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Qu’est-ce que l’onmyōdō ?|Abe no Seimei, shikigami, Quatre Gardiens et protection contre le mal

Lire les astres, établir le calendrier, éviter les directions néfastes et se prémunir contre les périls invisibles

Qu’est-ce que l’onmyōdō ?
Abe no Seimei, shikigami, Quatre Gardiens et protection contre le mal

9 yokai

L’essentiel

L’onmyōdō est un ensemble de savoirs et de pratiques formé à la cour japonaise à partir du yin-yang et des Cinq Phases, de l’astronomie, du calendrier et de la divination. Les onmyōji observaient le ciel, établissaient les calendriers, choisissaient dates et directions, et participaient à des rites. Le Seimei surhumain qui commande des shikigami est une figure légendaire bâtie autour d’un véritable fonctionnaire. Quant aux Quatre Gardiens, à Hakutaku, Shōki, Hōsōshi et aux Goho-doji, ils ne sont pas tous des shikigami propres à l’onmyōdō : ils viennent aussi de la cosmologie est-asiatique, du cérémonial de cour, du bouddhisme et des pratiques populaires de protection.

L’onmyōdō n’est pas l’art inventé par un unique magicien

Le mot onmyōdō évoque souvent Abe no Seimei lançant ses shikigami ou retournant une malédiction contre son auteur. Dans l’histoire, les onmyōji étaient pourtant aussi des spécialistes de cour : ils observaient les astres, établissaient le calendrier, interprétaient les présages et déterminaient les dates ou les directions favorables. Comme le rappelle une exposition du Musée national d’histoire japonaise, la divination, les pratiques rituelles et le travail calendaire ne sauraient se réduire à une seule « magie » merveilleuse.

Cette collection aborde l’onmyōdō lui-même et les traditions protectrices qui l’ont côtoyé. Plutôt que de faire des Quatre Gardiens ou de Shōki des « shikigami de Seimei », elle distingue le milieu culturel et les sources dont chacun est issu.

Un savoir de cour——astronomie, calendrier, divination et directions

Dans l’État régi par les codes ritsuryō, le Bureau de l’Onmyō réunissait des spécialistes du yin-yang, de l’astronomie, des calendriers et de la mesure du temps. Les phénomènes célestes inhabituels étaient interprétés à l’aune du destin politique ; le calendrier réglait les rites, les travaux agricoles et la vie quotidienne ; le choix des dates et des directions pesait sur les déplacements comme sur les cérémonies. Les savoirs reçus de Chine se transformèrent au contact des institutions de cour japonaises et d’un paysage religieux où cultes des kami et bouddhisme se mêlaient.

L’onmyōdō n’a donc pas toujours ressemblé aux pratiques divinatoires populaires d’aujourd’hui, pas plus qu’il ne fut créé au Japon sans influence extérieure. Ses praticiens, ses rites et son autorité sociale ont changé au fil des siècles.

Abe no Seimei——du fonctionnaire historique au maître des légendes

Abe no Seimei fut un onmyōji actif dans la seconde moitié du Xe siècle et occupa des charges liées à l’astronomie et à la divination. Des œuvres plus tardives, notamment le *Konjaku Monogatari-shū* et l’*Uji Shūi Monogatari*, en font un maître exceptionnel, capable de déceler l’étrange, de renvoyer les malédictions et de commander des shikigami. La célèbre généalogie qui lui donne pour mère la renarde Kuzunoha s’est développée plus tard encore dans les arts de la scène et la littérature.

Le fonctionnaire historique et le Seimei des récits ne s’excluent pas, comme si l’un devait être rejeté au nom de l’autre. Le prestige acquis par l’homme de cour a nourri la légende ; le personnage façonné par la légende a, en retour, influencé la manière dont les générations suivantes ont compris l’onmyōdō.

Qu’est-ce qu’un shikigami ?——Pas une espèce définie de yōkai

Dans les récits, les shikigami sont des agents spirituels placés au service d’un onmyōji ou d’un autre spécialiste rituel. Ils peuvent prendre l’apparence d’un humain, d’un enfant, d’un petit oni, ou n’être qu’une force invisible. Ils ne constituent pas une espèce unique de yōkai reconnue dans tout le Japon. La tradition selon laquelle Seimei aurait caché ses shikigami sous le pont Ichijō Modoribashi est célèbre, mais les listes de personnages nommés dans les œuvres contemporaines ne forment pas pour autant une classification classique.

Les Goho-doji sont de jeunes protecteurs bouddhiques qui veillent sur les ascètes et les religieux. Certains récits les montrent au service d’un maître, à la manière des shikigami, mais les deux notions ne se confondent pas.

