Tamamo-no-Mae est une beauté sans égale qui, à la fin de l’époque de Heian, aurait servi l’empereur retiré Toba. On tient sa vraie forme pour celle d’un renard à neuf queues, mais en tant qu’humaine, Tamamo-no-Mae a surtout été célébrée comme une dame de cour d’une beauté rare et d’un profond savoir. La poésie et la musique allaient de soi, mais des écritures bouddhiques jusqu’aux récits anciens de l’Inde et de la Chine[1], elle répondait à toute question sans la moindre hésitation, au grand étonnement de la cour.
Le nom de « Tamamo-no-Mae » porte lui aussi son histoire. Une nuit, au cœur d’un banquet de poésie et de musique au Seiryōden, un coup de vent éteignit les lampes ; dans l’obscurité, une lumière éblouissante jaillit de son corps et éclaira la salle comme en plein jour. De là vint son nom de « Tamamo-no-Mae », c’est-à-dire la dame aux algues lumineuses comme des joyaux [1]. Auparavant, dit-on, on l’appelait Mikuzume. Elle finit par concentrer sur elle toute l’affection de l’empereur, mais lorsque celui-ci tomba malade sans cause connue, on commença à soupçonner sa vraie nature.
La présence de Tamamo-no-Mae
Derrière sa beauté vacille une présence millénaire.
Folklore et légendes
Le récit de Tamamo-no-Mae est ancien ; son nom paraît déjà dans le Shinmeikyō[2] de l’époque des Cours du Nord et du Sud. Pourtant, la vaste préhistoire que nous imaginons aujourd’hui—« un renard à neuf queues ayant parcouru les trois pays de l’Inde, la Chine et le Japon »—n’existait pas dès l’origine. Au stade de l’otogizōshi de l’époque de Muromachi Tamamo no Sōshi[1], Tamamo-no-Mae n’était encore qu’un vieux renard à deux queues, dépeint simplement comme une dame de cour érudite. Sa fusion avec les femmes fatales du continent telles que Daji et dame Huayang, rassemblées en un seul récit de renard à neuf queues, advint à la fin de l’époque d’Edo (vers 1800)[3], lorsque des œuvres populaires comme l’Ehon Sangoku Yōfuden (Histoire illustrée de la femme ensorcelante des trois royaumes)[4] de Takai Ranzan fixèrent son image.
L’épisode de son démasquage possède lui aussi des traditions enracinées dans des lieux précis. Percée à jour comme esprit-renard par un onmyōji, Tamamo-no-Mae fuit la cour vers la plaine de Nasu, en province de Shimotsuke. Au sanctuaire Tamamo Inari[5] d’Ōtawara, dans la préfecture de Tochigi, une légende fondatrice survit encore : le renard traqué se changea en cigale et se cacha à l’ombre d’un cerisier, mais sa vraie forme, reflétée à la surface du Kagami-ga-ike (l’étang-miroir) du sanctuaire, fut découverte par l’armée qui le poursuivait.
À mesure que le récit se répandait, Tamamo-no-Mae devint aussi une vedette de la scène. À commencer par le théâtre de marionnettes (jōruri) de 1751 Tamamo-no-Mae Asahi no Tamoto[6], suivi d’une version augmentée de 1806 et du kabuki Tamamo-no-Mae Mizo no Misogi (1821) du quatrième Tsuruya Nanboku, elle fut jouée maintes fois en jōruri et en kabuki, et subsiste aujourd’hui au répertoire du bunraku. Dans l’image également, Toriyama Sekien[7] fit figurer Tamamo-no-Mae dans son Konjaku Gazu Zoku Hyakki (1779).
Certains, du reste, voient l’ombre d’un fait historique dans cette intrigue d’une beauté sans pareille qui trouble le royaume à la faveur du souverain. Une hypothèse fait de la dame Bifukumon’in (Fujiwara no Nariko)—l’épouse aimée de l’empereur retiré Toba, au cœur des intrigues de la succession impériale—le modèle de Tamamo-no-Mae. Ce n’est toutefois qu’une conjecture, jamais confirmée comme fait historique.
Cette version s’attache aux événements qui menèrent au démasquage et à la mort de Tamamo-no-Mae. Lorsque la maladie de l’empereur retiré Toba devint enfin grave, l’onmyōji Abe no Yasunari (inspiré du personnage historique d’Abe no Yasuchika), chargé d’en deviner la cause, désigna Tamamo-no-Mae elle-même comme la source du mal. Tandis que Yasunari célébrait des rites à la cour et la traquait, Tamamo-no-Mae ne put plus garder sa forme humaine ; révélant sa forme de renard, elle s’enfuit vers l’est, loin de la capitale.
L’endroit où elle se réfugia fut la plaine de Nasu, en province de Shimotsuke (les environs de l’actuelle Nasu, dans la préfecture de Tochigi[5]). Pour soumettre l’esprit-renard tapi dans la lande et nuisant aux hommes et au bétail, la cour dépêcha des guerriers des provinces de l’est, Kazusa-no-suke Hirotsune et Miura-no-suke Yoshiaki. Les guerriers encerclèrent la lande, débusquèrent le renard et finirent par l’abattre à coups de flèches, selon la tradition. Les noms de ces guerriers qui tuèrent Tamamo-no-Mae recoupent ceux de véritables guerriers du Bandō de l’époque des Genpei—cas captivant où légende et histoire se racontent d’un même souffle.
Dans le récit, Tamamo-no-Mae a le plus souvent été dépeinte comme le type même de la « beauté qui renverse les royaumes »—celle qui, par sa beauté et son esprit, se hisse au sommet du royaume pour l’ébranler de l’intérieur. Pourtant, une fois abattue, elle fut consacrée dans un petit sanctuaire et vénérée comme une divinité. Si redoutable esprit-renard soit-elle, on ne peut s’empêcher d’en être charmé. C’est précisément cette dualité qui empêche Tamamo-no-Mae de se réduire à une simple méchante et en fait une figure aimée à travers les âges.
Profil du personnage
Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.
Elle conquiert les cœurs par l’esprit et la beauté, mais dissimule une froideur résolue qui corrompra jusqu’à l’empereur pour parvenir à ses fins. Gracieuse et douce en surface, elle nourrit au-dedans une obstination que rien ne peut fléchir.
Affinités
Le centre du pouvoir, la cour raffinée ; sa force croîtrait à mesure qu’elle approche de l’orgueil et du désir des hommes
Capacités
Se métamorphoser en une beauté sans égaleGagner la faveur du souverain par l’érudition et l’éloquenceRendre les gens malades par une aura maléfiqueÉgarer le cœur des hommes par la magie illusoire
Faiblesses
Sa vraie nature est révélée par les prières et la divination des onmyōji
par les consécrations et les rites de soumission des dieux et des bouddhas
sa vraie forme se reflète sur l’eau ou dans un miroir
Habitat
La cour impériale, le Seiryōden, la plaine de Nasu en province de Shimotsuke
Le diagramme ci-dessous est un graphique d'évaluation diagnostique pour Tamamo-no-Mae, le renard à neuf queues aimé de l’empereur Toba. Plus la valeur de chaque élément est élevée, plus cette caractéristique est fortement exprimée.
Rencontrez votre yōkai gardien au sanctuaire
Tirez un omikuji et découvrez le yōkai qui veille sur vous aujourd'hui.