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Yuki-onna(ゆきおんな)

Description de base

La yuki-onna est une apparition féminine qui surgit dans les nuits de neige, les chemins de montagne pris par le blizzard et les villages ensevelis sous le blanc. On connaît bien la jeune beauté vêtue de blanc qui glace les humains de son souffle, mais cette image ne suffit pas à la définir. À Tateshina, dans la préfecture de Nagano, on racontait une « femme-esprit de la neige accumulée » qui ne faisait aucun mal et qui, la nuit, couchait au-dessus d’un ravin un grand arbre abattu pour en faire un pont. Un témoignage de Niigata évoque au contraire une femme qui laisse dans la neige nocturne des empreintes ponctuées de sang et tue ceux qu’elle rencontre. En Akita, c’est une femme au visage lisse et sans relief ; à Shōwa, dans la préfecture de Gunma, elle sert de menace pour faire dormir les enfants qui pleurent ou refusent de dormir ; à Wakasa, dans la préfecture de Tottori, c’est une femme blanche qui paraît portée par les fortes chutes de neige. Sous un même nom voisinent ainsi un esprit secourable, une rencontre meurtrière, une formule pour endormir les enfants et une silhouette à peine aperçue.

L’histoire du nom commence dans le haïkaï, avant les recueils de récits étranges. L’un des premiers exemples imprimés dont l’année est établie se trouve dans Takatsukuba, compilé par Yamamoto Seibu et publié en 1642 ; les recueils Kebukigusa, Yamanoui, Konzan-shū et Masuyamai emploient ensuite à leur tour « yuki-onna ». La comparaison d’une blancheur ou d’une forme neigeuse à une femme a d’abord nourri l’esprit du haïkaï, avant de désigner plus nettement une présence surnaturelle.

Le cinquième livre de Sōgi shokoku monogatari, paru en 1685, décrit en Echigo une jeune femme blanche d’environ un jō, debout près de bambous. Son visage, ses cheveux, sa peau et même son kimono sans doublure paraissent translucides de blancheur ; un compagnon explique qu’elle est un esprit de la neige ayant pris forme humaine. Malgré le nom de Sōgi dans le titre, ce texte n’est pas le récit de voyage d’un maître de renga du XVe siècle : c’est un kana-zōshi de 1685 qui emprunte la figure du voyageur pour raconter les merveilles des provinces.

Le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi (1737) et le Gazu hyakki yagyō de Toriyama Sekien (1776) ont placé la yuki-onna dans l’image comme un yōkai nommé parmi d’autres. Chez Sekien, la planche ne porte que son nom : elle ne dit rien d’un souffle qui gèle, d’une séduction des hommes ou d’une faiblesse face au feu. Les images de yōkai ont rendu sa silhouette plus facile à partager, sans lui attribuer d’un seul coup tous les récits apparus plus tard.

L’histoire aujourd’hui la plus représentative est « Yuki-Onna », publiée par Lafcadio Hearn dans Kwaidan en 1904. Dans une cabane de passeur battue par la tempête, la yuki-onna tue de son souffle blanc le vieux bûcheron Mosaku, épargne le jeune Minokichi et lui ordonne de garder le silence. L’hiver suivant, elle reparaît sous les traits d’une voyageuse, O-Yuki, devient son épouse et élève dix enfants avec lui. Quand Minokichi raconte la nuit interdite, elle révèle son identité ; mais, pour leurs enfants, elle lui laisse la vie et s’en va sous forme de brume blanche. Mariage, secret, tendresse maternelle, promesse rompue et séparation ont donné à l’O-Yuki de Hearn une force singulière ; ils ne caractérisent pas toutes les yuki-onna recueillies au Japon.

La force du nom « yuki-onna » tient à ce qu’il ne se ferme pas sur un seul scénario. La neige efface les chemins, absorbe les sons et change les distances comme les contours. Selon les lieux et les époques, on y a vu une jeune femme, une mère, un visage immense ou une ombre mouvante. C’est l’ensemble de ces formes superposées qui compose la yuki-onna.

