tamamo-no-Mae et de la Sesshoseki qui ont fixé son image. Tamamo-no-Mae est une beauté sans égale aimée de l'empereur retiré Toba; découverte comme renarde, elle fuit vers Nasu, est tuée, puis devient une pierre venimeuse. Ces trois noms sont liés, mais ne sont pas synonymes. Le renard à neuf queues est la vraie forme; Tamamo-no-Mae est l'incarnation de cour; la Sesshoseki est ce qui reste après la mort. Une fois ces étapes jointes, le renard n'est plus seulement un animal qui dupe les hommes. Il devient un grand esprit-renard portant la beauté, l'intelligence, la politique, la mort et l'apaisement rituel.

Tamamo-no-Mae

Tamamo-no-Mae

Légendaire

Tamamo-no-Mae

Tamamo-no-Mae, le renard à neuf queues aimé de l’empereur Toba

Animaux métamorphesKyotoTochigi

Tamamo-no-Mae est une beauté sans égale qui, à la fin de l’époque de Heian, aurait servi l’empereur retiré Toba. On tient sa vraie forme pour celle d’un renard à neuf queues, mais en tant qu’humaine, Tamamo-no-Mae a surtout été célébrée comme une dame de cour d’une beauté rare et d’un profond savoir. La poésie et la musique allaient de soi, mais des écritures bouddhiques jusqu’aux récits anciens de l’Inde et de la Chine, elle répondait à toute question sans la moindre hésitation, au grand étonnement de la cour. Le nom de « Tamamo-no-Mae » porte lui aussi son histoire. Une nuit, au cœur d’un banquet de poésie et de musique au Seiryōden, un coup de vent éteignit les lampes ; dans l’obscurité, une lumière éblouissante jaillit de son corps et éclaira la salle comme en plein jour. De là vint son nom de « Tamamo-no-Mae », c’est-à-dire la dame aux algues lumineuses comme des joyaux . Auparavant, dit-on, on l’appelait Mikuzume. Elle finit par concentrer sur elle toute l’affection de l’empereur, mais lorsque celui-ci tomba malade sans cause connue, on commença à soupçonner sa vraie nature.

Kuzunoha

Kuzunoha

Légendaire

くずのは

Renard blanc épouse humaine

RenardOsaka

Kuzunoha est une renarde métamorphe vivant dans la forêt de Shinoda, qui devient une épouse humaine et est plus tard évoquée comme la mère de l'onmyoji Abe no Seimei. Le cœur de l'histoire, bien qu'il s'agisse d'un conte de métamorphose de renard, met au premier plan la gratitude, le lien conjugal et la séparation d'une mère et de son enfant, plutôt que la terreur d'un monstre se transformant pour tromper les humains. L'intrigue selon laquelle un renard sauvé dans la forêt de Shinoda se transforme en une femme nommée Kuzunoha, épouse Abe no Yasuna et donne naissance à Dojimaru, a été largement structurée sous le nom de « Renard Kuzunoha » dans le théâtre joruri et kabuki du début de l'époque moderne. Dans la bibliographie de la Bibliothèque nationale de la Diète, on peut confirmer la lignée des pièces Ashiya Doman Ouchi Kagami, y compris le titre Shinoda-zuma Urami Kuzunoha (L'épouse de Shinoda : La Chagrinée Kuzunoha). Kuzunoha est devenue bien plus qu'une simple renarde épouse ; elle est une entité qui éclaire les légendes de Seimei depuis l'histoire d'une mère. Une caractéristique de Kuzunoha est que son pouvoir spirituel de renard se manifeste à l'intérieur de la maison. Alors que le Renard à Neuf Queues ou Tamamo-no-Mae revêtent souvent un pouvoir démoniaque tourné vers l'extérieur qui ébranle l'autorité royale, le pouvoir de Kuzunoha réside dans des scènes de la vie quotidienne : les portes coulissantes (shoji), la salle d'accouchement, le nom de l'enfant et le poème waka laissé à son départ. Lorsque sa véritable identité est découverte, le renard n'a d'autre choix que d'abandonner son enfant et de retourner dans la forêt. Le poème laissé — « Si je te manque, viens me chercher dans la forêt de Shinoda à Izumi, la chagrinée Kuzunoha » — fait en sorte que Kuzunoha soit mémorisée non pas comme un monstre terrifiant, mais comme une mère ayant franchi les frontières. L'estampe Ashiya Doman Ouchi Kagami : Abe Yasuna, Kuzunoha et Yokanpei conservée dans les archives numériques de la ville d'Izumi transmet également la scène de la séparation avec son enfant, montrant que l'image de Kuzunoha s'est cultivée à la fois sur scène et dans l'iconographie. Par conséquent, parmi les yokai renards, Kuzunoha est une entité qui nous amène à nous interroger sur « ce qu'elle a essayé de protéger même en se métamorphosant » plutôt que sur sa « capacité à se métamorphoser ». La terre de la forêt de Shinoda, le nom d'Abe no Seimei, le conte populaire de la renarde épouse, et les répertoires de kabuki et de bunraku se superposent, et elle s'impose comme une figure légendaire qui, bien qu'étant un yokai, porte le chagrin de la maternité et d'un mariage entre espèces.

