Encyclopédie des Yōkai

Grande encyclopédie des yōkai japonais

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人妖・半人半妖
  • Aburabō (l’esprit de l’huile)

    Aburabō (l’esprit de l’huile)

    Peu commun

    a-bou-ra-BOH

    Aburabō (type traditionnel)

    人妖・半人半妖Shiga

    Le cœur d’Aburabō tient au châtiment d’avoir détourné l’huile destinée aux lampes des temples et sanctuaires, faute qui se manifeste en feu spirituel. Les récits de l’époque moderne et les traditions locales le situent aux abords des temples du piémont du mont Hiei et en divers lieux d’Ômi, surtout du crépuscule à minuit, fréquemment de la fin du printemps au début de l’été. Il apparaît comme une petite boule de feu orangée à jaune, ou comme l’ombre d’un moine portant une jarre d’huile, suit un trajet fixe franchissant portails, salles, berges d’étang, puis s’évanouit. Le son est incertain, bien que des traditions parlent de voix indistinctes. Les appellations varient selon les régions—« Aburabō », « voleur d’huile », « retour d’huile »—et portent une leçon folklorique sur l’interdit lié à l’huile et la nécessité d’offrandes. Les individus à l’origine et les temples précis diffèrent selon les sources, mais l’administration stricte des huiles dans la société templaire a favorisé ces récits. Les apaisements évoqués incluent sutras, inhumations rituelles et réoffrande de lampes, sans formule fixe attestée.

  • Amabié

    Amabié

    Légendaire

    a-ma-bi-é

    Conforme aux récits des kawaraban

    Êtres Semi-HumainsKumamoto

    Fondée sur un article de kawaraban daté présumément de 1846 (Kōka 3), cette version recompose la figure qui apparaît en mer, émet une lumière et délivre une prophétie à un officier. L’aspect s’en remet à l’illustration référencée par le texte (« comme sur l’image »), évitant la confusion avec des traits signalés dans des sources ultérieures d’Amabiko, tels que corps écailleux, longue chevelure, bec et trois membres, et se limite à la consultation de l’iconographie. L’accent est mis sur la prophétie et la diffusion de l’image, sans mention explicite d’un apaisement direct des épidémies. L’être annonce six années d’abondance parallèlement à une propagation de maladies, et la présentation de son effigie est reçue comme pratique populaire d’apotropaïsme. L’origine est rapportée en province de Higo, mais des récits analogues existent ailleurs, avec variations de noms et de détails.

  • Ame no Sagume

    Ame no Sagume

    Épique

    ah-MÉ no sa-GU-mé

    Conforme aux traditions • Ame-no-Sagume

    人妖・半人半妖Osaka

    Ame-no-Sagume est une déesse à caractère chamanique citée dans le Kojiki et le Nihon shoki, dont les paroles annonçant le faste ou le néfaste font basculer les situations. Elle accompagne Ame-wakahiko et, lorsqu’elle juge la voix d’une chanteuse de mauvais augure, cela reflète une ancienne conception où transmission de la volonté divine et proclamation rituelle se lient au culte politique. Le Kojiki l’écrit Ame-no-Sagume, le Nihon shoki emploie un graphisme différent. Des fragments du Fudoki de Settsu et des poèmes du Man’yōshū rapportent qu’elle fit halte en navire céleste à Takatsu, relié aux toponymes de Naniwa. Son statut, divinité céleste ou terrestre, varie selon les sources, et les honorifiques ne sont pas uniformes. En folklore, elle est parfois vue comme archétype de l’amanojaku rebelle, sans consensus sur une fusion directe. Les exemples cultuels actuels sont rares: au sanctuaire Hirama (Wakayama) elle est vénérée comme Ame-no-Sagume-no-Mikoto, au sanctuaire Shōten/Teruten (Sagami) comme déesse qui «cherche les liens». Sans ajout créatif, son caractère se résume à «une déesse qui fait évoluer les situations par divination et proclamation».