Folklore et légendes

Lorsqu’on suit les premières traces de la yuki-onna, on rencontre d’abord non un long récit de fantômes, mais le haïkaï, qui transforme un paysage de neige en quelques mots. Takatsukuba, publié en 1642, contient le vers « S’il en est une, la femme des neiges aussi est blanche et brillante » ; les occurrences se poursuivent dans Kebukigusa (1645), Himuro-mori (1646), Yamanoui (1648), Konzan-shū (1651) et Gyokkaishū (1656). Konzan-shū réunit plusieurs vers sous le thème de la yuki-onna, et Masuyamai (1667) la classe parmi les haigon, des mots familiers du haïkaï plutôt que de la langue traditionnelle du waka.

Une pièce de danse kōwakamai, Fushimi Tokiwa, offre aussi un ancien candidat : la dame Tokiwa, enfouie sous la neige, y est comparée à une « femme des neiges ». Il ne s’agit pas d’une rencontre avec un monstre, mais d’une métaphore appliquée à une personne. L’ancienneté d’un mot, la première trace d’une apparition et l’élaboration d’un récit n’obéissent donc pas au même calendrier.

Un livre illustré intitulé Yuki onna monogatari a paru en 1665. Le titre est attesté, mais le contenu de toutes les pages rendues publiques n’a pas encore été vérifié ; on ne peut donc pas décider qu’il relève de la même lignée que l’esprit blanc des récits ultérieurs. Le nom pouvait accueillir, à l’époque d’Edo, des comparaisons poétiques, des mariages entre espèces, des combats contre des êtres étranges, des esprits de la neige et d’autres présences féminines.

Dans le cinquième livre de Sōgi shokoku monogatari (1685), la yuki-onna prend nettement la forme d’une rencontre de voyage. Une femme d’environ un jō se tient devant des voyageurs en Echigo, le dos aux bambous. Elle paraît avoir moins de vingt ans ; visage, cheveux, peau et kimono blanc sans doublure semblent tous transparents de blancheur. Un compagnon la reconnaît comme l’esprit de la neige métamorphosé ; l’illustration mesure ce corps blanc, hors de l’échelle humaine, aux bâtiments et aux bambous.

Kokon hyaku monogatari hyōban (1686) commence par demander si, alors que le mot yuki-onna est devenu courant dans les vers de haïkaï, une telle chose existe réellement. Le nom s’était donc diffusé avant que l’on discute la logique surnaturelle qui devait lui correspondre. Cela rappelle que les yōkai ne passent pas nécessairement d’une tradition orale ancienne au livre : ils ont aussi grandi dans les résonances entre réunions de haïkaï, récits étranges et imprimerie.

Au XVIIIe siècle, la yuki-onna rejoint la série des rouleaux et des livres d’images. Le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi (1737) aligne trente yōkai en couleurs et compte la yuki-onna parmi eux. Dans la première partie, section yang, du Gazu hyakki yagyō (1776), Sekien inscrit « Yuki-onna » près d’une femme dont les manches se soulèvent sur une pente enneigée. Sans long commentaire explicatif, l’image partage moins un inventaire de pouvoirs que la vision même d’une femme debout dans la neige.

Les sources folkloriques modernes font de nouveau éclater cette silhouette unique en formes locales. La yuki-onna d’Akita, recensée en 1928, a le visage lisse et sans relief. À Tateshina, en 1931, elle ne cause aucun dommage et jette durant la nuit un grand tronc à travers un ravin. À Niigata, en 1939, on raconte des empreintes sanglantes et une mort au terme de la rencontre. À Shōwa, dans la préfecture de Gunma, en 1956, la femme en vêtement blanc qui emporte les enfants qui pleurent sert de menace pour les faire dormir. À Wakasa, dans la préfecture de Tottori, une brève note de 1966 dit seulement qu’une femme blanche paraît portée par une grande chute de neige. Ce ne sont pas des variantes régionales d’une même intrigue, mais des récits distincts nés de vies différentes dans les pays de neige.

La frontière avec les apparitions voisines varie elle aussi selon les lieux. Dans l’Aizu, la yuki-onna est recensée sous la forme d’une ubume, ce qui la fait croiser les récits où l’on confie un enfant à porter. À Iwaki, la yuki-jorō précipite dans une vallée enneigée celui qui se retourne. Mais ces images ne se superposent que dans certaines régions : elles ne font pas de l’ubume l’origine de toutes les yuki-onna. Yuki-baba, yukinba, yuki-nyūdō et tsurara nyōbō partagent parfois des motifs — figures humaines dans la neige, mariage avec un être d’une autre nature — sans être pour autant de simples autres noms de la yuki-onna.

