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Yōkai de feu et feux fantômes | Onibi, Kitsunebi et Shiranui

Lueurs sur les tombes, feux alignés en mer, roues de flammes lancées dans la nuit

Yōkai de feu et feux fantômes |
Onibi, Kitsunebi et Shiranui

26 yokai

L’essentiel

Les feux fantômes du Japon ne sont pas tous de simples variantes de l’onibi. Hitodama et les feux des tombes passent pour des âmes de morts ; Kosenjōbi porte la mémoire des guerriers tombés ; Tsurube-bi et Aosagibi donnent l’impression qu’un arbre ou un oiseau brûle ; les lueurs de Shiranui se multiplient au large ; Sōgenbi, Jiosenbi et Kazenbō changent la faute ou l’obsession en flamme ; Wanyūdō, enfin, enferme un visage dans une roue en feu. Il faut distinguer phénomènes naturels, croyances sur l’âme, récits bouddhiques de châtiment et formes inventées ou fixées par les artistes de l’époque d’Edo.

Dans l’obscurité, la moindre lueur réclame une explication

Avant l’éclairage électrique, une lumière aperçue au loin dans un cimetière, un marais, un col ou sur la mer ne livrait ni sa taille ni sa distance. S’il y avait du feu, quelqu’un devait se trouver là ; pourtant la lueur disparaissait lorsqu’on approchait. Elle pouvait aussi flotter sans foyer visible, se diviser ou sembler suivre le voyageur. Ce décalage a fait parler d’âmes de morts, d’animaux métamorphes et de la colère attachée à un lieu.

Cette collection ne réunit pas toutes les images entourées de flammes sous une seule étiquette. Elle distingue les traditions nées de phénomènes lumineux observés, les feux des morts, les récits où une faute revient sous forme de châtiment, les apparitions nommées et dessinées par Toriyama Sekien, ainsi que le dieu du feu dans le mythe. On découvre ainsi combien une flamme pouvait porter de sens différents.

Quand l’âme des morts devient lumière : Hitodama, feu des tombes et Kosenjōbi

Hitodama traduit l’idée, très répandue, que l’âme d’un mort peut s’envoler sous la forme d’une boule de feu bleuâtre. Haka-no-hi est une lueur vue dans un cimetière ; Kosenjōbi s’allume, dit-on, sur les terres où demeure la mémoire inquiète des guerriers tombés au combat. Ailleurs, chaque feu reçoit un nom particulier ou sert au contraire de terme général pour expliquer une mort liée au lieu.

Tout réduire à un organisme lumineux ou à une combustion ferait oublier que ces histoires servaient aussi à pleurer les morts et à garder en mémoire un terrain dangereux. Elles ne prouvent pas pour autant l’existence littérale des âmes. Il faut d’abord demander où le feu a été vu et à quel mort la tradition locale le rattache.

Quand les arbres et les oiseaux semblent brûler : Tsurube-bi, Aosagibi et Ubagabi

Tsurube-bi pend comme une flamme à la branche d’un arbre. Aosagibi naît du spectacle étrange d’un héron qui paraît brûler d’une lumière bleutée dans la nuit. Ubagabi et Furari-bi reçoivent eux aussi les contours d’un visage ou d’un oiseau, si bien que la lueur aérienne se rapproche d’une créature vivante. Le *Gazu Hyakki Yagyō* de Toriyama Sekien a largement diffusé cette manière de comparer les feux fantômes comme des êtres distincts, chacun pourvu d’un nom.

Le reflet sur les plumes, la hauteur d’une branche ou le balancement du vent nourrissent l’imagination. Les formes des peintures anciennes ne reproduisent pourtant pas mot pour mot les récits de tout le Japon ; elles portent aussi les choix, les rapprochements et l’invention de l’artiste.

