Encyclopédie des Kami

Divinités shintoïstes, bouddhistes et taoïstes officiellement vénérées

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Akamata Kuromata

Akamata Kuromata

Légendaire

Akamata Kuromata

Akamata Kuromata, les divinités secrètes de l'au-delà souterrain

Divinité / Esprit divinOkinawa

Voici une divinité visiteuse vêtue d'un corps trapu et rond enveloppé de couches de lianes, portant un masque rouge ou noir. On raconte qu'une seule fois par an, elle surgit d'une caverne souterraine insondable appelée Niroo — un autre monde au-delà des mers — pour accorder des récoltes abondantes au village. Personne, à l'exception des habitants autorisés du district, ne peut poser les yeux sur sa forme ou entendre sa voix, et aucune photographie ni aucun récit du rituel ne doit jamais filtrer vers l'extérieur. Il s'agit d'une entité totalement différente du yokai serpent Akamata, qui se métamorphose en bel homme pour rendre visite aux jeunes filles. C'est précisément parce qu'elle demeure invisible que sa majesté divine est préservée, s'imposant comme la figure centrale de ce festival secret et silencieux.

Amamikiyo

Amamikiyo

Divin

Amamikiyo

Amamikiyo, divinité fondatrice des Ryūkyū

DivinitéOkinawa

Amamikiyo est la divinité fondatrice qui, selon la légende, serait venue de l'au-delà marin de Nirai Kanai pour créer les îles des Ryūkyū. On dit qu'elle descendit d'abord sur l'île de Kudaka, ouvrit sept sanctuaires (*utaki*), dont celui d'Ashimui, et y installa les humains. L'*Omoro Sōshi* chante la création par les deux divinités Amamikiyo et Shinerikiyo, tandis que le *Chūzan Seikan* attribue cette fondation à Amamikiyo seule. Appartenant à une lignée divine distincte de celle vénérée dans les sanctuaires principaux du reste du Japon, Amamikiyo réside dans la nature même, dans les *utaki* des forêts et les sanctuaires de la mer. L'*Agari-umai*, pèlerinage du roi vers les lieux saints de l'est, retrace cette légende originelle sur la géographie, prouvant qu'à Okinawa, le mythe peut encore aujourd'hui se parcourir à pied.

Amaterasu-Omikami

Amaterasu-Omikami

Divin

あまてらすおおみかみ

Divinité Suprême du Takamagahara

Esprit Divin / DivinitéMie

La Particularité de la Mythologie Japonaise : Dieu du Soleil = Femme. Bien que la description de base ait abordé les mythes principaux, cette explication approfondit la particularité de la mythologie japonaise qui fait du dieu du soleil une figure féminine. Dans les mythologies antiques (Apollon, Rê, Surya, Inti, Shamash), les divinités solaires sont majoritairement masculines. Les déesses solaires comme Amaterasu, Sól (nordique) ou Saulė (balte) sont relativement rares. Dans les études mythologiques d'après-guerre, des chercheurs comme Takeshi Matsumae ont proposé que « l'archétype d'Amaterasu était masculin et fut féminisé plus tard ». Cette féminisation peut être lue comme un processus de déification unique qui a progressé au sein de la royauté, de la religion et des rituels agricoles du Japon antique. La Retraite dans la Grotte Céleste ── Religion Comparée des Mythes de Disparition Solaire. L'épisode où Amaterasu se cache dans la grotte, plongeant le monde dans les ténèbres, est un exemple classique de « disparition et renaissance du soleil ». Ces mythes (Aton, Surtr, Hittites) sont des réponses religieuses au solstice d'hiver, aux éclipses et aux cycles agricoles. L'isolement d'Amaterasu est interprété comme le mythe originel du kagura shinto, où « la danse d'Ame-no-Uzume, le miroir Yata, et d'autres outils rituels » appellent le dieu du soleil. En tant que mythe fondamental des rituels du solstice d'hiver japonais, il revêt une importance cosmologique bien au-delà d'un simple conte héroïque. Les Trois Trésors Sacrés ── L'Unité de la Royauté et de la Religion. Les Trois Trésors Sacrés qu'Amaterasu conféra à Ninigi symbolisent l'unité de la royauté, de la religion et de la mythologie. Le miroir incarne la lumière et l'esprit d'Amaterasu ; le joyau symbolise le pouvoir spirituel ; et l'épée représente la puissance martiale. Ces objets sont devenus le cœur des rituels d'intronisation impériaux et continuent de légitimer la succession impériale jusqu'à nos jours, illustrant la continuité unique entre mythe et politique au Japon. Ise Jingu et le Shikinen Sengu ── Deux Mille Ans de Succession. Le Sanctuaire Intérieur d'Ise Jingu est le site sacré d'Amaterasu. Le « Shikinen Sengu » (reconstruction tous les 20 ans), commencé en 690 apr. J.-C., transmet les techniques et la culture depuis plus de 1300 ans. C'est une philosophie de succession qui « incarne l'éternité par la nouveauté », réalisant une éternité comme renaissance constante à travers la reconstruction périodique en bois. Cette tradition continue au XXIe siècle, un phénomène rare dans l'histoire des religions mondiales. La Lignée Impériale et la Légitimité de l'État Antique. En tant que divinité ancestrale de la lignée impériale, Amaterasu est au cœur de la légitimité de l'État japonais. La généalogie d'Amaterasu à l'Empereur Jimmu servait de dispositif pour garantir la continuité entre le mythe antique et l'État. Utilisée politiquement dans le Shinto d'État d'avant-guerre, elle a traversé une histoire complexe de réévaluation et de dépolitisation sous le système d'après-guerre. Histoire de la Pensée Shinto Médiévale. Dans le Japon médiéval, la foi en Amaterasu a donné naissance à de multiples systèmes tels que le Shinto d'Ise, le Shinto Ryobu (syncrétisme avec le bouddhisme ésotérique l'identifiant à Dainichi Nyorai), le Shinto Yoshida et le Shinto Suika. Ces pensées se sont développées autour d'Amaterasu comme axe central, jouant un rôle décisif dans la philosophie religieuse indigène du Japon. Amaterasu-Omikami au XXIe Siècle. Sous le système constitutionnel d'après-guerre, Amaterasu a été redéfinie du « cœur du Shinto d'État d'avant-guerre » à la « divinité tutélaire de toute la nation et pilier spirituel des individus ». Avec plus de 8 millions de visiteurs annuels à Ise Jingu, sa foi reste au fondement de la vie religieuse quotidienne au XXIe siècle, tout en étant une icône moderne réimaginée dans la culture pop.

Ame-no-Hohi

Ame-no-Hohi

Divin

Ame-no-Hohi-no-Mikoto

Ame-no-Hohi, l'esprit céleste de l'épi qui pencha vers Izumo

Divinités et esprits divinsShimane

Dès sa naissance par l'ukehi, Ame-no-Hohi porte une appartenance vacillante. Ame-no-Hohi apparaît du souffle de Susanoo, mais comme son objet germinal est un joyau d'Amaterasu-Omikami, il est considéré comme le fils d'Amaterasu. Cette disposition annonce toute sa vie : celui qui le fait agir et celui auquel il appartient ne coïncident pas ; le lieu où il reçoit un ordre et celui vers lequel penche son cœur diffèrent. Né dans la lignée des dieux célestes, Ame-no-Hohi pénètre profondément dans l'Izumo terrestre. Le caractère d'« esprit de l'épi » inscrit dans son nom est également important. Les notes de l'université Kokugakuin voient dans « ho » l'épi de riz et dans « hi » l'esprit, et lisent Ame-no-Hohi comme l'esprit divin de l'épi du monde céleste. L'épi ne s'accomplit pas seulement dans le ciel. Il doit descendre dans la rizière, traverser les saisons, et ne mûrit que grâce à l'humidité de la terre et à la main des humains. Ce n'est pas un hasard si Ame-no-Hohi est envoyé dans la Terre centrale des plaines de roseaux. Il est l'épi qui doit transposer sur terre l'ordre du ciel, et aussi un esprit qui ne peut agir sans toucher la terre d'ici-bas. Lors de la pacification de la Terre centrale, ce caractère se manifeste sous une forme périlleuse. Les huit cents myriades de dieux et Omoikane proposent Ame-no-Hohi comme l'envoyé chargé de soumettre par la parole les dieux violents de la terre. Mais il se range servilement du côté d'Okuninushi et, trois ans durant, ne rend pas compte. À ne lire que ce passage, Ame-no-Hohi semble un dieu qui a abandonné sa mission. Pourtant, dans les profondeurs du mythe, le fait même qu'il ait été absorbé par la terre est essentiel. Quand l'ordre céleste atteint la terre, il ne s'accomplit pas aussitôt tel quel : il est transformé par les dieux du sol, par le culte des humains, par la mémoire d'Izumo. Ame-no-Hohi assume cette transformation dans son propre corps. C'est ce seul point, « ne pas rendre compte », qui hisse Ame-no-Hohi du rang de simple dieu de l'abondance à celui de charnière du récit. Rendre compte, c'est rapporter à Takamagahara ce que l'on a vu sur terre et refermer ainsi le cycle de l'ordre. Comme il ne le fait pas, l'ordre céleste reste en suspens et un nouvel envoyé devient nécessaire. Le silence n'est pas un vide, mais une faille ouverte entre le ciel et la terre. Les dieux d'Izumo s'y glissent, et c'est ainsi que s'ouvre la grande scène de négociation qu'est la cession du pays. La tradition de l'Izumo no Kuni no Miyatsuko kan'yogoto éclaire ce dieu d'une autre lumière. Selon les notes de l'université Kokugakuin, le kan'yogoto raconte qu'Ame-no-Hohi va observer l'état du pays terrestre et que son fils Ame-no-Hinadori, avec Futsunushi, pacifie les dieux violents. Le silence n'y est pas infidélité, mais le processus par lequel, en dieu ancestral des Izumo no Kuni no Miyatsuko, il prend la mesure de la terre et ouvre la légitimité du culte. La « servilité » d'Ame-no-Hohi se lit dans le mythe central comme une déviation politique, et dans le culte d'Izumo comme une approche qui apaise les dieux. Un même acte devient trahison ou médiation selon le point de vue d'où on le regarde. La force de ce dieu n'est pas celle qui soumet l'adversaire par le sabre. Il entre dans le camp de l'autre, ne revient pas tout de suite et diffère les paroles de son rapport. En termes d'aujourd'hui, Ame-no-Hohi est un dieu des intermédiaires. Vu de ceux qui donnent les ordres, il est difficile à manier ; vu de la terre, il est facile à accueillir. C'est justement pour cela qu'après lui il faut que paraissent des envoyés et des dieux guerriers plus puissants. L'échec d'Ame-no-Hohi pousse le mythe de la cession du pays vers son étape suivante. Le vénérer relève moins de la victoire ou du châtiment que de la réparation des liens. Pencher vers Izumo, c'est désobéir à l'ordre, mais c'est aussi le résultat d'avoir trop écouté les voix de la terre. Ame-no-Hohi se tient sur la ligne qui sépare comprendre l'autre et perdre sa propre mission. Sa protection est donc fragile : elle rend les gens plus souples, mais aussi plus faciles à entraîner. Quand on doit démêler les attaches d'une famille, d'une région ou d'une organisation, ce dieu ne dit pas « reviens immédiatement faire ton rapport ». Il invite d'abord à entrer dans la terre, à connaître les dieux de l'autre, et seulement ensuite à se demander quelles paroles rapporter. Pour qui prie, Ame-no-Hohi n'est pas un dieu qui accorde des succès rapides. C'est plutôt un dieu qui demande, entre deux mondes opposés, jusqu'où se rapprocher de l'autre et à partir d'où revenir à sa propre mission. Dans les négociations, les familles, les régions et les organisations, quand la simple justesse ne suffit plus pour avancer, l'histoire d'Ame-no-Hohi est d'un grand secours. Comme l'épi ne mûrit qu'après avoir pris racine dans la terre, la protection de ce dieu commence par la résolution de poser le pied sur la terre de l'autre.