En 1894, Hearn nota en Izumo une yuki-onna inoffensive : elle levait hors de la neige un immense visage blanc et, la nuit, se dressait plus haut que les arbres ; dans une note, il rapportait aussi la rumeur d’une belle apparition qui attire les jeunes hommes en lieux solitaires et boit leur sang. Hearn connaissait donc déjà deux extrêmes comme des récits distincts : un visage géant sans malice et une beauté vampirique.

La préface de Kwaidan (1904) indique que « Yuki-Onna » fut raconté à Hearn par un paysan de l’ancien village de Chōfu, dans le district de Nishitama, province de Musashi, comme une légende de son pays natal. Cet ancien village appartient aujourd’hui au territoire d’Ōme, à Tokyo, et non à l’actuelle ville de Chōfu. Hearn étend une nuit de neige en une douzaine d’années où Minokichi et O-Yuki fondent une famille : secret, épouse qui ne vieillit pas, dix enfants, amour maternel et séparation dans une brume blanche se cristallisent ainsi dans une œuvre littéraire.

Kwaidan de Masaki Kobayashi et Kaidan yukijorō (1968) de Tokuzō Tanaka ont traduit à l’écran la robe blanche, le souffle froid, la beauté silencieuse et le souvenir interdit. L’O-Yuki issue de Hearn est ainsi devenue une image forte à l’échelle internationale. Mais le nom né du haïkaï, les yōkai des images d’Edo, les récits divergents des régions enneigées, l’O-Yuki de Hearn et les beautés blanches du cinéma ne s’effacent pas les uns les autres : ils composent les couches historiques de la yuki-onna actuelle.

Cartes de Yokai2

Yuki-onna dans plusieurs styles artistiques

Galerie de cartes

Yokai liés

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Explication détaillée

La yuki-onna est-elle un seul yōkai ?

Quand on évoque la yuki-onna, beaucoup imaginent une jeune femme en blanc, aux longs cheveux noirs et au souffle glacé. Pourtant, si l’on distingue les documents selon les dates et les lieux, cette figure apparaît non comme une moyenne de toutes les traditions, mais comme une lignée particulièrement marquante, choisie par la littérature d’Edo, Lafcadio Hearn et le cinéma du XXe siècle.

À Tateshina, la yuki-onna aide les humains en transformant un arbre en pont. À Niigata, elle est une rencontre redoutable qui laisse des empreintes sanglantes ; dans la préfecture de Gunma, elle apparaît dans les mots employés pour faire dormir les enfants. Le témoignage de Wakasa dit seulement qu’une femme blanche vient avec les fortes neiges. Il vaut donc mieux voir dans la yuki-onna un grand nom qui rassemble des présences féminines nées des paysages neigeux qu’un personnage unique : c’est ainsi que sa diversité demeure intacte.

La yuki-onna du haïkaï,
antérieure aux récits de fantômes

Le plus ancien exemple imprimé dont l’année est assurée est un vers de Takatsukuba, publié en 1642. La yuki-onna réapparaît ensuite dans plusieurs recueils de haïkaï ; Konzan-shū en fait un thème en 1651, et Masuyamai un haigon en 1667.

Un haigon est un mot plus familier des associations et de l’humour du haïkaï que de la langue classique du waka. Voir une « femme » dans une crête de neige, une congère ou une silhouette blanchie convoque à la fois la couleur, le vêtement, les pieds cachés et la solitude de l’hiver. La yuki-onna s’est donc formée non seulement dans les histoires effrayantes, mais aussi dans le pouvoir d’un mot à donner une figure humaine au paysage de neige.

En 1685,
une femme d’un jō se dresse en Echigo

Dans le cinquième livre de Sōgi shokoku monogatari, une femme d’un jō — environ trois mètres — se tient en Echigo. Elle semble avoir moins de vingt ans ; son visage, ses cheveux, sa peau et jusqu’à son kimono blanc sans doublure sont blancs comme s’ils étaient transparents. Un compagnon affirme qu’elle est un esprit de la neige métamorphosé. Grande taille, jeune femme, blancheur de tout le corps et esprit de la neige se rencontrent ici dans une même scène.