Des feux alignés sur la mer : Shiranui

Shiranui désigne la multitude de lueurs qui apparaît au large des mers d’Ariake et de Yatsushiro autour du premier jour du huitième mois lunaire. Le lien entre le feu du pays de Hi rapporté sous le règne de l’empereur Keikō dans le *Nihon Shoki* et le nom puis les explications plus tardives de Shiranui doit être examiné avec prudence. On décrit aujourd’hui le phénomène comme un mirage dû à la réfraction de l’air, sans que son sens culturel ait disparu du paysage et des rites de la région.

Une explication scientifique ne retire pas à Shiranui sa place dans l’histoire de l’étrange. La manière dont les habitants ont nommé la lumière et retenu la date de son apparition constitue elle aussi une mémoire culturelle.

La faute et l’obsession prennent feu : Sōgenbi, Jiosenbi et Kazenbō

Sōgenbi raconte qu’un moine ayant volé l’huile d’un temple devint feu après sa mort. Jiosenbi rattache à un lieu la rancœur d’un défunt mêlé à une affaire commerciale. Kazenbō unit la silhouette d’un moine à la flamme ; le feu d’Akurojin et Taimatsu-maru apparaissent eux aussi comme des lumières dangereuses sur les routes ou dans les montagnes.

Ces feux ne décrivent pas seulement un phénomène physique. Ils rendent visible la logique d’un récit où le vol, l’attachement ou une mort sans apaisement appellent une sanction. Se demander qui porte la faute, et si une morale plus tardive a été ajoutée, révèle les normes sociales que le feu fantôme pouvait refléter.

Roues en flammes et voitures des morts : Wanyūdō, Katawaguruma et Kasha

Wanyūdō est un visage immense pris dans la roue en feu d’une voiture à bœufs, lancée sur les routes de nuit. Katawaguruma apparaît elle aussi comme une roue unique en flammes, tandis que Kasha enlève le corps des pécheurs au cours des funérailles. La rotation de la roue, le cortège funèbre et le feu de l’enfer se combinent en une force impossible à arrêter.

Dans le *Konjaku Gazu Zoku Hyakki*, le feu n’est pas un décor : il appartient au corps du yōkai. Il faut donc distinguer une flamme présente au cœur de la forme ancienne d’un ajout spectaculaire dans une illustration moderne.

Fumée, huile et lanternes : le feu domestique devient étrange

Enenra est la silhouette humaine que Sekien aperçoit dans une colonne de fumée. Abura-akago prend la forme d’un nourrisson qui lèche l’huile des lampes ; Korōka et Chōchin-bi relient la lueur surnaturelle aux objets qui portent le feu. Himamushi-nyūdō semble superposer les insectes attirés par la lampe et le désir humain. Hikeshi-baba, vieille femme qui éteint les flammes, agit à l’inverse des créatures qui les allument.

À l’époque où l’huile et les lanternes de papier faisaient partie du quotidien, surveiller, éteindre ou voler le feu engageait directement la sécurité de la maison. Si de petits objets domestiques deviennent yōkai, c’est aussi parce que les flammes inspiraient une peur très concrète.

Animaux et êtres des montagnes entourés de flammes

Outre Aosagibi, Basan est représenté comme un grand oiseau qui crache du feu ; Minobi est une flamme qui s’accroche à une cape de paille, et Sanmai Tarō porte les associations des funérailles et de la crémation. Le feu brouille leurs contours tout en mettant en mouvement l’oiseau, le moine et le vêtement.

Kagutsuchi est un dieu, pas un yōkai

Kagutsuchi est le dieu du feu des mythes du *Kojiki* et du *Nihon Shoki*. Il n’est pas un yōkai au même sens qu’un feu follet ou un tsukumogami. Sa naissance provoque la mort de sa mère Izanami ; de son corps tranché et de son sang naissent encore d’autres divinités. Le récit rappelle que le feu permet de cuisiner et de forger, mais peut aussi prendre la vie.

En distinguant les dieux, les morts, les phénomènes observés et les inventions des artistes avant de les comparer, on mesure le nombre de rôles confiés au feu dans la culture japonaise. Dans la liste ci-dessous, commencez par regarder où apparaît la lumière, puis demandez-vous de quelle mémoire elle est chargée.