Ame-no-Oshihomimi

Ame-no-Oshihomimi

Divin

あめのおしほみみのみこと

Ame-no-Oshihomimi, le dieu prince héritier qui transmet la mission à son enfant sur le Pont Flottant du Ciel

神霊・神格Fukuoka

Ame-no-Oshihomimi, qui transmet la mission à son enfant sur le Pont Flottant du Ciel, est la divinité qui concrétise la Tenson Korin précisément en « ne descendant pas » lui-même. Dans le mythe du *Kojiki* sur le *ukehi*, Susanoo lave les perles d'Amaterasu dans le Vrai Puits Céleste, les croque et crache une brume d'où naît Masakatsu-Akatsu-Katsuhayahi-Ame-no-Oshihomimi-no-Mikoto. Sa naissance même est située dans un rituel concernant les objets, l'appartenance et la victoire. Dès le début, Ame-no-Oshihomimi est une divinité remise en question sur « de qui il est l'enfant » et « ce qu'il hérite ». Amaterasu revendique les cinq dieux mâles comme ses propres enfants parce que les *monozane* (objets sources) lui appartenaient. Par ce passage, Ame-no-Oshihomimi entre dans la lignée de Takamagahara en tant qu'enfant d'Amaterasu. Cependant, le caractère de la « victoire » gravé dans son nom n'est pas une simple marque de triomphe. Tout comme le commentaire de l'Université Kokugakuin le relie à la victoire dans l'ukehi, le nom d'Ame-no-Oshihomimi porte de multiples significations : la vantardise de victoire de Susanoo, son appartenance en tant qu'enfant d'Amaterasu, et l'émergence de dieux mâles. La victoire n'est pas seulement lumineuse, elle nécessite également de définir son appartenance. Dans la Pacification d'Ashihara-no-Nakatsukuni, Ame-no-Oshihomimi devient le premier candidat pour gouverner la terre. Amaterasu lui confie le Pays des épis de riz frais comme le pays gouverné par mon enfant, Masakatsu-Akatsu-Katsuhayahi-Ame-no-Oshihomimi-no-Mikoto. Cependant, se tenant sur le Pont Flottant du Ciel, il voit que la terre est « extrêmement tumultueuse » et s'en retourne. Lire cela comme une retraite lâche serait négliger la structure du mythe. Ame-no-Oshihomimi est le premier observateur à signaler que la terre n'a pas encore été pacifiée. Sans ce rapport, le conseil pour la pacification d'Ashihara-no-Nakatsukuni n'aurait jamais commencé. Amaterasu et Takamimusubi rassemblent les dieux à la Rivière Céleste de la Tranquillité, demandent à Omoikane de concevoir une stratégie, et choisissent des émissaires. Le rôle d'Ame-no-Oshihomimi n'était pas de descendre imprudemment dans un monde chaotique et d'échouer, mais de clarifier que les conditions de la descente n'étaient pas encore réunies. Le Pont Flottant du Ciel est la frontière entre Takamagahara et Ashihara-no-Nakatsukuni, et se tenant là, Ame-no-Oshihomimi mesure l'écart entre les commandements célestes et les réalités terrestres. Après la pacification, Amaterasu et Takagi-no-Kami ordonnent enfin à Ame-no-Oshihomimi de descendre et de gouverner. Ici, il déclare qu'un enfant lui est né pendant qu'il se préparait, et suggère que cet enfant soit envoyé. Ce n'est pas une seconde retraite, mais un jugement de succession. En ne descendant pas lui-même et en transmettant la mission à la génération suivante, Ame-no-Oshihomimi transforme la Tenson Korin en une histoire de lignée beaucoup plus profonde. Le fait que cet enfant soit Ninigi-no-Mikoto est très significatif. Le *Kojiki* note que Ninigi est l'enfant né de la fille de Takagi-no-Kami, Yorozuhata-Toyoakitsushi-Hime. Ame-no-Oshihomimi est l'enfant d'Amaterasu, épouse la fille de Takagi-no-Kami, et engendre Ninigi. La lumière d'Amaterasu, le pouvoir générateur de Takamimusubi, et la domination terrestre de la Tenson Korin convergent tous autour de cette seule divinité. Il n'est pas le protagoniste de la descente, mais le dieu qui donne naissance au protagoniste. L'histoire du sanctuaire Hikosan Jingu reconnecte Ame-no-Oshihomimi au culte de la montagne. Son site officiel indique que parce que la divinité vénérée est l'enfant d'Amaterasu, le mont Hiko a été appelé « la Montagne de l'Enfant du Soleil ». De plus, ses vertus divines le vénèrent comme un dieu des épis de riz et de l'agriculture, arrivé de l'est sous la forme d'un faucon, protégeant la production agricole, la sécurité des mines et des usines, et apportant la victoire. Le prince héritier céleste devient le gardien du riz, de la production et de la victoire dans les montagnes. L'attrait d'Ame-no-Oshihomimi ne réside pas dans un coup de grâce héroïque, mais dans le jugement de la succession. Précisément parce qu'il porte un nom signifiant la victoire, il ne se trompe pas dans le timing de sa descente juste pour gagner. Il observe le chaos terrestre depuis le Pont Flottant du Ciel, retourne pour inciter à sa pacification, et transmet finalement la mission à son enfant. Cette divinité comprend la valeur du « non-agir ». Plutôt que de se précipiter dans un domaine non préparé, il prépare le terrain et le laisse à la génération suivante. Ce jugement tranquille est le moteur du grand mythe de la Tenson Korin.

Ame-no-koyane

Ame-no-koyane

Divin

ame-no-koyane

Ame-no-koyane, Dieu Rituel Récitant des Prières à la Grotte

Divinité / Esprit DivinNaraMie

Ame-no-koyane, qui récite le norito devant la grotte, est le dieu en charge de la « voix » dans le mythe de la Grotte Céleste. Lorsqu'Amaterasu-Omikami s'est cachée dans la grotte et que les dieux se sont rassemblés à Ame-no-Yasukawara, le plan d'Omoikane ne pouvait pas réussir avec seulement des miroirs et des joyaux. Dans le Kojiki, Ame-no-koyane et Futodama-no-mikoto ont été convoqués, ont préparé la divination en utilisant l'omoplate d'un cerf du mont Amanokagu et du bois de Hahaka, et après avoir suspendu des joyaux, un miroir et des tissus sur un arbre sakaki sacré, Futodama a tenu le gohei tandis qu'Ame-no-koyane récitait avec ferveur les Futonoritogoto. C'est ici que réside l'essence de ce dieu. Par le norito, Ame-no-koyane transforme les objets préparés par les dieux en actes accomplis devant le divin. La scène de la Grotte Céleste est souvent racontée en mettant l'accent sur la danse d'Ame-no-uzume et la force d'Ame-no-tajikarao. Cependant, avant la danse et la force, l'espace est préparé comme un rituel. La divination avec l'os de cerf est une méthode pour demander la volonté divine, le miroir, les joyaux et les tissus sont des signes sacrés, et l'arbre sakaki est le support sur lequel ils sont accrochés. Lorsque le commentaire sur les artefacts de l'Université Kokugakuin lit le mythe comme un récit d'origine des anciens rituels, Ame-no-koyane est en son centre, jouant le rôle d'établir le rituel en tant que « mots ». Le norito n'est pas une explication. C'est une technologie vocale qui arrange l'état du monde vers le divin. Le contraste avec Futodama est également important. Futodama tient le gohei, tandis qu'Ame-no-koyane récite le norito. Le rituel n'est accompli que lorsque ce qui est tenu dans la main est combiné avec les mots prononcés par la bouche. Avec des objets seuls, cela reste une offrande silencieuse ; avec des mots seuls, cela manque de forme. Le norito d'Ame-no-koyane relie le gohei de Futodama, le miroir d'Ishikoridome, les joyaux de Tamanoya, la danse d'Uzume et la cachette de Tajikarao dans un espace unique. Il n'est pas un dieu qui accomplit des actions ostentatoires, mais un dieu qui unifie la signification de l'espace. Les annotations de l'Université Kokugakuin notent que lors de la Descente du Petit-Fils Céleste, Ame-no-koyane est enregistré comme l'ancêtre des Nakatomi muraji, descendant comme l'un des Itsutomonoo accompagnant Ninigi-no-mikoto. C'est très significatif. Le dieu qui a récité le norito à la Grotte Céleste devient le dieu ancestral du clan Nakatomi sur terre, portant l'origine de la fonction sacerdotale. Parce que le clan Nakatomi se connectera plus tard au clan Fujiwara, Ame-no-koyane n'est pas simplement un personnage secondaire dans un vieux mythe, mais une figure divine profondément impliquée dans les anciens rituels et mots d'État, et plus tard dans la foi tutélaire de la société aristocratique. Ame-no-koyane au sanctuaire Kasuga Taisha transmet cette lignée sous sa forme la plus visible. L'histoire officielle indique qu'au cours de la deuxième année de Jingo-Keiun (768), un sanctuaire principal a été construit au pied du mont Mikasa pour Takemikazuchi, Futsunushi, Ame-no-koyane et Himegami. Aux côtés des dieux martiaux de Kashima et Katori, Ame-no-koyane et Himegami constituent les divinités de Kasuga. De plus, Kasuga Taisha a reçu la révérence des empereurs et des empereurs retirés depuis les temps anciens, recevant de nombreuses offrandes en tant que sanctuaire tutélaire du clan Fujiwara. Le norito d'Ame-no-koyane s'étend dans les prières de l'État et du clan au sanctuaire de Kasuga. Le pouvoir d'Ame-no-koyane ne peut être pris à la légère comme étant simplement un « dieu des mots ». Dans le mythe, les mots créent l'espace, invoquent la volonté divine, déterminent la signification des objets et soutiennent l'ordre de la communauté. Pour faire sortir Amaterasu de la grotte, il ne fallait pas seulement de l'agitation mais aussi la légitimité d'un rituel. Le norito est une énonciation pour « rétablir l'ordre » dans un monde plongé dans les ténèbres. Ame-no-koyane est le dieu responsable de cette énonciation, changeant la direction du monde par la voix. Vu sous un jour moderne, Ame-no-koyane résonne profondément avec les domaines où les mots établissent la confiance dans un espace, tels que l'écriture, les serments, les prières, l'animation, les affaires juridiques, la conception de cérémonies et les présentations de recherche. Ne pas élever la voix, mais arranger ses mots. Ne pas crier une pensée passagère, mais l'énoncer dans le bon ordre. Ame-no-koyane, qui a rassemblé les pouvoirs des dieux dans un rituel devant la Grotte Céleste, est un dieu qui nous rappelle la gravité de présenter mots devant le divin, en particulier à une époque où les mots ont tendance à être pris à la légère. De plus, la force mythologique d'Ame-no-koyane réside également dans le fait que le norito n'est pas des « mots personnels » mais des « mots de la communauté ». Le norito récité devant la Grotte Céleste n'est pas l'expression émotionnelle de la seule divinité Ame-no-koyane. C'est une voix qui porte tous les instruments rituels, la divination, la danse, le rire et la force préparés par la myriade de dieux, présentant le consensus des dieux à Amaterasu-Omikami. C'est précisément pour cela que ces mots représentent l'espace et corrigent l'espace. Son développement ultérieur en tant que dieu ancestral du clan Nakatomi est également lié à ce caractère de « parler devant le divin au nom de la communauté ». Ame-no-koyane est le dieu qui élève les mots du talent personnel à la nature publique du rituel.