Sōgi fut un maître de renga itinérant du XVe siècle, mais l’ouvrage connu est un kana-zōshi publié en 1685, près de deux siècles après sa mort. Le livre emprunte le cadre d’un voyageur célèbre pour conduire ses lecteurs vers les histoires curieuses d’Echigo. Lu non comme le témoignage du Sōgi historique, mais comme un récit provincial étrange apprécié à l’époque d’Edo, il retrouve son temps propre et sa saveur.

Illustration de 1685 montrant une femme d’une taille inhabituelle près de bambous, tandis que les habitants d’une demeure lèvent les yeux vers elle.
La yuki-onna dans le cinquième livre de Sōgi shokoku monogatari
Illustration du cinquième livre de Sōgi shokoku monogatari, publié en 1685. Elle représente la femme blanche d’environ un jō rencontrée par les voyageurs en Echigo, en faisant ressortir sa taille par contraste avec la demeure et les bambous.
Sōgi shokoku monogatari, livre V (1685), d’après une image conservée par l’Institut national de littérature japonaise ; Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
作品は保護期間満了。掲載ファイルはCC BY-SA 4.0に基づき、出典とライセンスを明示して使用。
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Quand un nom devient un yōkai singulier

Kokon hyaku monogatari hyōban (1686) demande si, puisque le mot yuki-onna est si fréquent dans le haïkaï, une telle créature existe vraiment. Le nom se diffuse d’abord ; on discute ensuite l’explication surnaturelle qui lui conviendrait. Cet ordre montre que les yōkai ne passent pas nécessairement d’une tradition orale ancienne au livre.

Le Hyakkai zukan (1737) et le Gazu hyakki yagyō (1776) ont fait de la yuki-onna une silhouette nommée parmi d’autres yōkai. En ouvrant un rouleau ou un livre illustré, le lecteur pouvait la reconnaître d’un regard. La femme debout dans la neige gagnait un contour commun, mais Sekien ne lui ajoutait pas de long commentaire : le silence de l’image offrait aussi aux récits ultérieurs un espace où se déposer.

Rouleau de yōkai anonyme représentant en couleurs une femme dans la neige, légendée « Yuki-onna ».
La yuki-onna dans Bakemono-zukushi
Yuki-onna dans Bakemono-zukushi, rouleau de yōkai de date inconnue. L’image a circulé au plus tard à la fin de l’époque d’Edo, sans que l’on puisse fixer une année de création précise.
Auteur inconnu, Bakemono-zukushi, « Yuki-onna » (sans date, au plus tard avant 1868), Brigham Young University ; Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
作品は保護期間満了。掲載ファイルはCC BY-SA 4.0に基づき、出典とライセンスを明示して使用。
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Ni les empreintes,
ni le visage,
ni le corps ne sont uniques

On dit souvent que la yuki-onna n’a pas de pieds ou ne laisse aucune trace. Pourtant, dans le récit de Niigata, ses empreintes ponctuées de sang annoncent précisément son approche. En Akita, on parle d’une femme au visage lisse et sans relief ; la forme entendue par Hearn en Izumo levait hors de la neige un immense visage et, la nuit, se dressait plus haut que les arbres.

La jeune femme en blanc est une image importante, non la clef qui fixe un corps unique. Les traces sur la neige, les contours effacés par le blizzard et le visage même suspendu dans la blancheur nocturne sont devenus, selon les lieux, autant de corps.

La femme qui tue,
l’esprit qui construit un pont

La yuki-onna observée par un ancien de Tateshina était une ombre vacillante, presque onirique ; pendant la nuit, elle couchait à travers un ravin le grand arbre abattu par des bûcherons et en faisait un pont. Cette histoire ne pose aucune règle selon laquelle voir la yuki-onna mènerait nécessairement à la mort.

À Niigata, elle tue ceux qui la rencontrent ; la yuki-jorō d’Iwaki précipite dans une vallée enneigée celui qui se retourne. Ravins, chemins nocturnes, neige profonde et blizzards qui dérobent la vue font partie de la vie des pays de neige. La yuki-onna donne une forme humaine à ces dangers, mais aussi à la force que porte la neige et à l’aide inexplicable du travail de montagne.