  • Aonobō (la « dame bleue »)

    Aonobō (la « dame bleue »)

    Rare

    a-o-nyo-bo (AO-nyo-bo)

    Iconographie des rouleaux et Sekien

    Êtres Semi-HumainsFolklore japonais

    Aonobō est moins un récit de prodige qu’un type iconographique où la figure de la dame de cour est rendue étrange. Sekien la peint comme une suivante attachée à un ancien palais en ruine, exagérant rites d’antan et fards (dents noircies, sourcils tracés) pour lui donner une aura spectrale. Dans les rouleaux de la Parade nocturne des démons, elle paraît avec paravents, miroirs et éventails, suivant en silence le cortège. Le nom vient du titre social « aojo » (jeune dame de cour) et n’est devenu appellation de yōkai que par la suite. Une mention d’« aojo » existe dans l’Azuma Kagami, mais l’assimilation est prudente, la similitude tenant surtout à l’allure d’une jeune courtisane. Les récits locaux sont rares et la scène se limite souvent aux salons d’antiques palais ou vieilles maisons. Malgré sa part de création, elle incarne un yōkai iconographique figurant les vestiges de la culture de cour.

  • Ashinaga Tenaga (Longues-Jambes et Longs-Bras)

    Ashinaga Tenaga (Longues-Jambes et Longs-Bras)

    Rare

    a-shi-NA-ga TE-na-ga

    Tradition Wakan Zukai · Figures aux longues jambes et longs bras

    人妖・半人半妖Inconnue (transmissions anciennes d’un pays lointain)

    Cette version, fondée sur le Sancai Tuhui et le Wakan Sansai Zue, met au centre le tandem de l’Homme aux longues jambes (Chōkyaku) et de l’Homme aux longs bras (Chōhi). Le premier s’avance loin dans les eaux peu profondes et gagne sa stabilité en enjambant les récifs entre les vagues. Le second plonge ses longs bras sous la surface pour cueillir poissons et coquillages et manier filets et paniers. Tous deux sont décrits comme un peuple étranger, sans rattachement à un lieu ou clan précis. Leur taille est donnée à trois zhang pour les jambes et deux zhang pour les bras, avec des variantes selon les sources. Au Japon, ils sont cités dans les sujets de paravents du palais, les caricatures et les kusazōshi, où se fixe un schéma les montrant coopérant sur fond de mer agitée. Sur le plan religieux, ils s’intègrent aux récits du Palais du Dragon et, en tant que suivants du dieu de la mer, illustrent un labeur ordonné. Sur le plan folklorique, ils symbolisent une « force de travail de l’autre monde » et l’« extension du proche et du lointain », servant d’images de sécurité maritime et de pêche abondante. Les mentions d’un « Longues-Jambes » solitaire présageant les changements de temps relèvent d’une tradition parallèle empruntant le même nom et doivent être distinguées de cette paire avec Longs-Bras.

  • Dodomeki (le démon aux cent yeux)

    Dodomeki (le démon aux cent yeux)

    Épique

    do-do-MÉ-ki

    Conforme aux images de Sekien

    人妖・半人半妖TokyoTochigi

    Interprétation fondée sur les notes de Toriyama Sekien, centrée sur un motif didactique qui admoneste la kleptomanie. Les multiples yeux sur les bras renvoient à un jeu de mots associant le trou des pièces de cuivre à des yeux d’oiseau, extériorisant l’impulsion de tendre la main pour voler. Le « Kankangai-shi » cité par Sekien n’est pas attesté, sans doute un artifice textuel jouant sur Hakone et au-delà, tel que l’indique son auto-commentaire de « livre curieux ». L’iconographie se focalise sur un corps féminin, sans noms, lignées ni terroirs précis, et relève d’une fable urbaine où image et sémantique se nouent plus que d’un récit local. Les lectures de l’ère Shōwa varient, mais l’archétype remonte à l’ouvrage de Sekien.

  • Esprit Météore

    Esprit Météore

    Commun

    ryou-seï-tsou-ki (ryu-sé-tsuki)

    Version contemporaine

    人妖・半人半妖Entre la haute atmosphère et l’orbite satellitaire

    Dans les nuits urbaines, il prolifère après les événements ou les grandes nouvelles. Sa lueur n’est pas qu’un ornement mais un sort qui convertit la chaleur de la couche limite en « ovations », et sa queue s’allonge ou se rétracte à l’unisson des tendances. Plus les gens brandissent leurs smartphones, plus il accélère, et il pratique une « dévoration d’ovations » qui assombrit un instant l’éclairage public. Il tourne au-dessus des festivals et exauce une seule requête par photographe, les désirs « d’être vu » ou « de devenir viral » passant plus aisément. À l’inverse, prières calmes et introspection sont rejetées, ne laissant qu’un vide le lendemain. Sans apporter de désastre, ceux qui le poursuivent trop voient au bord du sommeil des rémanences fulgurantes qui les détachent du réel.