Ame-no-tajikarao

Ame-no-tajikarao

Divin

ame-no-tajikarao

Ame-no-tajikarao, le Dieu de la Force qui Ouvre la Grotte Céleste

Divinité / Esprit DivinNaganoMie

Qualifier Ame-no-tajikarao de simple « dieu de la force » ne permet pas de saisir sa véritable acuité. Dans la Grotte Céleste ③ du Kojiki, il passe à l'action au moment précis où les myriades de dieux font du bruit, qu'Ame-no-uzume danse, qu'Ame-no-koyane et Futodama présentent le miroir, et que Amaterasu-Omikami commence à regarder depuis l'intérieur de la porte. Ame-no-tajikarao n'est pas un metteur en scène contrôlant la situation. Après que la sagesse d'Omoikane, la danse d'Ame-no-uzume suscitant le rire, ainsi que les prières et le miroir d'Ame-no-koyane et Futodama se soient accumulés, lui seul, caché sur le côté, prend directement la main de la déesse. Dans la mythologie, « toucher » a un poids lourd. Il ne traîne pas de force la déesse du soleil dehors, mais saisit le léger mouvement qu'elle fait pour se pencher vers l'extérieur, la fixant du côté du monde. Son pouvoir est à la fois la force physique et la capacité de lire le moment exact. La résolution du mythe de la Grotte Céleste est structurée comme un effort collaboratif de plusieurs dieux. Comme le souligne la base de données des artefacts de l'Université Kokugakuin, cette scène superpose des éléments de rituels anciens tels que les os de divination, la forge, les miroirs, les joyaux, les tissus et les branches de sakaki. Omoikane réfléchit, Ishikoridome fabrique le miroir, Tamanoya confectionne les magatama, Ame-no-koyane et Futodama s'occupent du rituel et des paroles, et Ame-no-uzume dirige la conscience enfermée d'Amaterasu vers l'extérieur par le rire et la danse. Dans cet ensemble, Ame-no-tajikarao porte l'action la plus courte et la plus irréversible. Pour que les rituels préparés changent la réalité, un corps physique pour « ouvrir » était nécessaire à la toute fin. Par conséquent, sa divinité ne réside pas dans une force surhumaine solitaire, mais dans le point final où le rituel entre en contact avec le monde. Dans le Kojiki, immédiatement après qu'Ame-no-tajikarao prend la main d'Amaterasu et la tire dehors, Futodama tend une shirikumena (shimenawa) derrière elle et déclare : « Vous ne pouvez pas retourner plus loin à l'intérieur. » Cette séquence est cruciale. Car l'ouverture et l'impossibilité du retour sont continues. La restauration de la lumière ne peut être accomplie simplement en ouvrant temporairement la porte. Il fallait mettre fin à l'état de confinement et sceller cette frontière avec une corde sacrée afin que les ténèbres ne recouvrent plus le monde. Ame-no-tajikarao est le dieu qui pose sa main sur la frontière entre l'intérieur et l'extérieur de la grotte, l'obscurité et la lumière, la retraite et la réapparition, achevant la « restauration de la lumière » mythologique en s'associant à la corde de Futodama. En tenant compte des traditions variantes de la lignée du Nihon Shoki, les actions de ce dieu deviennent encore plus multidimensionnelles. L'annotation de l'Université Kokugakuin sur la Grotte Céleste ③ indique que dans le texte principal de la septième étape du Nihon Shoki, il est décrit comme Tajikarao-no-kami saisissant la main d'Amaterasu et la tirant dehors, tandis que dans la première variante (Issho 3), il est décrit comme Ame-no-tajikarao-no-kami se tenant près de la porte de roche et l'ouvrant complètement. Si le Kojiki se concentre sur la « main divine », la variante du Nihon Shoki déplace l'attention sur la « porte de roche » elle-même. Dans les deux cas, il est le dieu qui brise le blocage. Que l'objet soit la main d'un dieu ou une porte de pierre, l'action d'Ame-no-tajikarao consiste à franchir les frontières. La « main » incluse dans son nom peut être lue non seulement comme un symbole de force musculaire, mais comme un organe qui intervient directement entre le divin et le monde. Sa réapparition dans la Descente du Petit-Fils Céleste ② reconnecte la scène de la Grotte Céleste au système rituel d'Ise. Dans le texte principal, outre la descente des cinq divinités accompagnatrices, le miroir de huit portées, les magatama et l'épée Kusanagi, Tokoyo-no-omoikane-no-kami, Ame-no-tajikarao et Ame-no-ishikadowake-no-kami sont ajoutés comme divinités accompagnatrices. Il est également noté que le miroir doit être vénéré comme l'esprit d'Amaterasu-Omikami, et qu'Ame-no-tajikarao est enchâssé à Sanana-no-agata. Ici, il passe du héros de l'ouverture momentanée de la grotte à un membre de l'ordre rituel qui transfère l'esprit d'Amaterasu sur la terre. Si Omoikane soutient le rituel et la gouvernance, et qu'Ame-no-ishikadowake est posté comme le dieu des portes, Ame-no-tajikarao est la force qui soutient la transition de la frontière lorsque les trésors sacrés descendent du ciel vers la terre. La main qui a ouvert la Grotte Céleste est maintenant ajoutée à la procession des trésors sacrés descendant de Takamagahara vers Ashihara-no-nakatsukuni. Le sanctuaire Togakushi est un site sacré qui a transformé ce rôle mythologique sous la forme d'une montagne. Selon son histoire officielle, le sanctuaire Togakushi vénère des divinités liées au mythe de la Grotte Céleste de Takamagahara, avec Ame-no-tajikarao-no-mikoto enchâssé à l'Okusha, Ame-no-yagokoro-omoikane-no-mikoto au Chusha, et Ame-no-uzume-no-mikoto au Hinomiko-sha. C'est une structure où la distribution mythologique est déployée à travers les cinq sanctuaires de Togakushi. De plus, la légende selon laquelle la porte de roche poussée par Tajikarao-no-mikoto est tombée dans le monde inférieur et est devenue le mont Togakushi relie le nom de lieu même « Togakushi » (porte cachée) à la mémoire de la Grotte Céleste. La porte qui s'est ouverte un instant dans le Kojiki reste sous la forme d'une montagne à Togakushi. Ame-no-tajikarao est aussi le dieu qui convertit les événements invisibles de Takamagahara en une pratique de culte montagnard que les gens peuvent gravir et visiter. À l'époque moderne, il est naturel, étant donné la signification de son nom, qu'Ame-no-tajikarao soit vénéré comme un dieu de bonne fortune, de réalisation des vœux, de récoltes abondantes et de victoire dans les sports. Cependant, la force évoquée ici n'est pas le pouvoir de simplement clouer un adversaire au sol. Dans l'histoire de la Grotte Céleste, s'il avait simplement détruit la porte par la seule force, Amaterasu ne serait probablement pas revenue. Ce n'est que lorsque la sagesse, les instruments rituels, les rires, les miroirs et les paroles sont alignés, et qu'Amaterasu elle-même tourne sa conscience vers l'extérieur, que la main d'Ame-no-tajikarao change le monde. Par conséquent, prier ce dieu ne consiste pas à souhaiter une percée aveugle, mais plutôt à prier pour avoir la force de franchir la dernière étape sans hésitation une fois tous les préparatifs terminés. Il y a une porte fermée. Mais en même temps, il y a un pouvoir qui attend devant la porte. Ame-no-tajikarao est le dieu de cette attente silencieuse et de la main décisive.

Ame-no-uzume

Ame-no-uzume

Divin

ame-no-uzume

La Danseuse Rieuse qui Ouvre la Grotte

Divinité / Esprit divinMieMiyazaki

Cette version d'Ame-no-uzume démontre que le pouvoir de sauver le monde ne réside pas dans la « bataille » mais dans « l'art de changer l'atmosphère ». Lorsqu'Amaterasu-Ōmikami s'est cachée dans la grotte, le simple fait d'enfoncer la porte par la force brute ne ramènerait pas le soleil. Uzume attire l'attention des dieux, provoque des rires, et donne à Amaterasu elle-même l'envie de regarder dehors. Elle ne déplace pas l'autre partie directement, mais modifie les conditions de l'espace. La danse devant la grotte tient moins de la danse de cour ordonnée que d'une expression corporelle de possession divine. Le son du piétinement sur le baquet, les vêtements ébouriffés et les rires des dieux fusionnent, déversant un excès de vitalité dans le monde ténébreux. Cet excès est l'arme d'Uzume. Face à une crise, elle ébranle la porte fermée non pas seulement avec sérieux, mais avec rires et déviance. La superposition de l'image d'Ame-no-uzume-no-mikoto issue du « Nihon Shoki » révèle qu'Uzume est la divinité spécialisée en charge de la performance rituelle dans le mythe. Alors que des miroirs et des joyaux sont préparés comme instruments rituels, elle fait de son propre corps l'instrument rituel. Sa voix, ses pieds, sa poitrine, ses rires, son regard. Tout devient un outil pour émouvoir les dieux. À cet égard, Uzume n'est pas seulement la divinité ancestrale des arts de la scène, mais une divinité qui harmonise le monde par le corps. Dans la confrontation avec Sarutahiko, l'audace d'Uzume se manifeste sous une autre forme. Face à un dieu inhabituel se tenant au Croisement Céleste, elle l'interroge sans reculer. Pour ouvrir un chemin, il faut faire face à un adversaire inconnu. Uzume remplit ce rôle, tirant parti de la guidance de Sarutahiko. Le pouvoir reliant l'intérieur et l'extérieur de la grotte se transforme ici en pouvoir reliant le ciel et la terre. Dans les croyances associées à des lieux comme le sanctuaire Sarume, Uzume est chérie en tant que dieu de l'amélioration dans les arts de la scène et les rencontres. Cependant, à la base, elle n'est pas seulement une divinité qui danse bien, mais une divinité qui franchit les frontières. Monter sur scène, élever la voix, demander le nom de l'autre, briser une atmosphère fermée. Toutes ces actions sont quelque peu effrayantes, mais en même temps ce sont des actions qui ouvrent le monde. En termes modernes, Uzume est très polyvalente en tant que divinité patronne de la création, de l'expression et de la communication. Contre les situations repliées sur elles-mêmes, le silence organisationnel ou l'hésitation personnelle, elle apporte non seulement de la gaieté mais une résilience rituelle. Dans le diagnostic yōkai, elle symbolise quelqu'un qui peut lire et briser l'atmosphère, quelqu'un qui dissipe la lourdeur par le rire, et quelqu'un qui émeut les autres en montant sur scène. La force d'Uzume réside dans son absence de peur du regard des autres. Dans la danse devant la grotte, elle épuise son corps devant les dieux, suscitant le rire. Devant Sarutahiko, elle demande son nom à un adversaire inhabituel. Les deux nécessitent le courage d'être vu, d'approcher et de demander. L'expression n'est pas simplement le fait de montrer quelque chose de beau. Si nous lons cette version comme l'ancêtre du kagura, le kagura n'est pas seulement un art pour consoler les dieux mais une technologie pour les émouvoir. Tambours, clochettes, piétinements, masques, costumes. Les éléments vus dans le kagura ultérieur rappellent tous la scène devant la grotte. Uzume peut être comprise comme le premier être à franchir la frontière entre la scène et l'enceinte sacrée. Au sein de YOKAI.JP, Uzume sert de point de bascule lumineux face au flux des esprits vengeurs lourds et des dieux violents. Dénouer la peur par le rire, ouvrir les histoires fermées. Lorsque les utilisateurs naviguent sur le réseau mythologique, la présence de sa page rend les relations entre Amaterasu, Sarutahiko et Ninigi beaucoup plus multidimensionnelles.

Amenosagume

Amenosagume

Divin

ah-MÉ no sa-GU-mé

Déesse accompagnant Ame-no-Wakahiko, Amenosagume

人妖・半人半妖Osaka

Amenosagume est une déesse de nature chamanique dont le nom apparaît dans le Kiki (le *Kojiki* et le *Nihon Shoki*), dépeinte comme une entité dont les mots déclarant la bonne ou mauvaise fortune peuvent inverser le cours des événements. Censée avoir accompagné Ame-no-Wakahiko, la scène où elle juge le cri du faisan Nakime comme de mauvais augure reflète une couche de pensée ancienne où la transmission de la volonté divine et les déclarations solennelles (*kotoage*) étaient liées aux rituels politiques. Les caractères utilisés pour son nom diffèrent entre les deux textes. Grâce à des fragments du *Settsu-no-Kuni Fudoki* et des poèmes du *Man'yoshu*, on connaît la tradition selon laquelle elle a jeté l'ancre à Takatsu sur le Bateau Céleste de Pierre, la reliant aux légendes toponymiques de Naniwa. Son attribut en tant qu'Amatsukami ou Kunitsukami fluctue selon les documents, et l'octroi de titres honorifiques est également incohérent, ce qui est un trait singulier. Dans les études folkloriques, elle est parfois considérée comme le prototype de l'Amanojaku, dotée d'une nature rebelle et contrariante, bien que certaines positions n'affirment pas un syncrétisme direct. Les exemples de son culte aujourd'hui sont rares ; elle est vénérée en tant qu'Ame-no-Sagume-no-Mikoto au sanctuaire de Hirama à Wakayama, et transmise comme une déesse cherchant des connexions au sanctuaire de Shōten à Sagami. En évitant les ajouts créatifs, son caractère dans le cadre des archives historiques peut être résumé comme "une déesse qui déplace les événements par la divination et les déclarations solennelles".

