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Préfecture de Shiga Des apparitions entre le lac Biwa et le mont Hiei. Encyclopédie des yōkai de la préfecture de Shiga

Le grand mille-pattes de Seta, le rat de fer de Miidera, le général Tamura de Kōka. Les mystères de la province d'Ōmi où l'eau et la montagne se croisent

Des apparitions entre le lac Biwa et le mont Hiei.
Encyclopédie des yōkai de la préfecture de Shiga

Préfecture de Shiga · しが

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Les yōkai de la préfecture de Shiga demeurent insaisissables si l'on ne place pas le lac au cœur de leur lecture. Au centre de la préfecture s'étend le lac Biwa, un immense lac ancien couvrant 670 kilomètres carrés. Cent dix-huit rivières de première catégorie s'y déversent, tandis qu'une seule, la rivière Seta, s'en échappe ── cet immense réceptacle aquatique, jadis appelé « la mer d'Ōmi », recueille depuis plus d'un millénaire les mémoires de la pêche et de la navigation, de la pluie et de la brume, de la prière et de la guerre[1]. Les mystères de Shiga ont pris racine sur les montagnes et les temples qui entourent ce lac, ainsi que sur les routes menant à la capitale.

Ce qui rend les phénomènes surnaturels de la contrée du lac si fascinants, c'est l'absence de frontière nette entre les « yōkai des rives » et les « yōkai des montagnes et des temples ». Sur le pont de Seta, un grand serpent roi dragon arrête un général ; sur le mont Mikami, un mille-pattes géant fixe le lac du regard. Sur le mont Hiei et au sanctuaire Hiyoshi Taisha, des singes gardent la porte démoniaque (kimon) de la capitale, tandis qu'à Miidera, un moine rongé par le ressentiment se métamorphose en rat. Un grand Tengu a élu domicile dans les montagnes de Hira, un général terrasse un démon dans le village de Kōka, et Saburō parcourt les profondeurs de la terre pour se transformer en serpent. Enfin, à Shigaraki, les descendants des tanuki métamorphes sont devenus le symbole de cette ville de poterie. Shiga n'est pas une simple périphérie de Kyoto. C'est le lieu où les divinités, les chroniques guerrières, les histoires de fantômes et l'artisanat populaire de la capitale se transforment au contact du lac et des montagnes. En partant du pont de Seta, au sud du lac, suivons le sens des aiguilles d'une montre pour partir à la rencontre des mystères d'Ōmi.

Le pont de Seta et le lac Biwa ── Le dragon et le mille-pattes de la capitale de l'eau

Du pont de Seta au mont Mikami. L'extermination du mille-pattes par Tawara Tōda transforme la topographie même d'Ōmi ── le pont, le lac et la montagne ── en un gigantesque théâtre du surnaturel.
Du pont de Seta au mont Mikami. L'extermination du mille-pattes par Tawara Tōda transforme la topographie même d'Ōmi ── le pont, le lac et la montagne ── en un gigantesque théâtre du surnaturel.

Si l'on ne devait citer qu'un seul yōkai de Shiga, il serait impossible d'ignorer le grand mille-pattes (Ōmukade) du mont Mikami. Fujiwara no Hidesato, un commandant militaire de l'époque Heian également connu sous le nom de Tawara Tōda, vit sa route bloquée par un grand serpent lové sur le pont de Seta. Cependant, lorsqu'il l'enjamba sans fléchir, le reptile se mua en une belle jeune femme ── elle n'était autre que l'avatar du roi dragon, maître de la rivière Seta et du lac Biwa.

Grand Centipède

ô-mou-ka-dé

Le Grand Centipède est un yōkai centipède géant dont la carapace repousse lames et flèches. Son corps, assez long pour enlacer des montagnes, a des pattes rougeoyantes comme le feu et des crocs venimeux capables de broyer une armure. Ennemi des grands serpents et des dragons, divinités des eaux, il apparaît dans lacs, marais et montagnes pour les affronter. Symbole de bravoure inflexible, il fut perçu comme un bon présage par guerriers et marchands, mais ses formes varient selon les régions et ses détails restent incertains.

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Le roi dragon était tourmenté par un grand mille-pattes qui dévorait son clan, s'enroulant sept fois et demie autour du mont Mikami, appelé aussi le mont Fuji d'Ōmi. Hidesato accepta la requête du roi dragon ; après que ses deux premières flèches eurent été repoussées, il humecta la troisième de salive et la décocha. Fort de la protection divine, ce trait transperça le mille-pattes entre les deux yeux. En guise de remerciement, Hidesato fut convié au palais du dragon, où il reçut des ballots de riz inépuisables, des rouleaux de soie et une cloche de bronze qu'il offrit par la suite au temple Miidera (Onjō-ji) ── ce récit héroïque est également intégré au quinzième rouleau du *Taiheiki*[3]. Sous l'angle d'une légende de yōkai, la gloire humaine n'est pas la seule force motrice de l'histoire. C'est la topographie même d'Ōmi ── le dragon sous le pont, la flèche survolant le lac et le mille-pattes gisant sur la montagne ── qui donne vie au récit.

La légende raconte que le ballot de riz offert par le roi dragon ne se vidait jamais, ce qui aurait d'ailleurs valu à Hidesato le surnom de « Tawara Tōda » (Tōda au ballot). La cloche de bronze dédiée à Miidera possède elle aussi sa propre suite. Plus tard, lors des conflits entre l'ordre de Sanmon (mont Hiei) et celui de Jimon (Miidera), le célèbre moine guerrier Benkei la déroba et la traîna de force jusqu'au mont Hiei. Mais lorsqu'il la frappa, elle sonna en gémissant « inō, inō » (ce qui signifie « je veux rentrer » dans l'ancien dialecte). Fou de rage, Benkei la précipita au fond du ravin ── constellée de cicatrices, elle demeure aujourd'hui encore à Miidera sous le nom de « la cloche traînée par Benkei ». Le présent reçu pour avoir abattu le mille-pattes se lie ainsi aux mémoires des luttes intestines entre temples.

À l'extrémité est du pont de Seta repose Takebe Taisha, le sanctuaire principal (Ichinomiya) de la province d'Ōmi. On y vénère Yamato Takeru ── le plus grand dieu héros de l'Antiquité, qui pacifia les dieux furieux de tout le pays. Pourtant, même lui périt face au dieu du mont Ibuki. Selon le *Kojiki*, Yamato Takeru gravit la montagne avec l'intention de vaincre ce dieu à mains nues. Sur son chemin, il rencontra un immense sanglier blanc (un grand serpent dans le *Nihon Shoki*) et, le prenant de haut, déclara : « Ce n'est qu'un messager du dieu, je le tuerai au retour. » Le dieu courroucé déclencha alors une violente pluie de glace qui fit perdre la raison au héros. Redescendu de la montagne, ce dernier tomba malade et finit par rendre son dernier souffle à Nobono, dans la province d'Ise[4]. On raconte que le héros égaré par la pluie glaciale s'arrêta pour tenter de reprendre ses esprits à la source « Isame no Shimizu » à Samegai (l'actuelle ville de Maibara), au pied sud du mont Ibuki. L'eau claire de la source y coule encore le long de la route, ancrant fermement le récit tragique de la fin de Yamato Takeru dans les terres d'Ōmi. Dominant le lac Biwa, le mont Ibuki se dressait au nord-est d'Ōmi, perçu comme la demeure d'un dieu furieux (aragami) capable de tuer un héros de sa trempe.

Le lac lui-même donne naissance à des apparitions une fois la nuit tombée. À Hikone, on parle du Minobi (le feu de manteau de paille), un phénomène étrange qui se produit les soirs de la saison des pluies : une nuée de petites boules de feu pareilles à des lucioles vient s'accrocher aux mantes de paille des bateliers traversant le lac Biwa. Plus on tente de les chasser de la main, plus elles se multiplient, bien qu'elles ne brûlent pas ── Toriyama Sekien a d'ailleurs illustré ce phénomène dans son *Konjaku Hyakki Shūi*[5][6]. L'aptitude à transmuter en pure beauté la contradiction d'un feu brûlant sur l'eau est typique de la contrée du lac. Certains estiment qu'il s'agit des âmes en feu des noyés, tandis que le philosophe de l'ère Meiji, Inoue Enryō, y voyait l'œuvre du phosphore et des gaz s'échappant de la surface. À la croisée du surnaturel et de la science, le Minobi continue aujourd'hui encore de briller faiblement. Les profondeurs du lac abritent, elles aussi, des créatures étranges. De fait, la plus ancienne mention de sirène au Japon provient d'Ōmi ── le *Nihon Shoki* rapporte qu'à la vingt-septième année du règne de l'impératrice Suiko (619), une chose « dont la forme rappelait celle d'un être humain » apparut dans la rivière Gamōgawa, dans la province d'Ōmi. La croyance populaire selon laquelle un poisson-chat géant (Ōnamazu) gisant au fond du lac provoque des tremblements de terre a également été tissée autour de cet immense réceptacle d'eau ── bien que la superstition attribuant les séismes aux soubresauts d'un silure souterrain soit répandue, l'ombre colossale du poisson devait frapper les esprits avec une intensité toute particulière à Ōmi, qui abrite le plus grand lac du pays.

Flottant au nord du lac, l'île de Chikubu est le domaine du dieu dragon et de Benzaiten. La Benzaiten du temple Hōgon-ji, que le moine Gyōki aurait fondé sur ordre de l'empereur Shōmu, compte parmi les trois plus grandes Benzaiten du Japon, au même titre que celles d'Enoshima et de Miyajima, tandis que le sanctuaire adjacent de Tsukubusuma vénère le dieu dragon de l'île. Le dragon maître des eaux côtoie la déesse dispensatrice de fortune et de talents artistiques ── cette petite île émergeant du lac concentre toute la sacralité aquatique d'Ōmi. Accessible uniquement par bateau depuis l'Antiquité, cette île est le trentième lieu saint du pèlerinage des trente-trois temples du Kansai. Se dressant majestueusement au milieu des flots, ce sanctuaire naturel suscitait la crainte révérencielle de ceux qui croyaient y voir le repaire d'un dragon, attirant les prières des foules implorant la pluie.

Le mont Hiei et Miidera ── La politique religieuse engendre des esprits vengeurs

L'esprit vengeur de Raigō, le rat de fer (Tesso), s'abattant sur le mont Hiei depuis les bâtiments de Miidera. L'histoire des esprits vengeurs relatée dans le *Heike Monogatari* illustre la manière dont de réelles rivalités monastiques se muèrent en légendes de yōkai.
L'esprit vengeur de Raigō, le rat de fer (Tesso), s'abattant sur le mont Hiei depuis les bâtiments de Miidera. L'histoire des esprits vengeurs relatée dans le *Heike Monogatari* illustre la manière dont de réelles rivalités monastiques se muèrent en légendes de yōkai.