Entre l’ubume,
la yuki-baba et la yuki-jorō

Dans l’Aizu, la yuki-onna est recensée sous l’apparence d’une ubume. Les récits où une femme demande qu’on porte son enfant et où celui-ci devient de plus en plus lourd rejoignent ainsi l’ubume, la femme morte en couches ou qui confie son enfant. Cela reste toutefois une rencontre d’images propre à certains lieux : il ne faut pas faire de l’ubume l’origine de toute yuki-onna.

Yuki-baba et yukinba sont associées à la vieille femme, à une jambe unique, au rapt des enfants ou à la visite de l’hiver. Yuki-jorō peut être un autre nom de yuki-onna, ou le nom autonome d’une apparition dans une région ou une œuvre. Tsurara nyōbō raconte un mariage avec une femme qui disparaît avec le redoux ou la fonte des neiges. Ces figures éclairent la yuki-onna par comparaison ; la parenté des noms ne les fond pas dans une même famille.

Les deux visages que Hearn avait déjà recueillis

Dans Glimpses of Unfamiliar Japan (1894), Hearn rapporte d’un vieil homme d’Izumo une yuki-onna géante et inoffensive ; une note mentionne aussi une belle apparition, de lieu et de conteur inconnus, qui attire les jeunes hommes dans des endroits solitaires et boit leur sang. L’une fait surgir de la neige un immense visage blanc et ne fait que surprendre ; l’autre conduit les hommes à l’écart.

La seconde ressemble à la yuki-onna moderne qui séduit les hommes et leur dérobe leur force vitale. Mais Hearn la présente comme une tradition isolée, sans région ni informateur identifiés. L’intérêt de ce double tableau n’est pas de choisir la « vraie » forme : il révèle qu’à la fin du XIXe siècle les images de la yuki-onna étaient déjà divisées.

« Yuki-Onna » (1904) et le temps d’une famille

Dans la préface de Kwaidan, Hearn écrit avoir entendu cette histoire d’un paysan du village de Chōfu, dans le district de Nishitama, province de Musashi, qui la tenait de son pays natal. Le récit commence dans une cabane de passeur battue par le blizzard. La yuki-onna tue Mosaku de son souffle blanc, ordonne au jeune Minokichi de ne parler à personne de cette nuit, puis disparaît.

L’hiver suivant, Minokichi rencontre une voyageuse nommée O-Yuki. Ils se marient et élèvent dix enfants, mais O-Yuki ne vieillit pas. Au cours d’une nuit de neige, le mari raconte ce souvenir ancien ; son épouse révèle alors le visage de la yuki-onna. Elle devrait tuer son mari pour avoir rompu sa promesse, mais elle lui laisse la vie pour leurs enfants endormis et disparaît sous forme de brume blanche par l’ouverture d’évacuation des fumées du toit.

D’une terreur d’une seule nuit, la yuki-onna devient ici une épouse, une mère et une créature d’un autre monde gardienne d’un secret. Parce que le bonheur familial a duré, la découverte de son identité ne mène pas à une simple victoire sur un monstre, mais à une séparation irrémédiable. Cette durée donne à l’O-Yuki de Hearn une présence forte, distincte des récits locaux.

Frontispice de 1904 montrant la yuki-onna en robe blanche qui se penche vers un bûcheron allongé dans une cabane de passeur et exhale un souffle glacé.
Takeuchi Keishū, « Blowing Her Breath upon Him »
Frontispice de la première édition de Kwaidan (1904), par Takeuchi Keishū. La yuki-onna se penche vers un homme étendu et souffle son haleine blanche.
Takeuchi Keishū, « BLOWING HER BREATH UPON HIM », frontispice de Kwaidan, première édition (1904) ; Wikimedia Commons, Public Domain.
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Comment la belle en blanc est devenue l’image dominante

Le frontispice de l’édition originale de 1904, par Takeuchi Keishū, montre une femme blanche penchée vers un homme couché et soufflant sur lui. Beauté de la yuki-onna, victime et souffle blanc : le cœur du récit est concentré dans une seule image.