Les Quatre Gardiens——les points cardinaux et l’ordre céleste

Seiryū, Byakko, Suzaku et Genbu sont les Quatre Gardiens hérités de l’astronomie et de la cosmologie directionnelle chinoises. Ils correspondent à l’est, à l’ouest, au sud et au nord, mais aussi aux saisons, aux couleurs et à d’autres associations. Au Japon, ils furent intégrés aux peintures funéraires, à la conception des capitales et aux représentations de l’espace. Les peintures du tumulus de Kitora, où figurent les quatre animaux ainsi qu’une carte du ciel, témoignent concrètement de leur réception dans le Japon ancien.

Les Quatre Gardiens ne sont ni des yōkai ni les shikigami personnels d’Abe no Seimei. On les associe souvent à l’onmyōdō parce qu’ils partagent l’imaginaire des Cinq Phases et des directions, mais leurs origines et leurs fonctions relèvent d’une conception est-asiatique du cosmos bien plus vaste.

Hōsōshi——celui qui chassait les démons de la cour

Masqué et armé, Hōsōshi menait la tsuina, cérémonie au cours de laquelle on expulsait les démons tenus pour responsables des épidémies. Aux époques suivantes, l’apparence terrifiante du chasseur de démons put elle-même sembler démoniaque, tant la frontière était mince entre le protecteur et le monstre redouté. Hōsōshi n’était pas le shikigami d’un onmyōji, mais une figure d’un rite annuel de cour introduit de Chine.

Hakutaku et Shōki——écarter le malheur par le savoir et l’image

Hakutaku est une créature spirituelle d’origine chinoise, réputée connaître tous les êtres étranges et les esprits sous le ciel ; son image servait à se préserver des épidémies. Shōki vient lui aussi d’une légende chinoise. Sa silhouette de chasseur de démons ornait les bannières de la fête des garçons et des peintures protectrices. Ni l’un ni l’autre n’appartient exclusivement à l’onmyōdō. Tous deux ont néanmoins pris place dans les pratiques japonaises de protection, fondées ici sur l’idée qu’un danger invisible peut être identifié, représenté, puis tenu à distance.

Rattacher à l’onmyōdō tout ce qui « repousse le mal » effacerait les différences entre savoir médical, bouddhisme, légendes marquées par le taoïsme et fêtes annuelles. Cette collection présente le cœur historique et ses domaines voisins, sans dissimuler la frontière qui les sépare.

Trois distinctions pour mieux comprendre l’onmyōdō

Premièrement, distinguer la charge historique du sorcier de fiction. Deuxièmement, distinguer les conceptions du cosmos reçues de Chine de leur évolution dans les institutions et les rites japonais. Troisièmement, ne pas confondre l’onmyōdō, les protecteurs bouddhiques, la tsuina de cour et les pratiques populaires destinées à repousser le mal.

Ces distinctions ne réduisent pas le sujet. Elles font au contraire apparaître les points de rencontre entre l’art du calendrier, la politique de l’observation céleste, les récits de shikigami, les animaux gardiens des quatre directions et les cérémonies d’expulsion des démons. Poursuivez avec les « Figures de cette collection » ci-dessous pour découvrir l’histoire propre à chacune.

Mis à jour: 17/07/2026
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Yokai inclus

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17 cartes — ukiyo-e, Japon moderne…

Abe no Seimei

Abe no Seimei

Légendaire

a-BÉ no SEI-mé

Version Traditionnelle • Onmyōji Seimei

Fantômes et EspritsKyoto

Personnage attesté des sources du milieu de l’époque de Heian, onmyōji de la cour. Élève du clan Kamo, il maîtrisa astronomie, calendrier et divination, et officia aux rites de purification et aux pas rituels (henbai) à la cour. Les journaux de l’époque témoignent de la confiance que lui accordèrent les empereurs Kazan et Ichijō ainsi que Fujiwara no Michinaga. Il devint aussi docteur en astronomie et contribua à établir la lignée onmyōdō de la maison Abe (famille Tsuchimikado). Plus tard, les récits amplifièrent son image de thaumaturge, faisant de lui l’archétype du chasseur d’esprits et maître des shikigami.

Seiryū (le Dragon d'Azur)

Seiryū (le Dragon d'Azur)

Divin

Seiryū

Seiryū, le Dragon d'Azur, gardien de l'est

Métamorphoses animalesNara

Seiryū, le Dragon d'Azur, est l'un des Quatre Symboles (shijin) qui gardent les points cardinaux, la bête numineuse qui façonne en forme de dragon les sept loges lunaires orientales du ciel. Dans les Cinq Phases, il est assigné au Bois, dans les cinq couleurs à l'azur (bleu-vert), et dans les saisons au printemps ; il incarne la direction est elle-même. Né de la croyance astrale chinoise, le « Traité des configurations célestes » du Huainanzi fait de la bête de l'est le Dragon d'Azur, le corrélant pleinement aux cinq directions, aux Cinq Phases et aux Cinq Empereurs. Après sa transmission au Japon antique, il fut intégré à l'Onmyōdō et à la lecture géomantique des sites de capitale, et représenté comme un marqueur de protection directionnelle.