L'autre cœur battant d'Ōmi réside dans l'histoire religieuse gravitant autour du mont Hiei et de Miidera. Le temple Miidera (Onjō-ji) à Ōtsu, siège principal de la secte Tendai Jimon, est célèbre comme le « temple phénix » pour avoir été maintes fois incendié au cours des guerres, puis reconstruit. Lorsque l'histoire des esprits vengeurs du moine Raigō se superpose à celle du sanctuaire, les chroniques religieuses se teintent soudain de l'aura fiévreuse des yōkai.

Tessō, le Rat de fer

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Le Tessō est un yōkai né de l’esprit vengeur du moine Raigō de Miidera (Onjō‑ji), qui se serait transformé en un gigantesque rat dévorant rouleaux bouddhiques et statues. Son histoire s’inscrit dans le conflit entre Enryaku‑ji et Miidera. Le nom « Tessō » vient de Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien ; les traditions anciennes parlent de « Rat de Raigō » ou « Rat de Miidera ». Ce récit mêle légende d’onryō et peurs populaires liées aux ravages des rats, et a laissé des rites apaisants dans les sanctuaires et temples autour du mont Hiei et d’Ōtsu.

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Raigō était un éminent moine de Miidera qui avait prié avec succès pour la naissance d'un prince à la demande de l'empereur Shirakawa. En récompense, il demanda l'établissement d'une estrade d'ordination (kaidan) à Miidera, mais face à la farouche opposition du temple Enryaku-ji du mont Hiei, sa requête fut rejetée. On dit qu'il en mourut de rage ── le *Heike Monogatari* raconte que Raigō, devenu un esprit vengeur sous le poids de sa rancœur, maudit à mort le jeune prince fraîchement né. Ce récit s'ancre dans le conflit persistant entre l'ordre de Sanmon (Enryaku-ji) fondé par Ennin et l'ordre de Jimon (Miidera) fondé par Enchin, deux branches de la secte Tendai qui s'affrontèrent longtemps pour le contrôle de l'ordination. La légende de l'esprit de Raigō est le fruit de cette rivalité viscérale. Dans les récits ultérieurs, cette rancune se mua en une armée de quatre-vingt-quatre mille rats aux crocs de fer qui déferlèrent sur le mont Hiei pour ravager soutras et statues bouddhiques. Les illustrations de yōkai de l'époque d'Edo immortalisèrent cette incarnation sous le nom de Tesso (le rat de fer), et Miidera abrite encore aujourd'hui le sanctuaire Jūhachi Myōjin-sha dédié aux esprits de ces rats, tourné d'un air défiant en direction du mont Hiei[9]. L'idée qu'un esprit courroucé prenne l'apparence de rongeurs trouve ses racines dans le souvenir de ces querelles inter-cléricales si féroces.

Le mont Hiei était la montagne protégeant la porte démoniaque (kimon), située au nord-est de la capitale de Heian. Son divin messager protecteur n'est autre que le dieu singe, le Masaru, du sanctuaire Hiyoshi Taisha. Le terme « Masaru » évoque des homophones signifiant « le mal qui s'en va » (ma ga saru) ou « l'emporter, vaincre » (masaru) ; il a donc été vénéré comme un talisman et un messager de victoire[10]. Le culte de Sannō, dont Hiyoshi Taisha est le sanctuaire principal, s'est répandu dans tout le pays, faisant du singe le héraut des sanctuaires Hiyoshi et Hie à travers le Japon ── c'est ainsi que cette montagne protégeant le nord-est de la capitale confia à un animal aussi familier que le singe la lourde tâche de repousser les démons. S'il existe un dieu singe veillant sur la montagne et la cité, la même montagne de Hiei abrite également des Tengu. Puissance mystique, vol, arrogance et défense de la loi bouddhique ── les cimes dédiées à l'ascèse étaient aussi un lieu où s'entrechoquaient le divin et le diabolique.

L'illustration la plus frappante de cette frontière entre le sacré et le démoniaque est Myōtara-ten du pavillon Jōgyō-dō au mont Hiei ── c'est-à-dire le dieu secret de la porte de derrière (ushirodo), Matara-jin. La légende veut que le grand maître Jikaku (Ennin), de retour de Chine sous la dynastie Tang, ait reçu lors de sa traversée l'oracle suivant : « Sans mon culte, point de salut à trépas. » Il décida alors de l'introduire au Japon[11]. Divinité protégeant ceux qui récitent le nom du Bouddha à l'heure de la mort, il est simultanément un dieu d'entrave (shōgeshin), susceptible de semer des obstacles au moment ultime, présentant ainsi une double face. Vénéré en tant que divinité principale du rituel secret Genshi Kimyō-dan, et placé dans le sanctuaire de l'arrière (ushirodo) ── les ténèbres dissimulées derrière l'idole principale ── il était également considéré comme le saint patron des gens du spectacle, tels que les comédiens de sarugaku. Dieu de l'ombre s'opposant au bouddha de lumière, Matara-jin incarne l'« aspect invisible » de la foi. Quant aux lampes du pavillon Jōgyō-dō, elles sont le théâtre d'histoires entourant l'Abura-bō ── le spectre de feu d'un moine condamné à errer pour avoir volé l'huile des lampes de son vivant. Aux côtés de l'Abura-akago (le bébé de l'huile) qui vient lécher l'huile des lampions, ces récits témoignent qu'à Ōmi, la « lumière » (akari) était elle-même une source d'apparitions mystérieuses[12].

Hira,
Katsuragawa et Ibuki ── L'appel des Tengu et des démons dans les montagnes

Sur les massifs situés à l'ouest et au nord du lac plane une forte présence de Tengu et de démons. Hira-san Jirōbō, qui réside sur le mont Hira, est considéré comme le deuxième plus grand Tengu, juste après Tarōbō du mont Atago. Le texte *Hira-san Kojin Reitaku* (Oracles de l'ancien du mont Hira), rédigé en 1239 par le moine de l'époque de Kamakura Keisei, rapporte comment un grand Tengu du mont Hira ayant possédé une femme de la cour s'est engagé dans un débat théologique avec Keisei, discutant de la loi bouddhique sur plus d'une cinquantaine de points ── il est particulièrement fascinant de voir le Tengu dépeint non pas comme une simple créature mystificatrice, mais comme un être capable de débattre de religion. Lors du décompte des huit grands Tengu les plus emblématiques du Japon, Tarōbō d'Atago trône au sommet, talonné par Jirōbō de Hira. Les cimes escarpées de Hira surplombant le lac Biwa étaient jugées d'une dignité suffisante pour abriter un Tengu d'une telle envergure.

L'Itsumade, dont l'existence est également liée au mont Hira, est à l'origine l'oiseau mystérieux du douzième rouleau du *Taiheiki*. Au cours de la première année de l'ère Kenmu (1334), alors qu'une épidémie ravageait la capitale Heian, un oiseau colossal se mit à planer chaque nuit au-dessus du pavillon Shishin-den, criant sans cesse « Itsumade, itsumade » (Jusqu'à quand, jusqu'à quand). Il fut finalement abattu d'une flèche sifflante par le célèbre archer Oki Jirōzaemon Hiroari[3]. C'est le peintre de l'époque d'Edo Toriyama Sekien qui baptisa « Itsumade » ce rapace monstrueux pourvu d'un visage humain, de dents en scie, d'un corps de serpent et de serres acérées comme des épées. L'anxiété d'un monde incapable de faire le deuil de ses morts a fini par s'incarner dans le cri lancinant de cet oiseau posant une question sans fin.

Dans la vallée de Katsuragawa, la cascade abrite l'incarnation de Fudō Myōō. Le moine Sōō, fondateur du pèlerinage des pics du mont Hiei (Kaihōgyō), eut une vision de Fudō Myōō au fond du bassin de la troisième chute d'eau de Katsuragawa, au terme de rudes ascèses. Transporté de joie, il se jeta dans l'eau bouillonnante pour enlacer le corps de la divinité, mais il ne serrait qu'un vieux tronc d'arbre de judée. Sōō sculpta une statue de Fudō Myōō dans ce bois sacré et fonda le temple Katsuragawa Sokushō Myōō-in. Takireiō est la manifestation de Fudō Myōō apparaissant dans cette cascade, et aujourd'hui encore, au mois de juillet de chaque année, se déroule la cérémonie du « taiko-mawashi » (rotation des tambours) en souvenir de la légende du saut de Sōō. Sōō est l'ascète qui initia le Kaihōgyō, une marche rituelle de prière à travers les cimes du mont Hiei, faisant de Katsuragawa le sanctuaire fondamental de ses austérités. Contempler l'Immuable dans les chutes d'eau et s'y jeter à corps perdu ── la sensibilité du Shugendō, qui décèle le Bouddha dans la nature elle-même, se trouve tout entière condensée dans le nom de Takireiō.

Dans la partie nord-est de la préfecture, le mont Ibuki abrite une variante de la légende de Shuten-dōji. Bien que Shuten-dōji soit mondialement célèbre comme le démon du mont Ōe dans la province de Tanba, certains récits s'inscrivant dans la lignée des Otogizōshi situent son lieu de naissance au mont Ibuki dans la province d'Ōmi[14]. On dit que cet enfant sauvage, né de l'union du grand dieu Ibuki et d'une mortelle, devint par la suite le terrible ogre semant la terreur dans la capitale ── ce n'est sans doute pas un hasard si la montagne du dieu furieux qui avait terrassé le héros Yamato Takeru fut également perçue comme un berceau de démons. Dans ces histoires alternatives, « Ibuki-dōji », l'enfant né du dieu Ibuki et de la fille d'un notable fortuné, devient plus tard le fameux Shuten-dōji. L'histoire raconte que cet enfant, né avec toutes ses dents et une forte inclination pour l'alcool, fut chassé de la montagne et finit par se muer en un démon menaçant la capitale ── l'idée d'une créature portant le sang d'un dieu courroucé sied à merveille au cadre du mont Ibuki à Ōmi.

Kōka ── Le général chassant les démons et Saburō explorant les entrailles de la terre

Le col de Suzuka, frontière entre Ōmi et Ise. Dans l'Otogizōshi *Le Conte de Suzuka* (*Tamura no Sōshi*), Sakanoue no Tamuramaro et Suzuka Gozen terrassent des démons tels qu'Ōtakemaru. Les points de passage frontaliers ardus étaient souvent transformés dans la fiction en repaires diaboliques grouillant de démons.
Le col de Suzuka, frontière entre Ōmi et Ise. Dans l'Otogizōshi *Le Conte de Suzuka* (*Tamura no Sōshi*), Sakanoue no Tamuramaro et Suzuka Gozen terrassent des démons tels qu'Ōtakemaru. Les points de passage frontaliers ardus étaient souvent transformés dans la fiction en repaires diaboliques grouillant de démons.

