YOKAI.JP

Renard à neuf queues

Kyubi no Kitsune

Renard à neuf queues

Renard à neuf queues

Son âme vous écoute — adressez-lui la parole et elle vous répondra.

Description de base

Le renard à neuf queues est un esprit-renard qui aurait vécu si longtemps et accumulé une telle puissance que sa queue se serait divisée en neuf. Mais son nom ne désigne pas seulement un renard doté de nombreuses queues. Dans l'imaginaire japonais des yokai, il est la plus vaste figure du renard: il relie le culte du renard, la foi d'Inari, la possession par les renards, les récits de beautés qui ébranlent le pouvoir, et la grande ligne narrative allant de Tamamo-no-Mae à la pierre meurtrière Sesshoseki.

Son origine renvoie à la Chine ancienne. Dans le Nanshan jing du Shanhai jing, le mont Qingqiu abrite une bête semblable à un renard, pourvue de neuf queues, poussant un cri d'enfant et dévorant les humains. Ce renard est monstrueux; pourtant, dans la Chine ancienne, le renard à neuf queues pouvait aussi être un animal de bon augure, signe d'un âge pacifié. Les textes chinois et japonais ultérieurs ont superposé le renard faste et le renard qui égare, faisant du renard à neuf queues à la fois une bête sacrée et un esprit capable de perdre un royaume[2].

Au Japon, les traditions du renard se sont déployées dans deux directions. D'un côté se trouve le renard blanc, messager d'Inari, protecteur des champs, du commerce et de la prospérité domestique. Selon Fushimi Inari Taisha, Inari serait descendu sur le mont Inari en 711; la foi d'Inari s'étend aujourd'hui à quelque trente mille sanctuaires dans tout le pays[3]. De l'autre côté se trouvent les renards sauvages et les esprits possesseurs qui trompent les humains, s'attachent aux maisons ou dominent un terroir: yako, kuda-gitsune, osaki, izuna et d'autres encore[4]. Le renard à neuf queues se tient entre ces deux pôles. Il possède la noblesse presque divine du renard blanc, mais aussi le danger de pénétrer la société humaine de l'intérieur et d'en ébranler le pouvoir.

Au Japon, ce sont surtout les récits de Tamamo-no-Mae et de la Sesshoseki qui ont fixé son image. Tamamo-no-Mae est une beauté sans égale aimée de l'empereur retiré Toba; découverte comme renarde, elle fuit vers Nasu, est tuée, puis devient une pierre venimeuse. Ces trois noms sont liés, mais ne sont pas synonymes. Le renard à neuf queues est la vraie forme; Tamamo-no-Mae est l'incarnation de cour; la Sesshoseki est ce qui reste après la mort. Une fois ces étapes jointes, le renard n'est plus seulement un animal qui dupe les hommes. Il devient un grand esprit-renard portant la beauté, l'intelligence, la politique, la mort et l'apaisement rituel[5][6].

Folklore et légendes

Les histoires de renards et d'humains étaient profondément implantées au Japon bien avant l'identification du renard à neuf queues avec Tamamo-no-Mae. Le Nihon Ryoiki contient un récit d'épouse-renarde: un homme de la province de Mino rencontre une femme dans les champs, l'épouse, a un enfant avec elle, puis apprend qu'elle est en réalité une renarde. Le récit explique le mot kitsune par l'invitation de la femme à "venir dormir"; ce n'est qu'un jeu de mots tardif, non une véritable étymologie, mais l'histoire montre que le renard fut très tôt imaginé comme un être capable d'entrer dans la maison humaine et d'y laisser amour et séparation.

Ce renard familier devient sacré dans la foi d'Inari. Le renard blanc d'Inari n'est généralement pas la divinité elle-même, mais un serviteur ou un messager de la volonté divine. Les statues de renards blancs peuvent tenir dans leur gueule un épi de riz, un rouleau, une clé ou un joyau: autant de signes qui font du renard un médiateur de récolte, de parole, de grenier et de trésor. Le renard à neuf queues n'est pas étranger à cette élévation du renard. L'idée que les vieux renards gagnent en puissance et que le nombre de queues indique le rang appartient au même imaginaire que les tenko, kuko, kiko et yako. Les neuf queues en marquent le sommet.