Byakko (le Tigre Blanc)

Byakko (le Tigre Blanc)

Divin

Byakko

Byakko, le Tigre Blanc, gardien de l'ouest

Métamorphoses animalesNara

Byakko, le Tigre Blanc, est l'un des Quatre Symboles qui gardent l'ouest, la bête divine qui façonne en forme de tigre les sept loges lunaires occidentales du ciel. Dans les Cinq Phases il est assigné au Métal, dans les cinq couleurs au blanc, et dans les saisons à l'automne, et il est représenté en tigre féroce au pelage blanc. Né de la pensée astrale et des Cinq Phases chinoises, le « Traité des configurations célestes » du Huainanzi fait de la bête de l'ouest le Tigre Blanc. Après sa réception dans le Japon antique, il forma une paire avec le Dragon d'Azur et fut représenté comme un marqueur de protection directionnelle et d'enceintes.

Suzaku (l'Oiseau Vermillon)

Suzaku (l'Oiseau Vermillon)

Divin

Suzaku

Suzaku, l'Oiseau Vermillon, gardien du sud

Métamorphoses animalesNaraKyoto

Suzaku, l'Oiseau Vermillon, est l'un des Quatre Symboles qui gardent le sud, l'oiseau numineux qui façonne en forme d'oiseau les sept loges lunaires méridionales du ciel. Dans les Cinq Phases il est assigné au Feu, dans les cinq couleurs au vermillon (rouge), et dans les saisons à l'été. Dans les classiques il est souvent écrit « Moineau Vermillon », et le chapitre « Qu Li » du Livre des Rites fait des Quatre Symboles des marqueurs de direction — « l'Oiseau Vermillon devant, la Tortue Noire derrière ». Reçu dans le Japon antique avec la pensée chinoise de la direction et des Cinq Phases, son nom demeure dans l'avenue Suzaku et la porte Suzaku de Heian-kyō.

Genbu (la Tortue Noire)

Genbu (la Tortue Noire)

Divin

Genbu

Genbu, la Tortue Noire, gardien du nord

Métamorphoses animalesNara

Genbu, la Tortue Noire, est l'un des Quatre Symboles qui gardent le nord, la bête numineuse qui figure les sept loges lunaires septentrionales du ciel. Elle est souvent représentée en tortue enlacée d'un serpent (tortue et serpent entrelacés), et assignée à l'Eau dans les Cinq Phases, au sombre (noir) dans les cinq couleurs, et à l'hiver dans les saisons. Née de la croyance astrale chinoise, le « Traité des configurations célestes » du Huainanzi fait de la bête du nord Genbu. Après sa réception dans le Japon antique, elle fut évoquée avec la notion de « terre conforme aux Quatre Symboles », qui tient pour auspicieux un terrain adossé à une montagne — la position de « Genbu ».

Hōsōshi

Hōsōshi

Épique

hō-sō-shi

Hōsōshi des rites de poursuite au palais impérial

Divinités et êtres sacrésOfficiant chargé de chasser les démons dans le Zhouli chinois, introduit au Japon avec le rite de la Grande Nuo.

Le Hōsōshi trouve son origine dans le personnage chargé d’écarter les puissances néfastes lors de la Grande Nuo chinoise. Au Japon, il devient l’acteur central de l’Ōna puis de la tsuina célébrées à la cour, où il repousse les esprits associés aux épidémies. Les anciens textes le décrivent avec un masque carré à quatre yeux, symbole d’un pouvoir étendu aux quatre directions, une hallebarde dans la main droite, un grand bouclier dans la gauche et une peau d’ours sur le dos. Accompagné des shinshi et des nanin, il parcourt le palais impérial avant de chasser la maladie au-delà des portes. Le rite finit par s’inscrire dans le calendrier annuel de la cour.