À Kōka, au sud-est d'Ōmi, près du col de Suzuka qui ouvre la voie vers Ise, s'est enracinée l'épopée d'un héros terrassant les démons. La figure centrale de ces légendes est Sakanoue no Tamuramaro, vénéré au sanctuaire Tamura à Tsuchiyama dans la ville de Kōka.

Tamuramaro est un personnage historique, un grand général vainqueur des barbares (Sei-i Taishōgun) célèbre pour avoir soumis la région du Tōhoku, mais dans les récits contés du Moyen Âge, il s'éloigne de la réalité pour devenir le général Tamura, un implacable destructeur de démons. Les annales du sanctuaire racontent que Tamuramaro, sur ordre de l'empereur Saga, parvint à éliminer les démons maléfiques qui infestaient le col de Suzuka, à la lisière entre Ōmi et Ise. Après ce haut fait, il aurait décoché les flèches qui lui restaient et juré : « Par la vertu de ces flèches, je protégerai le peuple contre les fléaux », inaugurant ainsi la croyance populaire qui fait du sanctuaire Tamura un haut lieu de protection contre le mauvais sort[15]. Dans l'Otogizōshi *Le Conte de Suzuka* (*Tamura no Sōshi*), il s'allie avec Suzuka Gozen, considérée tour à tour comme une femme bandit du col de Suzuka ou comme une divinité céleste, et manipule trois épées sacrées pour anéantir Ōtakemaru et ses sbires ── c'est ainsi qu'un col frontalier périlleux devint le théâtre fantastique d'un récit d'extermination de démons. Les trois épées magiques de Suzuka Gozen, Daitsūren, Shōtsūren et Kenmyōren, comptaient parmi les merveilles de ce récit. S'appuyant sur la légende de Tamuramaro repoussant la calamité avec le reliquat de ses flèches, le sanctuaire Tamura attire de nos jours une foule nombreuse au mois de février à l'occasion de son « grand festival d'exorcisme ». L'épopée de l'extermination des démons de Suzuka est transmise depuis plus de mille ans en tant que croyance vivante, repoussant les infortunes du monde.

Le pays de Kōka a également engendré un héros d'une tout autre envergure, Kōga Saburō. Selon l'« Origine de Suwa » issue du recueil médiéval *Shintōshū*, Saburō, le troisième fils d'un seigneur de Kōka, s'aventura dans une grotte (hitoana) du mont Tateshina dans la province de Shinano, dans le but de secourir sa femme, la princesse Kasuga, enlevée par un Tengu du mont Ibuki. Cependant, son frère aîné trancha la corde qui devait le ramener à la surface, le piégeant dans les abysses. Le récit évoque l'existence de pas moins de soixante-douze royaumes souterrains ; Saburō contracta un mariage avec la princesse de l'un d'eux, le pays d'Ikan, mais garda toujours la nostalgie de la surface. Se nourrissant de galettes de riz farcies au foie de cerf frais, il entreprit le long voyage du retour, et lorsqu'il parvint enfin à revoir la lumière du jour ── son corps s'était déjà métamorphosé en un serpent (ou un dragon). Le récit stipule que Saburō, recouvrant un jour sa forme humaine, devint par la suite la divinité de Suwa[16]. L'odyssée d'un guerrier à travers le monde souterrain, passant par l'état ophidien avant de s'élever au rang divin ── voilà à quel point la terre de Kōka fut le point de départ d'une réincarnation aussi spectaculaire.

Les chemins nocturnes de Kōka étaient parsemés d'apparitions bien plus ancrées dans le folklore local. Le *Shokoku Rijindan*, rédigé à l'époque d'Edo, consigne qu'aux alentours de l'ère Kanbun (1661-1673), dans le district de Kōka en province d'Ōmi, une voiture amputée d'une roue enflammée (Katawa-guruma), transportant à son bord une femme, surgissait chaque nuit. Une habitante qui l'espionna se vit ravir son enfant ; elle rédigea alors un poème (waka) implorant pardon : « Si un châtiment doit s'abattre, que ce soit sur moi, pour le petit chariot… » et l'afficha sur sa porte. La nuit suivante, le véhicule réapparut et s'écria : « Quelle femme d'une grande bonté ! », avant de lui restituer l'enfant et de s'évaporer dans la brume[17]. Qu'un monstre terrifiant puisse être apaisé par la magie d'un seul poème ── cela illustre à merveille l'âme des habitants d'Ōmi, si profondément persuadés du pouvoir enchanteur des mots.

Divinités et yōkai réunis sur une même carte ── La profondeur des contrées du lac

Lorsqu'on dresse la carte des yōkai d'Ōmi, une chose finit par s'imposer à l'esprit. Dans cette contrée, les dieux, les bouddhas, les esprits vengeurs et les yōkai ne sont jamais rigoureusement dissociés. Le guerrier qui triompha du grand mille-pattes, le roi dragon de la rivière Seta, le dieu singe de Hiyoshi, le rat de fer de Miidera, la déesse Benzaiten de l'île de Chikubu, ou encore Takireiō de la cascade de Katsuragawa : tous coexistent sur la même carte de cette terre. Sur l'île trône Benzaiten, empreinte de la spiritualité des eaux ; dans la cascade de la montagne se manifeste Fudō Myōō ; au sommet du col surgissent des démons terrassés par le général. Les montagnes et le lac, sources d'une aura surnaturelle, sont tout naturellement le refuge de ces phénomènes. Ainsi, à Ōmi, ce que l'on vénère et ce que l'on craint se rejoignent au sein d'une seule et même continuité. Vénérer un dieu ou redouter une créature maléfique constituaient invariablement, pour la contrée du lac, les deux versants d'une même pièce.

Cette impression de frontière poreuse résonne toujours dans la ville contemporaine de Shigaraki. La statuette de tanuki en céramique de Shigaraki n'est pas le fidèle reflet du monstre métamorphe des temps anciens, mais une création issue de l'époque moderne servant de porte-bonheur pour attirer la prospérité des affaires. En 1951, lors de sa visite à Shigaraki, l'empereur Shōwa composa un poème inspiré par ces tanuki de céramique alignés au bord du chemin, les rendant soudainement célèbres à travers tout le pays. C'est ainsi que s'est popularisée la forme dite du « Hassō Engi » (Les huit présages favorables), représentant un tanuki paré d'un chapeau conique en paille et muni d'une gourde de saké et d'un carnet de comptes[18]. Le chapeau prévient des accidents inattendus, ses grands yeux incitent à la prudence, la gourde symbolise la probité, tandis que son carnet incarne la confiance ── de la sorte, chacune des statuettes de tanuki cristallise les règles fondamentales du commerce, métabolisées en huit talismans porte-bonheur.

Statuette en céramique de tanuki trônant au détour d'une ruelle de Shigaraki. Affichant fièrement les Huit Présages Favorables, le tanuki en poterie de Shigaraki incarne une figure attachante qui prolonge l'héritage du tanuki, jadis célèbre pour mystifier les mortels, tout en l'adaptant pour en faire à la fois un porte-bonheur moderne et l'emblème de l'artisanat local.
Statuette en céramique de tanuki trônant au détour d'une ruelle de Shigaraki. Affichant fièrement les Huit Présages Favorables, le tanuki en poterie de Shigaraki incarne une figure attachante qui prolonge l'héritage du tanuki, jadis célèbre pour mystifier les mortels, tout en l'adaptant pour en faire à la fois un porte-bonheur moderne et l'emblème de l'artisanat local.

Le tanuki, autrefois passé maître dans l'art de tromper les mortels, s'érige aujourd'hui à la devanture des échoppes en porteur de bonne fortune ── cette effrayante apparition a fini par s'intégrer, adulée et célébrée, dans le quotidien des habitants. Si vous arpentez le pont de Seta, l'ombre du grand mille-pattes et du roi dragon se dessinera devant vous ; si vous explorez Miidera, vous sentirez l'histoire venimeuse de la rancœur de Raigō et de son rat de fer ; depuis Sakamoto jusqu'au sanctuaire Hiyoshi Taisha, ce sont le dieu singe et sa garde contre les esprits malins qui croiseront votre regard. Sous l'ombre des crêtes du mont Hira veille un grand Tengu, un soir de pluie sur le lac Biwa scintillera le Minobi, et dans le col de Kōka gisent les mémoires du général qui affronta les démons et de Saburō, promu au rang de dieu après avoir voyagé dans les entrailles de la terre. Les yōkai de la préfecture de Shiga offrent une seconde carte permettant de décrypter les contrées du lac, une carte où dieux et apparitions ne sont que les mêmes enfants de l'eau et de la montagne.

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Tous les yokai de Préfecture de Shiga23

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Lieux légendaires de cette préfecture

Lieux précis de Préfecture de Shiga — montagnes, sanctuaires, gouffres — où les yokai sont contés.

  • Sakanoue no Tamuramaro

    Sakanoue no Tamuramaro

    Divin

    さかのうえのたむらまろ

    Dieu de la guerre pacifiant les démons, Tamura Daimyōjin

    Esprit divin / DivinitéProvince de Yamashiro / Kiyomizu-dera (actuel arrondissement de Higashiyama, Kyoto) / Mont Suzuka / Col de Suzuka (actuelle frontière entre la ville de Kameyama, préfecture de Mie et la ville de Koka, préfecture de Shiga) / Isawa dans la province de Mutsu / Environs du château de Taga

    Cette version de Sakanoue no Tamuramaro ne le traite pas comme l'officier militaire historique, mais comme le Tamura Daimyōjin divinisé par les générations suivantes. Il est décrit comme un guerrier recevant la protection de Kannon au Kiyomizu-dera, comme la moitié d'un couple divin avec Suzuka Gozen au col de Suzuka, et comme le général Tamura pacifiant Akuro-ō et Ōtakemaru dans le Tōhoku. Un seul nom est passé des légendes des temples de Kyoto au culte du col de Suzuka, jusqu'aux origines des sanctuaires du Tōhoku, acquérant un visage différent dans chaque région. Le pouvoir de Tamuramaro ne réside pas dans l'épée qui pourfend les démons en soi. La Kannon de Kiyomizu, Bishamonten, Suzuka Gozen, l'épée sacrée et les divinités du col soutiennent son récit, transformant sa puissance martiale en une « protection reconnue par les dieux et les bouddhas ». Par conséquent, dans les récits de Tamura, plus que les scènes où il abat l'ennemi, ce qui importe est de savoir quelles divinités se sont ralliées à lui, dans quelles terres il a été vénéré, et vers quels tumulus ou temples sa mémoire a été transférée. Sakanoue no Tamuramaro est un héros qui terrasse les yōkai, mais c'est aussi un axe qui permet de transmettre les récits de yōkai aux générations futures.