Mais le renard a tout autant inspiré la peur. Kuda-gitsune au Shinano, osaki dans le Kanto, izuna au Tohoku et d'autres esprits semblables pouvaient apporter la richesse à une maison tout en reportant le malheur sur une autre[4]. La possession par le renard s'est aussi mêlée à la maladie, aux comportements étranges et à la discrimination envers certaines familles. Ce qui rend le renard à neuf queues effrayant n'est donc pas seulement le nombre de ses queues. C'est sa capacité à s'approcher, à entrer dans les affects et les institutions, et à agir depuis un lieu où il devient difficile de le déloger.

La légende de Tamamo-no-Mae a porté cette double nature au coeur du récit de cour. Le nom de Tamamo-no-Mae apparaît dans le récit historique de l'époque Nanbokucho Shinmei-kyo, et l'otogi-zoshi de Muromachi Tamamo no Soshi donne la forme d'une beauté savante au service de l'empereur retiré Toba, finalement découverte comme renarde. Pourtant, à ce stade, elle n'est pas nécessairement à neuf queues. Comme l'a montré Terashima Shuichi, Tamamo no Soshi parle d'une renarde âgée de quatre-vingt mille ans avec deux queues; la Tamamo à visage blanc, pelage doré et neuf queues ne se stabilise que bien plus tard, à la fin d'Edo[2].

Les traditions de Daji en Chine, de Kayo-fujin en Inde et de Tamamo au Japon ont ensuite été cousues ensemble dans la fiction populaire. Le Ehon Sangoku Yofuden de Takai Ranzan, publié entre 1803 et 1805, bâtit le grand récit d'un même esprit-renard passant par l'Inde, la Chine et le Japon pour perdre des souverains. Le renard à neuf queues des trois pays n'est donc pas un archétype antique demeuré intact. C'est une construction de la littérature populaire japonaise moderne, assemblée à partir de plusieurs traditions.

La Sesshoseki a donné au renard une vie après sa mort. Dans la pièce de noh Sesshoseki, un moine rencontre à Nasu une femme du pays; après qu'elle lui a raconté l'histoire de la pierre, l'esprit du renard apparaît depuis celle-ci. Par la puissance rituelle de Genno, l'attachement est apaisé, la pierre se brise et l'esprit se tourne vers le salut. La tradition officielle de la ville de Nasu identifie également la pierre au renard à neuf queues transformé, superposant l'odeur du soufre, l'Oku no Hosomichi de Basho et la mémoire d'un site classé sur le même rocher[6]. Le renard n'est plus seulement un ennemi tué; il devient un esprit dont le poison reste dans le sol et doit être calmé.

Dans l'image, Tamamo-no-Mae devint un sujet où la beauté et le renard coexistent. Dans Abe Yasuchika priant sur Tamamo-no-Mae d'Utagawa Kuniyoshi, neuf rais de lumière s'ouvrent derrière elle: elle demeure une beauté de cour, mais l'image signale le renard à neuf queues caché derrière elle. Miroirs, surfaces d'eau, auréoles et lumières en forme de queues servent à montrer l'écart entre la femme visible et la vraie forme dissimulée.

Le renard à neuf queues porte donc au moins trois couches: le renard classique chinois, à la fois bête sacrée et bête étrange; le folklore japonais du renard, avec l'épouse-renarde, le renard blanc d'Inari et la possession; enfin la tradition littéraire et scénique de Tamamo-no-Mae et de la Sesshoseki, du noh et des yomihon au joruri, au kabuki et à l'ukiyo-e. Sa force vient de ce qu'il n'est pas seulement une belle femme maléfique. Le renard blanc secourable et le renard destructeur, la bête de bon augure et le présage de ruine, l'incarnation et la pierre d'après la mort, la foi et le récit restent noués dans une seule figure.

Cartes de Yokai3

Renard à neuf queues dans plusieurs styles artistiques

Galerie de cartes

Explication détaillée

Le "renard à neuf queues au visage blanc et au pelage doré" est bien cela: un esprit-renard au visage blanc, au poil d'or et aux neuf queues. Aujourd'hui, on l'identifie presque automatiquement à la vraie forme de Tamamo-no-Mae, mais cette image ne s'est pas imposée d'un seul coup. Elle est née de la fusion de plusieurs lignes: le renard à neuf queues des classiques chinois, le récit de Daji devenue renarde à neuf queues, la légende japonaise de Tamamo-no-Mae et la tradition de la Sesshoseki de Nasu.