Kwaidan de Masaki Kobayashi adapte le récit de Hearn par des paysages de neige artificiels, des mouvements silencieux et des couleurs intenses. Kaidan yukijorō de Tokuzō Tanaka met lui aussi en images le blizzard, le souffle blanc, la mort du vieillard et l’injonction faite au jeune homme de se taire. Ces deux films montrent déjà qu’une même trame héritée de Hearn peut donner des yuki-onna différentes par la couleur, le rythme et l’expression de la femme. L’image actuelle n’est donc pas un modèle figé, mais une histoire de noms et de récits relus par chaque médium.

Les visages que la neige façonne selon les lieux

La neige couvre le relief, efface les chemins, brouille les distances et absorbe les sons. Arbres, maisons et silhouettes humaines changent de taille selon le jour ou la nuit, la force du vent et l’épaisseur du manteau neigeux. Le haïkaï a lié ces métamorphoses au mot « femme » ; les récits de fantômes en ont fait la peur d’une rencontre, les images de yōkai une silhouette, les paroles locales les dangers et la vie de chaque lieu.

Ce qui enrichit la yuki-onna n’est pas une liste plus longue de pouvoirs communs. C’est de laisser à la femme d’un jō d’Echigo, à l’esprit qui bâtit un pont à Tateshina, aux empreintes sanglantes de Niigata, aux formules destinées à faire dormir les enfants à Gunma, au visage géant d’Izumo et à l’O-Yuki de Musashi leur temps et leur lieu. Lorsque ces formes diverses résonnent sous un même nom, la yuki-onna dépasse un personnage unique et devient la longue histoire de l’imagination japonaise devant la neige.

Profil du personnage

Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.

Type de Yōkai
Yōkai traditionnels
Caractère
Taciturne et liminaire, elle prend des visages différents selon les lieux et les histoires : femme nuisible, esprit inoffensif, formule destinée à faire dormir les enfants, épouse ou mère.
Affinités
Elle se montre apaisée envers celles et ceux qui n’enferment pas les récits divers des pays de neige dans une image unique et qui respectent le silence comme la mémoire des lieux. Lorsqu’elle prend la voix de l’O-Yuki de Hearn, les souvenirs de la famille et du secret se font plus pressants.
Capacités
Apparaît sous une forme féminine pendant les fortes chutes de neige, les nuits enneigées et sur les chemins de montagneDans le récit de Hearn, tue les humains en les glaçant de son souffle blancDans le récit d’Izumo, élève hors de la neige un immense visage blancDans le récit de Tateshina, fait franchir un ravin à un arbre abattu pour en faire un pontDans les récits de mariage, devient l’épouse d’un humain et vit longtemps auprès de lui
Faiblesses
Aucune faiblesse ni méthode pour vaincre la yuki-onna n’est attestée dans toutes les traditions. Le feu, la chaleur, le printemps, l’amour et la promesse ne sont pas des faiblesses communes. Chez Hearn, la rupture du secret provoque la séparation, non la défaite de la yuki-onna.
Habitat
Montagnes enneigées, chemins de montagne, villages sous la neige, cabanes de passeur et nuits d’hiver. Le décor varie selon les lieux de collecte et les œuvres.