  • 瀬織津姫

    瀬織津姫

    Divin

    せおりつひめ

    速川の瀬に立つ祓戸の水神・瀬織津姫

    神霊・神格大祓詞の速川の瀬/佐久奈度神社 (現·滋賀県大津市、祓戸信仰)

    La clé pour lire Seoritsuhime réside dans le fait de placer la purification non pas sur le « rendre blanc » mais sur le « faire bouger ». Les péchés et les impuretés de l'Oharai-no-Kotoba ne sont pas des choses sur lesquelles il suffit de réfléchir mentalement. Ils sont transférés sur des objets de purification, nommés par l'incantation, et remis à l'eau qui tombe des montagnes. Seoritsuhime est leur première porteuse. L'endroit où elle réside n'est pas une surface de lac calme, mais les rapides d'une rivière tumultueuse. Dans les endroits où l'eau se presse, où les courants tourbillonnent, où les appuis deviennent instables, les péchés sont séparés du domaine humain. Le travail de cette divinité diffère d'un doux réconfort. Seoritsuhime n'enveloppe pas ni ne préserve les impuretés. Elle reçoit ce qui a été purifié et le transporte directement vers le grand océan. Il y a ici une ancienne sagesse selon laquelle, plutôt que d'analyser continuellement le péché, il faut changer son emplacement à un certain moment. Une communauté humaine se briserait si elle ne faisait qu'accumuler les péchés et les impuretés à l'intérieur. Ainsi, la purification révèle les péchés par les mots, les place sur des objets, et les renvoie au cycle naturel. Seoritsuhime est la divinité de cette commutation, le pouvoir même qui ramène les choses stagnantes dans le courant. L'observation de la chaîne des quatre divinités Haraedo rend le rôle de Seoritsuhime encore plus clair. Lorsqu'elle les transporte de la rivière à la mer, Hayaakitsuhime les avale dans le tourbillon de la marée, Ibukidonushi les souffle de son haleine vers le Pays des Racines et le Pays du Fond, et Hayasasurahime finit par les faire disparaître. En d'autres termes, Seoritsuhime n'est pas l'achèvement de l'éradication, mais l'initiation du transfert vers l'éradication. La divinité qui s'occupe de la première étape est souvent la plus proche des humains. Au moment où une personne lâche un péché ou une impureté, il n'a pas encore disparu. Cependant, il n'est plus entre les mains de son propriétaire. Seoritsuhime se tient dans ce temps suspendu. Le charme de Seoritsuhime en tant que déesse de l'eau naît également de cela. L'eau est précieuse non pas parce qu'elle est pure, mais parce qu'elle purifie en coulant. Elle ne rejette pas la turbidité ; elle la transporte. Il est naturel que les croyances attirées par les cascades et les rapides se tournent vers Seoritsuhime. L'eau qui tombe traverse continuellement les frontières : de haut en bas, de la montagne à la rivière, de la rivière à la mer. La déesse qui s'y tient n'est pas la gardienne d'un sanctuaire fixe, mais une divinité qui facilite le passage à travers les frontières. Sa pureté n'est pas une innocence figée, mais un ordre maintenu par l'écoulement. D'un autre côté, il faut garder ses distances avec la tentation de parler de Seoritsuhime comme du « corps véritable caché » d'Amaterasu Omikami. Dans l'explication officielle de l'Ise Jingu, l'Aramatsuri-no-Miya est le premier sanctuaire auxiliare du Naiku, vénérant l'Aramitama d'Amaterasu Omikami, et l'Aramitama est expliqué comme une manifestation particulièrement remarquable du pouvoir divin. Le nom de Seoritsuhime n'y est pas placé. Par conséquent, les récits reliant les deux sont traités en toute sécurité comme des annotations ultérieures, des croyances populaires et une réception moderne. Il n'est pas nécessaire de nier de telles couches, mais les mélanger avec le caractère de la divinité dans les textes originaux fait ironiquement perdre les propres contours de Seoritsuhime. L'unicité de Seoritsuhime ne réside pas en tant que nom de l'ombre pour le soleil, mais dans la procédure de l'eau. Si Amaterasu Omikami est la divinité qui illumine et ordonne le monde, Seoritsuhime est la divinité qui remet les péchés et les impuretés inévitablement générés dans cet ordre à l'eau pour qu'ils circulent. Un ordre lumineux nécessite un système pour traiter les ombres. L'endroit où Seoritsuhime travaille dans l'Oharai-no-Kotoba est exactement cet emplacement. Pour maintenir un monde régi par la lumière, l'eau doit emporter la saleté. Elle n'est pas une opposante à la lumière, mais la voie d'eau garantissant que le monde de la lumière ne se brise pas. Prier cette divinité ne signifie pas faire semblant que les choses sombres en soi n'ont jamais existé. Il s'agit plutôt de leur donner un nom, de leur donner une forme et de les remettre là où elles devraient couler. Seoritsuhime ne condamne pas ceux qui portent des péchés, mais elle refuse de les laisser s'y accrocher pour toujours. Tristesse, regret, colère, la turbidité des vieilles relations. Elle porte de telles choses au bord de l'eau et crée un moment pour lâcher prise. Sa purification n'est pas l'oubli mais le transfert, non pas le pardon mais un chemin d'écoulement. Par conséquent, avant que Seoritsuhime ne soit une déesse pure, elle est une déesse du mouvement. En ce sens, l'autorité divine de Seoritsuhime se réinterprète facilement en organisation émotionnelle moderne, mais elle ne doit pas être confinée à une psychologie simpliste. La purification de l'Oharai-no-Kotoba était une parole publique destinée à reconstruire un grand ordre englobant non seulement l'intériorité de l'individu, mais la communauté, les fonctionnaires et la nation. Seoritsuhime relie cette parole à l'eau. C'est une divinité qui remet ce qui ne peut être résolu par le cœur seul à l'espace, au courant et au temps.

  • Aburahi-daimyojin

    Aburahi-daimyojin

    Divin

    あぶらひだいみょうじん

    La divinité tutélaire de Koka descendant avec une lumière enflammée sur le mont Aburahi

    Esprits divins / DivinitésMont Aburahi / Sanctuaire d'Aburahi (Actuellement Aburahi, Koka-cho, ville de Koka, préfecture de Shiga)

    Aburahi-daimyojin est une divinité propre à Koka, mêlant esprits de la nature, bouddhisme et culte des samouraïs. Ses origines résident dans l'ancien culte de la montagne dirigé vers le mont Aburahi, un sommet sacré dont le sanctuaire au sommet vénère toujours la déesse de l'eau Mitsuhanome-no-kami, préservant une couche de croyance plus ancienne. À cela se superpose la légende de la descente : « Un dieu est descendu avec une lumière semblable à de l'huile enflammée », ce qui est raconté comme l'origine du nom du sanctuaire. De plus, une histoire de l'époque de Muromachi a lié la fondation du sanctuaire au prince Shotoku (avec Nyoirin Kannon comme manifestation bouddhiste originelle, ou *honji-butsu*), et au Moyen Âge, il a évolué pour devenir le « Sosha de Koka », vénéré comme dieu de la guerre par les samouraïs de Koka. Sa mention dans les serments des *Documents de la famille Watanabe* indique qu'Aburahi-daimyojin était la divinité devant laquelle les shinobi de Koka prononçaient leurs vœux. Sa nature multidimensionnelle — englobant la lumière enflammée, une montagne sacrée, la divinité martiale et la protection du feu et de l'huile — reflète l'histoire spirituelle de Koka, une terre où se croisaient l'espionnage, les arts du feu et l'ascèse montagnarde du Shugendo.

  • Koga Saburo

    Koga Saburo

    Légendaire

    Koga Saburo

    Koga Saburo, la divinité serpent du monde souterrain

    Demi-Humain / Demi-YokaiDistrict de Koka, Province d'Omi (autour de l'actuelle ville de Koka, préfecture de Shiga) / Mont Tateshina (actuelle préfecture de Nagano) / Suwa Taisha

    La fascination de la légende de Koga Saburo ne réside pas seulement dans son épopée héroïque, mais dans la façon dont elle explique les origines de Suwa Myojin comme "le retour d'un mortel tombé sous terre". Contrairement à Takeminakata-no-Kami du Kojiki, qui se retire à Suwa en tant que figure vaincue dans le mythe de la cession du pays, Koga Saburo voyage d'Omi à Shinano, tombe dans le monde souterrain par une grotte du mont Tateshina et en revient sous forme de serpent. La divinité de Suwa ne descend pas simplement des cieux, ni n'arrive simplement de la mythologie centrale ; elle se manifeste en traversant les grottes des montagnes, les royaumes souterrains et le corps d'un serpent. Ce récit tisse magnifiquement ensemble les éléments du culte de Suwa (l'eau, les montagnes, les dragons, les serpents, la chasse et le syncrétisme du shintoïsme et du bouddhisme) en un seul conte. C'est précisément pour cela qu'il est pertinent de faire de Koga Saburo une figure distincte aux côtés de la divinité officielle consacrée, Takeminakata.

  • Shuten-dōji

    Shuten-dōji

    Légendaire

    shu-ten-dō-ji

    Shuten-dōji d’Ōeyama

    Yōkai humanoïdes et êtres hybridesMont Ōeyama, dans l’ancienne province de Tango, aujourd’hui entre Fukuchiyama, Yosano et Miyazu dans la préfecture de Kyoto.

    Figure du chef ogresque retranché à Ōeyama, menant ses démons. Il descend au village déguisé en moine ou en jeune guerrier, exploitant ivresse, désir et faiblesses humaines. En banquet, il feint l’hospitalité, mais n’est qu’un ravisseur féroce. Dans les récits de chasse, un serment sacré fut détourné contre lui et un vin empoisonné l’affaiblit. On dit que recevoir des visiteurs en habits de yamabushi scella son destin.

