YOKAI.JP
Konjaku Hyakki Shūi

Des bêtes sacrées de l'étranger aux yeux des vieilles demeures

Konjaku Hyakki Shūi

47 yokai

L’essentiel

Le Konjaku Hyakki Shūi (Glanes des cent démons) est le troisième recueil de yōkai de Toriyama Sekien, publié en 1781. Divisé en trois volumes (Nuage, Brouillard, Pluie), il rassemble des anomalies chinoises comme le Shinkirō et le Shokuin, des démons du théâtre Nō, des yōkai hantant les objets et les vieilles maisons, et même des présages heureux comme le Hakutaku. Les trois tomes sont attestés historiquement ; ce n'est pas une œuvre fragmentée ne contenant que la Pluie.

« Glaner » n'est pas ramasser des restes

« Shūi » (glanes) signifie généralement recueillir ce qui a été omis dans les ouvrages précédents. Cependant, le *Konjaku Hyakki Shūi* n'est pas un simple assemblage de restes. Selon l'ordre de publication indiqué par la Bibliothèque nationale de la Diète, il s'agit du troisième recueil, publié en 1781 après le *Gazu Hyakki Yagyō* (1776) et le *Konjaku Gazu Zoku Hyakki* (1779).

Le ciel et la lumière, les spectres féminins, les vieux contes, les ustensiles et les présages heureux sont retissés dans les paysages de « Nuage », « Brouillard » et « Pluie ». Utilisant le vocabulaire visuel forgé dans ses précédentes encyclopédies, Sekien offre de nouvelles formes aux phénomènes invisibles et à l'aura sans nom des vieilles demeures.

Nuage, Brouillard et Pluie : lire à travers les trois tomes

Le *Konjaku Hyakki Shūi* de Toriyama Sekien se compose de trois tomes : Nuage (Kumo), Brouillard (Kiri) et Pluie (Ame). Les archives de la Bibliothèque nationale de la Diète confirment sa structure complète en trois volumes. Il ne s'agit donc pas d'une œuvre incomplète dont il ne resterait que le volume de la Pluie, mais d'un recueil d'art conçu pour être lu à travers ces trois climats.

Ce qui vient d'au-delà du ciel

Shinkirō, Shokuin, Ninmenju, Hangonkō, Hōkō, Tōdaiki. Au début, un monde lointain s'ouvre, rappelant la géographie, les encyclopédies et le folklore de la Chine. Loin des villages et temples japonais familiers, des mirages en mer, des dragons régissant le temps, des arbres portant des visages humains et des encens ramenant les âmes élargissent l'horizon du recueil de yōkai à toute l'Asie de l'Est.

Sekien ne se contente pas d'illustrer passivement les textes classiques. Il transforme des noms étrangers en scènes que les lecteurs d'Edo peuvent mémoriser au premier coup d'œil. Le fossé entre l'image et la brève inscription est précisément ce qui rend la lecture de cette série si fascinante.

Femmes, fumée, voitures : des présences insaisissables

Oshiroibaba, Jakotsubaba, Kage-onna, Kerakera-onna, Enenra, Oboroguruma, Ao-andon. Des choses éphémères comme les visages, les ombres, les rires, la fumée, les voitures nocturnes et les lumières de lampes empruntent la forme de femmes ou d'ustensiles. Il n'est pas possible d'affirmer que toutes possédaient une tradition orale locale à travers le Japon ; dans certains cas, ce sont les noms et les designs de Sekien qui ont façonné l'image de ces yōkai pour les générations futures.

La pluie, l'eau et les incidents transmis par l'histoire

De l'Ame-onna, Kosamebō, Gangaikozo, Ayakashi et Himamushi-nyūdō au Sesshōseki, à la bouilloire du Morin-ji, au démon de Rashōmon, à la Yonaki-ishi et au Bashō-no-sei. Le climat et les anomalies des points d'eau se connectent aux récits et arts scéniques liés aux terres locales. Ici, plutôt que de conclure que « le même yōkai se trouve dans tout le pays », il importe de voir à quelle scène de récit un nom fait référence.

À l'intérieur, les objets vous observent

Suzuri-no-tamashii, Byōbu-nozoki, Keukegen, Mokumokuren, Kyōkotsu, Mekurabe, Ushirogami, Iyaya, Takireiō, Hakutaku. Les espaces de vie comme l'encrier, le paravent, les cloisons en papier et le puits deviennent les portes d'entrée de l'étrange. Les yeux innombrables du Mokumokuren ou de Kosode-no-te démontrent le trait acéré de Sekien : plutôt que de transformer entièrement les objets en humanoïdes, il n'en anime qu'une seule partie.

Vers la fin, se succèdent Dorotabō, la cloche du Dōjō-ji, Tengutsubute, Kokuribaba, Kazenbō, Minobi, Jatai, Ōzatō, Hatahiro, Kosode-no-te, Fūri, Momijigari, Hōsōshi et Kakurezato. L'auteur ne referme pas son livre uniquement sur la peur : en plaçant le village caché (Kakurezato), symbole de richesse et de fortune, tout à la fin, il laisse ouverte la possibilité d'un autre monde au-delà de la nuit des monstres.

Les 47 entités ci-dessous sont présentées dans l'ordre de l'ouvrage. Sur chaque page individuelle, vous pourrez distinguer les inscriptions de Sekien, les classiques qu'il cite et le folklore ajouté par la suite.

