Le Yako (aussi lu nogitsune) passe pour le plus bas en rang parmi les renards yokai, à l’opposé des renards blancs, ces renards bienveillants vénérés comme messagers du dieu Inari. C’est un renard sauvage ordinaire des collines et des champs qui, avec l’âge, s’est mis à tromper et à posséder les hommes ; dans la hiérarchie des renards de l’époque d’Edo (Tenko, Kūko, Kiko, Yako), il était compté tout en bas.
Alors que les renards supérieurs sont tenus pour des êtres spirituels sans forme, le Yako se distingue comme le seul rang censé conserver un corps de chair visible. D’autant plus proche du monde des hommes, il est depuis longtemps connu pour des méfaits concrets et familiers : égarer les voyageurs, prendre des déguisements pour les effrayer, posséder les gens. On l’écrit aussi yakan, un mot qui désignait à l’origine le chacal dans les écritures bouddhiques[1] mais qui, au Japon, fut confondu avec le renard.
Folklore et légendes
Le nom de Yako est ancien. La topographie de l’époque Sengoku Jinkokuki[2] rapporte que les renards des champs étaient nombreux autour de Shinoda Myōjin, dans la province d’Izumi, et qu’ils ensorcelaient les gens. Cette même forêt de Shinoda est célèbre pour la légende de Kuzunoha, la renarde blanche que l’on dit mère d’Abe no Seimei — mais c’est une renarde vertueuse qui paie de retour la bonté humaine, d’un tout autre rang que le Yako trompeur. Une terre riche en renards a engendré des récits du bien comme du mal.
À l’époque d’Edo, on en vint à distinguer nettement les renards bienveillants au service d’Inari et les Yako qui nuisent aux hommes. Le Yako figure aussi dans les peintures de yokai ; on le voit dans le Hyakkai Zukan[3] de Sawaki Sūshi (1737).
À Kyūshū et dans la région du Chūgoku surtout, le Yako était redouté comme un esprit possesseur qui s’empare des gens. Dans le nord de Kyūshū, être possédé par un yako passait pour provoquer des symptômes semblables à une maladie, tandis que sur l’île d’Iki on l’appelait yakō — une bête semblable à une belette, censée se tapir sous l’aisselle d’une personne pour la posséder. Se faire lécher par lui la cicatrice d’une brûlure ou d’une variole passait pour mortel, et les gens s’en protégeaient avec des moustiquaires, de la cendre de tiges de chanvre et des lames. À Hirado existait l’expression « mille yako en cortège », car on pensait que les renards des champs voyageaient en grandes troupes. Dans le sud de Kyūshū circulaient aussi des traditions de renards possédant certaines lignées familiales de génération en génération — des croyances très proches de celles d’autres lignées possédantes, comme le kuda-gitsune et l’osaki.
Cette version se tourne vers la façon dont le Yako a été évoqué dans le monde bouddhique, et dans le zen en particulier. Le zen possède le terme yako-zen, le « zen du renard sauvage ». C’est un mot d’avertissement pour un état inachevé où, sans être vraiment parvenu à l’éveil, on se croit éveillé.
Il tire son origine du célèbre récit « Baizhang et le renard sauvage », consigné dans le recueil de dialogues zen de l’époque Song, le Mumonkan[4]. Un vieillard venait écouter chaque fois que le maître zen des Tang Baizhang Huaihai (Hyakujō Ekai) prêchait. Un jour, le vieillard révéla son histoire. Jadis, alors qu’il était abbé de ce temple même, on lui demanda si celui qui a atteint l’éveil tombe encore sous la loi de cause à effet (la rétribution karmique), et il répondit : « Il n’y tombe pas. » Pour ce seul mot erroné, il avait été précipité dans le corps d’un renard sauvage durant cinq cents renaissances. Le vieillard implora de Hyakujō la juste réponse. Lorsque Hyakujō la reformula en « Il n’obscurcit pas la cause et l’effet », le vieillard fut délivré de son égarement sur-le-champ, quitta son corps de renard sauvage et atteignit la bouddhéité.
Ici, le renard sauvage devient un symbole d’avertissement — la forme en laquelle se trouve transformé celui qui est tombé dans un éveil bâclé. Bien distinct du renard des champs des villages qui trompe les hommes, le Yako a longtemps survécu jusque dans le langage du zen, comme « le point d’aboutissement d’un savoir à demi mûr ».
Profil du personnage
Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.
Proche du monde des hommes, il se délecte de méfaits familiers comme la tromperie et la possession. Il se déplace en troupe et garde rancune.
Affinités
En conflit avec les humains en général ; faible face aux exorcistes et aux desservants de sanctuaire
Capacités
se transformer en personnes et en objetsdes glamours comme égarer les voyageurs, l’argent fantôme et les feux folletsposséder des personnes, des lignées familiales et du bétailse déplacer en grandes troupes et semer le tumulte
Faiblesses
La prière et les rites ésotériques
les protections par les armes blanches
la cendre de tiges de chanvre
la flamme pure et les invocations shintō
Habitat
Autour des sanctuaires des collines et des champs, le satoyama et les diguettes des chemins, les sites légendaires près de Shinoda à Izumi, et les villages du nord de Kyūshū, d’Iki et du sud de Kyūshū
Le diagramme ci-dessous est un graphique d'évaluation diagnostique pour Le Yako — renard inférieur des troupes de Kyūshū. Plus la valeur de chaque élément est élevée, plus cette caractéristique est fortement exprimée.
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