Goho-doji (Ototen et Wakaten)

Goho-doji (Ototen et Wakaten)

Rare

ごほうどうじ(おとてん・わかてん)

Les deux jeunes protégeant Shoku Shonin : Ototen et Wakaten

Divinités / Esprits divinsHyogo

Ototen et Wakaten sont deux *Goho-doji* (jeunes protecteurs du Dharma) qui auraient constamment accompagné et protégé Shoku Shonin (910-1007), le fondateur du temple Engyoji sur le mont Shosha dans la province de Harima. Un *Goho-doji* est une divinité féroce (*kishin*) sous la forme d'un enfant qui est soumise et commandée par des ascètes hautement vertueux du Shugendo ou du bouddhisme ésotérique pour les protéger et exécuter leur volonté. Ototen et Wakaten sont connus comme une paire représentative de ces êtres. Selon la légende du temple, Ototen est une incarnation de Fudo Myoo, et Wakaten est une incarnation de Bishamonten, et ils assistaient Shoku Shonin à sa gauche et à sa droite sous la forme d'un ogre bleu et d'un ogre rouge, respectivement. Alors que Shoku entreprenait de rigoureuses pratiques ascétiques isolé dans les montagnes du mont Shosha, ils apparurent tels des enfants célestes pour chercher du bois et de l'eau, repousser les ennemis extérieurs, et furent vénérés comme des êtres incarnant le pouvoir spirituel du saint homme. Leur nature est parfaitement exprimée par leur dualité : bien qu'étant des divinités ogres féroces, ils se soumettent à un saint moine et protègent les enseignements bouddhistes — en d'autres termes, ils sont « des ogres et pourtant des dieux bienveillants protecteurs du Dharma ».

Hakutaku

Hakutaku

Divin

ha-ku-ta-ku

Conforme aux traditions iconographiques

Divinités et êtres sacrésCréature auspicieuse d’origine chinoise, diffusée au Japon à l’époque d’Edo comme image protectrice contre les calamités.

Le Hakutaku, ou Bai Ze en chinois, est une bête de bon augure issue des traditions anciennes de Chine. Il comprend la langue humaine et connaît tous les êtres étranges, esprits, démons, maladies et calamités du monde. Comme le qilin ou le phénix, il n’apparaîtrait que sous le règne d’un souverain vertueux. La connaissance qu’il transmit aurait été consignée dans le Bai Ze Tu, un livre destiné à reconnaître et repousser les êtres surnaturels. Dans l’iconographie classique, il ressemble à un lion blanc pourvu de deux cornes bovines et de plusieurs yeux sur le front et les flancs. Toriyama Sekien, dans le Konjaku Hyakki Shūi, lui donne trois yeux sur la tête et trois sur chaque côté du corps, soit neuf au total ; cette image est devenue la référence japonaise. Ces yeux multiples symbolisent une intelligence capable de voir à travers toutes les manifestations inquiétantes. À l’époque d’Edo, le dessin du Hakutaku circulait comme talisman : il protégeait les voyageurs, écartait les maladies et, à l’instar du Baku censé dévorer les cauchemars, servait parfois à préserver le sommeil. Le Hakutaku ne triomphe pas des yōkai par la force. Sa puissance réside dans le savoir : il nomme les dangers, en révèle la nature et enseigne comment s’en prémunir. Il incarne ainsi la connaissance et le classement des créatures étranges, presque comme un ancêtre symbolique de l’étude des yōkai. Le nombre de ses cornes et de ses yeux, tout comme sa forme de lion ou de bovin, varie cependant selon les textes et les artistes.

Shōki (Zhong Kui)

Shōki (Zhong Kui)

Divin

shō-ki

Iconographie traditionnelle · Shōki apotropaïque

Divinités et êtres sacrésKyoto

Shōki est une divinité protectrice issue d’un récit de la Chine des Tang. Réputé capturer et dévorer les oni, il est invoqué pour repousser les esprits des épidémies. L’iconographie le montre avec une barbe épaisse, la robe et la coiffe d’un fonctionnaire, une grande épée à la ceinture et un regard farouche braqué sur les démons. Le Mengxi bitan de Shen Kuo, composé sous les Song du Nord, décrit déjà cette apparence à travers le récit d’un grand démon venu en rêve à l’empereur Xuanzong pour vaincre l’esprit de la maladie. Au Japon, Shōki figure dès la fin de l’époque de Heian parmi les images destinées à écarter le mal. Il devient ensuite un protecteur contre la variole et les épidémies, mais aussi des études, en souvenir de la tradition qui en fait un candidat reçu au titre de jinshi. À l’époque d’Edo, le Kantō adopte des bannières ornées de Shōki pour la fête de Tango no sekku, ainsi que des rouleaux et des poupées de mai. Dans le Kansai, surtout à Kyoto, de petites statues en tuile placées sur les toits s’imposent comme talismans contre le malheur. Son visage courroucé et son épée sont terrifiants ; la croyance consiste précisément à placer cette force redoutable du côté de la maison afin qu’elle repousse des calamités plus dangereuses encore. Les détails du costume, des attributs et du visage varient toutefois selon les époques, les régions et les artistes.

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