Mis à jour: 16/07/2026
yōkaifolklore japonaiscréatures surnaturellesToriyama SekienEdoGazu Hyakki YagyōKonjaku Hyakki Shūiart japonaislégendesjaponais

Yokai inclus

47 yokai sont inclus

Ces yokai ont aussi des cartes artistiques

42 cartes — ukiyo-e, Japon moderne…

Mirage de shen (Shinkirō)

Mirage de shen (Shinkirō)

Épique

shin-ki-ROH

Image de palais par l’haleine du shen (iconographie à la manière de Sekien)

Phénomènes naturels et esprits de la natureLittoraux du Japon

Le « shinkirō » désigne le mirage où, au loin sur la mer ou les plages, apparaissent des silhouettes de tours et de palais. Dans l’antiquité, on l’expliquait comme l’œuvre du « shin », une grande palourde géante soufflant un souffle mystique qui projette des images. Cité dans les Chroniques historiques chinoises et transmis au Japon par peintures et récits, le mirage fut vu sur diverses côtes, notamment en Étchū, comme des châteaux flottant sur la mer.

Shokuin (Zhuóyīn)

Shokuin (Zhuóyīn)

Épique

sho-KOU-ine

Version des livres et des rouleaux illustrés

Divinités et esprits divinsInconnue (issu du Shanhaijing, transmis au Japon par les textes)

Shokuin est une divinité septentrionale mentionnée dans le Shanhaijing, à visage humain et corps de serpent. On dit que lorsqu’il ouvre les yeux le jour commence, et quand il les ferme la nuit tombe. En soufflant, il fait venir l’hiver ; en aspirant, l’été, régissant ainsi l’alternance du jour et des saisons. Le traité chinois fut transmis au Japon dès l’Antiquité, et les rouleaux illustrés de l’époque d’Edo l’ont présenté comme une divinité étrangère. Les rites et attributs détaillés restent inconnus dans les sources japonaises.

Arbre à visage humain

Arbre à visage humain

Rare

nin-MÈNE-djou

Version iconographique d’après Sekien, fondée sur les recueils

Phénomènes naturels et esprits de la natureInconnue (dit situé au pays d’Al-‘Uzza/d’Al-‘Iraq dans les sources chinoises; mentionné comme «grand pays des Mangeurs» à l’ouest-sud-ouest)

L’Arbre à visage humain est un arbre monstrueux dont les fleurs ressemblent à des têtes humaines. Illustré par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi et décrit dans le Wakan Sansai Zue d’après le Sancai Tuhui chinois. Les fleurs ne comprennent pas la parole : si on les interpelle, elles répondent par un sourire. À force de rire, la fleur se flétrit et tombe. Plus connu comme curiosité bibliographique et naturaliste que comme tradition orale locale au Japon.

Encens de résurrection (Hangonkō)

Encens de résurrection (Hangonkō)

Peu commun

han-gon-kô

Conforme aux traditions • Apparition par encens

Yōkai domestiques et objets animésOrigine inconnue

Un encens dont on dit que, lorsqu’il est brûlé, la silhouette des morts apparaît dans la fumée. Issu d’un motif classique chinois, il s’est diffusé au Japon à l’époque d’Edo dans les romans, le jōruri, le kabuki et le rakugo. Plutôt qu’une substance réelle, c’est un encens symbolique des récits miraculeux, censé montrer fugacement l’ombre des défunts. Parfois présenté comme un remède secret d’onmyōji, mais son existence est douteuse.

Penghou

Penghou

Peu commun

PENG-hô

Version d’introduction de l’époque d’Edo (sources bibliographiques et rouleaux illustrés)

Phénomènes naturels et esprits de la natureD’origine chinoise (introduit au Japon, vu dans les ouvrages et rouleaux illustrés)

Esprit arboricole issu des récits chinois, habitant les vieux arbres. Le Soushenji relate qu’il apparaît sous la forme d’un chien à visage humain, jaillissant d’un grand camphrier en saignant. Au Japon, il est présenté dans les encyclopédies et rouleaux de yōkai de l’époque d’Edo comme un démon chinois, assimilé à une catégorie de esprits d’arbre (kimiko/kodama). Associé aux phénomènes d’écho en montagne, il est parfois considéré comme une source possible de la figure du yamabiko.

Le Démon-Phare (Tōdaiki)

Le Démon-Phare (Tōdaiki)

Rare

toh-DAI-ki

Version iconographique de tradition setuwa, selon Sekien

Fantômes et espritsInconnue (dans les récits, la Chine des Tang)

Le Tōdaiki désigne, dans les récits, un « chandelier humain »: une personne contrainte de porter un candélabre allumé sur la tête. Il apparaît dans le Heike monogatari, le Genpei jōsuiki et le Wakan Sansai Zue. L’histoire raconte qu’un Japonais parti comme émissaire vers la Chine perd sa voix, est tatoué et réduit à servir de porte-lumière. Dans le Konjaku Hyakki Shūi de Toriyama Sekien, il est représenté en tenue chinoise, son humanité étant explicitement soulignée. L’épisode est connu dans le contexte des récits de piété filiale.

La Vieille à la poudre blanche

La Vieille à la poudre blanche

Épique

o-shi-ROI ba-BA

La Vieille à la poudre blanche des nuits de neige

Yōkai humains et êtres hybridesNara

Un yōkai prenant l’apparence d’une vieille femme, le visage lourdement fardé de poudre blanche et coiffée d’un chapeau de paille déchiré. Elle apparaît sur les chemins neigeux, une gourde à saké à la main et s’appuyant sur un bâton, pour réclamer à boire aux passants. On dit qu’elle se tient parfois au seuil des maisons, attirée par l’odeur d’amazake ou de saké. Si on répond à sa demande, elle n’apporte pas de malheur ; si on la repousse, elle frappe la porte jusque tard dans la nuit. Elle reflète les avertissements hivernaux des villages et les normes d’hospitalité.