Mis à jour: 18/07/2026
yōkai de feufeu fantômeonibikitsunebiShiranuiHitodamaTsurube-biAosagibiWanyūdōfolklore japonais

Yokai inclus

26 yokai sont inclus

Ces yokai ont aussi des cartes artistiques

20 cartes — ukiyo-e, Japon moderne…

Hitodama (âme humaine luminescente)

Hitodama (âme humaine luminescente)

Épique

hi-to-DA-ma

Hitodama (version des récits traditionnels)

Fantômes et EspritsJapon, diverses régions

Les hitodama sont des phénomènes spirituels observés la nuit sous forme de petites boules de feu flottant dans l’air, interprétées autrefois comme des âmes quittant le corps humain. Les couleurs rapportées varient (bleu pâle, orangé, rouge), avec une traîne lumineuse qui dérive près du sol. Souvent confondus avec les onibi ou le feu-renard, les hitodama se distinguent comme l’émanation lumineuse de l’âme humaine, parfois présage liée à la mort ou au seuil entre vie et mort. Ils abondent dans les classiques, essais d’époque et traditions locales, et des témoignages modernes subsistent.

Feu des tombes

Feu des tombes

Rare

ha-ka-no-hi

Version iconographie traditionnelle

Esprits des Phénomènes NaturelsKyoto et autres cimetières du Japon

Le Feu des tombes est un type de feu follet apparaissant autour des cimetières et des anciennes stèles gorintō. Dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki de Toriyama Sekien, il est représenté jaillissant d’un gorintō délabré, aux lettres sanskrites effacées, dans un cimetière envahi par les broussailles. On interprète parfois ces flammes comme les passions qui auraient dû être tranchées avec les syllabes sacrées manquantes. Dans les récits de l’époque d’Edo, on le décrit aussi comme un phosphène issu du sang ou de la graisse suintant des cadavres ou des tombes, flottant et vacillant la nuit.

Feu des champs de bataille anciens

Feu des champs de bataille anciens

Peu commun

ko-sèn-jô-bi (kosen-jô-bi)

Feux de champ de bataille anciens (forme traditionnelle)

Oni et créatures gigantesquesOsaka

Le Feu des champs de bataille anciens est une will-o’-the-wisp qui apparaît en grappes sur les lieux d’anciennes batailles meurtrières. Elle flotte doucement et, en grand nombre, éclaire faiblement toute la plaine. On dit qu’elle émane des esprits rancuniers de soldats et de chevaux. Dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki de Sekien, elle est peinte comme une flamme jaillissant du sang tombé au sol. Les récits de méfaits avérés sont rares ; ceux qui la croisent récitent un nembutsu puis s’éloignent.

Shiranui

Shiranui

Peu commun

shi-ra-NOU-i

Guide-feu de Hassaku

Esprits AquatiquesKumamotoSaga

Le Shiranui est un feu mystérieux aperçu le long des côtes du Kyūshū, surtout dans la mer de Yatsushiro et la mer d’Ariake. La nuit du premier jour du huitième mois lunaire, par temps calme et lune noire, une ou deux « flammes mères » apparaissent au large, se divisent à gauche et à droite et se multiplient jusqu’à former des centaines, voire des milliers de lueurs alignées à l’horizon. On les distingue mal depuis le niveau de la mer, mais nettement depuis un point élevé. Plus on tente de s’en approcher, plus elles semblent reculer. Également appelées Mille Lanternes et Lanternes du dragon, elles étaient craintes comme un présage funeste interdisant la sortie en mer.

Tsurubebi (Feu de seau suspendu)

Tsurubebi (Feu de seau suspendu)

Peu commun

tsou-rou-bé-bi

Image traditionnelle (feu de puits pendulaire)

Phénomènes naturels et esprits de la natureKyoto

Le tsurubebi est une flamme spectrale qui monte et descend depuis les branches la nuit, comme un seau de puits. Il apparaît dans le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien et s’inspire d’un feu surnaturel signalé à Saiin (Kyōto) dans les récits d’Edo. À Shikoku et Kyūshū, on dit qu’un esprit d’arbre devient une boule de feu bleuâtre pendue aux branches. La flamme n’enflamme rien et laisse parfois deviner un visage humain ou animal. Considéré comme un type de feu-follet, il est souvent aperçu sur des sentiers de montagne calmes.

