Le Kiko est un esprit-renard qui, ayant approfondi ses pouvoirs au fil de longues années, a fini par abandonner son corps de chair pour devenir un être de pur « ki » (souffle vital). Les essais de l’époque d’Edo répartissent les rangs des renards en quatre degrés — Tenko, Kūko, Kiko et Yako[1] — et placent le Kiko à l’avant-dernier, juste au-dessus du modeste Yako. Là où le Yako est le seul des quatre à conserver un corps de chair visible, tout renard à partir du Kiko est tenu pour un être spirituel et sans forme ; le Kiko se tient précisément sur cette ligne de partage — le renard posté au seuil où la bête cède la place à l’esprit. Le Kūko, un rang plus haut, posséderait environ le double de sa puissance.
Son nom même, « ki », dit une créature qui a déjà perdu sa forme pour devenir comme un souffle d’air. Il garde pourtant le pouvoir de posséder les hommes et de les égarer, et en cela il diffère par nature des Tenko et Kūko supérieurs, qui ne se mêlent pas à la légère des affaires humaines.
Folklore et légendes
L’idée qu’un renard gagne en puissance à mesure qu’il vieillit, jusqu’à rejeter sa forme même, remonte à l’ancien livre chinois des merveilles, le Xuanzhongji[2]. On y dit qu’un renard peut se changer en femme à cinquante ans, en belle femme à cent ans, et communier avec le ciel une fois passé le millénaire. Portée au Japon, cette idée d’un « rang qui s’élève avec les années » a donné la conception qui classe les renards en Tenko, Kūko, Kiko et Yako[3].
Ce sont les essais des lettrés d’Edo qui ont couché ces quatre rangs par écrit. Le Yūhisai Sakki[1] de Minagawa Kien a consigné le premier cet ordre, après quoi le Zen’an Zuihitsu[4] d’Asakawa Zen’an et le Hokusō Sadan[5] de Tachibana Nankei l’ont fait connaître plus largement. Dans ce schéma, le Kiko se situe entre le Yako de chair et les Kūko et Tenko, parvenus presque au rang des immortels.
Comme le Kūko, cependant, le Kiko n’a laissé presque aucune légende concrète attachée à une forme ou à un événement précis. C’est que le Kiko est moins une créature unique et singulière qu’un nom marquant un degré — « un renard d’à peu près ce rang ». Quand les contes parlent de possession par le renard, le coupable est tantôt dit simple Yako, tantôt Kiko ayant gagné un surcroît de puissance — et c’est dans de tels récits que la silhouette du Kiko se dessine vaguement.
Cette version creuse le rôle que tient le Kiko parmi les quatre rangs des renards : celui d’une frontière.
La hiérarchie des renards n’est pas un simple ordre de force, mais une échelle unique par laquelle la bête se rapproche pas à pas de l’esprit et du dieu. L’échelon où se tient le Kiko est précisément la couture qui sépare « le Yako de chair » des « Kūko et Tenko sans forme »[3]. Là où le Yako est connu pour ses méfaits visibles — égarer les voyageurs, prendre une apparence pour les duper — le Kiko, ayant déjà quitté son enveloppe, tourne son action vers le dedans : posséder un être, troubler son cœur. La conception selon laquelle le renard des récits de possession n’est pas un simple Yako mais un Kiko d’un plus haut accomplissement plonge ici ses racines.
Une autre chose se laisse voir chez le Kiko : l’inachèvement. Tandis que le Kūko détient le double de sa puissance et devient bientôt Tenko pour quitter le monde des hommes, le Kiko ne peut encore rompre ses liens avec eux. Oscillant entre l’instinct de la bête et le détachement d’un dieu, trompant et possédant tour à tour, il est en un sens un renard encore à mi-chemin de son ascèse. Si les renards supérieurs veillent en silence sur le monde, le Kiko est celui qui, plus proche que tous des hommes, se débat encore[4].
Profil du personnage
Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.
Bien qu’il ait perdu sa forme, il ne peut renoncer au monde des hommes — il les possède, il les trompe. Il n’atteint jamais le détachement serein des renards supérieurs, mais oscille entre l’instinct de la bête et la dignité d’un dieu.
Affinités
Ceux qui sont à mi-chemin d’une transformation, portant à la fois le doute et l’élan
Capacités
Dérive sans forme, tel un souffle de kiPossède les hommes (possession par le renard)Se métamorphose pour les égarerUne puissance d’un degré au-dessus du Yako
Faiblesses
Une puissance bien inférieure à celle des Kūko et Tenko supérieurs
Incapable encore de trancher son attachement au monde des hommes
Dépourvu de légende propre, il ne reste guère qu’un nom de catégorie
Habitat
La frontière entre les collines sauvages et le monde des esprits ; les villages où l’on conte la possession par le renard
Le diagramme ci-dessous est un graphique d'évaluation diagnostique pour Le Kiko — renard de rang moyen devenu un souffle de « ki ». Plus la valeur de chaque élément est élevée, plus cette caractéristique est fortement exprimée.
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