Jyakotsu-babaa

Jyakotsu-babaa

Épique

dja-kotsou ba-BA-a

Conforme aux images de Sekien

Noms génériques et figures collectivesOrigine inconnue

Nom d’un yōkai figurant chez l’artiste de l’époque d’Edo Toriyama Sekien, dans son Konjaku Hyakki Shūi. L’illustration montre une vieille femme drapée d’un grand serpent. Sekien évoque un passage du Classique des Monts et des Mers sur le pays de Fuxian, où des gens tiennent « un serpent bleu à droite et un serpent rouge à gauche », mais il note que l’origine précise reste « inconnue ». À l’époque prémoderne, le terme a aussi circulé comme injure visant les vieilles femmes, et l’on considère que Sekien en a fait un yōkai iconographique.

Femme-Ombre

Femme-Ombre

Peu commun

ka-gué-ON-na

Onna de l’Ombre (représentation traditionnelle)

Yōkai humains et êtres hybridesInconnue (sources picturales: Edo/Kyoto)

La Femme-Ombre est une apparition féminine illustrée par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi. Dans les maisons hantées, seule l’ombre d’une femme, éclairée par la lune, se dessine sur les shōji. Elle n’apparaît qu’en silhouette, et sa matérialité reste incertaine. Elle se manifeste la nuit, surtout lors de fortes clartés lunaires. Plutôt que d’attaquer les occupants, elle est surtout racontée comme un présage inquiétant. Son origine et sa nature sont discutées: esprit des morts, entité attachée à la demeure, ou fantôme de la lumière lunaire; rien n’est avéré.

Femme Kékéré (Qianxi nü)

Femme Kékéré (Qianxi nü)

Rare

ké-ké-rà ON-na

Conforme à l’iconographie de Sekien

Fantômes et espritsOrigine inconnue

Yōkai féminin figuré par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi de l’époque Edo. Elle rit « ké-ké-rà » la bouche grande ouverte par‑dessus un mur, troublant les passants. Sekien renvoie à l’anecdote chinoise de Song Yu et assimile ce spectre à l’esprit d’une femme dont le rire séduisant égarait les cœurs. Aucun lieu d’apparition précis n’est donné ; la tradition l’a retenue comme une revenante dont l’hilarité résonne sinistrement.

En'enra

En'enra

Épique

en-EN-ra

Esprit de fumée d’Usura

Yōkai domestiques et objets animésOrigine inconnue

Esprit de fumée représenté par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi. Le « ra » du nom évoque une étoffe légère, décrivant une essence de fumée qui flotte comme une mousseline. Relié à l’ancienne idée que l’on perçoit une présence dans la fumée des âtres et des fourneaux, il n’a pas de forme fixe et dérive. Dans les sources, sa figure se fixe surtout grâce à l’illustration de Sekien ; ni maléfice ni bienfait précis ne sont indiqués, on le comprend comme une métamorphose de la fumée elle‑même.

Oboroguruma

Oboroguruma

Rare

o-bo-ro-GOU-rou-ma

Oboroguruma (d’après l’iconographie de Sekien)

Yōkai domestiques et objets animésKyoto

Oboroguruma est un char à bœufs fantomatique peint par Toriyama Sekien dans « Konjaku Hyakki Shūi » à l’époque d’Edo. Il surgit lors de nuits brumeuses au grincement d’un essieu, une immense face apparaissant à la place du store du char. On l’interprète comme la matérialisation des rancœurs nées des « querelles de voitures » de l’ère Heian, liées aux cortèges de cour et aux fêtes de Kamo. Il est souvent rapproché des récits de la parade nocturne des démons et classé parmi les tsukumogami, objets devenus yōkai.

Ao-andon

Ao-andon

Épique

a-o AN-don

Ao-andon, Démonesse du Hyakumonogatari

Demeure / ObjetTokyo

Le Ao-andon (lanterne recouverte de papier bleu) est un yōkai « rituel et psychologique » très particulier, réputé apparaître à l'apogée du « Hyakumonogatari » (Cent Contes de Fantômes), une réunion de récits macabres très populaire à l'époque d'Edo. On allumait cent mèches (ou cent bougies) dans une lanterne recouverte de papier bleu, et après chaque conte, on éteignait une flamme. Le nom désigne le phénomène surnaturel en général, ou l'apparition elle-même, qui surgit au moment où la centième et dernière flamme s'éteint, plongeant la pièce dans une obscurité totale. Son image visuelle a été cristallisée dans le recueil de peintures de yōkai de Toriyama Sekien, *Konjaku Hyakki Shūi*, où il est représenté sous les traits d'une démonesse effroyable avec des cheveux noirs, des cornes et des dents noircies (ohaguro). Contrairement aux yōkai d'origine naturelle vivant dans des montagnes ou des rivières spécifiques, il peut être considéré comme un pionnier des « méta-yōkai de légende urbaine », incarné par le kotodama (l'esprit des mots) suite à l'accumulation des mots humains (les contes) et de la peur.

Femme de pluie

Femme de pluie

Épique

a-mé-ON-na

Édition des traditions (esprit féminin qui appelle la pluie)

Phénomènes météorologiques et calamitésNagano

Esprit ou yōkai féminin lié à la pluie, capable de l’invoquer ou associé à son arrivée. Dans le Konjaku Hyakki Shūi de Toriyama Sekien figure le sujet « Ame-onna », inspiré de l’allégorie des nuages du matin et des pluies du soir (Gao Tang Fu) attribuée à Song Yu du pays de Chu, à dominante satirique plutôt que descriptive. Dans le folklore, on la craint parfois comme une entité apparaissant les jours de pluie pour enlever des enfants, tandis que d’autres traditions la vénèrent comme une puissance apportant la pluie lors des sécheresses.