Feu de héron cendré

Feu de héron cendré

Épique

a-o-SA-gui-bi

Conforme aux récits traditionnels

Animaux métamorphesNaraNiigata

Phénomène nocturne où le corps d’un héron paraît briller d’une lueur bleuâtre. Aussi appelé « feu du goï » ou « lumière du goï ». Décrit dans des recueils illustrés et essais de l’époque d’Edo, observé les nuits de lune comme sous la pluie. Souvent identifié au bihoreau gris (goïsagi) qui, en vol, ressemble à une flamme bleue et effraie les passants. L’éclat est parfois expliqué par des dépôts aquatiques ou des reflets sur le plumage, mais les communautés l’ont transmis comme un feu surnaturel.

Feu de la Vieille (Ubagabi)

Feu de la Vieille (Ubagabi)

Épique

ou-ba-ga-bi

Ubagabi (conforme aux récits traditionnels)

Phénomènes naturels et esprits de la natureOsakaKyoto

L’Ubagabi est une flamme spectrale apparaissant les nuits de pluie, surtout à Hiraoka (Kawachi) et le long de la rivière Hozu (Tanba). Elle vole comme une boule de feu d’environ 30 cm, prenant parfois le visage d’une vieille femme ou la forme d’un oiseau. On la dit née de la malédiction d’une vieille voleuse d’huile au sanctuaire Hiraoka, ou du châtiment céleste frappant une vieille ayant abandonné son enfant. Toucher cette flamme annoncerait le malheur.

Furaribi (feu errant)

Furaribi (feu errant)

Rare

fu-ra-RI-bi

Furaribi (iconographie conforme aux rouleaux)

Phénomènes naturels et esprits de la natureOrigine inconnue

Furaribi est un feu spectral figuré comme un oiseau enveloppé de flammes dans les peintures de l’époque d’Edo. On en voit des exemples chez Toriyama Sekien (Gazu Hyakki Yagyō), Sawaki Sūshi (Hyakkai zumaki) ou dans l’anonyme Bakemono-zukushi. Les notices étant laconiques, sa nature reste incertaine. On l’interprète généralement comme la manifestation en feu d’esprits sans offrandes funéraires, la face d’oiseau monstrueuse en étant l’expression symbolique.

Sōgenbi

Sōgenbi

Rare

sōgenbi

Sōgenbi, le moine en flammes du Mibu-dera

Fantômes et espritsKyoto

Le Sōgenbi est un feu spectral associé au Mibu-dera de Kyoto. Toriyama Sekien le représente sous la forme d’un visage de moine tourmenté, prisonnier d’une boule de feu. Son nom s’écrit aussi Sōgen-bi, « le feu de Sōgen », d’après le religieux au cœur du récit. Dans le *Gazu Hyakki Yagyō* de Toriyama Sekien, la flamme n’est donc pas une lueur anonyme : le visage qu’elle renferme révèle le sort d’un homme. Sōgen aurait servi au pavillon de Jizō du Mibu-dera, mais détourné l’huile des lampes et les offrandes du temple. Après sa mort, ce sacrilège l’aurait condamné à devenir lui-même un feu follet. Dans la tradition narrative transmise notamment par le *Shin Otogi Bōko*, repris dans l’*Edo Kaidan-shū*, le Sōgenbi n’est pas un phénomène naturel : c’est la lumière sacrée volée qui revient sous la forme d’un châtiment. Un moine défunt, une flamme et l’enceinte d’un temple se rejoignent ainsi dans une apparition profondément liée à Kyoto.

