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Hyakkai Zukan | Les 30 yōkai peints par Sawaki Sūshi en 1737

Bien avant Sekien, trente créatures nommées défilent dans un rouleau en couleurs

Hyakkai Zukan |
Les 30 yōkai peints par Sawaki Sūshi en 1737

30 yokai

L’essentiel

*Hyakkai Zukan* est un rouleau peint en couleurs par Sawaki Sūshi en 1737. La notice du Musée de la ville de Fukuoka indique que son colophon le présente comme la copie d’un original attribué à Kanō Motonobu ; le rouleau conservé réunit trente yōkai, chacun accompagné de son nom. Mikoshi-nyūdō, Nurarihyon, Kappa, Yuki-onna, Rokurokubi ou Nekomata réapparaissent ensuite, sous des formes proches, dans le *Gazu Hyakki Yagyō* de Toriyama Sekien. L’œuvre se situe ainsi entre deux manières de montrer les yōkai : la procession continue des rouleaux de la Parade nocturne et le livre illustré où chaque créature peut être regardée séparément.

Trente-neuf ans avant Sekien, les yōkai prennent des couleurs

Peint par Sawaki Sūshi en 1737, le *Hyakkai Zukan* est un long rouleau en couleurs. D’après la notice officielle du Musée de la ville de Fukuoka, son colophon affirme qu’il copie un original de Kanō Motonobu et trente yōkai nommés s’y succèdent. Cette inscription transmet une attribution ancienne, mais elle ne suffit pas à établir l’auteur d’un modèle aujourd’hui disparu.

Les créatures ne jouent pas les épisodes d’une même histoire. Elles s’avancent l’une après l’autre pour montrer leur silhouette. Cette composition, à mi-chemin entre la procession d’un rouleau de la Parade nocturne et le bestiaire page par page de Sekien, donne au *Hyakkai Zukan* son allure si particulière.

Un rouleau à regarder comme un bestiaire

Un rouleau peint déploie normalement une histoire dans le temps et dans l’espace, à mesure que le regard progresse de droite à gauche. Le *Hyakkai Zukan* réduit le décor et fait entrer chaque yōkai seul, avec son nom inscrit à proximité. En déroulant l’œuvre, on compare les formes et l’on apprend peu à peu à reconnaître des familles d’apparitions.

Le *Hyakkai Zukan* de Sawaki Sūshi ne contient presque aucun long commentaire. Les caractères et les récits présentés aujourd’hui sur les pages de chaque yōkai ne viennent donc pas tous des légendes de ce rouleau. Il faut distinguer ce que l’image et son nom permettent d’affirmer des contes transmis ailleurs et des interprétations plus tardives.

Ceux qui dominent le regard : Mikoshi-nyūdō et Nurarihyon

Mikoshi-nyūdō ouvre le rouleau, suivi de Shōkera, Hyōsube, Kappa, Nure-onna, l’oni de Gangō-ji et Nurarihyon. Moine gigantesque penché au-dessus des hommes, êtres du bord de l’eau, vieillard dont le nom ne révèle aucune action : des yōkai promis à une grande célébrité possèdent déjà une silhouette immédiatement reconnaissable.

La tradition moderne appelle souvent Nurarihyon le « commandant suprême des yōkai », mais le rouleau ne lui attribue aucun titre de ce genre. Il montre bien pourquoi il faut séparer le personnage visible dans l’image de la personnalité que les époques suivantes lui ont donnée.

La mort, la maison et le bord de l’eau : de Kasha à Nuribotoke

Kasha, Ubume, Nuppefuhofu, Otoroshi, Waira, Yamabiko, Nuribotoke, Ōuni et l’Esprit des rêves viennent ensuite. Une bête qui emporte les morts, une femme qui confie son enfant, des présences tapies dans l’ombre des temples et des maisons, jusqu’à l’écho devenu créature : le rouleau donne une forme commune à des êtres de légende comme à des phénomènes presque insaisissables.

Les couleurs permettent de distinguer la fourrure, la peau, les étoffes et les flammes ; elles donnent à chaque yōkai une matière propre. Les décors très réduits, en revanche, ne nous disent pas dans quelle région la créature était censée apparaître.

Entre la montagne et la maison : Yamauba, Inugami et Rokurokubi

Yamauba, Inugami, Rokurokubi, Yamawaro, Uwan, Akashita, Ushi-oni et Furari-bi traversent montagnes, maisons, rives et feux étranges. Dans le rouleau, ils semblent appartenir au même monde en marche. Leurs récits viennent pourtant de régions différentes et ne se sont pas formés à la même époque.

Un œil, la neige, les morts et les bêtes métamorphes

La fin du rouleau rassemble Hitotsume-kozō, Yuki-onna, Yūrei, Nekomata, Yako et Kamikiri. Une partie du corps humain devenue étrange, la blancheur de la nature changée en femme, les morts, les animaux qui ont vécu trop longtemps et la force invisible qui coupe les cheveux se distinguent en quelques traits nets.

Des formes reprises par Toriyama Sekien

Le *Gazu Hyakki Yagyō* de 1776 reprend de nombreux noms et des silhouettes proches de celles du *Hyakkai Zukan*. Sekien transporte chaque figure du rouleau vers la page imprimée, en régularise le trait et ajoute des yōkai, des feux étranges et des âmes venus d’autres sources. Il ne se contente pas de copier : il adapte les images du rouleau à la culture du livre illustré.