Kozame-bō

Kozame-bō

Rare

ko-ZA-mé-bo

Conforme aux images de Sekien

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesNara

Yōkai en forme de moine aperçu sous la pluie dans l’ouvrage d’époque Edo de l’artiste Toriyama Sekien, « Konjaku Hyakki Shūi ». Sekien note : « Lors des nuits pluvieuses, il rôde dans les montagnes d’Ōmine et de Katsuragi pour solliciter des offrandes. » Il est représenté comme un mendiant errant apparaissant les nuits de pluie dans ces montagnes sacrées du shugendō. En dehors de l’iconographie, ses traits précis et son origine restent obscurs, et le lien direct avec une tradition orale locale est jugé faible. Les commentaires postérieurs insistent sur son aspect de moine mendiant, mais les sources sont limitées.

Gangi-kozō

Gangi-kozō

Peu commun

GAN-gui ko-ZO

Version conforme aux anciens dessins

Yōkai des eauxInconnue (attesté dans des peintures de l’époque d’Edo)

Yōkai aquatique figuré par Toriyama Sekien dans son recueil Konjaku Hyakki Shūi. Couvert de poils, il possède des dents comme une râpe et est montré capturant des poissons sur les rives. Le nom est parfois écrit «岸崖小僧». Les mentions dans les sources classiques et les traditions locales sont rares, ce qui en fait surtout une créature issue de l’iconographie de Sekien. Il rappelle les kappa, mais l’assimilation directe reste discutable.

Ayakashi

Ayakashi

Épique

Ayakashi

Ayakashi, feux et mirages des mers de l’Ouest

Terme génériqueTerme collectif pour les phénomènes maritimes, dont le sens varie selon les régions du Japon

Ayakashi est un terme générique pour les phénomènes étranges et yōkai apparaissant en mer. Selon les régions, il désigne des feux follets, des « fantômes de bateaux » ou des mirages au large. À Nagasaki, il s’agit de feux mystérieux sur la mer ; à Yamaguchi et Saga, il peut désigner des esprits qui nuisent aux navires. À Tsushima, de vastes flammes apparaîtraient sur les plages, tandis qu’au large elles prennent l’apparence d’une montagne qui barre la route des bateaux. Des croyances liées au rémora s’y mêlent parfois, et l’ensemble sert d’explication traditionnelle aux naufrages et disparitions en mer.

Himamushi Nyūdō

Himamushi Nyūdō

Rare

hi-ma-mou-shi nyou-DOU

Conforme aux images de Sekien

Yōkai domestiques et objets animésÉpoque d’Edo

Yōkai figurant dans le Konjaku Hyakki Shūi du peintre de l’époque d’Edo, Toriyama Sekien. Il surgit à moitié depuis le vide sous le plancher et lèche l’huile des lampes à huile, gênant les travaux nocturnes. Sekien explique qu’il s’agit de l’esprit de quelqu’un qui, de son vivant, négligeait son labeur et passait son temps à flâner ; après sa mort, il devient un « Himamushi Yonyūdō » qui lèche l’huile des lampes et perturbe les veillées. Le nom est rapproché d’un jeu de lettres (« Hemamushi Yo-nyūdō »), si bien qu’on y voit généralement un blâme moral contre la paresse et la fainéantise.

Pierre meurtrière

Pierre meurtrière

Épique

Sesshōseki

La pierre meurtrière de Nasu, la pierre aux exhalaisons vénéneuses

Habitations et objetsTochigi

La pierre meurtrière est une grande masse de lave située près des sources chaudes de Nasu Yumoto, dans la préfecture de Tochigi, redoutée depuis longtemps comme une pierre vénéneuse qui ôte la vie à toute créature qui s’en approche. Toute la zone est un champ de fumerolles volcaniques, où des gaz volcaniques toxiques tels que le sulfure d’hydrogène et le dioxyde de soufre s’échappent sans cesse des fissures du sol. Comme ces gaz, plus lourds que l’air, s’accumulent dans les creux, les oiseaux, les insectes et les petites bêtes qui s’aventurent à proximité meurent empoisonnés. De là—une pierre qui tue les êtres vivants—lui vint le nom de « Sesshōseki », la pierre meurtrière. La lande stérile à l’odeur de soufre, où nulle plante ne pousse, est appelée Sai-no-Kawara et bordée d’innombrables statues de Jizō. Matsuo Bashō, qui s’y rendit en 1689, écrivit dans Oku no Hosomichi (La Sente étroite du Bout-du-Monde) que les abeilles, les papillons et autres gisaient morts en tas si épais, tués par les vapeurs vénéneuses, qu’on ne voyait plus la couleur du sable. Selon la légende, cette pierre est la forme transformée du renard à neuf queues abattu (Tamamo-no-Mae), mais ce récit est conté en détail ailleurs.

La Bouilloire de Morinji

La Bouilloire de Morinji

Peu commun

mo-RIN-ji no KA-ma

D’après la légende de Shukaku du Morinji

Animaux métamorphesGunma

Une bouilloire à thé merveilleuse liée au tanuki métamorphe Shukaku, mentionné dans le Kōshi yawa. Elle servait du thé sans jamais s’épuiser, pouvoir attribué aux arts occultes de Shukaku. Sa véritable forme était celle d’un vieux tanuki qui, dit-on, avait entendu la Loi en Inde et, après la Chine des Tang, était venu au Japon. Considérée comme le prototype du conte plus tardif de « Bunbuku Chagama », elle est associée aux trésors du temple et à son engi, et demeure une légende locale célèbre.

Le démon de la porte Rashōmon

Le démon de la porte Rashōmon

Épique

ra-jô-mon no o-ni

Conforme aux traditions • Oni de la porte Rashōmon

Oni et créatures gigantesquesKyoto

Un démon qui aurait hanté la grande porte Rashōmon, l’entrée principale de Heian-kyō. Le vassal de Minamoto no Yorimitsu, Watanabe no Tsuna, s’y serait rendu seul pour vérifier la rumeur et, après un combat acharné, lui aurait tranché un bras. Dans le Heike monogatari, la scène se déroule au pont Ichijō Modori-bashi, tandis que la pièce nō Rashōmon replace l’action à la porte. Le motif du démon venant reprendre son bras se développe dans Ibaraki et est souvent identifié à Ibaraki-dōji.