Jiosenbi

Jiosenbi

Peu commun

じおうせんび

Le feu vengeur du marchand de Jiosen allumé à Izuminawate les nuits de pluie

Phénomènes naturels / Esprits de la natureShiga

Le Jiosenbi (Feu du Jiosen) est un feu mystérieux (kaika) qui apparaîtrait à Izuminawate, dans la région de Minakuchi (province d'Omi). Le Jiosen était une confiserie sucrée ressemblant à du caramel, fabriquée en faisant bouillir des racines de la plante Rehmannia (Jio). À l'époque d'Edo, elle était vendue par des marchands ambulants et servait également de médicament. La légende raconte qu'un homme qui gagnait sa vie en vendant du Jiosen fut assassiné à Izuminawate par des bandits convoitant ses économies. L'obsession pour son argent et ses profonds regrets se transformèrent en un feu spectral lors des nuits pluvieuses, flottant autour d'un grand arbre appelé le Pin Hizagashira. Plus que le feu lui-même, c'est la transformation de l'obsession morbide du marchand ambulant en flamme qui illustre la dynamique de cause à effet typique des contes de feux spectraux de l'époque prémoderne.

Kazenbō

Kazenbō

Peu commun

ka-ZÈN-bo

Conforme aux récits traditionnels

Fantômes et espritsKyoto

Kazenbō est un yōkai représenté par Toriyama Sekien dans son recueil Konjaku Hyakki Shūi. Il apparaît sur le mont Toribeyama, lieu d’inhumation de Kyōto, sous la forme d’un feu follet à l’aspect de moine. On le dépeint comme un bonze mendiant enveloppé de flammes et de fumée. Il serait l’esprit enflammé d’un moine qui, cherchant la délivrance par l’auto-crémation, mit le feu lui‑même mais, retenu par des attachements, ne parvint pas à atteindre l’éveil. L’iconographie de Sekien constitue la source principale, et son nom comme son image figurent dans des encyclopédies de yōkai ultérieures.

Feu d’Akurojin

Feu d’Akurojin

Peu commun

a-koo-ro-jine no hi

Conforme aux traditions

Phénomènes naturels et esprits de la natureMie

Feu mystérieux qui errerait les nuits de pluie comme une lanterne. Mentionné comme observation d’Ise dans des essais de la fin d’Edo, tels que Kansō Sadan et Shoshū Saiyaku-ki Shōroku. Quiconque s’en approche par inadvertance tomberait malade comme frappé d’une épidémie. En cas de rencontre, il faut se tapis au sol, attendre que la flamme passe, puis fuir au bon moment. On dit qu’il flotte à environ 30 à 90 cm au-dessus du sol.

Taimatsu-maru

Taimatsu-maru

Rare

TAÏ-matssou-ma-rou

D’après l’atlas d’Ishiyen (Toriyama Sekien)

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesOrigine inconnue

Taimatsu-maru est un yōkai oiseau portant le feu, illustré par Toriyama Sekien dans le Hyakki Tsurezure Bukuro. Sous l’aspect d’un rapace, il arbore des flammes à la bouche et aux serres, projetant une lueur étrange dans l’obscurité des montagnes. Sekien le relie, en note, à la “lueur des pierres lancées par les tengu” (tengu-zarei), et l’interprète comme une force qui entrave les ascètes. Ce n’est pas une lumière utilitaire mais un feu de dérèglement, destiné à égarer les voyageurs nocturnes. Aucun lieu d’apparition précis n’est attesté dans les sources.

Wanyūdō

Wanyūdō

Épique

wa-nyū-dō

Iconographie traditionnelle, école de Sekien

Habitations et objetsKyoto

Le Wanyūdō apparaît sous la forme d’une roue de char à bœufs enveloppée de flammes, avec au moyeu le visage furieux d’un grand moine. Dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki, Toriyama Sekien en fait une roue infernale qui roule seule et arrache l’âme de ceux qui la regardent. Son commentaire ajoute qu’elle ne peut s’approcher d’une porte sur laquelle on a collé un papier portant les mots « Ici se trouve le village de Shōbo ». La formule renvoie à un épisode des Mémoires historiques de Sima Qian : Zengzi aurait refusé d’entrer dans un lieu dont le nom signifiait « vaincre sa mère ». Sekien s’inspire d’une apparition située rue Higashinotōin, à Kyoto. Le Katawa-guruma, issu du même récit, est généralement considéré comme une autre forme de la même lignée.