La liste ci-dessous suit le total de trente figures donné par le musée. Chaque yōkai n’y apparaît qu’une fois et conserve sa place dans l’ordre de l’œuvre. Les pages individuelles permettent ensuite de séparer ce que montre le *Hyakkai Zukan* des traditions régionales transmises par d’autres voies.

Mis à jour: 18/07/2026
Hyakkai ZukanSawaki Sūshirouleau de yōkaiemakiNurarihyonYuki-onnaRokurokubiKappaToriyama Sekienépoque d’Edo

Yokai inclus

30 yokai sont inclus

Ces yokai ont aussi des cartes artistiques

72 cartes — ukiyo-e, Japon moderne…

Mikoshi-nyūdō

Mikoshi-nyūdō

Épique

mi-ko-shi-nyū-dō

Mikoshi Nyūdō (type chronique de kaidan d’Edo)

Oni et créatures gigantesquesTokyoSaitama

Le Mikoshi-nyūdō est une apparition en forme de moine qui surgit la nuit au bout d’une route ou d’une pente, à un carrefour, sur un pont de pierre ou dans un arbre. Plus on lève les yeux vers lui, plus il grandit, jusqu’à dominer et terrifier celui qui le regarde. Pour lui échapper, on peut déclarer « je t’ai dépassé du regard » ou « je t’ai démasqué », ou garder son calme et le parcourir des yeux de la tête aux pieds. Son identité change selon les régions : le Tonoigusa en fait un tanuki métamorphosé, tandis qu’à Hinoemata, dans le sud d’Aizu, il s’agirait d’une belette, et dans l’ancienne province de Shinano d’un mujina. Le type apparaît dans plusieurs recueils de récits et d’essais de l’époque d’Edo, dont le Tonoigusa, l’Enga kidan et le Kokon hyaku monogatari hyōban. L’Enga kidan le décrit vêtu de rouge et haut d’un jō, image proche de l’Ōnyūdō ; dans les traditions locales, les deux figures sont donc souvent confondues.

Shōkera

Shōkera

Épique

SHO-ke-ra

Interprétation iconographique traditionnelle

Fantômes et espritsOrigine inconnue

Yōkai représenté dans les rouleaux illustrés de l’époque d’Edo, tels que Hyakkai Zukan et Gazu Hyakki Yagyō. Sans explication textuelle dans ces œuvres, il est souvent relié au culte populaire de la veillée de Kōshin. Lors de la nuit de Kōshin, on croyait que les trois cadavres (sanshi), logés dans le corps humain, montaient au ciel pour rapporter les fautes ; s’endormir trop tôt était donc redouté comme source de malheur. Le shōkera est compris comme une entité nuisible active cette nuit-là, voire comme l’incarnation même des sanshi, investie d’un rôle de surveillance et de châtiment.

Hyōsube

Hyōsube

Peu commun

hyō-sou-bé

Hyōsube, le kappa velu des berges de Kyūshū

Esprit des eauxSagaKumamoto

Le Hyōsube est un yokai velu et lié à l’eau que l’on rencontre un peu partout dans la région de Kyūshū. Tenu pour parent du kappa, ou du moins pour son proche cousin, il passerait des rivières aux montagnes et inversement à l’approche de l’équinoxe. Son nom viendrait de son cri d’oiseau, « hyō-hyō ». Il raffole de l’aubergine, et dans certaines localités l’usage d’offrir la première aubergine de la saison se perpétue encore. Les récits les plus connus le montrent se glissant dans le bain d’une maison pour s’y tremper, laissant ensuite l’eau couverte de poils flottants ; quiconque pose les yeux sur lui, dit-on, tombe brûlant de fièvre.

Kappa

Kappa

Légendaire

KA-pa

L’esprit fluvial à la coupelle – Kappa

Esprits des eauxKumamotoFukuoka

Le kappa compte parmi les plus célèbres de tous les yokai japonais. On le dit installé partout où il y a de l’eau : rivières, étangs comme marécages. Il a la taille d’un enfant de quatre ou cinq ans, porte au sommet du crâne une coupelle (sara) emplie d’eau, une carapace sur le dos, un bec en guise de bouche, et des mains et des pieds palmés. Son corps tire sur le vert ou le rouge, et on lui prête parfois une odeur de poisson. Cette coupelle est la source même de sa force : si l’eau vient à se renverser ou à sécher, on croit que le kappa perd aussitôt toute sa puissance. De là vient la ruse bien connue qui consiste à saluer profondément un kappa pour que, lui rendant la politesse, il déverse l’eau de sa coupelle et puisse être capturé. Le kappa a deux visages. L’un est redoutable : il entraîne hommes et chevaux au fond de l’eau et leur ôte la vie. L’autre est scrupuleux : il tient parole avec rigueur, raffole de sumo, et transmet parfois de merveilleux remèdes pour ressouder les os. Présent dans tout le pays, il y porte plus de quatre-vingts noms régionaux : Garappa, Medochi, Enko, Hyosube, et bien d’autres. Parmi tous les yokai du Japon, rares sont ceux qui plongent des racines aussi profondes dans la vie locale.