Benzaiten

Benzaiten

Légendaire

べんざいてん

Défaut

Divinités et Esprits sacrésKanagawaShiga

De Sarasvatī à Benzaiten — Deux mille ans de transformation culturelle. Si la description de base évoque les principaux sanctuaires et superstitions, cette analyse approfondie explore l'évolution culturelle de plus de deux millénaires, de la Sarasvatī de l'Inde antique à la Benzaiten du Japon contemporain. Sarasvatī est l'une des plus anciennes déesses figurant dans le Rig-Véda (vers 1500–1200 av. J.-C.), gouvernant le cours des rivières, la musique, les arts, le langage et la poésie. Adoptée par le bouddhisme, elle fut élevée au rang de divinité tutélaire dans le Sutra de la Lumière dorée et le Sutra du Lotus, puis transmise en Chine, en Corée et au Japon. Au Japon, elle a traversé plusieurs époques : (1) pendant l'Antiquité (VIIe-IXe siècles), elle était la protectrice des écritures ; (2) au Moyen Âge (Kamakura), sa fusion avec Ugajin a donné naissance à Uga-Benzaiten ; (3) à l'époque d'Edo, elle fut intégrée aux Sept Divinités du Bonheur et identifiée comme déesse de la fortune ; (4) à l'ère Meiji, avec la séparation du shintoïsme et du bouddhisme, beaucoup de ses sanctuaires l'ont remplacée par la divinité shinto Ichikishimahime ; (5) aujourd'hui, elle s'est transformée en sujet de croyances populaires, de tourisme et de pop-culture. Elle est le parfait exemple de l'évolution d'une divinité antique dont l'apparence, les attributs et le nom se sont métamorphosés sans cesse au fil de deux millénaires. Ugajin — La divinité mystérieuse au corps de serpent et à tête humaine. Ugajin, qui a fusionné avec Benzaiten à partir de l'époque de Kamakura, est une figure étrange représentée avec une tête humaine et un corps de serpent lové. Ses origines restent une énigme académique. L'étymologie de « Uga » pointerait vers Ukanomitama, le dieu des céréales des chroniques antiques (Kojiki et Nihon Shoki), mais l'origine de son iconographie serpentine divise : certains évoquent l'influence des divinités créatrices chinoises Fuxi et Nuwa, d'autres celle des Nagas (dieux serpents indiens), ou encore la fusion avec les cultes autochtones des serpents (comme aux monts Miwa et Suwa). L'hybridation entre une « déesse bouddhiste venue d'Inde » et une « divinité-serpent exclusivement japonaise aux origines obscures » pour former Uga-Benzaiten est l'exemple même de la créativité, du mysticisme et du syncrétisme de la religion médiévale japonaise. Statues à deux bras contre statues à huit bras — Les deux courants iconographiques. Il existe principalement deux courants dans la statuaire de Benzaiten. (1) Les statues à deux bras : elles la montrent en gracieuse jeune femme céleste jouant du luth (biwa). C'est la forme qui perpétue la nature musicale originelle de Sarasvatī, traditionnelle au Japon depuis l'époque de Heian. (2) Les statues à huit bras : elles la représentent en déesse martiale, armée de huit armes et objets rituels (épée, joyau, arc, flèche, hache, hallebarde, roue du Dharma, sceptre). Décrite dans la traduction chinoise du Ve-VIe siècle du Sutra de la Lumière dorée, cette figure exalte son rôle de divinité protectrice de l'État. La version à huit bras tranche avec l'image douce de la « déesse des arts » par sa bravoure guerrière. En s'alliant à la forme reptilienne d'Ugajin à Kamakura, Benzaiten est devenue une entité fabuleusement complexe unissant « grâce, puissance martiale, sorcellerie et fortune ». Folklore de la transformation en serpent — Superposition de la divinité de l'eau, de la richesse et des récoltes. La métamorphose de Benzaiten (Uga-Benzaiten) en divinité-serpent est un phénomène intimement lié aux très anciens cultes ophidiens japonais (Miwa, Suwa, Usa, Kumano). Dans le Japon antique, le serpent réunissait quatre pouvoirs : l'eau (sanctuaires de rivages et de rivières), la richesse (la mue symbolisant la multiplication infinie), l'abondance (agriculture) et la guérison (remèdes et tabous). Ainsi, lorsque Benzaiten s'est dotée d'une identité de serpent avec Ugajin, toutes les strates de cette foi antique — des oratoires au bord de l'eau aux mues gardées dans les portefeuilles en passant par les amulettes de guérison — se sont fondues dans le « culte de Benzaiten ». Même au XXIe siècle, l'eau purificatrice pour les pièces de monnaie, les serpents porte-bonheur et les superstitions de séparation amoureuse témoignent de la vitalité d'une culture où se superposent le serpent antique, la Benzaiten médiévale, la déesse de la fortune de l'époque d'Edo et le tourisme moderne. Le tabou des couples — La superstition moderne d'une déesse jalouse. Dans les principaux lieux dédiés à Benzaiten (particulièrement Enoshima et Itsukushima), une croyance populaire moderne affirme que « la belle déesse, jalouse de voir des couples la prier ensemble, les condamnera à la rupture ». C'est en fait l'écho modernisé de la nature intense de la déesse indienne (Sarasvatī étant parfois l'épouse de Brahma, capable de jalousie et de passion), de la nature du serpent au Moyen Âge japonais (symbole de jalousie et d'attachement tenace) et des tabous liés aux ascètes (comme l'interdiction faite aux femmes de gravir les montagnes sacrées). Au-delà de la simple superstition, il s'agit d'une fascinante condensation de l'histoire religieuse, psychologique et folklorique, étudiée au XXIe siècle par la sociologie du tourisme et la psychologie. Son association avec des sanctuaires dits de « rupture des liens » (Enkiri, comme Yasui Konpiragu à Kyoto) démontre comment sa nature taboue s'est intégrée aux pratiques contemporaines consistant à prier pour trancher de mauvaises relations. Les Sept Divinités du Bonheur et la culture populaire d'Edo. Devenue la seule divinité féminine du groupe des Sept Divinités du Bonheur (Ebisu, Daikoku, Bishamonten, Benzaiten, Fukurokuju, Jurojin, Hotei) formalisé à l'époque d'Edo, Benzaiten s'est imposée au cœur de la culture populaire urbaine. Les pèlerinages du Nouvel An, les images de navire aux trésors glissées sous l'oreiller, et les prières pour le succès commercial ont profondément imprégné la vie quotidienne des habitants d'Edo. Cet épisode marque un glissement historique majeur : on est passé du culte médiéval d'Uga-Benzaiten (empreint de bouddhisme ésotérique, de sorcellerie et de culture aristocratique) au culte moderne des Divinités du Bonheur (séculier, commercial et citadin). C'est une étape cruciale de cette longue épopée de deux mille ans : de déesse indienne des arts, elle est devenue divinité ésotérique japonaise, puis déesse populaire de la richesse, pour finir aujourd'hui héroïne du tourisme et de la pop-culture. La Benzaiten du XXIe siècle — Tourisme, sous-culture et rupture de liens. Au XXIe siècle, l'héritage de Benzaiten survit en tant que ressource touristique (via les Trois Grands Sanctuaires, les multiples sanctuaires Benten locaux et les circuits des Sept Divinités). Elle est également réinventée en permanence dans la pop-culture, apparaissant dans des jeux vidéo comme *Okami* et *Megami Tensei*, ou des mangas comme *Nura : Le Seigneur des Yokaï*. Elle est devenue une icône multicouche où se croisent l'aura de la déesse indienne, le pouvoir reptilien du Moyen Âge, la fortune de l'époque moderne et la jalousie du Japon contemporain. En tant que cas rarissime d'une divinité unique incarnant sans discontinuer deux millénaires d'évolution culturelle — de la Sarasvatī antique à la Benzaiten actuelle —, elle demeure un sujet d'étude incontournable en yokaiologie, en folklore, en histoire des religions et en mythologie comparée.

Bishamonten

Bishamonten

Légendaire

びしゃもんてん

Bishamonten, le dieu armé de la fortune aux six étapes de foi stratifiée

Esprit divin / DivinitéNara

De Kubera à Vaiśravaṇa ── Une évolution culturelle de plus d'un millénaire. Si la description de base aborde les attributs majeurs de Bishamonten, cette explication exhaustive plonge dans le millénaire d'évolution culturelle le menant du Kubera de l'Inde antique au Bishamonten du Japon moderne. Kubera était une divinité cruciale de la mythologie indienne antique, dieu hindou de la richesse, gardien du nord et seigneur des Yakshas. Adopté par le bouddhisme, il devint le protecteur du Dharma Vaiśravaṇa, se propageant en Asie centrale, en Chine et au Japon. Dans chaque sphère culturelle, il a subi des transformations sémantiques uniques, donnant naissance au Japon à la légende de Shigisan avec le prince Shotoku, à la protection de l'État à l'époque de Heian, aux prières de victoire des seigneurs de la guerre Sengoku, puis à son statut parmi les Sept Divinités du Bonheur à l'époque d'Edo. Il s'agit d'un exemple représentatif d'une divinité unique ayant évolué à travers les siècles et de multiples ères culturelles. La position privilégiée de Tamonten dans le système des Quatre Rois Célestes. Dans la vision du monde bouddhiste, les Quatre Rois Célestes (Jikokuten à l'Est, Zochoten au Sud, Komokuten à l'Ouest et Tamonten au Nord) gardent les quatre directions sur le flanc du mont Sumeru. Bishamonten = Tamonten est le seul parmi eux à être vénéré de manière indépendante en tant que divinité extrêmement révérée. Ce phénomène est le résultat du maintien de son rang élevé d'origine en Inde antique (dieu de la richesse et gardien du nord) même après son assimilation par le bouddhisme. Bien que le Shitenno-ji (établi en 593 par le prince Shotoku) fut le dojo fondamental de la religion d'État bouddhiste honorant les quatre rois dans leur ensemble, Bishamonten (Tamonten) a développé son propre culte, formant des réseaux de temples autour de Shigisan, Kurama et Todai-ji. La dualité d'être à la fois « l'un des Quatre Rois Célestes » et une « divinité indépendante » est la caractéristique majeure de la foi en Bishamonten. Le Shigisan Engi et le prince Shotoku ── Le mythe fondateur de la religion d'État bouddhiste au Japon. La légende fondatrice du Shigisan Chogosonshi-ji (le prince Shotoku recevant un trésor secret de victoire de Bishamonten l'année, le jour et l'heure du Tigre lors de sa campagne contre Mononobe no Moriya) est le mythe fondateur de la religion d'État bouddhiste japonaise. La rébellion de Mononobe no Moriya en 587 fut la première guerre de religion au Japon concernant l'acceptation du bouddhisme, opposant Soga no Umako et le prince Shotoku (pro-bouddhisme) à Mononobe no Moriya (shintoïsme, anti-bouddhisme). La victoire du clan Soga assura l'implantation du bouddhisme au Japon. L'apparition de Bishamonten comme dieu tutélaire de la victoire à ce moment historique est un dispositif narratif religieux enracinant l'origine du bouddhisme d'État dans la foi en Bishamonten. L'association du tigre avec Bishamonten est née et s'est développée uniquement au Japon à partir de cette légende. Le Kurama-dera et la légende de Minamoto no Yoshitsune ── L'évolution de la foi de Heian. Le Kurama-dera (arr. de Sakyo, Kyoto) fut fondé au début de l'époque de Heian (770) avec Bishamonten comme divinité principale, destiné à protéger le nord de Heian-kyo et à défendre la nation. Sa statue en bois (trésor national du début de Heian) est l'un des joyaux de la sculpture de Bishamonten au Japon. Le Kurama-dera devint plus tard le théâtre de légendes héroïques, comme celle de Minamoto no Yoshitsune (Ushiwakamaru) apprenant l'escrime auprès des Tengu sur le mont Kurama, établissant le site comme un sanctuaire majeur de la foi samouraï et des mythes héroïques de la fin de l'époque de Heian au début de celle de Kamakura. Cela illustre l'évolution de la foi en Bishamonten, passant d'un shintoïsme d'État antique à la culture martiale médiévale. Uesugi Kenshin ── La bannière "Bi" et la croyance en un dieu de la guerre. Le sommet du culte de Bishamonten dans le Japon de l'époque Sengoku fut incarné par Uesugi Kenshin (1530-1578), le grand daimyo d'Echigo. Né l'année du Tigre sous le nom de "Torachiyo", Kenshin se considérait comme la réincarnation de Bishamonten, partant au combat sous un étendard marqué du caractère « Bi » (毘). Le hall Bishamon du château de Kasugayama constituait la base religieuse de Kenshin, où il priait avant de se déployer, après ses victoires et lors de la conclusion de trêves. C'est l'exemple type de l'intégration trinitaire de la religion, de la force militaire et de la politique à l'époque Sengoku, démontrant la personnalité religieuse typique des seigneurs de guerre, comparable à la dévotion de Takeda Shingen pour Fudo Myoo ou à celle d'Oda Nobunaga pour une divinité Namban syncrétique. L'intégration aux Sept Divinités du Bonheur et la foi populaire d'Edo. À la fin de la période Muromachi, la foi en les Sept Divinités du Bonheur fut instaurée, Bishamonten s'y ajoutant en tant que dieu armé de la fortune régissant « la chance militaire, la victoire et la richesse ». Alors que les autres membres du groupe sont dépeints sous des traits doux, Bishamonten est le seul à conserver une allure guerrière (armure, pagode, bâton, piétinant un démon), lui conférant une aura singulière au sein du groupe. Pendant la période d'Edo, il joua un rôle central dans les peintures de Takarabune, les pèlerinages du Nouvel An, ainsi que les prières pour la réussite commerciale ou académique. Il devint le pilier d'une culture religieuse populaire accumulant diverses strates : le dieu indien de la richesse, le gardien de l'État de Heian, le protecteur martial des guerriers Sengoku et le dieu porte-bonheur d'Edo. Bishamonten au XXIe siècle ── La continuité moderne d'une foi aux multiples strates. Au XXIe siècle, Bishamonten est une divinité rare porteuse d'un héritage à six niveaux : (1) dieu de la richesse et gardien du nord hérité de l'Inde antique, (2) Tamonten des Quatre Rois Célestes bouddhistes, (3) protecteur victorieux du prince Shotoku, (4) foi des guerriers de l'époque Sengoku comme Uesugi Kenshin, (5) dieu armé de la fortune de l'époque d'Edo, et (6) dieu exauçant les prières contemporaines pour les affaires, les examens et le sport. Il est fervemment vénéré au Shigisan Chogosonshi-ji, au Kurama-dera, au Todai-ji et dans tous les sanctuaires liés. En outre, il est continuellement réinventé dans la culture populaire (jeux vidéo comme "Nobunaga's Ambition", "Sengoku BASARA", "Megami Tensei" ou mangas comme "Demon Slayer"). Il représente l'essence du bouddhisme japonais, de sa religion et de la culture des samouraïs, incarnant la continuité de l'héritage culturel de l'Antiquité à nos jours.