Roue à demi attelée (Katawaguruma)

Roue à demi attelée (Katawaguruma)

Peu commun

ka-ta-wa-GOU-rou-ma

La Roue Bancale de Kyōto

Yōkai domestiques et objets animésKyotoShiga

La Katawaguruma est une apparition nocturne d’une roue seule, issue d’un char à bœufs, roulant enveloppée de flammes. On dit qu’un visage humain surgit en son moyeu. Mentionnée dans des recueils de contes et d’essais du début d’Edo, elle est réputée porter malheur à qui la voit et même punir ceux qui n’en font que médire. Son visage est décrit tantôt masculin, tantôt féminin, avec des signalements à Kyoto et en Ōmi. Des peintures contemporaines l’ont représentée, et son lien avec le Wanyūdō a été débattu.

Kasha

Kasha

Épique

ka-sha

Kasha félin (récits de l’époque moderne)

Esprits et fantômesIwateGunma

Le Kasha est un yōkai qui apparaît pendant les funérailles, le long des cortèges ou dans les cimetières pour emporter un cercueil ou un cadavre. Au début de l’époque d’Edo, on attribuait ces enlèvements aux bourreaux des enfers ou au dieu du tonnerre : le corps disparaissait au milieu de nuages noirs et d’éclairs. Le mot kasha désigne d’abord, dans le bouddhisme, le « char de feu » qui transporte les pécheurs en enfer. La figure s’est ensuite mêlée aux légendes du nekomata, et la croyance selon laquelle un vieux chat devient Kasha pour s’emparer des morts s’est largement répandue. Le phénomène n’est toutefois pas toujours réservé aux défunts coupables : il est signalé dans tout le pays comme un danger propre aux rites funéraires. Pour s’en protéger, les traditions recommandent des lames, des chapelets, un amas de terre placé sur le cercueil ou une veille constante auprès du corps.

En'enra

En'enra

Épique

en-EN-ra

Esprit de fumée d’Usura

Yōkai domestiques et objets animésOrigine inconnue

Esprit de fumée représenté par Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi. Le « ra » du nom évoque une étoffe légère, décrivant une essence de fumée qui flotte comme une mousseline. Relié à l’ancienne idée que l’on perçoit une présence dans la fumée des âtres et des fourneaux, il n’a pas de forme fixe et dérive. Dans les sources, sa figure se fixe surtout grâce à l’illustration de Sekien ; ni maléfice ni bienfait précis ne sont indiqués, on le comprend comme une métamorphose de la fumée elle‑même.

Le Bébé huileux

Le Bébé huileux

Rare

a-bu-ra A-ka-go

Conforme à l’Iconographie de Sekien

Yōkai domestiques et objets animésShiga

Yōkai illustré à l’époque d’Edo moyen par Toriyama Sekien dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki. Sous l’apparence d’un nourrisson, il lèche l’huile des lanternes. Son origine est rattachée à une croyance d’Ōtsu (province d’Ōmi) selon laquelle un marchand d’huile, ayant volé l’huile offerte à un jizō, devint après sa mort un feu errant (relaté dans Shokoku Riin Dan et Honchō Koji In’enshū). Sekien, s’appuyant sur ces récits de feux fantômes, aurait figuré l’obsession de l’huile sous la forme d’un bébé.

Korōka (Feu de vieille lanterne)

Korōka (Feu de vieille lanterne)

Rare

ko-ROH-ka

Koro-bi de Sekien (lanterne de pierre)

Yōkai domestiques et objets animésInconnue

Korōka est un yōkai lié aux lanternes de pierre, figuré par Toriyama Sekien dans le Hyakki Tsurezure Bukuro. Assis au sommet d’une lanterne de pierre, il crache des flammes : une personnification du feu-esprit de la lanterne. Sekien évoque les feux-follets des anciens champs de bataille, tout en notant l’absence de sources classiques attestant qu’une flamme de lanterne devienne monstre, ce qui souligne le caractère inventif de l’image. Plus tard, on racontera que certaines lanternes s’allument d’elles-mêmes, mais la fiabilité de ces récits reste incertaine.