Hakuzosu

Hakuzosu

Épique

はくぞうす

Renard blanc en moine

RenardYamanashi

Hakuzosu est un renard métamorphe qui emprunte la forme d'un moine, illuminant simultanément la propension humaine à tuer et les instincts du renard. L'intrigue la plus connue provient de la pièce de kyogen Tsurigitsune (Le Piège à Renard), où un vieux renard dont le clan a été piégé par un chasseur se déguise en oncle du chasseur, le moine Hakuzosu, et vient lui prêcher d'arrêter la chasse au renard. Là, le renard n'est pas simplement une bête trompant les humains. Le renard est évoqué comme une entité proche d'un dieu et manipule des mots admonestant le fait de tuer chez les humains, allant même jusqu'à s'appuyer sur les récits historiques de Tamamo-no-Mae et du Sessho-seki (la Pierre Tueuse). Cependant, sur le chemin du retour, le vieux renard ne peut résister à l'odeur de l'appât placé dans le piège et révèle finalement sa forme de renard. La terreur d'Hakuzosu réside non seulement dans l'habileté de sa métamorphose, mais dans le moment où l'intellect et l'instinct, la prédication et la faim, la foi et la bestialité se déchirent au sein d'un même corps. Hakuzosu est aussi un yokai qui nous amène à considérer la signification de la « forme » qu'un renard choisit lorsqu'il entre dans la société humaine. Dans les contes de renards où ils se transforment en belles femmes, en mères ou en voyageurs, la métamorphose devient souvent une porte d'entrée pour l'émotion ou le désir. Hakuzosu, cependant, revêt la robe d'un moine et arrête un humain par la voix de la prédication. La forme d'un moine représente une forme de connaissance et de réprimande en laquelle le village a confiance, et le renard emprunte cette autorité pour émouvoir le chasseur. Étant donné qu'Hakuzosu est également inclus dans le Ehon Hyaku Monogatari (Livre d'Images de Cent Histoires) publié en 1841, ce renard a été lu non seulement comme un rôle de théâtre, mais aussi comme un renard métamorphe préservé dans les recueils d'art de contes de fantômes de la fin de l'époque d'Edo. Si Kuzunoha de la forêt de Shinoda est un renard chargé de l'amour et de la séparation humains, Hakuzosu est le vieux renard déchiré entre les robes de moine et un piège, une entité qui a gravé la spiritualité et le péril du renard dans les gestes scéniques. Par conséquent, Hakuzosu n'est pas un héros exhibant ses capacités de transformation, mais un yokai montrant où la métamorphose s'effondre. Plus il ressemble à un humain, plus il peut parler des lois humaines, mais tant qu'il est un renard, il ne peut se séparer de l'appât, de l'odeur et de l'envie de vengeance. Cette contradiction transforme le conte de renard à la fois en un drame éthique et en une histoire de fantômes.