  • Femme à deux bouches

    Femme à deux bouches

    Épique

    fou-ta-kou-tchi ONN-na

    Futakuchi-onna (selon les récits de kaidan)

    人妖・半人半妖ChibaTokyo

    Conforme aux contes d’Edo, la bouche à l’arrière de la tête amplifie la faim du corps principal. La bouche frontale feint la frugalité, tandis que celle dans la nuque manie les cheveux pour attirer les plats. Elle grignote en cachette la nourriture alentour, semant la discorde domestique, et fut transmise avec des récits de budget et de honte. En iconographie, une bouche dentue apparaît entre les coiffures, réputée sensible aux sons et aux odeurs, mais habile à se dissimuler en public.

  • Femme-Ombre

    Femme-Ombre

    Peu commun

    ka-gué-ON-na

    Onna de l’Ombre (représentation traditionnelle)

    人妖・半人半妖Inconnue (sources picturales: Edo/Kyoto)

    L’image de l’Onna de l’Ombre remonte aux dessins de Sekien et a été comprise comme une « femme réduite à son ombre » apparaissant selon le jeu entre la maison et la lumière lunaire. Dans les demeures d’époque, shōji et portes laissaient filtrer la lumière, traçant une frontière entre dehors et obscurité intérieure où se détache un contour féminin. Dans les récits, ses apparitions sont passagères et servent d’augure d’un trouble domestique plutôt que d’une menace. On ne sait s’il s’agit de l’ombre d’un vivant ou d’une trace des morts, parfois liée aux malheurs d’une lignée ou à l’humeur d’un dieu local. La conduite requise est de ne pas la poursuivre, d’atténuer le feu, de fermer les seuils et de s’abstenir de parole; le lendemain, on purifie les abords de la maison—puits, arbres du jardin, sous-plancher—et l’on sollicite un rituel d’apaisement. L’ombre n’a pas de pas, change de forme au gré du vent. Chiens et chats y réagissent vivement, mais les torts causés sont rares et elle ne s’attarde pas.

  • Femme-squelette

    Femme-squelette

    Rare

    ho-né-ON-na

    Femme-ossature (selon l’iconographie de Sekien)

    人妖・半人半妖Époque d’Edo (origine éditoriale)

    Cette version s’appuie sur l’image de la Femme-ossature figurée par Toriyama Sekien dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki. Squelette féminin portant une lanterne ornée de pivoines, elle se rend, au cœur de la nuit, chez l’homme qu’elle aime. Sa source est le récit de fantôme amoureux « La Lanterne aux pivoines » du Kabhishi d’Asai Ryōi, dont Sekien transpose l’essentiel en image: retournement entre beauté sensuelle et réalité osseuse, lien du feu lumineux et de l’éros. Au cœur se trouvent les idées, communes aux livres et kaidan d’Edo, d’un « esprit d’obsession » et d’une « apparence changeante ». Il s’agit d’un type iconographique non limité à un toponyme ou personnage particuliers. La Femme-ossature n’est donc ni divinité locale ni bête fantastique, mais la visualisation d’un fantôme lié à la passion, où pivoine, lanterne et chemin nocturne jouent comme motifs-nœuds. Dans la tradition orale ultérieure, on raconte des squelettes marchant au grand jour, mais cette image insiste sur l’origine amoureuse des apparitions et la scène de la visite nocturne.