Feu-lanterne

Feu-lanterne

Peu commun

choh-CHINE-bi

Feu de lanterne (type feux follets régionaux)

Esprits des Phénomènes NaturelsJapon (Shikoku, Yamato, Ōmi, et autres régions)

Une forme de feu-follet qui apparaît près des diguettes, des berges et des cimetières. Une flamme de la taille d’une lanterne flotte à environ un mètre du sol et s’éteint quand on s’en approche. À Shikoku, on l’attribue aux renards ou aux tanukis, et son nom comme ses traits varient selon les régions. Parfois visible en file le long des chemins nocturnes, il est associé à des présages funestes comme des morts violentes ou des fièvres, mais sa nature reste insaisissable.

Himamushi Nyūdō

Himamushi Nyūdō

Rare

hi-ma-mou-shi nyou-DOU

Conforme aux images de Sekien

Yōkai domestiques et objets animésÉpoque d’Edo

Yōkai figurant dans le Konjaku Hyakki Shūi du peintre de l’époque d’Edo, Toriyama Sekien. Il surgit à moitié depuis le vide sous le plancher et lèche l’huile des lampes à huile, gênant les travaux nocturnes. Sekien explique qu’il s’agit de l’esprit de quelqu’un qui, de son vivant, négligeait son labeur et passait son temps à flâner ; après sa mort, il devient un « Himamushi Yonyūdō » qui lèche l’huile des lampes et perturbe les veillées. Le nom est rapproché d’un jeu de lettres (« Hemamushi Yo-nyūdō »), si bien qu’on y voit généralement un blâme moral contre la paresse et la fainéantise.

La Vieille Éteignoir

La Vieille Éteignoir

Rare

hi-ke-she-BA-ba

Conforme aux images d’Ishiyen (Toriyama Sekien)

Yōkai humains et êtres hybridesEdo (Japon)

Yōkai représenté par Toriyama Sekien dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki : une vieille femme qui souffle de loin pour éteindre lampions, lampes à huile et bougies. Interprétée comme un être de l’ombre qui abhorre le feu, principe yang. Les sources orales sont rares et l’on considère souvent qu’il s’agit d’une création largement sékienienne. Des variations de nom (Fukikeshi-baba, Fukeshi-baba) apparaissent dans des ouvrages et albums ultérieurs, où elle est liée aux lampes de banquet ou de chemin s’éteignant soudainement.

Basan

Basan

Épique

basan

Basan, l’oiseau de feu des bambouseraies d’Iyo

Animaux métamorphesEhime

Le Basan est un oiseau fantastique de l’ancienne province d’Iyo, également appelé Basabasa ou Inuhōō. Une crête rouge se dresse sur sa tête et son bec rejette une flamme écarlate. Ce feu, toutefois, est apparenté au kitsunebi : il ne dégage aucune chaleur et ne brûle rien. L’oiseau se cache dans les bambouseraies des montagnes et se montre rarement. Il lui arrive de survoler un village au cœur de la nuit en faisant retentir un puissant battement d’ailes, puis de disparaître avant que l’on puisse bien l’apercevoir. Le Basan effraie, mais les récits ne lui attribuent pas de dommages réels. Les recueils illustrés de l’époque d’Edo ont fixé l’image de ce grand oiseau nocturne dont la flamme éclaire sans consumer.

Feu de paille (Minobi)

Feu de paille (Minobi)

Peu commun

mi-no-BI

Type standard de tradition

Phénomènes naturels et esprits de la natureShiga

Le Minobi est un feu mystérieux, semblable à des lucioles, qui apparaît par points sur les manteaux de paille des bateliers traversant le lac Biwa lors des nuits pluvieuses de la saison des pluies. Il ne brûle ni ne chauffe, ne se propage pas, et s’éteint si l’on retire le manteau. En revanche, le balayer de la main en multiplie les points, qui scintillent comme des étoiles. On l’a tenu pour la manifestation des noyés vindicatifs, mais des lectures modernes y voient un phénomène d’illumination gazeuse; des cas analogues sont signalés ailleurs au Japon.