  • Tengu

    Tengu

    Légendaire

    Tengu

    Qu'est-ce qu'un tengu ? Un aperçu des types et de l'iconographie

    Esprits des monts et des terres sauvagesPréfectures de Kyoto, Shiga et Wakayama (les sièges des grands tengu sur les diverses montagnes sacrées)

    Cette édition ne porte pas sur un siège unique d'une montagne sacrée particulière, mais est un traité général qui démêle à fond « ce qu'est un tengu » à partir de l'histoire de son iconographie et de ses types. Les traditions individuelles de chaque siège sont laissées à la page de chaque grand tengu. La forme du tengu n'est pas uniforme. Le premier type est le tengu au long nez — visage rougeaud et nez haut, vêtu du bonnet d'ascète (tokin) et de la robe suzukake, un éventail de plumes en main et de hautes socques à une dent aux pieds. Le deuxième est le tengu-corbeau, au bec et aux ailes de corbeau, tenant une épée ou un bâton vajra. Le troisième sont les tengu inférieurs nommés tengu-feuille et tengu-copeau, tenus pour des parents faibles et nombreux. Plutôt qu'une classification fixe, ceux-ci reflètent l'ampleur de l'image du tengu à travers les époques et les régions. L'iconographie évolua avec le temps. Le tengu de l'époque de Heian fut d'abord conçu comme un oiseau pareil à un milan, et l'image du tengu-corbeau en garde le vestige. Le long nez ne devient saillant qu'à partir de la fin de Kamakura ; l'Emaki de Zegaibō dépeint une scène où un tengu qui s'était déguisé en humain voit son nez s'allonger en revenant à la forme d'oiseau. Quant à l'origine du long nez, il existe des théories qui le font dériver du masque Jidō au nez haut du gigaku et lient le tengu-corbeau au masque Karura (Garuda), et une vue qui voit le long nez comme un vestige iconographique d'un bec d'oiseau — mais aucune ne peut être dite doctrine établie. Il fut superposé au dieu Sarutahiko, décrit dans le Nihon Shoki comme ayant un nez long de sept empans, et la coutume naquit d'employer un masque de tengu pour le rôle de Sarutahiko dans les fêtes. La double nature du tengu s'enracine dans la notion bouddhique de la voie du tengu. Parce qu'il étudie la voie bouddhique il ne choit pas en enfer, et parce qu'il manie des arts hétérodoxes il ne peut non plus atteindre le paradis — un état intermédiaire, et celui qui y choit était tenu pour le moine arrogant. Le Tengu Zōshi dépeint cette notion en satire des moines des sept grands temples, pourtant Chigiri Kōsai avertit lui aussi que la simplification « seuls les moines arrogants deviennent tengu » va trop loin. Démon qu'il soit, une fois soumis il se tourne vers la protection, et l'on tenait que si un pratiquant du Shugendō récite le Sutra des Tengu, il peut convoquer les tengu des diverses provinces pour exaucer ses vœux — cette amplitude entre gardien et démon est le cœur même du tengu. La source médiévale certaine du groupement appelé « Huit Grands Tengu » se trouve dans le livret de la pièce de nô de l'époque de Muromachi Kurama Tengu. Le passage où le grand tengu appelle les tengu des provinces qu'il commande dans l'ordre géographique — « À Tsukushi, Buzenbō de Hiko-san ; dans les quatre provinces de Shikoku, Sagamibō de Shiramine ; Hōkibō d'Ōyama ; Saburō d'Iizuna… la troupe de Zenki d'Ōmine, Takama de Katsuragi » — montre que les Huit Grands Tengu étaient enracinés dans la croyance et les arts du spectacle médiévaux, non une invention d'Edo. Pourtant la composition vacille selon les sources, avec une variante qui ajoute Hōkibō d'Ishizuchi-san ; ce n'est nul registre fixe.

  • Hira-san Jirōbō

    Hira-san Jirōbō

    Légendaire

    Hira-san Jirōbō

    Le grand tengu du second siège — Hira-san Jirōbō

    Esprits des montagnes et des étendues sauvagesMont Hira, province d'Ōmi (Shiga ; rive occidentale du lac Biwa)

    La clé pour déchiffrer Hira-san Jirōbō tient au sens du rang « second siège, juste après Tarōbō », et aux sources médiévales propres au mont Hira. Dans la hiérarchie des tengu, Jirōbō est tenu pour le second après Atago-san Tarōbō. Cet ordre paraît presque commun tant dans les quarante-huit tengu du Tengu-kyō que dans le cadre des Huit Grands Tengu, et les noms mêmes de Tarōbō et Jirōbō dérivent des ordinaux « un » et « deux ». Plutôt qu'évoqué seul, Jirōbō paraît plus souvent en couple avec Tarōbō, comme les deux piliers du monde des tengu. La couche ancienne et ferme du tengu de Hira se trouve dans le Hirasan Kojin Reitaku (par Keisei, 1239). Ce dialogue, où le vieux tengu du mont Hira répond aux questions de Keisei et parle du monde des tengu et de l'au-delà, est une source primaire propre au mont Hira, montrant que Hira occupait une place ferme comme montagne sacrée des tengu à l'époque médiévale. Il convient ici de redresser une confusion fréquente. Jirōbō est souvent lié au récit du tengu chinois Chira Eiju (= Zegaibō), mais l'histoire originale dans le Konjaku Monogatarishū, livre 20 suit l'intrigue d'un tengu de Shintan vaincu par un moine du mont Hiei, et ne nomme pas le mont Hira comme siège du tengu japonais. Faire de Chira Eiju le tengu de Hira est un arrangement tardif ; la tradition propre au mont Hira lui-même doit plutôt se chercher dans le Kojin Reitaku susmentionné. Le récit de relocalisation depuis le mont Hiei s'entend de même non comme un fait historique mais comme un récit tardif relatant le changement de prééminence d'une montagne sacrée. Établi au mont Hira, le pic sacré d'Ōmi, craignant la loi bouddhique tout en éprouvant la présomption des hommes — cette coexistence de retenue et de fermeté est l'image de Jirōbō. Chigiri Kōsai, de l'étude des tengu, plaça lui aussi Jirōbō au rang venant juste après Tarōbō.

  • Benzaiten

    Benzaiten

    Légendaire

    べんざいてん

    Défaut

    Divinités et Esprits sacrésInde ancienne (Sarasvatī) / Sanctuaire Enoshima (actuelle Fujisawa, Kanagawa, fondé en 552) / Sanctuaire Itsukushima (actuelle Hatsukaichi, Hiroshima) / Temple Hōgon-ji, île de Chikubu (actuelle Nagahama, Shiga) / Sanctuaire Tenkawa Daibenzaiten-sha (village de Tenkawa, Nara)

    De Sarasvatī à Benzaiten — Deux mille ans de transformation culturelle. Si la description de base évoque les principaux sanctuaires et superstitions, cette analyse approfondie explore l'évolution culturelle de plus de deux millénaires, de la Sarasvatī de l'Inde antique à la Benzaiten du Japon contemporain. Sarasvatī est l'une des plus anciennes déesses figurant dans le Rig-Véda (vers 1500–1200 av. J.-C.), gouvernant le cours des rivières, la musique, les arts, le langage et la poésie. Adoptée par le bouddhisme, elle fut élevée au rang de divinité tutélaire dans le Sutra de la Lumière dorée et le Sutra du Lotus, puis transmise en Chine, en Corée et au Japon. Au Japon, elle a traversé plusieurs époques : (1) pendant l'Antiquité (VIIe-IXe siècles), elle était la protectrice des écritures ; (2) au Moyen Âge (Kamakura), sa fusion avec Ugajin a donné naissance à Uga-Benzaiten ; (3) à l'époque d'Edo, elle fut intégrée aux Sept Divinités du Bonheur et identifiée comme déesse de la fortune ; (4) à l'ère Meiji, avec la séparation du shintoïsme et du bouddhisme, beaucoup de ses sanctuaires l'ont remplacée par la divinité shinto Ichikishimahime ; (5) aujourd'hui, elle s'est transformée en sujet de croyances populaires, de tourisme et de pop-culture. Elle est le parfait exemple de l'évolution d'une divinité antique dont l'apparence, les attributs et le nom se sont métamorphosés sans cesse au fil de deux millénaires. Ugajin — La divinité mystérieuse au corps de serpent et à tête humaine. Ugajin, qui a fusionné avec Benzaiten à partir de l'époque de Kamakura, est une figure étrange représentée avec une tête humaine et un corps de serpent lové. Ses origines restent une énigme académique. L'étymologie de « Uga » pointerait vers Ukanomitama, le dieu des céréales des chroniques antiques (Kojiki et Nihon Shoki), mais l'origine de son iconographie serpentine divise : certains évoquent l'influence des divinités créatrices chinoises Fuxi et Nuwa, d'autres celle des Nagas (dieux serpents indiens), ou encore la fusion avec les cultes autochtones des serpents (comme aux monts Miwa et Suwa). L'hybridation entre une « déesse bouddhiste venue d'Inde » et une « divinité-serpent exclusivement japonaise aux origines obscures » pour former Uga-Benzaiten est l'exemple même de la créativité, du mysticisme et du syncrétisme de la religion médiévale japonaise. Statues à deux bras contre statues à huit bras — Les deux courants iconographiques. Il existe principalement deux courants dans la statuaire de Benzaiten. (1) Les statues à deux bras : elles la montrent en gracieuse jeune femme céleste jouant du luth (biwa). C'est la forme qui perpétue la nature musicale originelle de Sarasvatī, traditionnelle au Japon depuis l'époque de Heian. (2) Les statues à huit bras : elles la représentent en déesse martiale, armée de huit armes et objets rituels (épée, joyau, arc, flèche, hache, hallebarde, roue du Dharma, sceptre). Décrite dans la traduction chinoise du Ve-VIe siècle du Sutra de la Lumière dorée, cette figure exalte son rôle de divinité protectrice de l'État. La version à huit bras tranche avec l'image douce de la « déesse des arts » par sa bravoure guerrière. En s'alliant à la forme reptilienne d'Ugajin à Kamakura, Benzaiten est devenue une entité fabuleusement complexe unissant « grâce, puissance martiale, sorcellerie et fortune ». Folklore de la transformation en serpent — Superposition de la divinité de l'eau, de la richesse et des récoltes. La métamorphose de Benzaiten (Uga-Benzaiten) en divinité-serpent est un phénomène intimement lié aux très anciens cultes ophidiens japonais (Miwa, Suwa, Usa, Kumano). Dans le Japon antique, le serpent réunissait quatre pouvoirs : l'eau (sanctuaires de rivages et de rivières), la richesse (la mue symbolisant la multiplication infinie), l'abondance (agriculture) et la guérison (remèdes et tabous). Ainsi, lorsque Benzaiten s'est dotée d'une identité de serpent avec Ugajin, toutes les strates de cette foi antique — des oratoires au bord de l'eau aux mues gardées dans les portefeuilles en passant par les amulettes de guérison — se sont fondues dans le « culte de Benzaiten ». Même au XXIe siècle, l'eau purificatrice pour les pièces de monnaie, les serpents porte-bonheur et les superstitions de séparation amoureuse témoignent de la vitalité d'une culture où se superposent le serpent antique, la Benzaiten médiévale, la déesse de la fortune de l'époque d'Edo et le tourisme moderne. Le tabou des couples — La superstition moderne d'une déesse jalouse. Dans les principaux lieux dédiés à Benzaiten (particulièrement Enoshima et Itsukushima), une croyance populaire moderne affirme que « la belle déesse, jalouse de voir des couples la prier ensemble, les condamnera à la rupture ». C'est en fait l'écho modernisé de la nature intense de la déesse indienne (Sarasvatī étant parfois l'épouse de Brahma, capable de jalousie et de passion), de la nature du serpent au Moyen Âge japonais (symbole de jalousie et d'attachement tenace) et des tabous liés aux ascètes (comme l'interdiction faite aux femmes de gravir les montagnes sacrées). Au-delà de la simple superstition, il s'agit d'une fascinante condensation de l'histoire religieuse, psychologique et folklorique, étudiée au XXIe siècle par la sociologie du tourisme et la psychologie. Son association avec des sanctuaires dits de « rupture des liens » (Enkiri, comme Yasui Konpiragu à Kyoto) démontre comment sa nature taboue s'est intégrée aux pratiques contemporaines consistant à prier pour trancher de mauvaises relations. Les Sept Divinités du Bonheur et la culture populaire d'Edo. Devenue la seule divinité féminine du groupe des Sept Divinités du Bonheur (Ebisu, Daikoku, Bishamonten, Benzaiten, Fukurokuju, Jurojin, Hotei) formalisé à l'époque d'Edo, Benzaiten s'est imposée au cœur de la culture populaire urbaine. Les pèlerinages du Nouvel An, les images de navire aux trésors glissées sous l'oreiller, et les prières pour le succès commercial ont profondément imprégné la vie quotidienne des habitants d'Edo. Cet épisode marque un glissement historique majeur : on est passé du culte médiéval d'Uga-Benzaiten (empreint de bouddhisme ésotérique, de sorcellerie et de culture aristocratique) au culte moderne des Divinités du Bonheur (séculier, commercial et citadin). C'est une étape cruciale de cette longue épopée de deux mille ans : de déesse indienne des arts, elle est devenue divinité ésotérique japonaise, puis déesse populaire de la richesse, pour finir aujourd'hui héroïne du tourisme et de la pop-culture. La Benzaiten du XXIe siècle — Tourisme, sous-culture et rupture de liens. Au XXIe siècle, l'héritage de Benzaiten survit en tant que ressource touristique (via les Trois Grands Sanctuaires, les multiples sanctuaires Benten locaux et les circuits des Sept Divinités). Elle est également réinventée en permanence dans la pop-culture, apparaissant dans des jeux vidéo comme *Okami* et *Megami Tensei*, ou des mangas comme *Nura : Le Seigneur des Yokaï*. Elle est devenue une icône multicouche où se croisent l'aura de la déesse indienne, le pouvoir reptilien du Moyen Âge, la fortune de l'époque moderne et la jalousie du Japon contemporain. En tant que cas rarissime d'une divinité unique incarnant sans discontinuer deux millénaires d'évolution culturelle — de la Sarasvatī antique à la Benzaiten actuelle —, elle demeure un sujet d'étude incontournable en yokaiologie, en folklore, en histoire des religions et en mythologie comparée.