L'ancien renard à neuf queues n'était pas nécessairement mauvais. Le Shanhai jing fait du renard de Qingqiu une bête mangeuse d'hommes, mais le renard à neuf queues était aussi traité en Chine comme un animal de bon augure, et le Japon reçut l'idée qu'il pouvait être une bête sacrée[2]. Les neuf queues ne marquaient donc pas une simple méchanceté. Elles signalaient l'extrême de la puissance venue d'ailleurs. Cette puissance pouvait bénir la royauté ou la détruire; le malaise tient à cette ambivalence.

Tamamo-no-Mae non plus n'a pas toujours été le renard à neuf queues au visage blanc et au pelage doré. Shinmei-kyo donne son nom, et Tamamo no Soshi raconte la beauté au service de l'empereur retiré Toba qui est découverte comme renarde. Mais, dans cette forme ancienne, la renarde a deux queues. Terashima Shuichi souligne que près de quatre siècles de réécriture séparent ce récit de l'identification forte de Tamamo au renard à neuf queues[2]. Sans cet intervalle, l'histoire de la refonte de la légende disparaît.

Le changement décisif fut la jonction entre la renarde de Daji et Tamamo. Le récit où Daji, favorite du roi Zhou des Shang, devient une renarde à neuf queues s'est amplifié dans les commentaires et les fictions chinoises, puis a atteint le Japon. À la fin d'Edo, les yomihon japonais relièrent Daji, l'Indienne Kayo-fujin et Tamamo-no-Mae comme vies antérieures et incarnations d'un même renard. Ehon Sangoku Yofuden fut décisif: un même esprit-renard y ensorcelle les souverains de l'Inde, de la Chine et du Japon, et Tamamo devient la manifestation japonaise du renard à visage blanc et pelage doré.

La Sesshoseki donna au renard une histoire après sa mort. Dans le noh Sesshoseki, la pierre n'est pas un simple rocher empoisonné, mais le lieu où demeure l'esprit d'une renarde encore retenue par son obsession. Le moine la brise et l'apaise par sa puissance rituelle, transformant la mise à mort du renard en salut. La tradition officielle de Nasu raconte elle aussi que la pierre est le renard venu d'Inde et de Chine, et rattache la légende au paysage sulfureux que Basho décrivit dans l'Oku no Hosomichi[6]. Tamamo-no-Mae ne s'achève pas lorsqu'elle est démasquée à la cour; elle demeure à Nasu sous forme de pierre.

La peinture et la scène ont rendu cette double nature visible. Après la pièce de marionnettes de 1751 Tamamo-no-Mae Asahi no Tamoto, Tamamo reparut souvent dans le joruri et le kabuki comme un rôle à la fois beauté absolue et esprit-renard. Dans Abe Yasuchika priant sur Tamamo-no-Mae d'Utagawa Kuniyoshi, neuf faisceaux de lumière s'ouvrent derrière la beauté, plaçant dans la même image la grâce de cour et la vérité vulpine. Miroirs, eaux réfléchissantes, auréoles devenues queues: tout sert à montrer que Tamamo peut être percée à jour.

La terreur du renard au visage blanc et au pelage doré ne vient pas de ses dents ni de ses griffes, mais du fait qu'il apparaît d'abord comme beauté et intelligence. Il connaît les textes bouddhiques, les classiques chinois, le waka et la musique de cour; il répond sans hésiter et gagne confiance et affection. Il n'envahit pas de l'extérieur: on l'invite au centre. C'est pourquoi la force ne suffit pas à le démasquer. Divination, prière, miroir, eau, et récits qui le redisent sont ce qui fait apparaître le renard caché.

Pourtant, il n'est pas un ennemi totalement étranger. Il vient du même imaginaire que le renard blanc d'Inari, les hiérarchies de tenko et de kuko, la tendresse des épouses-renardes et la peur de la possession. En Tamamo-no-Mae, il fait vaciller le pouvoir; en Sesshoseki, il laisse le poison dans la terre. Mais on l'apaise, on le vénère, on le peint, on le joue, on le garde en mémoire. Le renard à neuf queues au visage blanc et au pelage doré n'est pas le mal effacé: c'est le mal que l'on continue de raconter après sa défaite.

Profil du personnage

Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.