Daikokuten

Daikokuten

Légendaire

Daikokuten

Daikokuten, dieu de la fortune et de deux mille ans de métamorphoses

Divinité / esprit divinInde ancienne, sous le nom de Mahakala / Hieizan Enryakuji à Otsu, préfecture de Shiga / Izumo Taisha comme centre du syncrétisme avec Okuninushi

De Mahakala à Daikokuten, deux mille ans de transformation culturelle. Le profil général présente les attributs principaux de Daikokuten; le récit profond est celui d'une longue métamorphose, de Mahakala dans l'Inde ancienne au Daikokuten japonais moderne. Mahakala est l'aspect courroucé, nocturne et destructeur de Shiva; dans la société indienne ancienne, il est lié à la guerre, aux cimetières, au noir et à la peur. Une fois accueilli par le bouddhisme, il devient protecteur du Dharma et circule par l'Asie centrale, la Chine, la Corée et le Japon, changeant de sens dans chaque sphère culturelle. Au Japon surtout, son syncrétisme avec Okuninushi, son entrée parmi les Sept Dieux du Bonheur et sa transformation en dieu de la richesse créent une forme si nouvelle qu'elle ressemble à une renaissance. Sanmen Daikokuten, le dessin religieux de Saicho au Hieizan. Le Sanmen Daikokuten consacré par Saicho au Hieizan Enryakuji, réunion de Daikokuten, Bishamonten et Benzaiten en une divinité à trois faces, est l'une des créations caractéristiques de l'histoire bouddhique japonaise. Les trois divinités viennent de traditions protectrices indiennes, mais Saicho les place comme gardiennes de la cuisine et de l'économie du temple. Ce choix relie les idéaux bouddhiques de compassion et de protection aux réalités concrètes de la nourriture, de la formation monastique et de la survie institutionnelle. Sanmen Daikokuten se diffuse ensuite dans les milieux du Hieizan, du Tendai, du Shingon, du Zen et d'autres lignées, devenant un symbole de la capacité japonaise à faire tenir ensemble pratique spirituelle et soutien matériel. La logique du syncrétisme par le son daikoku. La fusion de Daikokuten, divinité bouddhique d'origine indienne, et d'Okuninushi, dieu shinto japonais, par leur lecture commune daikoku, est un cas classique de syncrétisme médiéval japonais par le son. Les écritures, les doctrines et les origines ne se correspondent pas; pourtant, la lecture identique du grand noir et du grand pays suffit à les superposer. La nouvelle divinité n'est pas une simple addition; elle prend vie dans la pratique populaire. Ce cas révèle une logique souple de la religion japonaise, où son, image, association folklorique et bénéfice concret comptent parfois davantage que la cohérence doctrinale stricte. Le sens civilisationnel des Sept Dieux du Bonheur. Le culte des Sept Dieux du Bonheur, formé entre Muromachi, Azuchi-Momoyama et Edo, réunit Daikokuten, Ebisu, Bishamonten, Benzaiten, Fukurokuju, Jurojin et Hotei autour d'un désir commun: chance, richesse, prospérité. Ses origines sont volontairement mêlées: Ebisu relève du Japon, Daikokuten, Bishamonten et Benzaiten viennent des mondes religieux indiens, tandis que Fukurokuju, Jurojin et Hotei relèvent de traditions chinoises taoïstes, bouddhiques et populaires. Les gens d'Edo ne demandaient pas une théorie bien ordonnée; ils voulaient le bonheur concret. Ce pragmatisme a créé l'une des combinaisons religieuses les plus inclusives du Japon. Balles de riz, maillet et sac, symboles médiévaux de la fortune. Les trois grands attributs de Daikokuten, balles de riz, maillet uchide no kozuchi et grand sac, condensent l'imaginaire japonais médiéval de la richesse. Les balles de riz symbolisent récolte, nourriture, terre et revenus dans une société agraire, et entrent dans l'image de Daikokuten par la couche agricole d'Okuninushi. Le maillet apparaît dans des récits classiques comme le Konjaku Monogatari Shu et l'Uji Shui Monogatari; il fait surgir ce que l'on désire et symbolise des ressources inépuisables. Le sac réunit le sac aux trésors de Mahakala, le sac de Hotei et l'imaginaire japonais des sept trésors, or, argent, lapis-lazuli, tridacne, agate, perle et corail. Ces objets font tenir en une seule image des symboliques indienne, chinoise et japonaise. Images de bateau aux trésors et voeux collectifs d'Edo. Les images de bateau aux trésors deviennent populaires à l'époque d'Edo: elles représentent les Sept Dieux du Bonheur voguant sur un navire chargé de richesses. Les placer sous l'oreiller la deuxième nuit du Nouvel An devait apporter un bon premier rêve. Ces images circulent largement comme porte-bonheur du Nouvel An pour citadins et marchands, et Daikokuten y est souvent placé au centre, car il incarne mieux que tout autre richesse, récolte et affaires prospères. À travers elles se rejoignent édition d'Edo, ukiyo-e, religion populaire et culture commerciale. Le motif survit encore dans les décorations du Nouvel An, les cartes de voeux et les talismans de boutique. Daikokuten au XXIe siècle, dieu de la fortune à l'ère globale. Daikokuten reste un dieu familier de la richesse, des affaires et des récoltes. On l'invoque dans les pèlerinages du Nouvel An aux Sept Dieux du Bonheur, les premières visites aux sanctuaires, les prières pour les affaires et les ouvertures de magasins; marchands, restaurants, entreprises et particuliers placent encore son image sur des autels. Même dans un monde globalisé, incertain économiquement et plus individualisé, le désir de chance, de richesse et de prospérité demeure universel. Daikokuten rassemble ce désir à travers une chaîne de deux mille ans reliant Mahakala, Sanmen Daikokuten, les Sept Dieux d'Edo et le dieu japonais moderne de la fortune.

Dakiniten

Dakiniten

Divin

dakiniten

L'Inari bouddhiste chevauchant un renard blanc, Dakiniten

Esprit Divin / DivinitéKyotoAichi

Dakiniten est une traduction phonétique du mot sanskrit "Ḍākinī". C'est une divinité bouddhiste du royaume de Tenbu, vénérée comme l'"Inari bouddhiste" en raison de son apparence de jeune fille céleste chevauchant un renard blanc. Elle s'est syncrétisée avec le Kami shinto Inari et est devenue l'image principale des sanctuaires Inari associés aux temples tels que Toyokawa Inari et Saijo Inari. En Inde, elle était à l'origine une déesse-démone féminine qui volait dans le ciel et dévorait la force vitale et le cœur des humains, mais elle a été subjuguée par Mahakala dans le bouddhisme ésotérique de la période médiane. Introduite au Japon par Kukai au début de l'époque de Heian, elle a été représentée dans le mandala du royaume de la matrice comme un démon voleur de force vitale dans la suite d'Enmaten. Cependant, par l'intermédiaire du renard, elle a été rattachée au culte d'Inari, se transformant en la figure d'une divinité féminine tenant un joyau exauçant les vœux et chevauchant un renard blanc. En raison de son immense pouvoir divin d'exaucer les vœux, elle a été profondément vénérée par les seigneurs de guerre et les gens du commun, et a été transmise jusqu'à nos jours comme divinité de la prospérité commerciale et de la réussite professionnelle. C'est une divinité ambivalente, possédant à la fois la férocité d'une déesse-démone et la miséricorde d'exaucer les désirs.

Ebisu

Ebisu

Légendaire

えびす

Ebisu

Esprit divin / DivinitéHyogoHiroshima

« Ebisu » en tant qu'ancienne croyance japonaise en la mer et l'autre monde. Le fait que « ebisu » et « emishi » partagent la même étymologie indique que les anciens Japonais appelaient collectivement « ebisu » les êtres arrivant de l'au-delà, y trouvant abondance et fortune. C'est un exemple représentatif de la croyance en la divinité visiteuse (Marebito). Le Mythe de Hiruko ── L'Archétype de la Difformité, de l'Exil et de la Renaissance. Le mythe de Hiruko transmis dans le *Kojiki* et le *Nihon Shoki* est un exemple de l'archétype narratif de la difformité et de la renaissance. Le Mythe de Kotoshironushi ── L'origine d'Ebisu dans le mythe du transfert du territoire. L'image concrète d'une divinité de la pêche s'est directement intégrée dans l'iconographie ultérieure d'Ebisu tenant une daurade et une canne à pêche. Coexistence des deux théories d'origine. Le fait que les deux théories coexistent démontre la flexibilité de la culture religieuse japonaise. Daurade, Canne à pêche, Sourire ── Iconographie de l'époque médiévale. L'image moderne d'Ebisu est l'aboutissement de conceptions uniques établies dans le Japon médiéval et moderne. Toka Ebisu ── La culture des festivals de l'époque d'Edo. Le Toka Ebisu dans le Kansai (9-11 janvier) soutient les prières collectives pour la prospérité. Ebisu au 21e siècle ── Culture urbaine et prières modernes. Aujourd'hui, Ebisu est largement adopté comme la divinité principale du commerce japonais. Le nom de lieu « Ebisu » à Tokyo jouit d'une renommée nationale.

Enma

Enma

Divin

Enma-o

Le Cinquième Juge des Enfers

神霊・神格インド神話のヤマが仏教化した渡来神格、在地発祥地なし

De divinité védique à juge bouddhiste : l'évolution d'Enma. La description de base a retracé les origines d'Enma jusqu'à la divinité védique Yama. Dans cette analyse approfondie, nous explorons comment ce « Premier Mortel » a évolué pour devenir le juge absolu du monde souterrain. Dans les mythes indiens primitifs, Yama n'était pas un bourreau ; il était simplement le premier être humain à mourir, devenant de fait le souverain bienveillant du royaume des ancêtres, guidant les âmes suivantes vers un repos paisible. Cependant, à mesure que la cosmologie bouddhiste se développait et fusionnait avec les concepts hindous, puis avec les préceptes taoïstes chinois, l'au-delà est devenu un univers hautement structuré et bureaucratique. Au moment où Enma a atteint la Chine, il était habillé des robes d'un magistrat de la dynastie Tang, flanqué de registres d'état civil de la mort et de fonctionnaires judiciaires. Cette métamorphose, d'un pionnier mythologique de la mort à un juge strict et terrifiant, reflète parfaitement l'institutionnalisation de la religion et le besoin croissant d'un système de dissuasion morale au sein des sociétés médiévales. Le Miroir Jōhari : la technologie de surveillance ultime. L'élément le plus saisissant du tribunal du Roi Enma est sans doute le *Jōhari no Kagami* (le Miroir de Cristal Pur). Cet artefact fonctionne très exactement comme un appareil de lecture vidéo moderne. On raconte que lorsqu'un pécheur se tient devant Enma et tente de mentir ou de dissimuler ses actes passés, le miroir Jōhari projette une rediffusion indiscutable et d'une netteté cristalline de sa vie entière. Bien avant l'invention de la photographie ou du cinéma, le concept d'un miroir magique capable d'enregistrer et de lire parfaitement les actions humaines représentait une « technologie » conceptuelle d'une avance stupéfiante. Il servait d'arme de dissuasion psychologique terrifiante : l'idée que l'univers maintient un enregistrement visuel et objectif de chaque péché, rendant toute excuse et tout mensonge pathétiquement inutiles face au juge suprême. La théologie du Honji-Suijaku : Enma en tant que Jizō. L'un des développements théologiques les plus profonds du bouddhisme japonais est l'assimilation du Roi Enma au Bodhisattva Jizō (Ksitigarbha). À travers la doctrine du *honji-suijaku* (substance originelle et traces manifestées), les moines japonais ont postulé que le terrifiant et courroucé Enma n'était qu'une manifestation stratégique (suijaku) du Jizō infiniment compatissant (honji). Mais pourquoi un sauveur miséricordieux apparaîtrait-il sous les traits d'un juge ivre de fureur ? La réponse théologique réside dans le concept de *hōben* (moyens habiles) : certaines âmes sont tellement embourbées dans l'ignorance et le vice qu'un sermon empreint de douceur ne peut les atteindre. Face à ces pécheurs obstinés, le Bodhisattva se doit d'enfiler le masque terrifiant d'Enma, utilisant la peur et le châtiment pour les dévier de force du cycle des souffrances. Cette théologie de la dualité parvient avec brio à réconcilier la dure réalité du châtiment karmique avec l'idéal du salut universel prôné par le bouddhisme Mahāyāna. Ono no Takamura : le bureaucrate qui faisait la navette jusqu'en Enfer. Le folklore qui entoure Enma est inextricablement lié à la légende d'Ono no Takamura (802-853), célèbre courtisan de l'ère Heian. Érudit, poète et fonctionnaire de renom, on disait que Takamura menait une double vie : le jour, il servait l'Empereur à Kyoto ; la nuit, il descendait par un puits secret situé au temple Rokudō Chinnō-ji pour servir de greffier à Enma dans les enfers. Cette légende met en exergue un aspect fascinant de l'au-delà japonais : il n'était pas perçu comme un abîme chaotique et impénétrable, mais comme une bureaucratie rigide, véritable miroir de la cour impériale, où un fonctionnaire terrien talentueux pouvait s'intégrer sans la moindre difficulté en tant que magistrat infernal. La double citoyenneté de Takamura, évoluant entre le royaume des vivants et celui des morts, souligne la nature incroyablement poreuse des frontières dans la cosmologie du Japon médiéval. L'impact culturel de « l'arrachage de langue ». « Si tu mens, Maître Enma t'arrachera la langue. » Cette phrase est probablement le mème moral le plus efficace de toute l'histoire du Japon. Aujourd'hui encore, presque tous les enfants japonais l'entendent de la bouche de leurs parents lorsqu'ils sont surpris à mentir. L'image viscérale de se faire arracher la langue avec de gigantesques tenailles en fer rouge contourne brillamment tous les arguments théologiques complexes sur le karma, imposant une conséquence immédiate et atroce à la malhonnêteté. Cela démontre de quelle manière Enma a été abstrait de sa fonction doctrinale complexe de cinquième juge des Dix Rois, pour être distillé en une icône culturelle universellement comprise, incarnant l'implacable principe de responsabilité.