Yako (renard des champs)

Yako (renard des champs)

Peu commun

ya-ko

Le Yako — renard inférieur des troupes de Kyūshū

Animaux métamorphesNord de Kyūshū, Izumi et ailleurs (esprit renard de bas rang)

Le Yako (aussi lu nogitsune) passe pour le plus bas en rang parmi les renards yokai, à l’opposé des renards blancs, ces renards bienveillants vénérés comme messagers du dieu Inari. C’est un renard sauvage ordinaire des collines et des champs qui, avec l’âge, s’est mis à tromper et à posséder les hommes ; dans la hiérarchie des renards de l’époque d’Edo (Tenko, Kūko, Kiko, Yako), il était compté tout en bas. Alors que les renards supérieurs sont tenus pour des êtres spirituels sans forme, le Yako se distingue comme le seul rang censé conserver un corps de chair visible. D’autant plus proche du monde des hommes, il est depuis longtemps connu pour des méfaits concrets et familiers : égarer les voyageurs, prendre des déguisements pour les effrayer, posséder les gens. On l’écrit aussi yakan, un mot qui désignait à l’origine le chacal dans les écritures bouddhiques mais qui, au Japon, fut confondu avec le renard.

Renard Tamehachi

Renard Tamehachi

Peu commun

ta-mé-HA-tchi gui-tsu-né

Version légendaire de Kitayama-mura

Animaux métamorphesWakayama

Désignation collective du renard censé avoir possédé un homme nommé « Tamehachi » à Kitayama (Wakayama). On raconte qu’il manifesta un pouvoir surnaturel en franchissant une paroi de cascade à pic ; certaines versions attribuent aux traces en forme de stries visibles sur la falaise la preuve de cet exploit. Les récits mêlent parfois une joute entre un serpent et un ascète yamabushi, et d’autres affirment que le protagoniste était l’homme possédé. Personnage et époque restent inconnus ; l’anecdote est tenue pour un lien entre légende topographique et croyance en la possession par renard.

Kuda-gitsune

Kuda-gitsune

Rare

kuda-gitsune

Le renard possesseur tapi dans un tube de bambou : Kuda-gitsune

Yōkai animalNaganoYamanashi

Le Kuda-gitsune (renard en tube) est une possession spirituelle animale (tsukimono) dans les régions montagneuses centrales, dépeint comme un esprit renard assez petit pour tenir dans un tube de bambou ou une pipe. Centré dans le Shinano, il se superpose aux concepts de la magie d'Izuna, des dresseurs de renards et des lignées possédées (tsukimono-suji). On croyait qu'il était gardé par un maître pour posséder d'autres familles, apportant la maladie ou la richesse. Plutôt que de courir à travers champs et montagnes comme un renard ordinaire, il se tapit dans des tubes, sous les planchers, dans des pièces de stockage, entre les plis des vêtements et au sein des rumeurs des lignées familiales. Être petit et difficile à voir est ce qui soutient le pouvoir de ce renard. Contrairement aux renards vénérés comme messagers divins d'Inari, le Kuda-gitsune est un esprit renard profondément attaché aux maisonnées et au désir humain. Les familles qui en possédaient un devenaient riches, mais étaient craintes par leur entourage, conduisant à l'évitement dans le mariage et les relations sociales. Comme l'Inugami, l'Osaki-gitsune et le Yako, la croyance en la possession spirituelle n'était pas une simple histoire de fantôme individuelle, mais fonctionnait comme un mécanisme social pour expliquer la réputation familiale, la distribution inégale des richesses et les maladies de cause inconnue. Le Kuda-gitsune n'est pas simplement un petit animal dans un tube de bambou ; c'est le regard même de la communauté déclarant : « Cette famille détient un renard invisible. » La caractéristique déterminante de ce renard est que sa forme en tant que yōkai est inséparable de sa fonction sociale. Plus que de savoir si un petit renard existait réellement, le fait d'être considéré comme une « famille détenant un Kuda-gitsune » motivait la richesse, la maladie, le mariage et les prières. Le Kuda-gitsune est une possession spirituelle représentative démontrant le processus par lequel un esprit invisible se transforme en réputation d'une maisonnée.