Nure-onna

Nure-onna

Épique

nu-re-on-na

Nure-onna (version conforme aux traditions)

Esprits et créatures des eauxShimaneNiigata

La Nure-onna, littéralement « femme mouillée », apparaît au bord de la mer ou des rivières avec une tête de femme et un long corps de serpent couvert d’écailles. Ses cheveux noirs restent constamment trempés, détail auquel elle doit son nom. Dans le volume du Vent du Gazu Hyakki Yagyō, Toriyama Sekien la représente avec un visage féminin, une chevelure plongée dans l’eau et un corps serpentin, fixant une image déjà présente dans les rouleaux peints. Avant lui, des œuvres du début de l’époque d’Edo telles que le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi montraient déjà une créature féminine à corps de serpent. Sur les côtes de l’ouest du Japon, la Nure-onna remet parfois un nourrisson à un passant ; sitôt accepté, l’enfant devient une pierre si lourde que la victime ne peut plus bouger. Certaines versions la font agir avec l’Ushi-oni, qui surgit alors pour dévorer l’homme immobilisé. Elle est rapprochée de l’Iso-onna de Kyūshū et de la Nure-onago, et parfois décrite comme l’incarnation d’un serpent marin. Cette lecture serpentine repose toutefois surtout sur les images, faute de sources textuelles anciennes suffisamment précises. Cheveux mouillés, rivage et enfant-piège forment le noyau commun de plusieurs figures féminines liées à l’eau dans l’ouest du pays.

Le démon de Gangoji

Le démon de Gangoji

Épique

gan-GO-ji no oni

Récit canonique de la tradition

Fantômes et espritsNara

Le démon de Gangoji est un esprit maléfique apparu au temple Gangoji à Nara. Alors que des garçons du beffroi mouraient mystérieusement, un enfant à la force prodigieuse l’attendit, lui saisit les cheveux et le traîna jusqu’à l’aube. En suivant la trace de sang, on parvint à la tombe d’un ancien domestique du temple, connu pour sa mauvaise conduite : son esprit s’était mué en oni. Les cheveux arrachés furent conservés comme trésor du temple. Les textes anciens et les peintures de yōkai le représentent en moine-démon.

Nurarihyon

Nurarihyon

Légendaire

Nurarihyon

Nurarihyon, chef des yōkai

Yōkai semi-humainAkita

Le Nurarihyon est un yōkai représenté sous les traits d'un vieillard au crâne chauve, vaste et bombé, dont le nom figure dans l'imagerie des yōkai de l'époque d'Edo. Son nom évoque souvent aujourd'hui le chef insaisissable de tous les yōkai ; les documents anciens, eux, transmettent d'abord une silhouette frappante et un nom, bien plus qu'une biographie détaillée. Une figure humaine nommée dans le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi, daté de 1737, compte parmi les plus anciennes représentations conservées dont la date peut être établie. Le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien, paru pour la première fois en 1776, a lui aussi largement diffusé cette image de vieillard. Ces images ne racontent ni son origine ni ses actes dans le détail. Cet espace a nourri l'imagination : dans les temps modernes, il devient le « caïd des monstres » ; dans les encyclopédies pour enfants, un vieil homme qui entre sans façon dans les maisons affairées ; dans les mangas et les dessins animés, le chef d'une faction. Cette métamorphose d'une image silencieuse en personnage central est précisément l'un des grands attraits du Nurarihyon. L'histoire de son nom n'est pas plus simple. Le Seisenban Nihon kokugo daijiten relève, dans Saikaku gohyakuin (1679), un emploi adverbial de nurarihyon, et donne le Rigen shūran, vers 1797, comme exemple du mot employé comme nom de créature. En Akita, un document local le cite parmi les êtres du cortège nocturne des cent démons ; dans la mer intérieure de Bisan, un témoignage décrit une étrange apparition marine d'une tout autre forme. Images, documents régionaux et réceptions modernes font ainsi apparaître un même nom qui, d'époque en époque et de média en média, s'est enrichi de visages multiples.

Kasha

Kasha

Épique

ka-sha

Kasha félin (récits de l’époque moderne)

Esprits et fantômesIwateGunma

Le Kasha est un yōkai qui apparaît pendant les funérailles, le long des cortèges ou dans les cimetières pour emporter un cercueil ou un cadavre. Au début de l’époque d’Edo, on attribuait ces enlèvements aux bourreaux des enfers ou au dieu du tonnerre : le corps disparaissait au milieu de nuages noirs et d’éclairs. Le mot kasha désigne d’abord, dans le bouddhisme, le « char de feu » qui transporte les pécheurs en enfer. La figure s’est ensuite mêlée aux légendes du nekomata, et la croyance selon laquelle un vieux chat devient Kasha pour s’emparer des morts s’est largement répandue. Le phénomène n’est toutefois pas toujours réservé aux défunts coupables : il est signalé dans tout le pays comme un danger propre aux rites funéraires. Pour s’en protéger, les traditions recommandent des lames, des chapelets, un amas de terre placé sur le cercueil ou une veille constante auprès du corps.

Ubume

Ubume

Épique

Ubume

Ubume (Forme Traditionnelle)

Fantômes & EspritsDiverses régions à travers le pays. Un exemple ancien célèbre se trouve dans le Konjaku Monogatari Shū médiéval.