Fudō Myō-ō

Fudō Myō-ō

Divin

fudo-myoo

L'Avatar Courroucé de Dainichi

神霊・神格インド密教 Acalanatha 由来、空海が請来した渡来尊

La théologie de la dualité : Sévérité et Tendresse. La plus grande singularité iconographique et doctrinale de Fudō Myō-ō réside dans le gouffre saisissant entre son apparence terrifiante et la profonde affection qu'il recèle. Un Roi de Sagesse (Myō-ō) n'est autre qu'un bouddha transformé en une entité effrayante pour prêcher et soumettre ; Fudō Myō-ō est ainsi le second visage de Dainichi Nyorai, la vérité cosmique incarnée. Sa colère ne provient pas d'une haine envers le mal, mais illustre l'« extrême limite de la compassion » : sauver les âmes égarées à n'importe quel prix. Cette dualité explique pourquoi son culte fédère une population aussi vaste, transcendant les classes sociales, depuis le moine endurant de sévères ascèses jusqu'au simple citoyen priant pour la quiétude de son foyer. Un hybride entre bénéfices matériels et hommages funéraires. Bien que son rôle dogmatique originel fût d'être un pilier spirituel guidant vers l'éveil, sa fusion avec la religion japonaise l'a doté de fonctions purement pragmatiques. Vaincre la maladie, repousser les incendies, ou même garantir la sécurité routière à l'ère moderne : il agit comme un « brise-lames » contre toutes les menaces de la vie quotidienne. Parallèlement, dans le cadre du culte des Treize Bouddhas, il préside en tant que guide le tout premier service funéraire (le septième jour) pour le salut des morts. De la sorte, il a muté en une divinité omnipotente, invoquée tout au long du cycle reliant la vie à la mort. Fudō Myō-ō et ses acolytes. Il est fréquemment représenté sous la forme d'une triade, flanqué des jeunes assistants Kongara Dōji et Seitaka Dōji, ou encore escorté par un vaste cortège tel que les Huit ou Trente-six Grands Dōji. Ce foisonnement témoigne de la segmentation de la force écrasante de Fudō Myō-ō, créant un système apte à répondre minutieusement aux requêtes les plus variées. Le contraste visuel saisissant, où une divinité effrayante côtoie des enfants candides, constitue l'une des expressions esthétiques et religieuses les plus originales jamais abouties par l'art bouddhique japonais.

Fujin

Fujin

Légendaire

ふうじん

Le démon vert au sac de vent - Fujin

Esprits Divins / DivinitésTatsuta Taisha (actuellement Sango-cho, district d'Ikoma, préfecture de Nara, principal sanctuaire de l'ancien festival Fujin) / Kazemiya (actuellement ville d'Ise, préfecture de Mie, sanctuaire annexe du sanctuaire intérieur de l'Ise Jingu) / Kennin-ji (actuellement arrondissement de Higashiyama, Kyoto, préfecture de Kyoto, abrite "Les Paravents du Dieu du Vent et du Dieu du Tonnerre" de Tawaraya Sotatsu)

La véritable identité de Fujin est Shinatsuhiko-no-Kami (Shinatsuhiko, Shinatsuhiko-no-Mikoto), telle que documentée dans le *Kojiki* et le *Nihon Shoki*. Le premier volume du *Kojiki* (712) déclare explicitement dans la section de la naissance des dieux : "Ensuite, ils donnèrent naissance au dieu du vent nommé Shinatsuhiko-no-Kami", tandis que dans le *Nihon Shoki* (720), Volume 1, Section 5, la divinité apparaît sous plusieurs noms tels que Shinatobe-no-Mikoto et Shinatsuhiko-no-Mikoto. Le nom divin "Shina" (longue respiration) est un ancien mot japonais signifiant "souffle/vent", et "tsu" (de) + "hiko" (dieu mâle) se traduit par "le dieu mâle au long souffle", soit essentiellement la personnification du souffle et du vent eux-mêmes. Le cœur du culte de Fujin dans l'État antique était le Tatsuta Taisha (anciennement Tatsuta Fujin-sha). Situé dans le district de Heguri, province de Yamato (aujourd'hui Tatsunominami, Sango-cho, district d'Ikoma, préfecture de Nara), il se trouve à un endroit directement frappé par les violents vents descendants (oroshi) soufflant des monts Ikoma vers le bassin de Yamato. Le *Nihon Shoki* mentionne déjà la vénération du "Fujin de Tatsuta" en l'an 675 (4e année de l'empereur Tenmu). Sous le système Ritsuryo, le "Festival Fujin de Tatsuta" était organisé par décret impérial chaque mois d'avril (pour prier pour des vents favorables avant le festival des récoltes Niiname) et de juillet (avant la saison des typhons) en tant que l'un des festivals des Quatre Saisons du Jingikan. Il a été officiellement enregistré dans le registre des divinités de l'*Engishiki* (927) comme les Quatre Piliers du sanctuaire de Tatsuta (avec Amenomihashira-no-Mikoto et Kuninomihashira-no-Mikoto comme divinités principales) et était hautement considéré dans les rituels d'État comme le dieu du vent des récoltes abondantes. À partir du Moyen Âge, le culte de Fujin a été repris par le Kazemiya (Kazahinomi-no-miya) au sanctuaire d'Ise Jingu, au Suwa Taisha (qui vénère Takeminakata mais possède aussi des aspects de Fujin), au sanctuaire Echizen Tsurugi, et au sanctuaire Sada à Izumo. Sur le plan iconographique, "Les Paravents du Dieu du Vent et du Dieu du Tonnerre" de Tawaraya Sotatsu (vers les années 1620, autrefois au Kennin-ji à Kyoto, désigné Trésor National en 1952, actuellement déposé au Musée national de Kyoto) constituent l'œuvre définitive. Sur le double paravent à fond doré, le Dieu du Vent à droite (un démon vert vêtu seulement d'un pagne en peau de tigre, portant un grand sac à vent ouvert sur ses épaules) et le Dieu du Tonnerre à gauche (un démon blanc portant un cercle de tambours) se font face, créant une tension dans l'espace vide entre eux. Cette composition est considérée comme le sommet de l'école Rimpa du début de l'époque d'Edo. Plus tard, des peintres comme Ogata Korin (années 1700) et Sakai Hoitsu (années 1800) ont laissé des copies fidèles de l'œuvre originale de Sotatsu (celle de Korin au Musée national de Tokyo, celle de Hoitsu au Musée d'art Idemitsu), qui ont définitivement fixé l'imagerie standard pour Fujin au Japon. Le sac à vent tenu par Fujin trouve ses origines dans l'iconographie du Borée hellénistique (dieu du vent du Nord). En Grèce antique, Borée était représenté tenant un sac à vent ouvert sur ses épaules. À la suite des campagnes orientales d'Alexandre le Grand, cette image a été adoptée dans l'art bouddhique du Gandhara en Asie centrale, puis a voyagé le long de la Route de la Soie à travers la Chine (comme on le voit sur les statues de Fujin dans les grottes de Mogao à Dunhuang) et la Corée, pour finalement atteindre le Japon. Vāyu (Fujin) en sanskrit appartient à la même lignée et est déifié en tant que "Futen" parmi les Douze Deva du bouddhisme ésotérique. Le rendu du sac à vent par Sotatsu représente l'aboutissement unique et proprement japonais cristallisé à la toute fin de cette longue transmission. Dans la religion populaire, Fujin affiche clairement des traits divins ambivalents. L'aspect d'une divinité calamiteuse (Akufujin) qui invoque les typhons, les bourrasques d'automne et les tempêtes coexiste avec l'aspect d'une divinité bienveillante (Zenfujin) qui préside aux vents favorables balayant les champs lors des récoltes de blé et de riz. Les rituels incarnaient une double structure consistant à la fois à apaiser et à prier ces deux facettes. À l'époque d'Edo, "le renvoi du dieu des rhumes" (lorsqu'un rhume circulait, une poupée de paille façonnée comme Fujin, tenant un chapeau de paille et une lanterne de papier, était chassée à la lisière du village ou au bord d'une rivière au son des gongs et des tambours) était largement pratiqué dans les régions du Tohoku, du nord du Kanto et de Hokushin'etsu, révélant son aspect comme dieu de la peste personnifiant la grippe. Ceci est également important en tant que préhistoire de la conscience moderne en matière de santé publique. Dans la littérature moderne, *Matasaburo le Vent* (1934) de Kenji Miyazawa a adapté la légende du "Vent Saburo" (contes de garçons-dieux du vent transmis près de Morioka et sur la côte de Sanriku) dans la région du Tohoku, faisant connaître à l'échelle nationale la lignée de l'adoration de l'enfant du vent. Après-guerre, le couple contrasté de "Fujin et Raijin" s'est enraciné dans les jeux vidéo, les anime et les mangas (par exemple, le Démon du Vent dans la série *Final Fantasy* de Square, les thèmes de *Le vent se lève* du Studio Ghibli, diverses invocations de dieux du vent), transportant la lignée iconographique initiée par le Trésor National "Les Paravents du Dieu du Vent et du Dieu du Tonnerre" jusque dans la sous-culture contemporaine.

Fukurokuju

Fukurokuju

Légendaire

ふくろくじゅ

Dieu au Long Crâne des Trois Astres Unis, Fukurokuju

Esprit divin / DivinitéChine (Croyance taoïste des Trois Astres) / Introduit à l'époque de Muromachi / Lieux de pèlerinage des Sept Divinités du Bonheur dans le Kanto et le Kinki (Temples des sectes Zen et Ōbaku)

Fukurokuju est la divinité anthropomorphe qui intègre en un seul corps les trois astres du taoïsme chinois (les Astres du Bonheur, de la Richesse et de la Longévité). Parmi eux, l'Astre de la Longévité (Étoile du Vieillard du Pôle Sud = Canopus) est une ancienne divinité astronomique dont l'apparition, selon les chapitres astronomiques du "Shiji" (Mémoires historiques) et du "Livre des Jin", annonçait la paix dans le monde. L'Astre du Bonheur était associé à la planète Jupiter (l'Étoile de l'Année) et l'Astre de la Richesse à l'étoile Wenchang de la Grande Ourse, chacun faisant initialement l'objet de cultes séparés. C'est sous la dynastie Song qu'est apparue "l'Image des Trois Astres" (Sanxingtu) les représentant ensemble, une image qui s'est popularisée comme décoration du Nouvel An parmi la population sous les dynasties Ming et Qing. La divinité unique Fukurokuju est l'amalgamation anthropomorphe de ces trois astres, avec plusieurs récits d'origine parallèles : certains y voient l'incarnation du taoïste Tiannanxing de la dynastie Song, d'autres l'incarnation même du Vieillard du Pôle Sud. L'iconographie le dépeint petit de taille, doté d'un crâne exceptionnellement allongé et d'une longue barbe blanche, attachant un rouleau à la tête de son bâton et suivi par une grue ou une tortue. Il s'agit là d'une iconographie taoïste classique : le "corps court et la tête longue" sont des marques physiques propices à la longévité, le rouleau représente l'acquisition du Dao, et la grue comme la tortue sont des animaux de bon augure symbolisant la longue vie. On pense qu'il a été introduit au Japon à la fin de l'époque de Muromachi (XVe siècle) via les voyages des moines Zen en Chine et par les peintures tao-bouddhiques importées. Les cercles de moines et de peintres de la culture de Higashiyama l'ont réorganisé en "Sept Divinités de Fortune et de Vertu". En associant les divinités déjà acclimatées (Ebisu, Daikokuten, Bishamonten, Benzaiten) aux autres divinités importées (Hotei, Jurōjin) pour former un groupe de sept divinités inspiré des Sept Sages de la Forêt de Bambous, ils ont jeté les bases des Sept Divinités du Bonheur actuelles. Le problème inhérent à Fukurokuju est sa ressemblance avec Jurōjin ; les deux étant des incarnations de l'Étoile du Vieillard du Pôle Sud, des théories les considérant comme une seule et même divinité existent depuis l'Antiquité. Si les encyclopédies populaires prémodernes comme le "Yamato Koto Hajime" de Kaibara Ekken les distinguent formellement, des peintures de Bateaux aux Trésors de l'époque d'Edo ont fait circuler des versions modifiées des Sept Divinités remplaçant Jurōjin par Kisshōten, Fukusuke ou Inari. Étant donné que Fukurokuju gouverne simultanément trois vertus (descendance, richesse et longévité), il fut particulièrement apprécié pour les célébrations familiales par les marchands et les samouraïs. Pour les prières de longévité des moines, Jurōjin était souvent préféré. Leurs rôles se sont doucement répartis vers la fin de l'époque prémoderne entre "la divinité de fortune générale et séculière (Fukurokuju)" et "la divinité ascétique de la longévité (Jurōjin)".