  • Fille-chat

    Fille-chat

    Peu commun

    NE-ko-mou-sou-mé

    La jeune fille-chat dans les spectacles et récits d’observation de l’époque moderne

    人妖・半人半妖TokyoTokushima

    La « jeune fille-chat » désigne, dans les villes de l’époque moderne, des cas de conduite singulière rapportés par spectacles populaires et articles à tonalité documentaire : goûts félins (appréciation des abats de poissons, chasse aux rats), agilité (circuler le long des murs et sur les toits), gestes (langue décrite comme râpeuse). À l’ère Hōreki–Meiwa, elle fut parfois montrée à Asakusa, mais la vogue fut brève et, même au cœur de la mode des ères An’ei–Tenmei, elle ne devint pas un grand numéro. Dans les yomihon et kyōka, on la dépeint comme « jeune fille-chat » ou « lécheuse » dans des histoires de personnages étranges, sans en faire une métamorphose de yōkai. Des notes de la fin d’Edo rapportent l’anecdote d’une fillette à Ushigome félicitée pour avoir attrapé des rats, source utile sur la lutte locale contre les nuisibles, le goût du spectacle et le regard porté sur l’étrange.

  • Fudō du Vent des Trains

    Fudō du Vent des Trains

    Commun

    den-sha FOU-dô

    Version moderne

    人妖・半人半妖Lignes de banlieue des grandes métropoles

    Apareît surtout aux heures de pointe et module le vent du souffle léger au courant franc en lisant le flux du wagon. Quand l’air stagne, il entre par l’extrémité, traverse le centre et ouvre une voie qui compense les faiblesses de la climatisation. Les effluves sont scellés dans de petits tourbillons et expulsés dehors à l’ouverture des portes en station. Il demeure près des gestes de gentillesse et noue une fraîcheur à l’épaule des passagers. Aux incivilités, il pique d’un froid net la nuque, et atténue discrètement sueur et parfum pour sauver la face de chacun. Parfois, d’un « tour de vent », il guide les boutons de ventilation et les réglages d’air pour aider la décision du conducteur. Par temps de tempête, il ne souffle pas à l’excès, ménage chapeaux et papiers. Au dernier train, il apaise le souffle des dormeurs, émousse l’ivresse et dévie les échauffourées.

  • Grand Zatô

    Grand Zatô

    Épique

    oh-za-toh

    Version Zuzō de Sekien

    人妖・半人半妖Époque d’Edo

    Interprétation fondée sur une planche du Konjaku Hyakki Shūi de Toriyama Sekien. On y voit un zatō en haillons, hakama usé, geta de bois et bâton à la main, allant et venant par nuit de vent et de pluie. Une note marginale mentionne qu’il pince le shamisen dans les maisons de plaisir, reflet des liens entre quartiers de plaisir des villes d’époque moderne et métiers du spectacle. Sur le plan ethnographique, c’est un cas où difformité visuelle et satire sociale se superposent: moins un récit de prodiges qu’un miroir de l’époque. Kenji Murakami souligne la vision altérée du zatō nocturne, tandis que Katsumi Tada lit, sur fond d’implication financière sous la protection du shogunat, une «démonicité» comme intimidante force de recouvrement. Aucun pouvoir surnaturel spécifique n’est accordé: il apparaît les nuits de pluie et impose surtout une présence qui intimide.

  • Hachihime (Princesse du Pont)

    Hachihime (Princesse du Pont)

    Épique

    ha-shi-HI-mé

    Hachihime d’Uji (iconographie traditionnelle)

    人妖・半人半妖Kyoto

    Version intégrant la figure de Hachihime en tant que divinité locale liée au pont d’Uji et la légende médiévale de la femme démon jalouse dans les chroniques guerrières et le nô. La première est vénérée au pied du pont comme dieu des eaux et du terroir, protégeant la traversée et les voyageurs. Sur le pont, on évite les paroles louant d’autres lieux ou les chants attisant la jalousie, suivant l’idée que le dieu local rejette les rumeurs venues d’ailleurs. La seconde raconte une femme qui prie à Kibune, se purifie dans l’Ujigawa, devient oni et rencontre un guerrier au pont Modoribashi. Toriyama Sekien mentionne le sanctuaire du pont d’Uji, et le nô Kanawa fixe l’image de la femme démon au cerceau de fer. Sur le plan folklorique, le pont est un entre-deux, le culte aquatique et féminin se mêle à l’avertissement contre la jalousie, et culte comme récit coexistent. Malgré des variantes de détail, la foi envers le pont d’Uji, la rencontre au Modoribashi, et la double nature de tabou et de protection en sont le noyau.