  • Yamato Takeru

    Yamato Takeru

    Légendaire

    Yamato Takeru

    Yamato Takeru, héros tragique et plus grand guerrier de l'ancien Japon

    Esprit divin / héros diviniséProvince de Yamato (actuelle préfecture de Nara) / Nobono (actuelle ville de Kameyama, préfecture de Mie, lieu de sa mort) / Furuichi en province de Kawachi (actuelle Habikino, préfecture d'Osaka, mausolée de Shiratori)

    Le type ancien du héros tragique. L'entrée générale a présenté le mythe de Yamato Takeru. Il faut maintenant regarder la structure du héros tragique. Yamato Takeru est une divinité héroïque rare, qui rassemble en une seule figure le héros tragique, le guerrier mort jeune, le conflit père-fils, le sacrifice amoureux et l'ascension après la mort. Son histoire commence par un fratricide; il est rejeté par son père, envoyé en campagne, sauvé par le sacrifice de son épouse, puis meurt sous la malédiction d'un dieu de montagne. Cette trajectoire rappelle, par sa structure, les héros tragiques du monde ancien, d'Héraclès à Sigurd et Arjuna. Elle donne une forme japonaise à un schéma très large: destin, souffrance et métamorphose céleste du héros. Conflit père-fils et mythe de l'exil héroïque. Yamato Takeru est repoussé par l'empereur Keiko et envoyé à plusieurs reprises dans de lointaines expéditions. En mythologie comparée, cela relève du motif du fils dangereux que l'on éloigne, que l'on éprouve et que l'on fait conquérir. Des récits où un père ou un souverain envoie ainsi une figure menaçante au loin sont souvent rapprochés de traditions autour de David, de Sigurd ou de Zheng He; ils touchent aux questions de patriarcat, de succession et de pouvoir royal. Le récit marque la cruauté du meurtre du frère, mais montre aussi la froideur du père. C'est cette double tension qui fait de Yamato Takeru non pas un héros simplement bon ou mauvais, mais une figure tragique. Se déguiser en jeune femme: la stratégie transformée en mythe. Dans l'épisode des Kumaso, Yamato Takeru se travestit en jeune femme, pénètre dans le camp ennemi et tue le chef. La scène est une mise en récit frappante de la stratégie militaire, du déguisement et de l'attaque surprise. Mais le travestissement ne relève pas seulement de la tactique. Dans les mythes et le folklore japonais anciens, le renversement, les seuils et le franchissement des limites de genre peuvent produire une force rituelle et un danger sacré. Le déguisement de Yamato Takeru peut donc se lire comme l'incarnation d'une puissance d'inversion, non comme une simple tromperie. Il forme aussi un ancêtre mythique des traditions religieuses et scéniques du travestissement dans le kagura, le noh et le kabuki. L'épée Kusanagi et les Trois Trésors sacrés. Yamato Takeru reçoit l'épée Kusanagi de Yamato-hime, échappe avec elle au feu de Yaizu, et après sa mort l'épée est enchâssée à Atsuta Jingu. Kusanagi est l'un des Trois Trésors sacrés, au coeur de la légitimité royale de l'ancien Japon. Sa transmission va de la victoire de Susanoo sur Yamata no Orochi à l'offrande faite à Amaterasu, puis à la descente céleste de Ninigi, à Yamato-hime, à Yamato Takeru et enfin à Atsuta Jingu. Cette chaîne relie le mythe, l'objet sacré et la lignée impériale. Yamato Takeru est l'une des rares figures qui emploient réellement un trésor sacré au combat; il devient ainsi le symbole de l'union entre artefact, héros et État. Le sacrifice d'Ototachibana-hime et l'origine d'Azuma. Le sacrifice marin d'Ototachibana-hime et le cri de Yamato Takeru, "Azuma haya", sont présentés comme l'origine mythique d'Azuma, les terres de l'Est et l'est du Japon. Le mythe ancien ne servait pas seulement à raconter: il donnait un sens aux noms, à la géographie, aux terres et aux coutumes locales. Ici, le sacrifice d'une femme se lie au nom de tout l'Est. Le sanctuaire Hashirimizu, à Yokosuka, continue d'honorer Ototachibana-hime, signe que l'épisode ne vit pas seulement dans les textes mais aussi dans les lieux, le culte et la mémoire locale. Le chant d'adieu et la nostalgie de l'ancien Japon. Le chant que Yamato Takeru laisse à Nobono, "Yamato wa kuni no mahoroba", a longtemps été aimé comme l'une des expressions fondatrices du pays natal, de la nostalgie et de l'amour du pays dans l'ancien Japon. Mahoroba désigne un lieu excellent, beau, idéal; le mot condense un sentiment ancien pour la terre natale et le pays lui-même. Il a marqué les traditions poétiques du Man'yoshu, du Kokinshu et du Shinkokinshu. La structure est forte: au seuil de la mort, le héros chante le pays auquel il désire revenir. Dans le Japon moderne, ce poème continue d'apparaître dans l'éducation, la littérature, la musique et les discours publics. La légende de l'oiseau blanc et les idées anciennes d'ascension et de renaissance. Après sa mort, Yamato Takeru devient un oiseau blanc, s'élève de sa tombe, traverse Kotohiki-no-hara en Yamato et Shiki en Kawachi, puis monte dans le ciel. La légende est l'un des exemples les plus représentatifs de l'idée japonaise ancienne selon laquelle le héros peut s'élever et se transformer après la mort. Dans l'ancien Japon, l'oiseau blanc pouvait être imaginé comme porteur d'âmes ou messager des dieux. L'idée d'une âme qui devient oiseau et gagne le ciel rejoint aussi certains motifs d'Asie du Nord, de Sibérie et de la péninsule coréenne autour de l'oiseau, des rites funéraires et de l'âme. L'image a ensuite résonné avec la foi de la Terre pure, les conceptions shinto de la mort, l'éthique guerrière et même la culture spirituelle entourant les unités kamikazes. Ce n'est pas seulement la fin d'une histoire héroïque, mais l'un des récits par lesquels l'ancien Japon a pensé la mort, la religion et la beauté. Yamato Takeru au XXIe siècle. Aujourd'hui encore, Yamato Takeru demeure un sujet d'histoire ancienne, de tourisme local, de culte shinto et de culture populaire. Les visites à Nobono, Kotohiki-no-hara, Atsuta Jingu, Yaizu et Hashirimizu se poursuivent. Il est sans cesse remodelé dans des oeuvres comme le jeu Okami, le film Yamato Takeru de 1994 ou des mangas tels que Demon Slayer. À travers plus de deux millénaires de mémoire culturelle, il reste le symbole du héros tragique, du guerrier mort jeune, de l'amour et du sacrifice, de l'ascension après la mort. De la valorisation politique par le shinto d'État d'avant-guerre à la relecture culturelle d'après-guerre, puis aux réécritures multiples du XXIe siècle, il montre comment une figure divine ancienne peut continuer d'entrer dans la culture moderne.