L'Ubume (産女) est une apparition surnaturelle (yōkai) japonaise qui serait l'esprit d'une femme décédée pendant ou peu après l'accouchement, apparaissant sous les traits d'une femme tenant un nourrisson. Dans de nombreux récits, elle interpelle les passants la nuit aux abords des gués, des ponts et des carrefours en les implorant : « S'il vous plaît, portez cet enfant. » L'issue varie selon les régions et les sources : le bébé reçu peut soudainement devenir lourd, se transformer en feuilles d'arbres ou en pierre, ou bien la personne qui parvient à le tenir jusqu'au bout peut se voir accorder une force surhumaine ou la richesse. Par conséquent, l'Ubume n'est pas simplement un esprit maléfique attaquant les humains. Elle est une entité qui rassemble dans un même récit de rencontre le lien brisé par la mort entre une mère et son enfant, la peur des morts, ainsi que le courage et la compassion de celui qui accepte sa requête. Un exemple ancien et célèbre se trouve dans le *Konjaku Monogatari Shū* (Contes des temps jadis), rouleau 27, conte 43, « Comment Taira no Suetake, vassal de Minamoto no Yorimitsu, rencontra une Ubume », compilé vers la première moitié du XIIe siècle. Alors que Minamoto no Yorimitsu était gouverneur de la province de Mino, son vassal Taira no Suetake se rendit de nuit à un gué obscur pour une épreuve de courage, où une femme dans la rivière lui confia un bébé. De retour au manoir, lorsqu'il ouvrit sa manche, il n'y trouva que quelques feuilles d'arbres. La conclusion du récit juxtapose la théorie selon laquelle l'Ubume serait un renard métamorphe et celle voulant qu'elle soit l'esprit d'une femme morte en couches, sans trancher sur sa véritable nature. À ce stade, le pagne taché de sang et les plumes d'oiseau, qui deviendront célèbres aux époques ultérieures, ne sont pas encore décrits. D'autre part, une attention particulière doit être portée à la graphie qui écrit « Guhuo Niao » (姑獲鳥) mais qui se prononce « Ubume ». La « femme noctambule » décrite dans le rouleau 16 de l'ouvrage de la dynastie Tang *Youyang Zazu* (Plats assortis de Youyang) est un oiseau monstrueux chinois qui devient oiseau lorsqu'il revêt des plumes et femme lorsqu'il les retire, et qui a pour habitude de kidnapper les enfants des autres. En raison de son lien avec les bébés et les femmes mortes en couches, elle a été confondue avec l'Ubume japonaise, mais elles appartenaient à l'origine à des lignées distinctes. Selon les recherches de Manami Yasui, Hayashi Razan, qui a attribué le nom japonais au Guhuo Niao chinois, a précisé pour la première fois dans le *Shinkan Tashikihen* de 1631 que le « Guhuo Niao » est l'« oiseau Ubume » ou Nue. Alors que l'Ubume japonaise a pour noyau « l'esprit d'une mère confiant son propre bébé à autrui », le Guhuo Niao chinois a pour noyau « un oiseau monstrueux arrachant les enfants des autres ». Comprendre cette différence permet de voir comment le yōkai appelé Ubume a changé de forme en superposant contes médiévaux, rites funéraires pour les femmes mortes en couches, savoirs sur les oiseaux monstrueux de Chine et illustrations de yōkai de l'époque moderne.

Nuppefuhofu

Nuppefuhofu

Épique

noup-pé-fou-ho-fou

Iconographie traditionnelle (d’après les rouleaux illustrés)

Noms génériques et figures collectivesOrigine inconnue

Yōkai représenté dans des rouleaux illustrés de l’époque d’Edo tels que le Gazu Hyakki Yagyō et le Hyakkai Zukan : une masse de chair plissée, à un seul segment corporel, où le visage et le corps se confondent. Il est parfois décrit sans yeux, nez ni oreilles. En raison de la similarité du nom et de certaines descriptions, on l’associe souvent comme forme ancienne ou apparentée au nopperabō, mais sa nature et son histoire restent obscures. Les rouleaux n’offrent guère que le nom et l’image, avec très peu de commentaire.

Otoroshi

Otoroshi

Épique

o-to-RO-shi

Image d’emaki (tradition iconographique de l’époque moderne)

Noms génériques et figures collectivesOrigine inconnue

Nom relevé dans des rouleaux illustrés de l’époque d’Edo, où il est représenté comme une créature couverte de longs cheveux, le visage dissimulé par une lourde frange. Il apparaît notamment chez Sawaki Sūyū (Hyakkai Zukan) et Toriyama Sekien (Gazu Hyakki Yagyō). En dehors de l’iconographie, il n’existe quasiment aucune description : sa nature et son origine restent inconnues. L’orthographe varie (« odoro-odoro », « ke ippai »), mêlant l’idée d’effroi et de chevelure en désordre.

Waira

Waira

Peu commun

wa-I-ra

Conforme aux rouleaux illustrés

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesIbaraki

Yōkai énigmatique dont seul le nom figure dans des rouleaux illustrés de l’époque d’Edo, sans commentaire explicatif. Il est représenté avec un torse massif rappelant un bœuf géant et une grosse griffe recourbée à chaque patte avant. On le voit dans le Hyakkai Zukan et le Gazu Hyakki Yagyō, mais sa partie inférieure demeure inconnue. Au-delà du nom et de l’iconographie, les informations manquent, rendant sa nature et son origine difficiles à cerner. Il est parfois placé en pendant de l’« Otoroshi » et perçu comme une incarnation de la peur.