Osaki-gitsune

Osaki-gitsune

Rare

osaki-gitsune

Le petit renard accroché aux lignées familiales : Osaki-gitsune

Yōkai animalSaitamaTokyo

L'Osaki-gitsune est une possession spirituelle animale (tsukimono) de petit renard dont on parle de la région du Kanto jusqu'à celle du Koshinetsu, fortement liée aux concepts de « Osaki-mochi » (détenteurs d'Osaki) et de « Osaki-suji » (lignées d'Osaki) qui possèdent des maisonnées spécifiques génération après génération. Sa forme est décrite de manière variable comme une petite bête semblable à une belette ou à une souris, un renard avec des caractéristiques de queue distinctes, ou un esprit renard invisible, et n'est jamais figée. Cependant, son essence ne réside pas dans son apparence physique, mais dans le fait d'être imaginé comme une possession invisible s'accrochant à la lignée d'une famille. L'Osaki-gitsune est un esprit renard qui génère simultanément la prospérité d'une famille et la suspicion de la communauté. On disait que les familles qui le possédaient devenaient riches, mais cette richesse était crainte comme non naturelle, conduisant parfois la famille à être évitée dans le mariage et les relations sociales. Comme le Kuda-gitsune et l'Inugami, c'est un type de croyance de possession spirituelle, mais l'Osaki a pris racine particulièrement profondément dans les sociétés villageoises des montagnes du Kanto jusqu'au Koshinetsu, fonctionnant comme la réputation d'une famille. Le yōkai n'est pas un incident ponctuel d'un renard ensorcelant quelqu'un ; la longue mémoire que « quelque chose a été dans cette famille pendant des générations » est le véritable habitat de l'Osaki-gitsune. La clé pour comprendre ce renard réside dans sa continuité en tant que « lignée » plutôt qu'en tant que yōkai individuel. L'Osaki ne se termine pas par une observation d'une nuit ; on en parlait comme de quelque chose d'attaché à une maison pendant des générations. Par conséquent, la terreur ne réside pas dans le moment de la rencontre, mais s'amplifie sur les longues périodes des lignées sanguines, du mariage, de la propriété et de la réputation.

Kiko (renard de souffle)

Kiko (renard de souffle)

Peu commun

ki-ko

Le Kiko — renard de rang moyen devenu un souffle de « ki »

Animaux métamorphesPartout au Japon (troisième rang dans la hiérarchie des renards)

Le Kiko est un esprit-renard qui, ayant approfondi ses pouvoirs au fil de longues années, a fini par abandonner son corps de chair pour devenir un être de pur « ki » (souffle vital). Les essais de l’époque d’Edo répartissent les rangs des renards en quatre degrés — Tenko, Kūko, Kiko et Yako — et placent le Kiko à l’avant-dernier, juste au-dessus du modeste Yako. Là où le Yako est le seul des quatre à conserver un corps de chair visible, tout renard à partir du Kiko est tenu pour un être spirituel et sans forme ; le Kiko se tient précisément sur cette ligne de partage — le renard posté au seuil où la bête cède la place à l’esprit. Le Kūko, un rang plus haut, posséderait environ le double de sa puissance. Son nom même, « ki », dit une créature qui a déjà perdu sa forme pour devenir comme un souffle d’air. Il garde pourtant le pouvoir de posséder les hommes et de les égarer, et en cela il diffère par nature des Tenko et Kūko supérieurs, qui ne se mêlent pas à la légère des affaires humaines.

