Un vieillard né d'une image
Les premières figures du Nurarihyon surgissent moins d'un long récit que d'une image unique. Le Hyakkai zukan de Sawaki Sūshi, daté de 1737[1], et le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien, paru pour la première fois en 1776[2], montrent un vieillard à la tête chauve, large et bombée. Ni l'un ni l'autre ne détaille ses actes ou son tempérament. Face à son dos courbé, à son visage baissé et à sa marche près d'une maison, les lecteurs ont donc imaginé sa destination et ses pensées.

Chez Sekien, le vieillard ne se présente pas de face comme un souverain éclatant des yōkai : il avance dehors, le corps bas, le long d'un bâtiment. L'image ne donne que le nom de « Nurarihyon » et une silhouette qui se dérobe. Cette discrète figure a ensuite pu recevoir des titres bien plus imposants.
Du « caïd » au commandant suprême
À l'époque moderne, le vieillard des images reçoit peu à peu un rôle. Publié en 1929, Yōkai gadan zenshū, Nihon-hen jō de Fujisawa Morihiko conserve une formule moderne précoce qui appelle le Nurarihyon le « caïd des monstres »[3]. L'étude de Ryū Tanabe suit la croissance de cette figure de chef, depuis cette expression jusqu'aux encyclopédies pour enfants et aux séries télévisées[8].
Dans l'encyclopédie d'Arihumi Satō de 1972, le Nurarihyon devient le vieil homme qui entre sans y être invité dans une maison occupée par les préparatifs de fin d'année[4]. Tandis que les habitants s'activent, il s'installe dans le salon avant même qu'on ait pris garde à lui, ni tout à fait hôte ni tout à fait maître de maison. Sans élever la voix ni déployer de force extraordinaire, il glisse au centre de la scène. Ce geste convient à la sonorité de son nom comme à son air de vieillard, et a fourni aux œuvres ultérieures une riche matière à récit.
Un chef qui fait avancer le récit
La troisième série télévisée GeGeGe no Kitarō, diffusée de 1985 à 1988, met en scène l'opposition entre Kitarō et la faction du Nurarihyon, qui veut exclure les humains[5]. Le vieillard y passe d'une présence énigmatique à un protagoniste qui conduit ses alliés et échafaude des plans. Chef, stratège, personnage d'influence ou adversaire redoutable : ces rôles se renouvellent dans les mangas, les animations et les jeux, et le « commandant suprême des yōkai » est devenu l'un des visages les plus familiers du Nurarihyon.
Le thé, la pipe ou le pouvoir de se soustraire à l'attention, souvent associés au vieillard qui entre dans les maisons, relèvent eux aussi d'inventions propres aux différentes œuvres. Le silence des images anciennes contraste avec les dialogues, la ruse, l'organisation et les conflits que lui ont prêtés les créations récentes. Cet écart montre à quel point le Nurarihyon a attiré de nouveaux récits à chaque époque.
Des terres différentes sous un même nom
Dans les documents d'Akita, le Nurarihyon est cité comme l'un des noms qui parcourent Bakemono-zaka, à Sawakuchi, dans un cortège nocturne des cent démons[7]. Dans la mer intérieure de Bisan, un autre témoignage évoque au contraire un « Nurarihyon » sphérique qui flotte, s'enfonce et s'échappe si l'on tente de l'attraper[8]. Le vieillard des images, le cortège d'Akita et l'étrange sphère marine portent donc le même nom tout en prenant des formes distinctes.
L'intérêt du Nurarihyon n'est pas de choisir l'une de ces figures comme son unique identité. Il tient plutôt à l'espace laissé par un nom et une image, qui a recueilli d'autres histoires en passant d'une région et d'un média à l'autre. Le vieillard des vieilles estampes, l'invité qui se glisse à la meilleure place d'une maison et le chef qui mène les yōkai sont autant de visages que les époques ont reconnus en lui.
Profil du personnage
Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.
Type de Yōkai - Yōkai traditionnels
Catégorie - Êtres Semi-Humains
Rareté - Légendaire
Caractère - Les sources classiques ne décrivent pas son caractère en détail. L'image d'un chef placide et rusé s'est développée dans les encyclopédies pour enfants, les mangas et les animations des temps modernes et contemporains.
Affinités - Aucune affinité particulière n'est attestée par les sources. Cette figure parlera surtout à celles et ceux qui aiment lire, d'un média à l'autre, l'écart entre le titre de chef et les traditions anciennes.
Capacités - Les sources classiques ne lui attribuent aucune aptitude particulièreDans les œuvres modernes et contemporaines, il dirige une organisation en tant que chefDans les œuvres modernes et contemporaines, il devient un adversaire qui élabore des stratégiesIl est représenté comme un vieillard familier qui apparaît dans les maisonsSelon les médias, il est présenté comme le dirigeant de différentes organisations de yōkai
Faiblesses - Aucune faiblesse propre au Nurarihyon n'est attestée dans les sources classiques. Son image de chef varie selon les documents et les œuvres ; elle ne se laisse pas enfermer dans un seul caractère ni dans un ensemble fixe de pouvoirs.
Habitat - Les images classiques ne lui assignent pas de lieu de vie commun à tout le Japon. La maison appartient à son image populaire moderne ; Bakemono-zaka en Akita et la mer intérieure de Bisan relèvent de documents régionaux distincts.