  • Itsumade

    Itsumade

    Épique

    Itsumade

    Itsumade, l'annonciateur de mort

    Animal métamorphePalais intérieur Shishinden de Heian-kyō (actuelle ville de Kyoto, préfecture de Kyoto) — L'oiseau monstrueux du Taiheiki, également lié au mont Hira

    Cette version, 'Le héraut de la mort criant Itsumade (Jusqu'à quand) / Itsumaden', va au-delà du simple oiseau monstrueux physique pour souligner son aspect d'« oiseau prophétique de mauvais augure » qui incarne l'anxiété de la société de son époque. Dans le *Taiheiki*, l'apparition de cet oiseau monstrueux coïncide avec les bouleversements politiques de la Restauration de Kenmu (1334). Le cri de l'oiseau « Itsumade (Jusqu'à quand ?) » attise superficiellement la peur de la mort due aux épidémies, mais dans un contexte littéraire et historique, il fonctionne comme une allégorie politique représentant le cri de détresse du peuple épuisé par le règne direct de l'empereur Go-Daigo : « Jusqu'à quand cette guerre et ces souffrances vont-elles durer ? ». Dans la littérature médiévale, l'apparition d'un monstre sur le toit du palais impérial (Shishinden) signifiait un avertissement céleste (châtiment divin) contre l'instabilité de l'autorité royale et le manque de vertu. De plus, la séquence de l'extermination de cet oiseau monstrueux est une forte répétition du « modèle » de l'extermination du Nue par Minamoto no Yorimasa dans *Le Dit des Heike*. La structure – une chimère non identifiée apparaissant la nuit au palais, sa soumission par un maître archer, et la récompense accordée par l'empereur – a servi de dispositif épique pour héroïser Oki Jirozaemon Hiroari en tant que « nouveau Yorimasa », décorant ainsi l'autorité du gouvernement de Kenmu qui le commandait. Cependant, alors que le Nue criait avec une voix « semblable à celle d'un bulbul », le fait que cet oiseau prononce le mot « Itsumade », qui ressemble clairement à une parole humaine, lui confère une malédiction beaucoup plus directe sur son époque. À l'époque d'Edo, lorsque Toriyama Sekien l'a dessiné dans son *Konjaku Gazu Zoku Hyakki*, il a ajouté l'image de la créature crachant des flammes terrifiantes. Le texte original du *Taiheiki* ne contient absolument aucune description de crachement de feu. On pense que c'est le résultat de la superposition de l'imagerie de phénomènes lumineux mystérieux volant dans le ciel nocturne et du « Kasha » (chariot de feu) qui transporte la rancœur des morts. L'impact visuel de ces « flammes » et de cet « oiseau monstrueux nocturne » a de manière décisive orienté son interprétation vers un esprit vengeur durant la période Showa ultérieure, décrit comme « un monstre né de la rancune émise par des cadavres abandonnés ». Dans cette version, Itsumaden n'est pas un simple rapace qui attaque les gens ; il se rapproche d'un « arbitre » qui se manifeste en utilisant l'énergie des malédictions des morts sans sépulture et les distorsions de la société. Par conséquent, son cri fonctionne comme une froide sentence de mort qui frappe directement l'esprit de celui qui l'entend bien plus qu'une attaque physique, en posant la question : « Jusqu'à quand ton destin (ou tes péchés) tiendra-t-il ? ».

  • Dieu-singe

    Dieu-singe

    Épique

    sa-rou-ga-mi

    Image du dieu-singe dans les récits médiévaux

    神霊・神格Principalement Kansai et région de Chūgoku, Japon

    Dans les sources médiévales, le dieu-singe est présenté comme un mélange du numen montagnard et d’une anomalie simiesque. Il règne sur les massifs et réclame des offrandes rituelles assimilées à un ancien mariage sacré, tandis que la mise en récit a accentué une figure de yōkai violent. Dans les récits d’exorcisme, un chasseur de passage ou un moine thaumaturge se substitue en victime, et des chiens dressés jouent le rôle décisif. Vaincu, le dieu-singe possède parfois un prêtre pour implorer grâce, signe d’une aura numineuse persistante. Selon les régions, il est transmis comme esprit possesseur, et des accès de fureur sont lus comme sa malédiction. Dans les contes d’époque moderne, sa férocité anthropophage côtoie la bouffonnerie de palper les fesses, reflétant le mépris autant que la crainte envers le singe.

  • Grand Centipède

    Grand Centipède

    Épique

    ô-mou-ka-dé

    Grande Myriapode (tradition de Mont Mikami)

    Oni et créatures gigantesquesProvince d’Ômi (lac Biwa, mont Mikami) et autres régions

    Figure célèbre des légendes d’Ômi autour du mont Mikami et des rives du lac Biwa. On dit qu’elle peut enserrer la montagne sept fois et demie, son exosquelette est dur comme le métal et la pierre, résistant aux flèches et aux lames. La nuit, ses pattes émettent une lueur rouge, traçant une longue ombre sur le lac et au pied de la montagne. Les récits de sa mise à mort célèbrent la vaillance, s’entrelacent avec le culte des dragons et la puissance sacrée des ponts. Des liens avec les traditions de l’extraction minière et de la forge sont suggérés, sans détails établis.

  • Roi-Esprit des Cascades

    Roi-Esprit des Cascades

    Épique

    ta-ki-REH-oh (Takirei-ô)

    Interprétation iconographique à la manière de Sekien

    Divinités et esprits divinsOrigine inconnue

    Partant des images de Toriyama Sekien, cette interprétation organise, en notice de bestiaire, l’idée d’une épiphanie de l’Acalanātha (Fudō Myōō) aux chutes d’eau. « Roi-Esprit des Cascades » n’est qu’un sujet pictural, l’entité étant comprise comme une manifestation du culte des Myōō. Elle apparaît dans les vasques des chutes à travers le pays, soumettant démons et nuisances, surtout évoquée dans les récits de grâce rapportés par ascètes et pèlerins. Le caractère de majesté et d’exorcisme l’emporte sur la frayeur yōkai, si bien qu’elle est traitée comme proche du divin. Les toponymes précis et les faits datés sont rares, la tradition reposant surtout sur les images et les engi de temples.

  • Myōtara-ten

    Myōtara-ten

    Épique

    myo-ta-ra-TÈNE

    Myōtara-ten (divinité locale gardienne du territoire)

    神霊・神格Provinces d’Echigo (Niigata) et de Dewa (Yamagata)

    Compilation des représentations de Myōtara-ten enracinées dans les cultes locaux d’Echigo (Yahiko) et de Dewa (Okitama). Les origines mêlent récits de vieille femme, d’ogresse et de chat métamorphe, mais tous concordent: la fureur s’apaise après l’invitation au sanctuaire, puis la divinité devient protectrice du village, appelle la pluie et veille sur les enfants et les justes. Bien que dotée d’un nom céleste bouddhique, elle incarne en réalité la puissance des montagnes et des lisières, honorée comme une déesse autour du mont Yahiko et du petit sanctuaire d’Ipponyanagi. Une tradition veut que le tonnerre gronde lors de son retour annuel à Sado, liant orages et récoltes dans l’imaginaire agraire. Son nom et son apparence varient — vieille femme, nymphe céleste, démone — mais convergent vers une bienveillance finale.

  • Raigō

    Raigō

    Épique

    raï-GÔ

    Tesso (Contes de la rancune de Raigō)

    霊・亡霊Province d’Ōmi (temple Onjō-ji)

    Version fondée sur les récits médiévaux où l’esprit de Raigō se change en une nuée de rats ou en un rat monstrueux à pelage de fer, le « Tesso », qui ronge l’entrepôt des écritures d’Enryaku-ji. Les rivalités entre puissances religieuses s’y projettent sous forme d’un esprit vengeur, liant l’efficacité des rites à l’idée de représailles. Les sources textuelles relèvent surtout des chroniques guerrières, mêlant biographie monastique et légende de revenant. Lectures populaires et peintures ultérieures ont amplifié cette image, symbolisant les ravages des rats et la destruction des sûtras, mais le noyau demeure un type folklorique où un esprit rancunier s’acharne sur objets et écritures sacrées.

  • Daidarabotchi

    Daidarabotchi

    Rare

    だいだらぼっち

    Le géant façonneur de terrain qui foula les terres de Musashi

    Oni / Monstres géantsOotakubo (Actuellement arrondissement Minami, ville de Saitama, préfecture de Saitama) / Province de Musashi / Province d'Omi (Mythe de création du lac Biwa)

    Daidarabotchi n'est pas tant un monstre terrifiant qu'un géant dont l'existence sert à expliquer les origines de la terre. Il a été considéré à la fois comme une version folklorique dégradée des divinités bâtisseuses de la nation issues des mythes du *Kojiki* et du *Nihon Shoki*, et comme le produit de l'imagination des peuples anciens essayant d'expliquer les amas coquilliers de la période Jomon ou des caractéristiques naturelles du terrain. La province de Musashi est l'une des régions où ces légendes sont particulièrement fortes, parsemée d'histoires sur l'origine de noms de lieux — comme « Ootakubo » dans la ville de Saitama — où ses empreintes se sont transformées en dépressions, marais et puits. Même des éléments géographiques massifs comme le mont Fuji, le lac Biwa et le lac Haruna sont attribués aux actes de ce géant, opérant à une échelle dépassant de loin celle d'une seule préfecture. Depuis que Kunio Yanagita a compilé les légendes d'empreintes de tout le pays, Daidarabotchi est devenu un « géant porteur de la mémoire des noms de lieux et du terrain », se fondant parfaitement dans le paysage même du Japon.

