« Sept Mystères », mais jamais seulement sept
D’une liste des Sept Mystères de Honjo à l’autre, le nombre et le choix des récits varient. Ce n’est pas une simple accumulation d’erreurs : l’expression « sept mystères » ne fixait pas un total exact, mais réunissait des histoires étranges pour mieux les transmettre. La présentation officielle de l’arrondissement de Sumida[1] précise elle aussi que les récits sont plus de sept et que seuls Oitekebori et Kataha-no-Ashi sont communs aux différentes versions.
Cette page réunit neuf récits, sans les présenter comme l’unique liste complète. Elle montre comment un fossé, une demeure de samouraï, un sanctuaire, une échoppe de soba ou une rue nocturne ont nourri l’imaginaire fantastique de Honjo.
Quand l’eau rend la voix : Oitekebori
Oitekebori raconte qu’un pêcheur s’apprête à quitter un fossé avec ses prises lorsqu’une voix monte de l’eau : « Laisse-les ici, laisse-les ici. » S’il refuse de laisser les poissons, un malheur l’attend. Plusieurs lieux sont associés à l’histoire. Des explications ultérieures y voient l’œuvre d’un kappa ou d’un tanuki, mais le récit d’origine ne permet pas d’attribuer la voix à une espèce précise de yōkai.
Le rapprochement avec l’expression *oitekebori*, « laisser quelqu’un en plan », a encore accru sa célébrité. Dans un quartier sillonné de voies d’eau, il suffit d’un fossé au crépuscule et d’une pêche que l’on veut emporter pour faire naître une peur brève et mémorable.
Un pied gigantesque tombe sur une demeure : Ashiarai Yashiki
À Ashiarai Yashiki, un énorme pied velu traverse de nuit le toit d’une demeure de samouraï et ordonne : « Lavez-moi le pied. » Si les habitants s’exécutent, il disparaît ; s’ils refusent, il menace de détruire la maison. Le reste du corps demeure invisible : ce seul pied qui traverse le toit suffit à faire voler en éclats la sécurité de la demeure et tous les repères entre le haut et le bas.
Les versions ne s’accordent ni sur le propriétaire des lieux ni sur la raison de l’apparition. Plutôt que d’imposer une origine unique, retenons le cœur du récit : une présence venue du dehors force l’entrée d’une demeure guerrière que l’on croyait close.
Des feuilles d’un seul côté : Kataha-no-Ashi
Kataha-no-Ashi explique pourquoi les roseaux d’un lieu précis ne portent leurs feuilles que d’un côté en évoquant la rancœur d’une femme assassinée ou un drame local. Une anomalie minuscule dans la forme d’une plante devient l’indice d’une mort oubliée. Avec Oitekebori, c’est l’un des rares récits présents dans la plupart des listes des Sept Mystères.
Des traditions végétales portant le même nom existent dans d’autres régions du Japon. Il faut donc éviter de les fondre dans l’histoire de Honjo et vérifier, pour chacune, le lieu de collecte et les personnages concernés.
Une lumière et un bruit derrière soi : Okuri-chōchin et Okuri-hyōshigi
Okuri-chōchin est une lumière de lanterne qui suit le voyageur sur une route nocturne. Okuri-hyōshigi fait entendre des claquements de bois invisibles qui gardent toujours la même distance derrière lui. Il se retourne : rien. Il reprend sa marche : la présence revient. La vue et l’ouïe suffisent à faire sentir que l’on n’est plus seul.
La fête que personne ne voit : Tanuki-bayashi et Tsugaru-no-Taiko
Tanuki-bayashi fait entendre, dans la nuit, une musique de fête dont on n’atteint jamais la source, aussi loin que l’on marche. Tsugaru-no-Taiko figure dans certaines variantes des Sept Mystères comme un son inexplicable de cloche ou de tambour autour d’un temple ou d’un sanctuaire. Répercuté par les murs et les canaux, le bruit trompe sur sa direction. Comme rien ne se montre, on imagine une fête, ou même un autre monde, juste au-delà des rues.
Une échoppe sans lampe et un arbre qui ne perd pas ses feuilles : Akari-nashi Soba et Ochiba-naki Shii
Akari-nashi Soba raconte l’étrangeté d’une échoppe de nouilles plongée dans le noir alors qu’un commerce ouvert la nuit devrait être éclairé. Ochiba-naki Shii est un arbre qui ne perd pas ses feuilles lorsque la saison l’exige. Aucun grand monstre n’est nécessaire : l’inquiétude naît d’un détail qui déroge à l’ordre familier, la lampe absente ou la feuille qui refuse de tomber.
De la carte d’Edo à l’actuel arrondissement de Sumida
Honjo fut aménagé sur des terres basses et humides, où canaux, ponts, demeures de samouraïs, temples, sanctuaires et quartiers populaires se côtoyaient. Rien d’étonnant à ce que l’eau, les rues nocturnes, le commerce, les bruits et les demeures aient nourri une même tradition locale. Certains récits ne se laissent toutefois pas localiser précisément sur la carte actuelle : l’emplacement d’une stèle ou d’un relief ne marque pas forcément « le seul lieu où l’événement s’est produit ».
La valeur des Sept Mystères de Honjo ne réside pas dans la recherche des sept « bons » récits, mais dans la promenade qu’ils proposent à travers les lieux qui inquiétaient les habitants d’Edo. Choisissez l’une des histoires dans les « Figures de cette collection » ci-dessous, puis confrontez ses variantes à l’histoire locale de Sumida.