Yamabiko

Yamabiko

Épique

ya-ma-BI-ko

Iconographie traditionnelle (interprétation kodama/serviteur du dieu des montagnes)

Phénomènes naturels et esprits de la natureNagano

Dans les montagnes et vallées, on appelle « yamabiko » le phénomène où une voix ou un son revient avec un décalage, interprété comme la réponse d’un esprit de la montagne ou d’un kodama. Bien que son essence soit comprise comme une résonance naturelle, il est raconté localement comme un auxiliaire des divinités des montagnes, un esprit des arbres, ou une créature mystérieuse des forêts. Des rouleaux illustrés le figurent parfois sous des traits bestiaux, et il fut craint et respecté comme une entité renvoyant exactement les mots qu’on lui adresse.

Nuri-botoke

Nuri-botoke

Épique

nu-ri-bo-TO-ké

Conforme à l’iconographie traditionnelle

Yōkai domestiques et objets animésOrigine inconnue

Apparition en forme de moine noircie, aux deux yeux saillants pendants, visible dans les rouleaux illustrés de l’époque d’Edo. On en trouve des exemples chez Sawaki Sūyo (Hyakkaizukan) et Toriyama Sekien (Gazu Hyakki Yagyō), sans légende explicative: son origine et sa nature restent inconnues. Dans l’ouvrage de Sekien, il surgit d’un autel bouddhique, ce qui a conduit plus tard à l’interpréter comme un esprit logé dans l’autel ou les objets rituels, sans preuve documentaire.

O-oni (démon des fibres d’ortie)

O-oni (démon des fibres d’ortie)

Rare

Ô-o-ni

Tradition iconographique, lignée Sekien

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesInconnue (d’après des rouleaux peints d’Edo)

Yōkai féminin hirsute figuré par Toriyama Sekien dans le Gazu Hyakki Yagyō. Sa bouche est fendue jusqu’aux oreilles et sa pilosité évoque des faisceaux d’“o” — fibres de ramie/chanvre — d’où son nom. L’estampe de Sekien ne comporte aucun commentaire, et sa nature reste indéterminée. Des images proches dans des rouleaux antérieurs, comme le Hyakkai Zukan (sous les noms « wau-wau » ou « uwan-uwan »), suggèrent un yōkai d’origine iconographique.

Esprit des Rêves

Esprit des Rêves

Peu commun

yu-mé no sé-i-ré (yume no seirei)

Version critique des sources

Phénomènes naturels et esprits de la natureInconnue

Considéré comme un esprit lié aux rêves, il s’approcherait chaque nuit des couchettes humaines pour offrir des visions porteuses de bon ou de mauvais présages. On rapporte parfois qu’il apparaît en s’appuyant sur un bâton et en faisant signe de la main. Son nom comme son caractère ne sont pas fixés, et il est souvent décrit comme la personnification même du rêve. Son appellation serait attestée dans des rouleaux peints de l’époque d’Edo, mais l’iconographie correspondante reste incertaine, la documentation étant rare et l’origine inconnue.

Yamanba

Yamanba

Légendaire

ya-man-ba

Yamanba (image traditionnelle)

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesKanagawa

La Yamanba, aussi appelée Yamauba, est une créature des hautes montagnes qui prend l’apparence d’une vieille femme. Elle est parfois décrite comme une ogresse aux longs cheveux blancs en désordre et à la bouche fendue jusqu’aux oreilles. D’autres récits en font au contraire une « mère de la montagne » qui offre les produits des bois et apporte la prospérité. Elle réunit ainsi deux visages : celui d’une mangeuse d’hommes et celui d’une bienfaitrice généreuse. Le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien et le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi la montrent dans la montagne, tantôt portant un enfant, tantôt les cheveux épars. Elle est aussi connue, dans les traditions de l’époque d’Edo, comme la mère de Sakata no Kintoki, le futur Kintarō, ce qui interdit de la réduire à une simple ogresse.

Inugami

Inugami

Légendaire

i-nu-ga-mi

Inugami (iconographie traditionnelle)

Métamorphoses et esprits animauxTokushimaKochi

L’Inugami est un esprit de chien possesseur surtout attesté dans l’ouest du Japon, où il comptait parmi les présences les plus redoutées avec la possession par le renard ou le kuda-gitsune. Shikoku, en particulier Tokushima, Kōchi et Ehime, passait pour son principal foyer ; la croyance s’étendait de Shimane et Yamaguchi à Kyūshū, aux îles Satsunan et jusqu’à Okinawa. Elle reposait fortement sur la notion de « lignée d’Inugami », selon laquelle l’esprit suivait une famille de génération en génération. L’origine d’un futur conjoint pouvait ainsi être examinée avant un mariage, et cette croyance a nourri l’exclusion matrimoniale comme d’autres formes de discrimination. L’Inugami est souvent décrit comme un petit animal tacheté de la taille d’une souris, mais son apparence varie : il peut aussi ressembler à une belette ou à une chauve-souris.