Futodama

Futodama

Divin

Futodama-no-Mikoto

Futodama, porteur des offrandes devant la grotte céleste

Divinités et esprits divinsChibaTokushima

Futodama, qui tient les offrandes devant la grotte céleste, est le dieu qui change en culte les objets préparés par les dieux. Quand Amaterasu-Omikami se cache dans la grotte, le monde sombre dans les ténèbres. Suivant le plan d'Omoikane, les dieux font chanter les coqs, rassemblent le fer, font fondre un miroir, façonner des joyaux, procèdent à la divination avec un os de cerf et du bois de hahaka, et suspendent joyaux, miroir et étoffes à un sakaki sacré. Le passage « La grotte céleste » du Kojiki note à la fin de ces préparatifs : Futodama prit et tint la grande offrande. Futodama fait alors passer les objets achevés dans l'action du culte devant les dieux. Le pouvoir de ce dieu réside dans le fait même de tenir. L'offrande n'est pas un simple papier ni une simple étoffe. C'est un signe adressé aux dieux, un chemin pour la prière, un médium qui purifie le lieu. Quand Futodama la tient, joyaux, miroir, étoffes et divination ne sont plus des matériaux épars, mais un seul culte présenté à Amaterasu-Omikami. Si la prière d'Ame-no-Koyane est le centre de la voix, l'offrande de Futodama est le centre des objets. La voix seule manque de forme ; les objets seuls restent muets. Réunis, ils font surgir devant la porte de pierre un lieu capable d'accueillir la divinité. Le commentaire des objets de l'université Kokugakuin montre combien le mythe de la grotte céleste superpose les éléments du culte antique. Le miroir reflète Amaterasu-Omikami, les joyaux portent la dignité sacrée de la parure et une puissance spirituelle, les étoffes sont offertes aux dieux, les os divinatoires interrogent la volonté divine. Dans ce culte matériel, Futodama se tient au point de contact qui fait de la chose une « chose posée devant les dieux ». Le voir comme un simple préposé aux accessoires ne suffit donc pas. Futodama préside à l'instant où l'objet entre dans l'ordre sacré. Lors de la descente du petit-fils céleste, ce rôle est transporté sur terre. Dans le Kojiki, Futodama descend comme l'un des cinq chefs de corporations et devient l'ancêtre des Inbe no obito et des leurs. Chacun de ces cinq dieux porte une fonction, le culte, la danse, la fonte des miroirs, la fabrication des joyaux ; le gouvernement de la terre par le petit-fils céleste ne repose donc pas seulement sur la force militaire ou la lignée. Il fallait aussi l'art de vénérer, l'art de fabriquer et l'art d'offrir. Futodama est le dieu qui relie les objets rituels du ciel aux métiers de la terre. La présentation des divinités du sanctuaire Awa (Chiba) décrit ce lien de façon très concrète. Ame-no-Futodama, divinité principale du sanctuaire supérieur, servait auprès d'Amaterasu-Omikami et serait l'ancêtre du clan Inbe (écrit aussi Imbe). Le sanctuaire explique encore qu'Ame-no-Futodama, à la tête des dieux Inbe, présidait aux miroirs et aux joyaux, aux offrandes et aux tissus, aux lances et aux boucliers et à la construction des sanctuaires, et qu'il est pour cela vénéré comme l'ancêtre commun de toutes les industries du Japon. La main qui tenait l'offrande devant la grotte céleste s'étend ici à l'artisanat, à l'architecture, au textile, aux armes et aux sanctuaires. L'historique du sanctuaire Ooasahiko présente ce dieu, sur la terre d'Awa (Tokushima), comme un « ancêtre qui fait naître l'industrie ». Sous le règne de l'empereur Jinmu, Ame-no-Tomi, petit-fils d'Ame-no-Futodama, arriva dans la province d'Awa, sema les graines de chanvre et de mûrier à papier, fabriqua des toiles de chanvre et du yu, jeta les bases de l'essor de l'industrie et vénéra l'aïeul fondateur Ame-no-Futodama comme protecteur. Chanvre, mûrier à papier, toile et yu s'accordent bien avec le caractère de dieu des objets rituels de Futodama. L'étoffe suspendue devant les dieux est aussi l'étoffe de l'industrie qui défriche la terre. On y voit une sensibilité ancienne où le culte et la production ne faisaient qu'un. Selon l'historique du sanctuaire Awa (Chiba), Ame-no-Tomi passa ensuite d'Awa (Tokushima) à la pointe sud de la péninsule de Boso, y planta chanvre et céréales, et honora Ame-no-Futodama et Ame-no-Hiritome sur les monts Ogamiyama et Megamiyama de la plage de Mera. Cette tradition d'une migration d'une partie des Inbe d'un Awa à l'autre rattache la nature divine de Futodama à une histoire de déplacement et de défrichement. Le dieu qui tient les objets rituels n'apparaît pas seulement devant l'autel : il apparaît aussi là où l'on défriche la terre, où l'on plante les matières premières, où l'on bâtit des sanctuaires. Traiter les choses avec respect, c'était aussi poser les fondations de la vie. À la lumière d'aujourd'hui, Futodama est un « dieu des coulisses », mais certainement pas un petit dieu. Préparation des cérémonies, montage des scènes, soin des objets sacrés, architecture, papier, textile, métallurgie, fabrication d'outils, transmission d'un métier familial : pour soutenir la voix et la danse qui se tiennent sur le devant, il faut l'art de réunir les objets, d'ordonner les étapes et de ne pas briser le lieu. Futodama donne à cet art un caractère sacré. Quand on prie, quand on fabrique, quand on hérite, ne pas négliger ce que l'on a entre les mains : cette éthique silencieuse est la force même de Futodama.

Gozu Tennō

Gozu Tennō

Divin

ごずてんのう

Divinité Suprême de Gion Contre les Épidémies - Gozu Tennō

Esprit Divin / DivinitéKyotoAichi

Gozu Tennō (alias Mutō-no-Kami) est une divinité propre au Japon dont la présence n'est pas avérée en Inde, en Chine ou en Corée. Plusieurs théories sur ses origines coexistent et ne sont pas confirmées sur le plan académique : 1) Une théorie bouddhiste affirme qu'il est la divinité gardienne de Jetavana (un ancien monastère indien où prêchait le Bouddha). Le nom 'Gozu' (tête de bœuf) proviendrait du mont Gośīrṣa dans le Magadha, en Inde, réputé pour son bois de santal, où un gardien nommé 'Gozu Tennō' aurait été vénéré. 2) Une théorie de la péninsule coréenne l'associe au mont Sudusan et affirme qu'il fut introduit au Japon par d'anciens immigrants coréens (en lien avec le mont Gozu où Dangun est descendu dans le mythe fondateur coréen). 3) Une théorie de syncrétisme suggère qu'il s'agit d'une ancienne divinité japonaise de l'agriculture (le bœuf étant un symbole agricole) réinterprétée à travers le bouddhisme et le taoïsme. Bien qu'aucune preuve formelle n'existe, l'influence des immigrants et son syncrétisme ultérieur avec Susanoo-no-Mikoto restent les vues dominantes à partir du Moyen Âge. Le récit central de son culte est la légende de Somin Shōrai du 'Bingo-no-kuni Fudoki' (rédigé au début du 8e siècle, ne subsistant plus que sous forme de fragments cités dans le 'Shaku Nihongi'). En route vers la mer du Sud pour épouser la fille du Roi Dragon, Mutō-no-Kami (= Gozu Tennō ; certains théorisent que 'Mutō' dérive de l'ancien dieu indien Maheśvara) demanda asile chez les frères Kotan Shōrai et Somin Shōrai dans la province de Bingo (aujourd'hui l'est d'Hiroshima). Le frère aîné, Kotan Shōrai, riche, refusa de l'accueillir, tandis que le plus jeune, Somin Shōrai, pauvre, le reçut chaleureusement avec un humble repas de millet. Des années plus tard, Mutō-no-Kami revint avec ses huit enfants divins et déclara à Somin Shōrai : 'Porte un anneau de roseau tressé (chinowa) à la taille et chante "Je suis un descendant de Somin Shōrai" pour échapper à l'épidémie', avant de partir. Le lendemain, toute la famille de Kotan Shōrai fut décimée par la peste, tandis que celle de Somin Shōrai survécut grâce au chinowa. C'est l'origine de l''Amulette des descendants de Somin Shōrai' (placée aux entrées des maisons) et du 'Chinowa-kuguri' (rituel de purification à la fin juin), pratiques encore courantes dans les sanctuaires Gion, Tennō et à Ise Jingū. Le sanctuaire Yasaka de Kyoto (anciennement sanctuaire Gion / Kanjin-in) est le centre du culte de Gozu Tennō. L'histoire du sanctuaire repose sur plusieurs théories : 1) Fondé en 656 par l'envoyé coréen Irishi, qui enchâssa Susanoo du mont Gozu (le plus plausible) ; 2) Enchâssé par Ennyo, un moine de la capitale du sud, en 876 ; 3) La cour impériale a commencé à prier à Gion lors de la grande peste de 869 (l'origine du Gion Goryō-e). Faisant partie des vingt-deux sanctuaires d'élite durant l'époque Heian, le sanctuaire Gion devint le centre religieux le plus important pour la cour impériale, la noblesse et les citoyens de Kyoto. Le Festival de Gion fut créé en 869 comme un rituel pour Gozu Tennō (= Susanoo) afin de repousser les épidémies et figure parmi les trois grands festivals du Japon (avec le Nebuta d'Aomori et l'Awa Odori). Lorsqu'une immense épidémie frappa Kyoto et le pays en 869, la cour impériale ordonna des prières au sanctuaire Gion. Ils créèrent 66 hallebardes (hoko) représentant les 66 provinces de l'époque pour rassembler les dieux de la peste, puis les bannirent au Shinsen-en (actuel Nakagyō-ku, Kyoto) — un événement connu sous le nom de 'Gion Goryō-e'. Il évolua au cours des périodes médiévales et modernes, établissant les processions de chars Yamahoko, les expositions de paravents et les veillées Yoiyama durant la période Muromachi. C'est désormais un événement estival incontournable à Kyoto, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2009, représentant l'apogée du tourisme à Kyoto. Parmi les autres centres majeurs du culte de Gozu Tennō, le sanctuaire Hiromine (Mont Hiromine, ville de Himeji, préfecture de Hyōgo ; supposément fondé par décret impérial de l'empereur Shōmu en 733, avec la participation présumée de Kibi no Makibi) revendique être le 'Sanctuaire Principal de Gozu Tennō', affirmant que le sanctuaire Gion de Kyoto a été fondé en tant que succursale de Hiromine. Cependant, en raison de longs conflits au Moyen Âge et à l'époque d'Edo sur la hiérarchie entre Gion, Hiromine, Tsushima et Yasaka, le consensus académique sur le 'véritable sanctuaire principal' n'est pas arrêté. Le sanctuaire Tsushima (ville de Tsushima, préfecture d'Aichi) sert de noyau au culte de Gozu Tennō dans la région de Tōkai, avec son festival Tennō (août), l'un des trois grands festivals fluviaux du Japon. Les innombrables sanctuaires à travers le pays portant les noms de 'Tennō', 'Yakumo', 'Gion', 'Susanoo' ou 'Hikawa' démontrent la vaste étendue de la vénération de Gozu Tennō. Avec l'ordre de séparation du shintoïsme et du bouddhisme lors de la restauration de Meiji (1868) et l'abolition du Shugendō (1872), le titre bouddhiste 'Gozu Tennō' fut interdit, et tous les sanctuaires Gozu Tennō, Tennō, Gion et Kanjin-in furent renommés de force comme sanctuaires dédiés à Susanoo-no-Mikoto. Le Gion Kanjin-in de Kyoto devint le 'Sanctuaire Yasaka', et les sanctuaires locaux furent rebaptisés Yasaka, Susanoo, Hikawa ou Gion. Toutefois, les roturiers ont conservé les appellations familières telles que 'Tennō-san' et 'Gion-san', et les coutumes populaires, telles que la traversée du chinowa, les amulettes Somin Shōrai et le Festival de Gion, ont perduré sans interruption. Lors de la pandémie moderne de COVID-19 (2020-), le Festival de Gion et les rituels du chinowa ont regagné en attention, ravivant les souvenirs de Gozu Tennō comme la divinité repoussant les épidémies. Dans le folklore et l'histoire religieuse, il est considéré comme 'la plus grande victime de la séparation du shintoïsme et du bouddhisme'.