La Pierre qui pleure la nuit

La Pierre qui pleure la nuit

Peu commun

yo-na-ki-ICH (approx.), yo-na-ki-i-shi

Tradition de Sayononakayama

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesShizuoka

Appellation générale donnée aux pierres dont on dit qu’elles émettent, la nuit, des pleurs ou des gémissements. Parfois la pierre elle‑même produit ces sons, parfois c’est l’esprit d’un défunt qui y réside et se lamente. Le site de Sayo no Nakayama, à Shizuoka, est le plus connu et s’associe souvent à des récits tragiques de mère et d’enfant. Ailleurs, la pierre est vénérée pour apaiser les pleurs nocturnes des nourrissons, mêlant crainte des puissances pierreuses, malédiction et rituels d’apaisement.

Esprit du bananier (Bashō no Sei)

Esprit du bananier (Bashō no Sei)

Rare

ba-SHÔ no sé

Conforme aux traditions • Edition Toriyama Sekien

Phénomènes naturels et esprits de la natureNagano

Un esprit logé dans les feuilles du bananier japonais (bashō), ou bien le souffle d’un vieux bananier prenant forme humaine. Illustré par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi, avec des mentions d’un récit chinois et de la pièce de nô/chants « Bashō ». On raconte qu’il se change en belle femme pour éprouver les moines ou effrayer les voyageurs nocturnes ; souvent, il cause peu de tort direct.

Suzuri-no-tamashii

Suzuri-no-tamashii

Rare

souzourI no ta-ma-chi-i (suzuri no tama-shii)

Fantôme de Dan-no-ura / Esprit de la pierre à encre d'Akama

Tsukumogami / GaikaiYamaguchi

Le Suzuri-no-tamashii (l'esprit de la pierre à encre) est un *tsukumogami* (esprit d'objet) extrêmement littéraire et empreint de romantisme, créé par l'artiste yōkai de l'époque d'Edo, Toriyama Sekien, dans son recueil d'illustrations *Konjaku Hyakki Shūi* (Le Supplément aux cent démons du présent et du passé). Il ne s'agit pas d'un monstre terrifiant qui menace ou blesse les gens, mais plutôt d'un fantôme magnifique et mélancolique qui n'apparaît que dans l'instant éphémère où les souvenirs résidant dans la papeterie croisent la profonde "immersion littéraire" de l'utilisateur. Le plus grand charme de ce yōkai réside dans la brillante fusion du "jeu de mots" et du "contexte historique" orchestrée par Sekien. En calligraphie, la dépression peu profonde d'une pierre à encre (suzuri) où s'accumule l'encre liquide est appelée la "mer" (umi, ou mer d'encre). Sekien a établi que la pierre à encre privilégiée par un certain lettré était spécifiquement une "pierre à encre d'Akama" produite à "Akamagaseki" (l'actuelle ville de Shimonoseki dans la préfecture de Yamaguchi), connue comme un chef-d'œuvre. Akamagaseki n'est pas seulement un lieu de production de pierres à encre de haute qualité ; c'est le théâtre même de la "bataille de Dan-no-ura", la bataille décisive finale de la guerre de Genpei, où le clan Heike a connu sa fin tragique aux côtés du jeune empereur Antoku. Une nuit paisible, alors que le lettré frottait de l'encre sur cette pierre d'Akama et lisait *Le Dit des Heike*, il s'assoupit. Soudain, de véritables vagues se formèrent dans la "mer" de la pierre à encre, et au milieu du vaste océan d'encre noire, les navires de guerre des clans Minamoto et Taira s'entremêlèrent de manière chaotique, recréant avec une vivacité saisissante la féroce bataille de Dan-no-ura sous la forme d'un fantôme à travers des centaines d'années. C'est la pierre d'Akama, imprégnée du sang et des regrets persistants des Heike, qui a projeté les souvenirs du passé à travers la mer noire de l'encre. Il s'agit de l'une des anomalies surnaturelles les plus poétiques de l'histoire des yōkai japonais, réunissant avec une esthétique parfaite les trois éléments que sont la "mer de la pierre à encre", "l'origine de la pierre d'Akama" et "la chute des Heike".

Le Voyeur du paravent

Le Voyeur du paravent

Rare

byô-bou NO-zo-ki

Version conforme aux traditions iconographiques

Tsukumogami et créatures d’objetsInconnue

Yōkai illustré par le peintre de l’époque d’Edo, Toriyama Sekien, dans son Konjaku Hyakki Shūi. Être qui épie les affaires humaines depuis l’ombre d’un paravent, dit même capable d’observer par-dessus un paravent de sept shaku. Certains y voient une création iconographique inspirée d’anecdotes des classiques chinois, tandis que d’autres l’interprètent comme un tsukumogami: un paravent qui, après des années à assister en silence aux secrets de la chambre, se serait animé. Il existe peu de traditions locales propres; sa formation dépend surtout des sources picturales.

Keukegen

Keukegen

Épique

KÉ-ou-ké-guène

Kehakigen (version traditionnelle)

Noms génériques et figures collectivesOrigine inconnue

Yōkai couvert de poils de la tête aux pieds, dessiné par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi. Il serait rarement aperçu. Sekien note aussi l’écriture « 希有希見 », indiquant ce sens de rareté. La créature est rapprochée d’une « femme velue » pour en décrire l’apparence, mais ses origines et comportements restent peu documentés. Des interprétations ultérieures affirment qu’elle habite les zones humides des maisons, sans attestation probante dans les sources d’Edo.

Mokumokuren

Mokumokuren

Épique

mo-ku-mo-ku-ren

Édition conforme aux Zukai de Sekien

Habitations et objetsOrigine locale inconnue ; figure illustrée par Toriyama Sekien comme une multitude d’yeux couvrant des shōji.