  • Heure des rencontres funestes (Ōmagatoki)

    Heure des rencontres funestes (Ōmagatoki)

    Peu commun

    o-ma-ga-do-KI

    Crépuscule des rencontres (narration traditionnelle)

    人妖・半人半妖Toutes les régions du Japon

    Le crépuscule des rencontres n’a pas de forme propre, mais a été compris comme l’effet de la pénombre sur le paysage et l’esprit. On fermait les portes, rappelait les enfants, évitait les sorties: autant de règles de vie qui s’y rattachent. Sekien peignit la cohorte des cent charmes se rassemblant au soir, faisant du moment même un «lieu» qui éveille l’étrange. Les enquêtes folkloriques notent que la difficulté à reconnaître les visages suscite la peur, et que l’on réinterprétait l’égarement des chemins, les accidents près de l’eau ou en montagne comme «rencontrer le démon». Les parlers locaux partagent ce champ sémantique sans toujours évoquer l’inexpliqué, désignant souvent le crépuscule en général. Ainsi, ce n’est pas une «entité de combat», mais une conception du péril logée dans l’entre-deux du temps, transmise comme mise en garde liée au rythme quotidien.

  • Hi-enma

    Hi-enma

    Rare

    hi-EN-ma

    Récit édifiant, iconographie classique conforme

    人妖・半人半妖Époque d’Edo (Japon)

    Hienma n’est pas tant une entité matérielle qu’un nom rendant visible la ruine causée par la luxure. Elle relève de la lignée d’admonitions religieuses des récits et contes de l’époque moderne, et est souvent figurée sous un double aspect de bodhisattva et de yaksha. Plutôt que d’apparaître directement aux humains, le terme désigne plus proprement les événements où une entrave démoniaque s’immisce dans les liens. Plus tard, on l’a parfois confondue avec l’image d’une démone succubique qui aspire l’essence vitale, mais dans les sources classiques la visée morale prime, et l’on trouve peu d’histoires attachées à des lieux ou personnes concrets. Ici, suivant le cadre classique, elle est présentée comme une présence symbolique qui provoque un enchaînement de tentation, d’illusion et de déclin de la maisonnée.

  • Hyakumoku

    Hyakumoku

    Rare

    hya-koo-MO-koo

    Iconographie d’origine, interprétation moderne

    人妖・半人半妖Inconnue (folklore japonais)

    Issu d’images d’un démon polyoculaire diffusées de la fin d’Edo à l’ère Meiji, puis défini par les traités modernes de yōkai. Il fuit les regards et la forte lumière, se tapit dans l’ombre nocturne. S’il perçoit un humain, il détache un œil pour sonder les environs. L’absence de bouche identifiable accroît son inquiétante étrangeté. Sans terroir précis, il est connu à l’échelle nationale comme une entité conceptuelle propagée par l’iconographie.

  • Ibaraki-dōji

    Ibaraki-dōji

    Légendaire

    i-ba-ra-ki DOH-ji

    Ibaraki-dōji (selon les récits traditionnels)

    人妖・半人半妖OsakaNiigata

    Interprétation fondée sur l’image façonnée par les chroniques guerrières médiévales, les otogizōshi et le théâtre de l’époque d’Edo. Premier lieutenant de Shuten-dōji, il tient le mont Ōe avant de fuir face à la ruse de Raikō. En épilogue, les récits de l’Ichijō Modoribashi et de la porte Rashōmon content l’épisode du bras tranché et repris par Watanabe no Tsuna. Lieu de naissance et sexe font débat, mais des traces subsistent en traditions locales de Settsu et d’Echigo. Ici, on suit la trame la plus diffusée dans les sources, en évitant tout embellissement superflu.