Rokurokubi

Rokurokubi

Légendaire

ろくろくび

Rokurokubi des textes d’Edo et des récits de têtes volantes

Humain-Yōkai / Mi-humain Mi-yōkaiFukuiKumamoto

Le rokurokubi est connu comme un yōkai dont le cou s’allonge anormalement la nuit. Mais les livres anciens, lus dans l’ordre des dates, ne dessinent pas une figure unique. Sous ce même nom se rassemblent des êtres proches du nukekubi, dont la tête se détache et vole, des femmes qui ne vivent l’événement que comme un rêve, des têtes reliées au corps par un fil ténu et des cous qui s’étirent librement. La plus ancienne forme attestée pourrait être « rokurokubi », relevée dans le second livre du recueil de haïkaï Takatsukuba ; le Nihon kokugo daijiten en donne un exemple daté de 1638. C’est la date retenue par ce dictionnaire. Des notices conservées datent toutefois l’ouvrage de 1642 : il faudrait revoir l’exemplaire original avant d’y voir une première attestation absolue. Le Shōshō senku de 1648 emploie « Rokurokubi » et un récit de 1677 porte le titre « Rokurokubi de Fuchū, en province d’Echizen ». Le nom se répand donc entre le milieu et la fin du XVIIe siècle. Dans Sorori monogatari, situé en Echizen, un homme rencontre sur une route nocturne une tête de femme, la poursuit jusqu’à une maison, tandis que la femme endormie raconte avoir rêvé qu’un homme la poursuivait. Elle rougit de ses pensées errantes et entre dans la voie bouddhique, mais le texte ne dit pas que la jalousie l’aurait changée en monstre. L’étrangeté tient ici à un cœur ou une âme qui semble quitter le corps endormi. Dans le Soushen ji chinois, une femme du peuple luotou voit sa tête voler la nuit et revenir à l’aube. Le Feitou liaozǐ du Youyang zazu porte un cercle rouge semblable à un fil au cou, vole avec des ailes et mange crabes et vers de terre. Ces récits ressemblent aux formes japonaises à tête détachée, mais ils ne prouvent pas qu’une tradition chinoise se soit simplement transformée en yōkai japonais. Au Japon, savoir des classiques chinois, histoires de fantômes, livres illustrés et livrets satiriques ont contribué ensemble à former plusieurs images du rokurokubi. Le Hyakkai zukan de 1737 dessine un « nukekubi », et Toriyama Sekien donne en 1776 la lecture « rokurokubi » au Hitōban de son Gazu hyakki yagyō. Son image relie par un fil fin le corps d’une femme endormie et sa tête flottante. Une étude propose que cette ligne a fini par être représentée comme un cou allongé. En 1788, Kyōden fait même étirer le cou d’une amoureuse d’Edo jusqu’au Kamigata, sur un mode comique. Le « Rokuro-Kubi » que Lafcadio Hearn publie dans Kwaidan en 1904 ne met pas en scène une belle femme au long cou. Le moine Kwairyō, ancien samouraï, rencontre dans les montagnes de Kai cinq corps sans tête et cinq têtes qui volent dans les bois ; il déplace un corps pour empêcher son retour et combat une tête qui l’attaque. Le récit-source direct est un épisode du quatrième livre du Kaibutsu yoron de Jippensha Ikku. Les inscriptions rouges, le déplacement du corps et une force limitée à la nuit appartiennent à cette lignée narrative.

Yamawaro (l’enfant de la montagne)

Yamawaro (l’enfant de la montagne)

Épique

ya-ma-wa-ro

L’enfant des montagnes de l’ouest du Japon, le yamawaro

Esprits des montagnes et des forêtsKyūshū (yamawaro ; montagnes de l’ouest du Japon)

Le yamawaro est un yokai des montagnes de l’ouest du Japon, souvent présenté comme la forme que prend le kappa lorsqu’il monte dans les hauteurs à l’automne. De la taille d’un enfant environ, il a de longues jambes, un corps couvert d’un poil fin et comprendrait le langage humain. Le *Wakan Sansai Zue* le décrit avec de longs cheveux roux, un visage rond, des oreilles pointues comme celles d’un chien et un œil unique au-dessus du nez. On dit qu’il prête volontiers main-forte aux travaux de la montagne, mais aussi qu’il aime le sumo, joue des tours au bétail et aux chevaux, et qu’il s’invite même chez les gens pour se plonger dans le bain. À Kumamoto, on raconte qu’il déteste le trait d’encre du cordeau de charpentier, et qu’en tracer un suffit à l’écarter.

Uwan

Uwan

Épique

ou-OU-an

Apparition du rouleau illustré (fantôme de manoir)

Yōkai domestiques et objets animésInconnue (Folklore japonais)

L’Uwan est un yōkai d’identité indéterminée présent dans les peintures de l’époque Edo. Dans le Hyakki Zukan de Sawaki Sūshi et le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien, il apparaît comme une figure humaine aux dents noircies (ohaguro), les deux mains levées, semblant effrayer par sa voix. Aucune notice n’est fournie et son origine reste obscure, mais le décor de murs d’enceinte et de maisons abandonnées fait parfois l’assimiler à un esprit hantant les demeures. La représentation à trois doigts a été interprétée comme un signe d’« nature démoniaque », sans consensus.

Langue-Rouge

Langue-Rouge

Épique

a-ka-SHA-ta

Tradition iconographique • Akajita (école de Sekien)

Noms génériques et figures collectivesJapon, diverses régions (source non précisée)

Nom de yōkai attesté dans des rouleaux peints et des jeux de l’époque Edo. On y voit habituellement un visage velu, une très grande langue et une main griffue surgissant d’un nuage noir ; le corps entier et la nature du yōkai ne sont pas décrits. Dans le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien, il est peint au-dessus d’une écluse, sans commentaire. Le nom apparaît aussi dans des sugoroku illustrés comme Jikkai Sugoroku et dans des rouleaux Hyakki Yagyō ; un motif proche nommé « Akakuchi » figure dans divers rouleaux. Un lien avec la divinité d’onmyōdō Akashita/Asakuchi a été suggéré, sans preuve.