Sanmai Tarō

Sanmai Tarō

Peu commun

san-maï ta-RO

Sammai Tarō (version traditionnelle)

Fantômes et EspritsIshikawa

Phénomène spectral qui apparaîtrait dans les crématoriums (sanmai-ba) après l’incinération d’un grand nombre de dépouilles. Les esprits des morts s’agrègent pour former une silhouette humaine, parfois un immense moine-errant (nyūdō). Il annonce ou mime des gestes liés aux funérailles, effraie les gens en frappant des claquettes la nuit ou en plantant des pieux dans la zone de crémation. On dit qu’il perd toute force et disparaît s’il traverse un cours d’eau.

Kagutsuchi (Hinokagutsuchi-no-kami)

Kagutsuchi (Hinokagutsuchi-no-kami)

Divin

kagutsuchi

Le Dieu du Feu qui engendre la Mort et la Renaissance

Divinité / Esprit divinKyotoShizuoka

Kagutsuchi (Hinokagutsuchi-no-kami) est la personnification du feu, une divinité féroce dont la naissance même provoque la mort et la renaissance. Dans le « Kojiki », Izanami meurt après avoir eu les parties génitales brûlées en donnant naissance au dieu du feu Kagutsuchi, et Izanagi, fou de rage, le décapite. Du sang et des parties du corps du dieu assassiné naissent encore plus de divinités. Le feu est essentiel à la vie, mais lors de l'accouchement, il est suffisamment dangereux pour conduire la déesse mère à la mort. Cette dualité fait de Kagutsuchi non seulement un dieu du feu, mais un point d'inflexion dans la mythologie. Le « Nihon Shoki » contient également des traditions variantes concernant la naissance du dieu du feu et la mort d'Izanami. Dans toute la mythologie du Kiki, le feu est traité comme une force qui relie la fin de la création au début de Yomi (le monde des morts). À la suite de Kagutsuchi, l'histoire se poursuit avec la visite aux enfers, la purification rituelle (misogi) et la naissance des Trois Nobles Enfants. En d'autres termes, le dieu du feu est une entité qui détruit temporairement l'ordre de la création du monde, déclenchant une chaîne de mort, de souillure, de purification et la naissance de la déesse du soleil. Dans l'encyclopédie des yōkai, bien qu'il soit traité comme un esprit divin, il a de forts liens avec les divinités de la calamité, les croyances en la prévention des incendies et le culte de la montagne. Dans les croyances ultérieures, Kagutsuchi est vénéré sous des noms comme Homusubi-no-kami en tant que dieu de la prévention et de la protection contre les incendies. Le culte d'Atago centré sur le mont Atago à Kyoto et le culte d'Akiha représenté par le sanctuaire Akihasan Hongū Akiha sont les piliers majeurs de la religion populaire où les gens craignent le feu tout en le priant pour leur protection. Il n'est pas contradictoire que le dieu qui crée le feu devienne aussi le dieu qui l'éteint. Confier un pouvoir incontrôlable à la divinité même de ce pouvoir fait la profondeur du culte japonais du feu. Comparé aux anomalies de feu apparentées, Kagutsuchi opère à une échelle complètement différente. Alors que les Kitsunebi (feux de renard) et Shiranui sont de mystérieuses lumières vues par les yeux humains, Kagutsuchi est un feu qui modifie la structure du monde mythologique. Il n'est pas une histoire de fantômes sur le fait de voir le feu, mais le catalyseur à travers lequel le pays des morts, la purification rituelle et la naissance de la déesse du soleil se déploient continuellement. C'est là que réside son rang élevé en tant qu'esprit divin.

Des sagas qui résonnent avec cette collection

Suivez les lignées derrière « Yōkai de feu et feux fantômes | Onibi, Kitsunebi et Shiranui ».