Tenko

Tenko

Légendaire

Tenko

Tenko, le renard céleste en communion avec le ciel

Métamorphose animale (dōbutsu henge)Chine et Japon (le rang suprême des esprits-renards)

Le Tenko, ou « renard céleste », est le plus élevé des renards-esprits, la forme qu’un renard atteindrait au terme de longs siècles passés à affiner sa puissance spirituelle. Les essais de l’époque d’Edo répartissent les renards en quatre degrés — Tenko, Kūko, Kiko et Yako — et placent le Tenko tout au sommet. Comme le dit un ancien traité chinois du surnaturel, le *Genchūki*, « parvenu à mille ans, le renard accède au ciel et devient Tenko ». Dès lors, il n’est plus un simple renard métamorphe, mais un être quasiment l’égal d’un dieu. On dit qu’il voit jusqu’à mille lieues, et, contrairement au Yako ou au Kiko qui ensorcellent et possèdent les humains pour leur nuire, il ne se mêle pas inconsidérément aux affaires des hommes.

Kūko (renard céleste inférieur)

Kūko (renard céleste inférieur)

Peu commun

kou-ko

Le Kūko — renard de haut rang juste sous le Tenko

Animaux métamorphesPartout au Japon (renard de haut rang, juste sous le Tenko)

Le Kūko est un renard surnaturel de haut rang qui aurait affiné son pouvoir spirituel au fil des siècles jusqu’à se tenir à un pas seulement du Tenko, le renard céleste presque divin. Un essai de l’époque d’Edo établit une hiérarchie répartissant les renards en quatre degrés, du plus élevé au plus bas : le Tenko, le Kūko, le Kiko et le Yako, le Kūko occupant le deuxième rang. On dit qu’il détient environ deux fois le pouvoir du Kiko qui le suit immédiatement. Certains récits affirment que le Kūko ne se distingue en rien d’un renard ordinaire, d’autres qu’après plus de mille ans d’existence il devient un être spirituel presque sans forme. Les anecdotes précises sont rares : plutôt que de tenir le premier rôle dans un conte, comme Tamamo-no-Mae, le nom sert le plus souvent à désigner une catégorie, celle d’un renard de rang élevé. Un Kūko ayant vécu trois mille ans est appelé Inari Kūko et passe pour ne céder en puissance qu’au seul Tenko.

Bake no Kawagoromo

Bake no Kawagoromo

Rare

ba-ké no ka-wa-go-ro-mo

Le renard de métamorphose qui prie la Grande Ourse — Bake no Kawagoromo

Animaux métamorphesInconnue (figure de renard-métamorphe consignée dans le Hyakki Tsurezure Bukuro de Sekien)

Le Bake no Kawagoromo est un esprit-renard figurant dans le premier volume du livre d’images de Toriyama Sekien, le Hyakki Tsurezure Bukuro. Un renard qui a vécu trois mille ans se coiffe d’algues, s’incline en prière devant la Grande Ourse, et par ce rite se change en une belle femme. Dans sa légende, Sekien écrit : « Qu’un renard ayant passé trois mille ans, coiffé d’algues et priant la Grande Ourse, se fasse belle femme — voilà sûrement ce que j’ai vu dans les écrits de Chine », donnant à l’ensemble la tournure d’une songerie rêvée. Le Hyakki Tsurezure Bukuro est, par dessein, un livre de tsukumogami — les esprits qui logent dans les outils et les objets usés. Un renard n’a pu se glisser parmi ces choses que par la grâce de son nom. « Kawagoromo » désigne un vêtement de fourrure, et se lit donc presque comme une pièce d’habit, une « chose » ; en même temps il fait résonner la locution « bake no kawa » — la peau du déguisement qui, une fois détachée, met à nu la vraie forme du renard. Par ce jeu de mots, Sekien a discrètement faufilé une bête métamorphe, en vérité un animal, dans les rangs des esprits-outils. Pour tout l’éclat de métamorphose que suggère le nom, la créature ne porte aucune légende locale liée à un lieu ou à une personne précise. C’est, au fond, un renard connu par la seule image et la seule légende de Sekien — un yokai né de l’image, qui condense en une unique illustration la vieille idée, héritée de Chine, qu’un renard devient capable de se faire belle femme à mesure qu’il vieillit.