Ushioni

Ushioni

Légendaire

OU-shi-o-ni

Démon marin au corps d'araignée et à tête de bovin : Ushioni

Animal métamorpheEhimeKochi

L'Ushioni (牛鬼) est l'un des yōkai les plus féroces et spirituellement puissants du Japon, réputé pour apparaître principalement sur les côtes, dans les bassins profonds et dans les régions montagneuses de l'ouest du pays. Son apparence est décrite sous diverses formes grotesques, telles qu'« un corps de démon avec une tête de vache » ou « un corps d'araignée avec une tête de bovin ». Il fut pointé du doigt comme une « chose terrifiante » dès l'époque de Heian dans *Les Notes de chevet* (Makura no sōshi), et a été profondément craint par la population depuis les temps anciens. Sa véritable nature réside dans sa dualité extrême (la double face du bien et du mal) : d'une part, c'est un « démon cruel et dieu des épidémies » qui dévore aveuglément les humains et disperse des miasmes empoisonnés ; d'autre part, c'est une « puissante divinité gardienne » qui précède les sanctuaires portatifs lors des festivals pour exorciser les mauvais esprits. C'est un yōkai extrêmement important en ethnologie, ayant évolué d'une anomalie surnaturelle dans la littérature pour devenir l'objet de croyances folkloriques régionales et d'arts du spectacle.

Furaribi (feu errant)

Furaribi (feu errant)

Rare

fu-ra-RI-bi

Furaribi (iconographie conforme aux rouleaux)

Phénomènes naturels et esprits de la natureOrigine inconnue

Furaribi est un feu spectral figuré comme un oiseau enveloppé de flammes dans les peintures de l’époque d’Edo. On en voit des exemples chez Toriyama Sekien (Gazu Hyakki Yagyō), Sawaki Sūshi (Hyakkai zumaki) ou dans l’anonyme Bakemono-zukushi. Les notices étant laconiques, sa nature reste incertaine. On l’interprète généralement comme la manifestation en feu d’esprits sans offrandes funéraires, la face d’oiseau monstrueuse en étant l’expression symbolique.

Hitotsume-kozou

Hitotsume-kozou

Épique

hi-to-tsu-mé ko-zo

Le garçon à un œil, Hitotsume-kozou

YokaiJapon (Edo, Aizu, Tanba, Bizen, etc.)

Yōkai apparaissant sous la forme d’un enfant au crâne rasé, avec un grand œil unique au centre du front. Plutôt que de blesser, il surgit pour effrayer, et il est souvent dépeint avec humour. Une croyance populaire, fondée sur un jeu de mots, le dit ennemi des fèves, image qui se serait plus tard muée en goût pour le tofu. Mentionné dans des rouleaux peints et essais de l’époque d’Edo, il rôde fréquemment en plein air ou au bord des chemins.

Yuki-onna

Yuki-onna

Légendaire

ゆきおんな

La yuki-onna des paysages de neige et des récits divergents

Phénomènes naturels et esprits de la natureNiigataTokyo

La yuki-onna est une apparition féminine qui surgit dans les nuits de neige, les chemins de montagne pris par le blizzard et les villages ensevelis sous le blanc. On connaît bien la jeune beauté vêtue de blanc qui glace les humains de son souffle, mais cette image ne suffit pas à la définir. À Tateshina, dans la préfecture de Nagano, on racontait une « femme-esprit de la neige accumulée » qui ne faisait aucun mal et qui, la nuit, couchait au-dessus d’un ravin un grand arbre abattu pour en faire un pont. Un témoignage de Niigata évoque au contraire une femme qui laisse dans la neige nocturne des empreintes ponctuées de sang et tue ceux qu’elle rencontre. En Akita, c’est une femme au visage lisse et sans relief ; à Shōwa, dans la préfecture de Gunma, elle sert de menace pour faire dormir les enfants qui pleurent ou refusent de dormir ; à Wakasa, dans la préfecture de Tottori, c’est une femme blanche qui paraît portée par les fortes chutes de neige. Sous un même nom voisinent ainsi un esprit secourable, une rencontre meurtrière, une formule pour endormir les enfants et une silhouette à peine aperçue. L’histoire du nom commence dans le haïkaï, avant les recueils de récits étranges. L’un des premiers exemples imprimés dont l’année est établie se trouve dans Takatsukuba, compilé par Yamamoto Seibu et publié en 1642 ; les recueils Kebukigusa, Yamanoui, Konzan-shū et Masuyamai emploient ensuite à leur tour « yuki-onna ». La comparaison d’une blancheur ou d’une forme neigeuse à une femme a d’abord nourri l’esprit du haïkaï, avant de désigner plus nettement une présence surnaturelle. Le cinquième livre de Sōgi shokoku monogatari, paru en 1685, décrit en Echigo une jeune femme blanche d’environ un jō, debout près de bambous. Son visage, ses cheveux, sa peau et même son kimono sans doublure paraissent translucides de blancheur ; un compagnon explique qu’elle est un esprit de la neige ayant pris forme humaine. Malgré le nom de Sōgi dans le titre, ce texte n’est pas le récit de voyage d’un maître de renga du XVe siècle : c’est un kana-zōshi de 1685 qui emprunte la figure du voyageur pour raconter les merveilles des provinces. Le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi (1737) et le Gazu hyakki yagyō de Toriyama Sekien (1776) ont placé la yuki-onna dans l’image comme un yōkai nommé parmi d’autres. Chez Sekien, la planche ne porte que son nom : elle ne dit rien d’un souffle qui gèle, d’une séduction des hommes ou d’une faiblesse face au feu. Les images de yōkai ont rendu sa silhouette plus facile à partager, sans lui attribuer d’un seul coup tous les récits apparus plus tard. L’histoire aujourd’hui la plus représentative est « Yuki-Onna », publiée par Lafcadio Hearn dans Kwaidan en 1904. Dans une cabane de passeur battue par la tempête, la yuki-onna tue de son souffle blanc le vieux bûcheron Mosaku, épargne le jeune Minokichi et lui ordonne de garder le silence. L’hiver suivant, elle reparaît sous les traits d’une voyageuse, O-Yuki, devient son épouse et élève dix enfants avec lui. Quand Minokichi raconte la nuit interdite, elle révèle son identité ; mais, pour leurs enfants, elle lui laisse la vie et s’en va sous forme de brume blanche. Mariage, secret, tendresse maternelle, promesse rompue et séparation ont donné à l’O-Yuki de Hearn une force singulière ; ils ne caractérisent pas toutes les yuki-onna recueillies au Japon. La force du nom « yuki-onna » tient à ce qu’il ne se ferme pas sur un seul scénario. La neige efface les chemins, absorbe les sons et change les distances comme les contours. Selon les lieux et les époques, on y a vu une jeune femme, une mère, un visage immense ou une ombre mouvante. C’est l’ensemble de ces formes superposées qui compose la yuki-onna.