Le Mokumokuren est un yōkai illustré par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi. D’innombrables yeux apparaissent sur les shōji d’une maison délabrée et fixent quiconque les regarde. Dans la planche de Sekien, une note suggère que l’obsession d’un joueur de go s’est propagée du goban à la maison entière : le phénomène habite ainsi un élément ordinaire de l’espace domestique. Les encyclopédies postérieures soulignent souvent la part de création savante de cette figure, devenue néanmoins une image célèbre de l’étrangeté produite par les motifs du papier et la faible lumière traversant les cloisons.

Kyōkotsu (l’« os fou »)

Kyōkotsu (l’« os fou »)

Épique

KYO-kotsou

Version Zue de Sekien

Tsukumogami et créatures d’objetsÉdo

Un yōkai squelettique représenté par Toriyama Sekien dans « Konjaku Hyakki Shūi ». Un squelette aux cheveux blancs, vêtu d’un linceul, apparaît suspendu au seau d’un puits, avec la note « Kyōkotsu est un os dans le puits ». Souvent interprété comme une entité imprégnée de rancœur, mais l’œuvre ne décrit ni sa nature précise ni son origine, et aucun nom oral authentifié n’est connu. Il est considéré comme une création iconographique liée à des jeux de mots, proverbes ou dialectes.

Mekurabe

Mekurabe

Rare

mekurabe

Mekurabe, l’amas de crânes de la résidence de Fukuhara

Fantômes et espritsHyogo

Mekurabe est un yōkai représenté par Toriyama Sekien dans le *Konjaku Hyakki Shūi* ; le nom lui-même semble avoir été forgé par l’artiste et signifie littéralement un « duel de regards ». L’image reprend un épisode du cinquième livre du *Heike Monogatari*, « Mononoke no sata ». Dans la résidence de Taira no Kiyomori à Fukuhara, d’innombrables crânes roulent dans la cour, se rassemblent en une tête gigantesque et le fixent de toutes leurs orbites. Kiyomori soutient leur regard sans reculer ; l’apparition finit alors par se dissiper. Mekurabe peut ainsi se lire comme la vision collective des morts, condensée en un seul crâne qui met à l’épreuve l’assurance d’un homme de pouvoir.

Dieu de l’Arrière (Ushirogami)

Dieu de l’Arrière (Ushirogami)

Rare

ou-shi-ro-ga-mi

Type iconographique et littéraire

Fantômes et espritsJapon, diverses régions (surtout traditions d’Edo et de Tsuyama)

Le Dieu de l’Arrière est une apparition qui surgit derrière les gens et leur tire les cheveux de la nuque. Illustré par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi sous l’aspect d’une femme cyclope, il est interprété comme la personnification de l’hésitation et des regrets. Il suit les timorés et les indécis, amplifiant l’impossibilité de trancher. Étroitement lié au jeu de mots et à l’idée d’« avoir les cheveux tirés en arrière », il est classé parmi les divinités de lâcheté du folklore.

Iyaya (Négation, « Non point »)

Iyaya (Négation, « Non point »)

Rare

i-ya-ya

Conforme aux images de Sekien

Yōkai domestiques et objets animésOrigine inconnue (Époque d’Edo, Japon)

Yōkai figuré par le peintre de l’époque d’Edo, Toriyama Sekien, dans son Konjaku Hyakki Shūi. De dos, il apparaît comme une belle femme, mais son reflet à la surface de l’eau montre un vieux visage profondément ridé. Une note de l’ouvrage indique que son nom « Iyaya » fait écho à l’insecte « Kaizai » d’une anecdote chinoise, rebaptisé ici « Négation ». Ses traits précis ne sont pas décrits, et l’authenticité traditionnelle de la créature demeure incertaine. Des sources postérieures l’évoquent sous des variantes comme « Iyami » ou « Ijiami ».

Roi-Esprit des Cascades

Roi-Esprit des Cascades

Épique

ta-ki-REH-oh (Takirei-ô)

Interprétation iconographique à la manière de Sekien

Divinités et esprits divinsShiga

Nom figurant chez le peintre de l’époque d’Edo, Toriyama Sekien, dans son Konjaku Hyakki Shūi, représentant l’aspect d’Acala (Fudō Myōō) apparaissant au cœur d’une cascade. Sekien note qu’il « surgit des bassins de cascades de diverses provinces » et, s’appuyant sur le Sūtra du Dragon Azur, qu’il « soumet tous les démons et obstacles ». Il s’agit moins d’un yōkai que d’une manifestation de la foi en le Myōō se révélant dans les chutes d’eau; le titre serait une appellation propre à Sekien. Les traditions détaillées manquent, et les alias régionaux ou cas concrets ne sont pas attestés.

Hakutaku

Hakutaku

Divin

ha-ku-ta-ku

Conforme aux traditions iconographiques

Divinités et êtres sacrésCréature auspicieuse d’origine chinoise, diffusée au Japon à l’époque d’Edo comme image protectrice contre les calamités.

Le Hakutaku, ou Bai Ze en chinois, est une bête de bon augure issue des traditions anciennes de Chine. Il comprend la langue humaine et connaît tous les êtres étranges, esprits, démons, maladies et calamités du monde. Comme le qilin ou le phénix, il n’apparaîtrait que sous le règne d’un souverain vertueux. La connaissance qu’il transmit aurait été consignée dans le Bai Ze Tu, un livre destiné à reconnaître et repousser les êtres surnaturels. Dans l’iconographie classique, il ressemble à un lion blanc pourvu de deux cornes bovines et de plusieurs yeux sur le front et les flancs. Toriyama Sekien, dans le Konjaku Hyakki Shūi, lui donne trois yeux sur la tête et trois sur chaque côté du corps, soit neuf au total ; cette image est devenue la référence japonaise. Ces yeux multiples symbolisent une intelligence capable de voir à travers toutes les manifestations inquiétantes. À l’époque d’Edo, le dessin du Hakutaku circulait comme talisman : il protégeait les voyageurs, écartait les maladies et, à l’instar du Baku censé dévorer les cauchemars, servait parfois à préserver le sommeil. Le Hakutaku ne triomphe pas des yōkai par la force. Sa puissance réside dans le savoir : il nomme les dangers, en révèle la nature et enseigne comment s’en prémunir. Il incarne ainsi la connaissance et le classement des créatures étranges, presque comme un ancêtre symbolique de l’étude des yōkai. Le nombre de ses cornes et de ses yeux, tout comme sa forme de lion ou de bovin, varie cependant selon les textes et les artistes.