Sources et références

18
  1. 高橋宏一「蓼科山紀行」高橋宏一(『旅と伝説』4巻7号/国際日本文化研究センター怪異・妖怪伝承データベース, 1931年) [地域採話抄録]蓼科で、害をなさず、伐られた大木を夜のうちに谷へ渡して橋にする積雪の霊女を記録する。
  2. 根布藏吉「郷土の伝説(四)」根布藏吉(『高志路』5巻5号/国際日本文化研究センター怪異・妖怪伝承データベース, 1939年) [地域民俗抄録]新潟県の雪女について、血が点々と付いた足跡と、出会った者が殺されるという異文を記録する。
  3. 藤澤衛彦「スキーと雪と雪の怪」雪女カード藤澤衛彦(『旅と伝説』1巻1号/国際日本文化研究センター怪異・妖怪伝承データベース, 1928年) [民俗整理抄録]秋田の雪女を、顔がのっぺりした女として整理する。個別の採録地点や話者は示されない。
  4. 根岸謙之助「妖恠聞書」根岸謙之助(『上毛民俗』32号/国際日本文化研究センター怪異・妖怪伝承データベース, 1956年) [地域採話抄録]群馬県昭和村で、白い着物の雪女が泣く子や寝ない子をもらうという子守の言葉を記録する。
  5. 中央大学民俗研究会「鳥取県八頭郡若桜町調査報告書」中央大学民俗研究会(『常民』5号/国際日本文化研究センター怪異・妖怪伝承データベース, 1966年) [地域調査抄録]鳥取県若桜町で、大雪のときに白い女が雪に乗って現れるという短い異文を記録する。
  6. 香川雅信「鬼魅の名は―近世前期における妖怪の名づけ―」香川雅信(『日本民俗学』302号、日本民俗学会, 2020年) [学術論文]17世紀前半から1686年までの雪女という名称の用例を整理し、俳諧語から怪異名へ展開した過程を検討する論文。
  7. 『宗祇諸国物語』巻五作者未詳(宗祇仮託)(京・坂上勝兵衛ほか刊/早稲田大学図書館, 貞享2年(1685年)) [仮名草子・古典文献]越後で一丈ほどの若い白い女に出会い、雪の精が姿を変えたものと説明する物語と挿絵を収める。
  8. 佐脇嵩之『百怪図巻』「ゆき女」佐脇嵩之(福岡市博物館, 元文2年(1737年)) [古典図像・公式所蔵]雪女を名札のある一体として収める彩色妖怪絵巻。制作年、作者、形状は公式所蔵情報で確認できる。
  9. 鳥山石燕『画図百鬼夜行』前編・陽「雪女」鳥山石燕(早稲田大学図書館, 安永5年(1776年)初刊) [古典図像・公式所蔵]雪の斜面に立つ女を雪女として描く。版面には名だけがあり、能力や弱点を説明する詞書はない。
  10. Lafcadio Hearn, ‘Yuki-Onna,’ KwaidanLafcadio Hearn(Houghton Mifflin/Project Gutenberg電子本文, 1904年) [文学作品・電子本文]西多摩郡調布の農夫から聞いたとする雪女譚。茂作、巳之吉、お雪、十人の子、秘密の破約と別離を描く。
  11. 幸若舞曲「伏見常盤」寛永刊本系作者未詳(国書データベース, 寛永期) [幸若舞曲・古典籍書誌]雪に埋もれた常盤御前を雪女になぞらえる早期用例候補。怪物との遭遇ではなく比喩として扱う。
  12. 『ゆきをんな物かたり』作者未詳(東京大学霞亭文庫, 寛文5年(1665年)) [御伽草子・古典籍]雪女の名を冠する絵入り本。作品の存在と刊年は確認できるが、後世の白衣の雪精との同系性は確定しない。
  13. 『古今百物語評判』巻四「雪女の事并雪の説」山岡元隣(香川雅信論文所引の学術翻刻, 貞享3年(1686年)) [怪談評判・学術翻刻]俳諧の発句に雪女という言葉が多く見えることを問いとして掲げ、名称流通と怪異説明の接点を示す。
  14. 藤澤衛彦「スキーと雪と雪の怪」雪女・産女カード藤澤衛彦(『旅と伝説』1巻1号/国際日本文化研究センター怪異・妖怪伝承データベース, 1928年) [民俗整理抄録]会津の雪女が産女の姿で表されるという整理を記録する。すべての雪女の起源を示す資料ではない。
  15. 藤澤衛彦「スキーと雪と雪の怪」雪女郎カード藤澤衛彦(『旅と伝説』1巻1号/国際日本文化研究センター怪異・妖怪伝承データベース, 1928年) [民俗整理抄録]いわきの雪女郎について、振り返った者を雪の谷へ投げ込むという禁忌を記録する。
  16. Lafcadio Hearn, Glimpses of Unfamiliar Japan, ‘Of Ghosts and Goblins’Lafcadio Hearn(Project Gutenberg電子本文, 1894年) [文学・聞書]出雲で聞いた無害な巨大な雪女と、地域不詳の吸血する美女という別の伝聞を並べて記す。
  17. The Criterion Collection, Kwaidan小林正樹監督(The Criterion Collection, 1964年制作/1965年国際公開) [映画公式配給情報]小泉八雲の四作品を映画化した『怪談』の作品情報。雪女篇の映像受容を確認する。
  18. 田中徳三監督『怪談雪女郎』田中徳三監督(KADOKAWA公式作品情報, 1968年) [映画公式情報]吹雪、白い息、老人の死、若者への口止めを用いた八雲系雪女の映画作品情報。

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