Hachiman

Hachiman

Divin

hachiman

Le Dieu Hybride Gardien de la Nation et de la Guerre

神霊・神格Oita

Le dieu hybride unissant l'Empereur, les Samouraïs et le Bouddhisme. L'essence du dieu Hachiman réside dans sa prodigieuse « capacité de mise à jour (l'histoire de son syncrétisme) ». Parti du statut d'obscur dieu local des forgerons et des mines, il a sauvé l'État de la crise (construction du Grand Bouddha) pour devenir le protecteur du bouddhisme (Bodhisattva) ; puis il s'est lié à l'autorité impériale (les dieux ancestraux) en tant qu'esprit de l'empereur Ōjin, avant de s'imposer comme le dieu protecteur du sommet de la classe guerrière (le clan Minamoto), qui a conquis le pays par la force. Le dieu Hachiman est présent à tous les carrefours de l'évolution des structures de pouvoir japonaises (le passage du pouvoir de l'empereur et des nobles aux samouraïs, et la fusion du shintoïsme et du bouddhisme). Il est l'« ultime figure divine hybride » née de l'imbrication complexe de la vision religieuse et politique du peuple japonais. La terreur de l'intervention politique par l'oracle. Ce qui mérite d'être souligné dans le culte antique de Hachiman, c'est son intervention directe et fréquente dans la politique de l'État par le biais d'« oracles » (révélations) transmis par des chamanes (Miko). Lors du plus célèbre incident (l'incident de Dōkyō impliquant l'oracle d'Usa), face au moine Dōkyō qui complotait pour usurper le trône impérial, Hachiman délivra un oracle fracassant stipulant que « nul autre qu'un membre de la lignée impériale ne doit devenir empereur », empêchant ainsi la subversion de l'État. Il n'est pas seulement un dieu bienveillant qui observe silencieusement : face aux crises nationales, il est un dieu intensément politique et empreint d'une autorité implacable, qui intervient sur la scène historique avec une volonté farouche. La mémoire antique enfouie dans la « Himegami ». Parmi les trois divinités de Hachiman, celle qui conserve la forme de culte la plus archaïque est l'insaisissable « Himegami » (déesse). Bien qu'elle soit généralement interprétée comme étant les Trois Déesses de Munakata (protectrices de la navigation), en ethnologie, une théorie prépondérante avance qu'elle est la déification des anciennes chamanes (Miko) de la région d'Usa, ou bien qu'elle a préservé l'image de la « divinité terrienne primordiale » (déesse indigène) avant que Hachiman ne s'assimile au bouddhisme et à l'esprit impérial. Trônant discrètement dans l'ombre des gigantesques autorités postérieures que sont le Dieu de la Guerre et le Dieu Ancestral, la présence même de la Himegami est le secret qui a empêché le culte de Hachiman d'être entièrement englouti par l'État, lui permettant de conserver sa force vitale en tant que croyance populaire fondamentale.

Hoakari

Hoakari

Divin

ほあかりのみこと

Hoakari, le Dieu Enfant Féroce qui Invoque les Tempêtes

Divinités / Esprits divinsHyogo

Le Hoakari de Harima n'est pas tant un dieu de la lumière descendant du ciel qu'un dieu enfant qui donne brutalement naissance aux noms de la terre. Dans la section du district de Shikama du *Harima no Kuni Fudoki*, Hoakari est présenté comme l'enfant d'Onamuchi-no-Mikoto. Parce que sa nature était si féroce qu'elle troublait son père, Onamuchi arriva au Mont Inedate et prit la mer pendant qu'il envoyait son fils chercher de l'eau. De retour avec l'eau, Hoakari réalisa que son père l'avait laissé derrière et souleva le vent et les vagues dans sa colère. Dans cette scène d'abandon, la course paisible d'« aller chercher de l'eau » devient un stratagème cachant la rupture entre père et fils. Aller chercher de l'eau dans les montagnes, prendre la mer, et l'enfant de retour trouvant son père sur l'océan sont tous liés ensemble, et la colère de Hoakari éclate comme une puissance enjambant les montagnes et la mer. Dans les légendes toponymiques des fudoki, les émotions des dieux ne restent pas intérieures. La colère devient météo, devient vagues, devient l'événement physique de briser un navire, préparant les futurs noms de la terre. La puissance de cette scène réside dans le fait que le conflit entre parent et enfant ne s'arrête pas à une simple anecdote. La colère de Hoakari devient une tempête sur la mer, brisant le navire d'Onamuchi et arrêtant sa progression. Alors que le navire se brise et que ses marchandises chargées s'éparpillent, elles se transforment en noms des collines autour de Himeji. L'endroit où le navire tomba devint Funaoka (Colline du Navire), où les vagues se levèrent devint Namioka (Colline des Vagues), le koto devint Kotogamioka, la boîte Hako-oka, le van Mikataoka, la jarre Mikaoka, le riz Inamureoka, et le casque Kabutooka. De cette façon, un instant de la mer orageuse est fixé dans une chaîne de toponymes. La répétition du mécanisme simple selon lequel les noms naissent parce que des objets sont tombés transmet en fait la force de la mémoire ancienne de la terre. Parmi eux, Himemichio-ka, où les vers à soie sont tombés, a du poids comme le lieu se connectant aux noms Himeyama et plus loin Himeji. Himeyama, où se dresse le château de Himeji, est connu dans les époques ultérieures comme le centre des fortifications du château et de la ville politique, mais dans l'imagination du fudoki, c'est d'abord une colline portant la mémoire de vers à soie tombant d'un navire. Tandis que le Hikohoakari de Tango est présenté comme le dieu qui a propagé la sériciculture, le Hoakari de Harima donne naissance à Himemichio-ka par des vers à soie tombant d'un navire. Dans les deux traditions, la mémoire de Hoakari et des vers à soie, de la terre et du défrichement reste sous différentes formes. La chaîne des quatorze collines empêche Hoakari d'être un simple dieu des tempêtes. Le navire est brisé par sa colère, mais ses fragments et sa cargaison ne sont pas éparpillés au hasard ; ils sont placés comme noms de collines. Des articles de la vie quotidienne, des rituels, de l'équipement militaire et des animaux — koto, boîte, van, jarre, riz, casque, corde, cerf, chien et vers à soie — s'enfoncent dans la terre, devenant des symboles pour lire le paysage autour de Himeji. Plus la liste d'articles devient détaillée, plus l'histoire, tout en étant un mythe, se rapproche d'une topographie qui dirige les yeux du lecteur vers des collines et des routes réelles. Les actions de l'enfant féroce sont destruction, mais simultanément une création qui grave un sens dans la terre. Cet enfant féroce n'est pas un dieu qui accorde doucement l'ordre. À travers la colère d'être abandonné, la rébellion contre son père, et le vent et les vagues qui brisent les navires, il grave des noms dans la terre. Par conséquent, plutôt qu'un dieu de la destruction, le Hoakari de Harima est un dieu dont l'explosion émotionnelle donne naissance à la topographie et à la mémoire. Si le Hoakari de la lignée Tenson porte la lumière du ciel, on peut dire que le Hoakari de Harima est la figure de cette lumière faisant rage sur la terre et se marquant sur les collines et les toponymes.

Hotei

Hotei

Légendaire

ほてい

Incarnation de Maitreya, le Moine au rire communicatif, Hotei

Esprit divin / DivinitéTemple Yuelin du comté de Fenghua, Mingzhou (actuel district de Fenghua, Ningbo, province du Zhejiang, Chine) / Introduit via le bouddhisme zen à l'époque de Kamakura / Temples et sanctuaires du pèlerinage des Sept Divinités du Bonheur dans le Kanto et le Kinki

L'origine de Hotei est le moine zen historique Qici (décédé en 917) de la fin des Tang et des Cinq Dynasties. Le fascicule 27 du *Recueil de la transmission de la lampe de l'ère Jingde* (1004) compilé par Daoyuan des Song du Nord lui consacre une biographie indépendante, qui constitue la source fondamentale des légendes sur Hotei. Il est également mentionné dans le fascicule 21 (section des Miracles) des *Biographies des moines éminents des Song* (988) par Zanning, qui indique qu'il est originaire du comté de Fenghua à Mingzhou (aujourd'hui district de Fenghua, Ningbo, Zhejiang), bien que son nom laïc et son année de naissance restent inconnus. Décrit comme petit, doté d'un gros ventre et de rides profondes sur le front, il errait toujours dans les villes en portant un sac en toile (hotei ou grand sac à dos), restait au chaud même couché dans la neige, rangeait dans son sac la nourriture qu'il mendiait, et excellait en divination. Le troisième mois de la deuxième année de Zhenming des Liang postérieurs (916), assis sur un rocher du temple Yuelin à Fenghua, on dit qu'il décéda après avoir déclamé : « Maitreya, le vrai Maitreya, présent en des milliards de formes, se manifestant sans cesse aux gens de ce temps, mais les gens de ce temps ne le reconnaissent point. » À la suite de ce poème d'adieu, il fut vénéré comme une incarnation du bodhisattva Maitreya, et dans le bouddhisme chinois ultérieur (en particulier le zen), l'image de Hotei en tant que Maitreya s'établit fermement, donnant naissance à la coutume d'installer une statue de Maitreya assis avec un gros ventre (un Maitreya sous les traits de Hotei) aux portes principales et dans les salles des Rois Célestes des temples. En Chine, dès la dynastie Song, il fut immensément prisé comme sujet de peinture à l'encre, abondamment représenté par les moines peintres de la dynastie Yuan (comme Yintuoluo et Meng Yujian) et les peintres zen. Son arrivée au Japon fit suite à l'introduction du bouddhisme zen à la période Kamakura ; les moines ayant voyagé en Chine sous les Song et les Yuan rapportèrent des peintures zen (œuvres de Muqi et Yintuoluo), que les moines peintres japonais de la fin de l'époque Kamakura et de la période Nanboku-cho (Mokuan, Ryozen, Mokudo Shoei) imitèrent pour créer une lignée de représentations de Hotei propre au Japon. À la fin de l'époque Muromachi, lorsque les moines zen et les peintres de la culture de Higashiyama (Noami, Soami, Sesshu) organisèrent les motifs des Sept Divinités du Bonheur, ils intégrèrent Hotei aux côtés de Fukurokuju et Jurojin, déjà introduits, et les associèrent à Ebisu, Daikokuten, Bishamonten et Benzaiten, divinités déjà acclimatées, pour former les « Sept Dieux de la Fortune et de la Vertu ». Au début de l'époque d'Edo, il s'inséra profondément parmi les roturiers en tant que figure des estampes du Navire aux Trésors des Sept Divinités et des premiers rêves de l'année, apparaissant fréquemment dans les gravures de Katsushika Hokusai, Utagawa Kuniyoshi et Tsukioka Yoshitoshi. Ses traits iconographiques ── ventre proéminent, grand sac, rire éclatant ── symbolisent dans la tradition chinoise que « corpulence = large tolérance et personnalité accomplie » et « grand sac = la vertu de donner à l'infini ce qui est nécessaire, bien que ne possédant rien ». Il incarne une forme unique de « fortune du non-attachement zen », différente des divinités de longévité taoïstes (Fukurokuju, Jurojin), du panthéon martial (Bishamonten) et des dieux locaux (Ebisu, Daikokuten). Lors des divers pèlerinages des Sept Divinités de la région d'Edo/Tokyo (Yanaka, Asakusa, Nihonbashi, fleuve Sumida), les étapes sont souvent des temples zen, Obaku ou Soto, suscitant une grande ferveur de la part du peuple priant pour les enfants, la réussite commerciale, l'harmonie du couple et la venue du bonheur par le rire. Par ailleurs, le temple Yuelin existe toujours dans le district de Fenghua et est honoré en tant que « Cour Ancestrale de Maitreya », lieu de naissance et de trépas de Hotei.

Ichimokuren

Ichimokuren

Épique

i-tchi-mo-kou-rèn

Ichimokuren, le vent divin du mont Tado

Divinités et esprits divinsMieAichi

Dieu du vent vénéré au sanctuaire Ichimokuren du mont Tado, qui soulève des tempêtes soudaines sur Ise, Owari, Mino et Hida. Le Wakan sansai zue rapporte que ce vent déracine les arbres, renverse les rochers et démolit les maisons, mais ne passe que sur un seul chemin sans rien toucher d’autre. La divinité du sanctuaire, Ame-no-Mahitotsu, est un dieu forgeron qui fabriqua lames, haches et clochettes de fer ; à Tado, il règne sur le temps avec son père et reçoit les prières pour la pluie et contre les naufrages dans la baie d’Ise. Parce que le dieu sortirait de son sanctuaire pour se déchaîner, le pavillon n’a pas de portes.

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