Dorotabō

Dorotabō

Rare

do-ro-ta-BO

Version conforme aux images de Sekien

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesInconnue (mention du « pays du Nord » dans l’album de Sekien)

Yōkai figurant dans l’ouvrage d’Edo Konjaku Hyakki Shūi de Toriyama Sekien. Il émerge à moitié d’un champ boueux, avec un seul œil et trois doigts, et, chaque nuit, hurle « Rendez le champ ! ». En dehors de l’anecdote de Sekien, on ne dispose guère de traditions fiables de l’époque moderne, et l’appui folklorique réel est mince. Plus tard, il a été interprété comme un avertissement lié à la terre et au labeur, une mise en garde contre la débauche, associé aux vertus paysannes.

La Cloche de Dōjōji

La Cloche de Dōjōji

Rare

dô-jô-ji no ka-né

Zue de Sekien • Cloche de Dōjōji

Yōkai domestiques et objets animésWakayama

Grande cloche bouddhique célèbre dans l’Engi (légende) de Dōjōji. Lorsque le moine Anchin se cache à l’intérieur, la femme éprise de lui, dont l’amour se change en rancune, se mue en serpent, s’enroule autour de la cloche et la brûle par une chaleur ardente. Les traditions divergent : certaines décrivent la cloche devenue « eau bouillante » qui engloutit le moine, d’autres disent qu’on éteignit le feu et que la cloche subsista. Toriyama Sekien illustra cette variante sous le titre « Cloche de Dōjōji » dans son Konjaku Hyakki Shūi.

Projectiles de tengu

Projectiles de tengu

Peu commun

TEN-gou-tsu-bu-té

Version conforme aux traditions

Phénomènes naturels et esprits de la natureDiverses régions (principalement Kaga et Edo)

Les « projectiles de tengu » désignent un phénomène étrange où de petits cailloux tombent de nulle part. On entend le bruit et on ressent l’impact, mais la pierre est invisible ou ne laisse aucune trace. On l’attribue à des tengu comme avertissement, ou aux renards et blaireaux rusés. Des croyances populaires disent que les victimes tombent malades ou connaissent la malchance à la chasse. Toriyama Sekien l’a illustré, et des mentions existent de l’Edo aux régions du Hokuriku.

La vieille du kokuri (Kokuribaba)

La vieille du kokuri (Kokuribaba)

Rare

ko-kou-ri ba-BA

Conforme aux images de Sekien

Yōkai domestiques et objets animésFolklore japonais

Vieille yōkai illustrée par le peintre d’Edo Toriyama Sekien dans son Konjaku Hyakki Shūi. Elle hante le kokuri (bâtiment de cuisine et d’intendance d’un temple), vole offrandes et argent des paroissiens, profane des tombes pour tresser des cheveux en vêtement, écorche la peau et se repaît de chair morte. Dans l’ouvrage, elle apparaît comme une vieille filant du fil, un chat à ses côtés. L’image est souvent lue comme une satire de la déchéance morale et des violations des règles monastiques, plutôt qu’un écho d’une tradition locale attestée.

Kazenbō

Kazenbō

Peu commun

ka-ZÈN-bo

Conforme aux récits traditionnels

Fantômes et espritsKyoto

Kazenbō est un yōkai représenté par Toriyama Sekien dans son recueil Konjaku Hyakki Shūi. Il apparaît sur le mont Toribeyama, lieu d’inhumation de Kyōto, sous la forme d’un feu follet à l’aspect de moine. On le dépeint comme un bonze mendiant enveloppé de flammes et de fumée. Il serait l’esprit enflammé d’un moine qui, cherchant la délivrance par l’auto-crémation, mit le feu lui‑même mais, retenu par des attachements, ne parvint pas à atteindre l’éveil. L’iconographie de Sekien constitue la source principale, et son nom comme son image figurent dans des encyclopédies de yōkai ultérieures.

Feu de paille (Minobi)

Feu de paille (Minobi)

Peu commun

mi-no-BI

Type standard de tradition

Phénomènes naturels et esprits de la natureShiga

Le Minobi est un feu mystérieux, semblable à des lucioles, qui apparaît par points sur les manteaux de paille des bateliers traversant le lac Biwa lors des nuits pluvieuses de la saison des pluies. Il ne brûle ni ne chauffe, ne se propage pas, et s’éteint si l’on retire le manteau. En revanche, le balayer de la main en multiplie les points, qui scintillent comme des étoiles. On l’a tenu pour la manifestation des noyés vindicatifs, mais des lectures modernes y voient un phénomène d’illumination gazeuse; des cas analogues sont signalés ailleurs au Japon.

Obi-serpent (Jatai)

Obi-serpent (Jatai)

Rare

ja-TAI

Version Zue de Sekien

Yōkai domestiques et objets animésÉpoque d’Edo, d’après des sources picturales

L’« Obi-serpent », figuré par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi, est un yōkai où la ceinture (obi) prend l’apparence d’un serpent. Inspiré du Bó wù zhì chinois, qui affirme que dormir sur une ceinture fait rêver de serpents, il relie l’obi aux songes serpentins et en suggère l’allégorie d’intentions mauvaises. Sekien note qu’une ceinture portée par une femme jalouse devient un serpent venimeux, symbolisant les passions logées dans un objet familier et leur puissance onirique.