Inari

Inari

Légendaire

いなりのかみ

Inari, Roi de la foi pour l'abondance agricole et la prospérité commerciale

Divinité / Esprit divinKyoto

La divinité principale est Ukanomitama-no-Kami (aussi connue sous le nom de Ukanomitama-no-Mikoto). C'est la figure de croyance la plus répandue au Japon, ayant pour origine la divinité des céréales et de la nourriture déjà présente dans le "Kojiki" et le "Nihon Shoki". À partir de son enshrinement au Fushimi Inari Taisha par le clan Hata en 711 (ère Wadō 4), la divinité est aujourd'hui vénérée dans plus de 30 000 sanctuaires Inari et sanctuaires annexes à travers le pays, constituant ainsi le plus grand système de croyance du Japon en nombre de sanctuaires. À partir du Moyen Âge, un syncrétisme s'est opéré avec la divinité bouddhiste Dakini-ten, et Inari fut également vénéré comme divinité principale dans des temples bouddhistes comme Toyokawa Inari et Saijō Inari. Le renard n'est pas le dieu lui-même mais un messager divin (shinshi), bien que dans les croyances populaires, ils soient souvent confondus. Inari est largement vénéré en tant que divinité des récoltes abondantes, de la prospérité commerciale, de la sécurité familiale et en tant que divinité protectrice du foyer, allant des sanctuaires et temples jusqu'aux résidences privées, autels de bord de route et autels d'entreprises.

Dakiniten

Dakiniten

Divin

dakiniten

L'Inari bouddhiste chevauchant un renard blanc, Dakiniten

Esprit Divin / DivinitéKyotoAichi

Dakiniten est une divinité bouddhique du royaume de Tenbu (Deva) dérivée du mot sanskrit "Ḍākinī". Représentée sous les traits d'une jeune fille céleste chevauchant un renard blanc, elle a été vénérée comme le "Inari bouddhiste". Elle s'est syncrétisée avec le kami shinto Inari et est devenue l'image principale des sanctuaires Inari associés aux temples bouddhistes, tels que Toyokawa Inari (Myogon-ji) et Saijo Inari (Myokyo-ji). Si l'on remonte à ses origines dans le bouddhisme ésotérique indien, la Dakini était à l'origine une déesse-démone féminine qui volait dans le ciel, prévoyait la mort des humains et dévorait leur cœur (chair humaine et force vitale). Dans le bouddhisme ésotérique de la période médiane, elle a été subjuguée par Mahakala (Daikokuten) et s'est vue attribuer le rôle d'une entité autorisée à manger le cœur des morts. Elle a été introduite au Japon au début de l'époque de Heian par Kukai, en même temps que le bouddhisme ésotérique Shingon, et a été représentée dans le mandala du royaume de la matrice (Garbhakosa) comme un démon voleur de force vitale appartenant à la suite d'Enmaten (Yama). Finalement, l'ancien concept indien des renards comme animaux qui prévoient la mort et volent la force vitale s'est combiné avec la foi japonaise d'Inari, qui considérait les renards comme des messagers divins. Dakiniten s'est ainsi transformée en la figure d'une divinité féminine chevauchant un renard blanc. Des statues d'une jeune fille céleste tenant un joyau exauçant les vœux (cintamani) et chevauchant un renard blanc ont été enchâssées dans des temples et des sanctuaires à travers tout le pays. En tant que "Dakiniten = Inari-san", elle est devenue très populaire parmi les gens du commun, aux côtés d'Ukanomitama-no-Kami.

Fausse locomotive à vapeur

Fausse locomotive à vapeur

Peu commun

ni-sé-ki-cha

Fausse locomotive (type traditionnel)

Noms génériques et figures collectivesTokyoEhime

La Fausse locomotive à vapeur est un phénomène conté à l’époque de la diffusion des locomotives: un train inexistant apparaît sur la voie, roule puis s’évanouit juste avant l’impact. On l’explique souvent comme un renard, un tanuki—surtout un mujina—métamorphosé en locomotive pour égarer les gens; après la disparition, on trouverait le cadavre d’un animal écrasé au bord des rails. Cette lecture folklorique attribue aux bêtes les sifflets et grondements inédits résonnant la nuit dans montagnes et campagnes.

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