Fantôme (yūrei)

Fantôme (yūrei)

Légendaire

yoo-RÉ-é

Toriyama Sekien « Yūrei » (ère An’ei)

Fantômes et espritsDans tout le Japon

Le yūrei est l’âme d’un défunt qui demeure dans ce monde et apparaît la nuit ou en des lieux liés au disparu. On dit qu’il se manifeste par attachement, rancœur ou manque de rites funéraires. Son image s’est fixée plus tardivement: linceul blanc, pieds inversés ou absence de jambes. Il se montre au cimetière, au chevet, dans l’ancienne demeure, et interpelle par la voix ou l’apparition. Les offices bouddhiques et offrandes l’apaisent, mais une rancune puissante peut prolonger les phénomènes.

Nekomata

Nekomata

Légendaire

né-ko-ma-ta

Nekomata aux deux queues, vieux chat métamorphosé

Métamorphose animaleTochigi

Le Nekomata (猫又) est l'une des apparitions surnaturelles les plus connues et à l'évolution la plus complexe du folklore japonais. Son apparence est décrite soit comme une bête devenue gigantesque avec les années, soit comme un chat monstrueux dont la queue s'est fendue en deux. Il existe deux lignées distinctes dans le concept de ce yôkai : l'une est le "redoutable Nekomata, bête féroce vivant dans les montagnes", que l'on trouve dans les textes de l'époque de Kamakura, et l'autre est le "Nekomata, yôkai domestique né d'un vieux chat gardé de nombreuses années dans une maison", qui s'est imposé à partir de l'époque d'Edo. Dans les croyances populaires japonaises, le chat est souvent considéré comme un être recélant une nature démoniaque ou des pouvoirs spirituels. La crainte qu'inspire une créature ayant franchi cette limite s'est cristallisée dans l'image de ce yôkai à deux queues.

Yako (renard des champs)

Yako (renard des champs)

Peu commun

ya-ko

Le Yako — renard inférieur des troupes de Kyūshū

Animaux métamorphesNord de Kyūshū, Izumi et ailleurs (esprit renard de bas rang)

Le Yako (aussi lu nogitsune) passe pour le plus bas en rang parmi les renards yokai, à l’opposé des renards blancs, ces renards bienveillants vénérés comme messagers du dieu Inari. C’est un renard sauvage ordinaire des collines et des champs qui, avec l’âge, s’est mis à tromper et à posséder les hommes ; dans la hiérarchie des renards de l’époque d’Edo (Tenko, Kūko, Kiko, Yako), il était compté tout en bas. Alors que les renards supérieurs sont tenus pour des êtres spirituels sans forme, le Yako se distingue comme le seul rang censé conserver un corps de chair visible. D’autant plus proche du monde des hommes, il est depuis longtemps connu pour des méfaits concrets et familiers : égarer les voyageurs, prendre des déguisements pour les effrayer, posséder les gens. On l’écrit aussi yakan, un mot qui désignait à l’origine le chacal dans les écritures bouddhiques mais qui, au Japon, fut confondu avec le renard.

Coupeur de cheveux (Kamikiri)

Coupeur de cheveux (Kamikiri)

Peu commun

ka-mi-KI-ri

Le coupeur de cheveux des rues d’Edo

Yōkai des montagnes et des terres sauvagesMieTokyo

Le Kamikiri est un terme générique pour un phénomène qui coupe la chevelure des gens à leur insu. Très répandu comme rumeur dans les villes de l’époque d’Edo, il touche aussi bien les hommes que les femmes. La victime est attaquée à l’improviste dans l’obscurité ou en se rendant aux latrines, et ses cheveux, encore liés en queue ou en chignon, tombent soudain à quelques mètres de là. La créature est rarement aperçue : on parle d’une « chose toute noire » ou d’un être « à l’allure de chat », sans description stable. Son mobile et sa nature restent inconnus, et elle est contée comme une entité invisible.