Grand Zatô

Grand Zatô

Épique

oh-za-toh

Version Zuzō de Sekien

Yōkai humains et êtres hybridesÉpoque d’Edo

Le Grand Zatô est une figure de yōkai de zatô (joueur de shamisen/masseur aveugle) illustrée par Toriyama Sekien dans Konjaku Hyakki Shūi. Vêtu d’un hakama usé, sabots de bois aux pieds et canne à la main, il erre sur les grandes routes les nuits de vent et de pluie. Interrogé, il répond qu’il « joue toujours du shamisen dans les maisons de plaisir ». Cette image mêle regard d’altérité et satire du professionnel nocturne aperçu dans la ville, transformé en yōkai.

Hatahiro

Hatahiro

Rare

ha-ta-HI-ro

Source des rouleaux illustrés · Édition Sekien

Tsukumogami et créatures d’objetsInconnue

Hatahiro est un yōkai de tissu figurant dans le Konjaku Hyakki Shūi de Toriyama Sekien. On y voit la rancœur logée dans une étoffe tissée au métier prendre forme de serpent et errer à la recherche d’êtres humains. Le commentaire de l’ouvrage explique que la passion d’une femme, tissant tout en maudissant son mari parti et jamais revenu, aurait transformé le tissu. Aucune tradition orale avérée n’est connue ; la créature est plutôt comprise comme une invention conceptuelle de Sekien, située dans l’histoire de l’art.

La Main du kosode

La Main du kosode

Rare

ko-so-dé no té

Tradition iconographique, conforme au Toriyama Sekien

Yōkai domestiques et objets animésÉpoque d’Edo

Yōkai illustré par le peintre de l’époque Edo, Toriyama Sekien, dans le Konjaku Hyakki Shūi. Il se présente comme une main de femme blanche sortant de la manche d’un kosode. On l’interprète comme la matérialisation de l’attachement ou du regret laissé par des courtisanes ou des femmes envers leurs vêtements. Relié aux usages consistant à déposer les habits des défunts dans les temples pour les commémorer, ainsi qu’au destin des vêtements comme reliques ou objets vendus, ce yōkai iconographique mêle sentiment envers l’habit et satire sociale.

Fūri (Fūri)

Fūri (Fūri)

Peu commun

FOU-ri

Version synthétique des traditions bibliographiques (époque Edo, naturalia)

Animaux métamorphesD’origine chinoise (transmis au Japon, divers témoignages régionaux)

Le Fūri est le nom d’un yōkai bestial attesté dans des bestiaires et récits étranges chinois, avec quelques mentions dans la littérature d’histoire naturelle et les essais de l’époque d’Edo au Japon. Son apparence varie selon les sources : semblable à un petit singe, une martre, un tanuki ou un lapin ; yeux rouges, queue courte, pelage jaune-vert ou sombre ponctué de taches. On dit qu’il soulève des rafales pour effrayer humains et bêtes, ou surgit brusquement pour infliger des griffures. Son existence reste incertaine et son interprétation change fortement selon les régions et les ouvrages.

Chasse aux érables (Momijigari)

Chasse aux érables (Momijigari)

Peu commun

mo-mi-ji-GA-ri

Kijo Momiji (tradition scénique)

Oni et créatures gigantesquesNagano

« Momijigari » est le titre et le thème d’un récit, largement diffusé dans les arts et les lettres depuis le Moyen Âge, où Taira no Koremochi terrasse une ogresse retranchée au mont Togakushi, en Shinano. Dans le nō, le jōruri et le kabuki, de belles dames venues admirer les érables d’automne se révèlent être l’ogresse Momiji ; un général, aidé par la protection des dieux et bouddhas, perçoit sa véritable nature et la vainc. Le nom est surtout connu comme titre de pièce, et l’image de l’ogresse s’est formée au croisement des traditions locales et des arts de la scène.

Hōsōshi

Hōsōshi

Épique

hō-sō-shi

Hōsōshi des rites de poursuite au palais impérial

Divinités et êtres sacrésOfficiant chargé de chasser les démons dans le Zhouli chinois, introduit au Japon avec le rite de la Grande Nuo.

Le Hōsōshi trouve son origine dans le personnage chargé d’écarter les puissances néfastes lors de la Grande Nuo chinoise. Au Japon, il devient l’acteur central de l’Ōna puis de la tsuina célébrées à la cour, où il repousse les esprits associés aux épidémies. Les anciens textes le décrivent avec un masque carré à quatre yeux, symbole d’un pouvoir étendu aux quatre directions, une hallebarde dans la main droite, un grand bouclier dans la gauche et une peau d’ours sur le dos. Accompagné des shinshi et des nanin, il parcourt le palais impérial avant de chasser la maladie au-delà des portes. Le rite finit par s’inscrire dans le calendrier annuel de la cour.

Village caché

Village caché

Rare

ka-kou-reu-ZA-to

Version Zue d’Ishiyen: Village Caché (Kakurezato)

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesFolklore japonais

Le Village caché désigne, dans l’imaginaire japonais, des hameaux ou domaines dissimulés au fond des montagnes et des vallées, à l’écart du monde humain, conceptualisés comme des lieux liminaires et parfois figurés comme entités yōkai. Dans l’illustration de Toriyama Sekien (Konjaku Hyakki Shūi), un store portant « village caché » est suspendu, avec des souris porte-bonheur et des pièces d’or. Ces lieux surgissent quand les liens humains s’amenuisent, prodiguant parfois richesse et nourriture, puis s’évanouissant sans trace en tant que symboles de frontière et d’enclos sacré.