Type de Yōkai
Yōkai traditionnels
Caractère
Un grand esprit-renard au visage blanc, au pelage doré et aux neuf queues. Devant les humains, il apparaît comme une beauté sans pareille et une femme d'un grand savoir, capable d'entrer au coeur du pouvoir par la langue, l'érudition et l'affection. Il n'est pas mal pur: il porte à la fois la sainteté d'une bête faste et le danger d'un renard qui peut renverser un royaume.
Affinités
Lecteurs attirés par les classiques, le noh, les yomihon et l'ukiyo-e; personnes qui perçoivent le politique sous l'élégance; esprits fascinés à la fois par le culte du renard et les légendes du pouvoir royal.
Capacités
Se changer en beauté sans pareilleGagner la confiance de la cour par l'érudition et l'éloquenceInsinuer son aura de renard dans la maladie, l'obsession et le désirCacher sa vraie forme jusqu'à ce qu'un miroir ou l'eau la révèleLaisser poison et légende sous la forme de la Sesshoseki après la mort
Faiblesses
Divination, prière et rites de soumission des onmyoji; vraie forme reflétée par un miroir ou l'eau; puissance rituelle des moines qui brisent et apaisent la Sesshoseki; étude critique qui montre comment la légende a été assemblée.
Habitat
La cour de l'empereur retiré Toba, le Seiryoden, la plaine de Nasu en Shimotsuke, la Sesshoseki de Nasu Yumoto, et les mondes du noh, des yomihon, du joruri, du kabuki et de l'ukiyo-e

🔮Test de compatibilité yokai

💕Test du yokai amoureux

Pour plus d'informations détaillées et de résultats de diagnostic sur Renard à neuf queues au visage blanc et au pelage doré, veuillez cliquer ici.

Sources et références

12
  1. 山海経 [古典文献]『山海経』南山経・青丘山条。青丘山に棲む九尾狐を記す、九尾狐伝承の古典的典拠。
  2. 玉藻前はいつから九尾の狐になったのか寺島修一(武庫川女子大学, 2018) [研究] Référence室町の御伽草子では尾二つの古狐で、九尾化と大陸前世譚の統合は江戸後期と論じる研究。
  3. 伏見稲荷大社とは伏見稲荷大社(伏見稲荷大社, 現代) [社寺公式]伏見稲荷大社による稲荷信仰の公式解説。和銅4年の鎮座伝承と、全国に広がる稲荷社の規模に触れる。
  4. 狐の日本史中村禎里(日本エディタースクール出版部, 2001) [研究書]狐の霊力・狐憑き・稲荷信仰の受容史を史料と現地調査で検証。管狐・オサキ・イズナの地域差を扱う。
  5. 神明鏡(天文9年(1540年)) [古典文献] Référence
  6. 国指定名勝 殺生石と那須伝説(栃木県那須町, 2014) [自治体資料] Référence那須町による殺生石伝説と史跡の解説。那須野の九尾狐伝承、火山ガス、国指定名勝としての殺生石に触れる。
  7. 日本霊異記景戒((日本最古の仏教説話集), 9世紀前半) [古典文献]景戒による平安初期の仏教説話集。狐女房譚など、古代日本の狐に関する説話を伝える。
  8. 玉藻の草子著者不詳((御伽草子), 室町時代) [古典文献]室町時代の御伽草子。鳥羽院に仕える美女玉藻前が狐と見破られる筋を伝える、玉藻前伝説の主要典拠。
  9. 絵本三国妖婦伝高井蘭山((江戸期読本), 1803-1805) [古典文献]高井蘭山による江戸後期の読本。天竺・唐土・本朝を渡る妖狐譚として妲己・華陽夫人・玉藻前を結びつける。
  10. 殺生石(謡曲)作者未詳(世阿弥作とも)((能・上演記録は1503年『実隆公記』), 室町時代) [古典文献]那須野の殺生石に宿る狐の霊と、僧による鎮魂を描く能の演目。玉藻前伝説と殺生石を結びつける重要な典拠。
  11. 阿部安近祈玉藻前(歌川国芳)歌川国芳((浮世絵), 1833(天保4)) [図像資料]陰陽師の鏡に九尾の狐の正体が映る構図を描いた浮世絵。
  12. 玉藻前曦袂浪岡鯨児・浅田一鳥・安田蛙文ほか((人形浄瑠璃・豊竹座初演), 1751) [古典文献] Référence玉藻前を主人公とする人形浄瑠璃。1806年の増補版が文楽で現行上演される。

Intéressé par ce type de yōkai ?

Découvrez le yōkai le plus similaire à votre personnalité avec notre diagnostic

Commencer le diagnostic

Rencontrez votre yōkai gardien au sanctuaire

Tirez un omikuji et découvrez le yōkai qui veille sur vous aujourd'hui.