  • Ningyo

    Ningyo

    Rare

    ningyo

    Le Monstre Aquatique traversant les Âges

    水の怪空印寺·若狭小浜(現·福井県) ── 八百比丘尼入定洞、人魚肉伝説の中核 / 近江国蒲生河 (現·滋賀県、『日本書紀』619年の最古記録)

    Rupture iconographique avec la sirène occidentale. L'image du Ningyo qui vient à l'esprit des Japonais modernes — « un magnifique buste de femme et une queue de poisson » — est le résultat de l'importation et de l'enracinement des légendes occidentales (comme *La Petite Sirène* d'Andersen) à partir de l'ère moderne. Auparavant, l'iconographie traditionnelle japonaise du Ningyo, telle que représentée dans des ouvrages comme le *Kaikoku Heidan*, était extrêmement difforme et grotesque : « un visage semblable à celui d'un humain (ou d'un singe) sur un corps de poisson recouvert d'écailles ». Les traits du visage n'étaient d'ailleurs pas nécessairement ceux d'une belle femme ; ils étaient généralement dépeints comme des hommes, des femmes, des jeunes ou des vieillards terrifiants, aux crocs acérés. C'est précisément cette hideur qui accentuait la réalité viscérale du Ningyo en tant que « créature de l'Autre Monde » et soulignait l'aspect tabou et macabre de l'acte de consommer sa chair. Modèles biologiques et regard naturaliste. On estime que le cœur du folklore japonais entourant le Ningyo comporte une part non négligeable d'erreurs d'identification de créatures bien réelles. Par exemple, la théorie dominante suggère que les siréniens comme le dugong et le lamantin, ou les pinnipèdes tels que l'otarie et le phoque, ont servi de modèles à l'Umibōzu et au Ningyo. De plus, dans les légendes de Ningyo terrestres (vivant dans les rivières ou les marécages), il arrive que l'identité véritable du monstre soit imputée à la salamandre géante du Japon. Les herboristes de l'époque d'Edo recueillaient méticuleusement les signalements d'échouage de ces créatures marines inconnues, tentant de réexaminer les yōkai à travers le prisme de la « science » (l'histoire naturelle). La malédiction de la « vie éternelle ». Si l'« immortalité » octroyée par la chair de Ningyo est un désir universel de l'humanité, elle est toujours intimement liée à la « tragédie » dans les légendes japonaises. Comme le montre l'histoire de Yao-bikuni, quiconque obtient la jeunesse éternelle en mangeant de la viande de Ningyo est condamné à voir vieillir et mourir, l'un après l'autre, sa famille et ses époux aimés, subissant ainsi une solitude et un désespoir insoutenables (un isolement temporel). Le Ningyo est un yōkai qui agit comme un miroir cruel, confrontant brutalement les humains à « la terreur d'échapper à la mort ».

  • Le Bébé huileux

    Le Bébé huileux

    Rare

    a-bu-ra A-ka-go

    Conforme à l’Iconographie de Sekien

    Yōkai domestiques et objets animésProvince d’Ōmi (actuelle préfecture de Shiga), autour d’Ōtsu

    Cette version s’appuie sur l’iconographie de Sekien et les essais de l’époque d’Edo cités en notes, pour interpréter au minimum la figure d’un nourrisson comme personnification d’un feu étrange. Le noyau est le « feu voleur d’huile », et la forme enfantine relève d’un signe plastique de Sekien. L’huile d’andons était vitale et l’huile d’offrande des temples hautement respectée. Voler l’huile touchait au tabou religieux et moral, d’où le récit d’un feu égaré après la mort. Des ouvrages postérieurs réécrivent l’histoire en feu-follet entrant dans la maison, devenant bébé et léchant l’huile, mais les attestations orales locales sont rares et aucun type largement partagé n’est assuré. Cette version propose donc un schéma en trois temps — apparition du feu (carrefours ou enclos de temples), manifestation du bébé (léchant l’huile devant l’andon), retour au feu et départ — tout en évitant les détails sans source et en mettant en avant la symbolique: avertir contre la profanation de l’huile offerte.

  • Jiosenbi

    Jiosenbi

    Peu commun

    じおうせんび

    Le feu vengeur du marchand de Jiosen allumé à Izuminawate les nuits de pluie

    Phénomènes naturels / Esprits de la natureIzuminawate et le Pin Hizagashira, Minakuchi, Province d'Omi (Actuellement Minakuchi-cho, ville de Koka, préfecture de Shiga)

    Même parmi les contes de feux spectraux de l'époque prémoderne, le Jiosenbi est un cas rare où le « qui, où et pourquoi » sont racontés avec des détails précis. La victime n'est pas un monstre anonyme, mais un marchand vendant une véritable confiserie appelée Jiosen, et la scène du crime se situe au Pin Hizagashira à Izuminawate, près de la ville-relais de Minakuchi sur le Tokaido : un grand arbre dont les gens pouvaient identifier l'emplacement exact. Les conditions d'apparition du feu sont également limitées aux « nuits pluvieuses ». On pense que l'expérience d'avoir observé des feux follets ou des feux de renard (kitsunebi) lors de nuits humides s'est mêlée aux souvenirs des meurtres sur la grand-route, se cristallisant en une seule légende fantastique. Le feu, en tant que symbole de l'obsession pour l'argent, s'inscrit dans la lignée des récits de rancune nés de l'économie monétaire des villes prémodernes. En tant qu'apparition ancrée dans le territoire de Minakuchi (district de Koka), cette légende mérite d'être transmise au même titre que celles d'autres entités locales comme le Katawa-guruma ou Koka Saburo.

  • Tessō, le Rat de fer

    Tessō, le Rat de fer

    Peu commun

    tes-SO

    Conforme aux iconographies d’Edo • Image traditionnelle

    Fantômes et espritsProvince d’Ōmi (actuelle préfecture de Shiga)

    Fondé sur l’image du « Tetsusō » de Toriyama Sekien. Une souris géante drapée d’une ombre rappelant une robe monastique, aux yeux rouges et aux dents réputées dures comme le fer. Son origine renvoie au récit d’esprit vengeur du moine Raigō, issu des querelles autour de l’ordination à l’Onjō-ji, où les rivalités entre les factions du Mont Hiei et de Miidera furent mises en récit et mêlées à la réalité des dégâts de rongeurs rongeant sutras et objets sacrés. Les appellations varient selon les époques et sources, « Rat de Raigō », « Rat de Miidera », etc. Les chroniques guerrières médiévales en exagèrent le nombre et en font un fléau collectif, tandis que l’époque moderne l’associe à des traditions de culte propitiatoire. Les dates ne concordent pas toujours dans les sources et la part légendaire domine, mais toponymes, renga et traditions orales conservés dans les sanctuaires et temples en constituent le noyau. Dans certains récits de chasse, un grand chat du Mont Hiei ou une divinité tutélaire intervient, reflet des frontières rituelles opposant deux complexes religieux.

  • Roue à demi attelée (Katawaguruma)

    Roue à demi attelée (Katawaguruma)

    Peu commun

    ka-ta-wa-GOU-rou-ma

    La Roue Bancale de Kyōto

    Yōkai domestiques et objets animésProvinces de Yamashiro et d’Ōmi, entre autres

    Variante de la katakuruma aperçue à Higashi-dōin à Kyōto, connue pour réfréner les mœurs par la force des mots. Vers l’ère Enpō, exaspérée par la manie des noctambules curieux et bavards, elle arpente les rues sous la forme d’un seul anneau de feu. Apparence: une unique roue de char à bœufs, ses rayons de cyprès noircis et rougis par la braise, un visage d’homme aux mâchoires marquées au moyeu. Les yeux vacillent comme une lanterne, les dents blanches comme un peigne, tenant souvent dans sa bouche la jambe d’un enfant. Sa première parole est « Regardez votre enfant plutôt que moi », menace et exhortation à la fois; répondre en se précipitant à l’intérieur peut parfois éviter le mal. Mais si l’on épie par curiosité, avant que la rumeur n’enfle, un malheur frappe l’enfant de la maison. La jambe que la roue mord n’est pas celle d’un inconnu lointain, mais se lie à l’enfant du foyer qui a guigné: la flamme de la roue se glisse par la fente de la porte, suce le sang comme un béribéri et ouvre une crevasse. Souvent confondue avec la roue-nyūdō, cette « roue à l’allocution » privilégie l’avertissement plutôt que la raillerie, et une seule phrase en décide l’issue. Une fois, vue par une servante depuis l’entrebâillement, la roue s’arrêta devant la maison, colla son nez au battant, prononça son vers et s’en alla; la femme courut à la chambre, l’enfant n’était que légèrement atteint et guérit par prière et décoctions. Dès lors, à la cloche du crépuscule, on ferma serré les grilles, baissa la lumière, et s’abstint de murmurer sur l’étrange. Les apparitions diminuèrent, mais reviennent lors des fêtes et pèlerinages, roulant à l’ombre des lanternes. Elle se nourrit surtout des rumeurs qui la nomment: que l’on chuchote « katakuruma » trois fois, et sa flamme lèche l’avant-toit et cherche les fentes des grilles. Les anciens évitaient donc le nom direct, disant « feu bancal » ou « voix de la roue ». Toutefois, des waka ou des prières bien tournées au portail l’arrêtent: sensible au pouvoir des mots, si les vers expriment l’amour filial et sont bien cadencés, elle grimace, relâche sa prise et ne laisse que des étincelles. Forte là où les rumeurs foisonnent, plus faible là où l’on pèse ses mots et veille au foyer, elle reflète l’esprit de la capitale.

  • Feu de paille (Minobi)

    Feu de paille (Minobi)

    Peu commun

    mi-no-BI

    Type standard de tradition

    Phénomènes naturels et esprits de la natureProvince d’Ōmi (actuelle préfecture de Shiga), Hikone et environs du lac Biwa

    Considéré comme typique des récits originaires du lac Biwa, il s’agit d’un ensemble de feux étranges dont de faibles lueurs se dispersent et s’accrochent aux capes de paille, parasols et vêtements lors des nuits pluvieuses. Sans chaleur, ils augmentent en luminosité et en nombre quand on tente de les chasser, mais se dissipent naturellement si l’on retire ses vêtements, allume une flamme ou avec le temps. Les noms et interprétations varient selon les régions: certains y voient les esprits des noyés, d’autres l’œuvre d’animaux ou une bioluminescence naturelle. On raconte qu’ils troublent la vue et mettent mal à l’aise plutôt que de provoquer des désastres, et qu’ils ne sont souvent perçus que par des personnes isolées.

  • Aburabō (l’esprit de l’huile)

    Aburabō (l’esprit de l’huile)

    Peu commun

    a-bou-ra-BOH

    Aburabō (type traditionnel)

    人妖・半人半妖Provinces d’Ōmi et de Yamashiro, et régions voisines (Shiga, Kyoto)

    Le cœur d’Aburabō tient au châtiment d’avoir détourné l’huile destinée aux lampes des temples et sanctuaires, faute qui se manifeste en feu spirituel. Les récits de l’époque moderne et les traditions locales le situent aux abords des temples du piémont du mont Hiei et en divers lieux d’Ômi, surtout du crépuscule à minuit, fréquemment de la fin du printemps au début de l’été. Il apparaît comme une petite boule de feu orangée à jaune, ou comme l’ombre d’un moine portant une jarre d’huile, suit un trajet fixe franchissant portails, salles, berges d’étang, puis s’évanouit. Le son est incertain, bien que des traditions parlent de voix indistinctes. Les appellations varient selon les régions—« Aburabō », « voleur d’huile », « retour d’huile »—et portent une leçon folklorique sur l’interdit lié à l’huile et la nécessité d’offrandes. Les individus à l’origine et les temples précis diffèrent selon les sources, mais l’administration stricte des huiles dans la société templaire a favorisé ces récits. Les apaisements évoqués incluent sutras, inhumations rituelles et réoffrande de lampes, sans formule fixe attestée.

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