  • Insecte Écho (Ōseichū)

    Insecte Écho (Ōseichū)

    Peu commun

    ô-sei-tchou

    Version des essais d’Edo

    人妖・半人半妖D’origine chinoise, transmis au Japon (régions diverses)

    Figure de l’insecte écho selon les essais et récits de l’époque d’Edo. Forte fièvre et plaie ventrale en forme de bouche, dont la voix répète les paroles du porteur et profère parfois des injures. Il réclame nourriture et boisson, et si l’on refuse, la fièvre s’aggrave. Les cures tentaient prières et décoctions, avec une méthode consistant à faire boire des mélanges des drogues qu’il déteste, censées l’affaiblir jusqu’à l’expulsion hors du corps. Certains écrits le disent cornu et lézardiforme, mais son aspect varie. Le motif chinois de l’insecte écho s’est mêlé au concept japonais du chancre à visage humain, d’où l’insistance sur une bouche au ventre. Des tentatives d’exhiber la maladie furent notées, mais refusées par crainte du déshonneur domestique. Son origine croise matière médicinale et récit, comprise comme un trouble à la lisière du soin et du surnaturel.

  • Issun-bōshi

    Issun-bōshi

    Légendaire

    iss-OUN bo-CHI

    Issun-bōshi de l'Épée-Aiguille et de la Machination

    Humain-Yōkai / Demi-Humain Demi-YōkaiOsakaKyoto

    Cette interprétation détruit l'illusion du « petit personnage innocent et courageux » édulcoré par la littérature enfantine postérieure, et restaure sa vraie nature de « trickster extrêmement ambitieux et rusé » dépeinte dans l'*Otogizōshi* original de l'époque de Muromachi. Cette version d'Issun-bōshi ne forge pas son destin par la force ou les prouesses martiales, mais par des manipulations psychologiques de haut vol (tactiques hors jeu) et des stratagèmes dépourvus de morale. Sa caractéristique majeure est son « désir d'ascension » anormal. Malgré le pire handicap de la société humaine, une taille d'à peine un sun (environ 3 centimètres), il n'abandonne jamais son ambition d'épouser la fille d'un homme de pouvoir et de réussir dans le monde. La méthode consistant à piéger la princesse avec le « stratagème du grain de riz », à la faire renier par son père pour l'isoler socialement et créer un état de dépendance totale envers lui, fait preuve d'un machiavélisme impitoyable qui ferait honte aux psychopathes ou escrocs modernes. De même, lors de son combat contre l'oni, il ne se bat pas à la loyale. Renversant la situation désespérée d'être avalé tout rond, il opère depuis la sécurité de l'intérieur de l'oni (estomac et globes oculaires) et exécute une destruction interne brutale (technique d'assassinat) en poignardant sans relâche ses organes vitaux avec son épée-aiguille. Enfin, il s'empare du trésor de l'oni, le « Maillet Magique », et l'utilise pour faire grandir rapidement son corps, obtenant finalement le statut social suprême de « mâle humain parfait ». C'est la figure du héros d'ascension sociale le plus sombre et réaliste de l'histoire littéraire japonaise, surmontant son handicap de naissance injuste en renversant tout par l'intellect, le mensonge et le pillage des pouvoirs de l'autre monde (le trésor de l'oni).

  • Jami (esprit malfaisant)

    Jami (esprit malfaisant)

    Rare

    JA-mi

    Interprétation iconographique

    人妖・半人半妖Chine

    Synthèse de l’image de Jama comme cas où Sekien a intégré un concept magique d’origine chinoise au système des yōkai japonais. Le sens premier est « charme maléfique », rangé parmi les chīmi, condensations d’influences sombres des montagnes et friches qui nuisent au corps et à l’esprit humains. La forme n’est pas fixée dans les textes, l’iconographie visualise surtout une idée. Les méfaits se situent entre maladie et malédiction invisible: fièvre, hallucinations, frénésie, parfois déclenchées par rancune ou souillure. Les contre-mesures sont malédictions inversées, talismans et barrières: tracer une geôle au sol pour « invoquer et sceller », questionner le nom pour ligoter, transférer dans un objet. Au Japon, peu de culte propre, souvent confondu avec mōryō et traité comme terme générique. Folkloriquement, distinct des miasmes, mononoke et tsukumogami, c’est un concept de yōkai très abstrait, surgissant là où s’entrecroisent l’ombre des lieux naturels et la rancune.

  • Kiyohime

    Kiyohime

    Légendaire

    きよひめ

    Kiyohime, la femme-serpent qui brûla Dojoji

    Humain-Yokai / Demi-humain Demi-yokaiWakayama

    Cette version place la nature personnelle de Kiyohime au premier plan de la légende de Dojoji. Elle n'est pas simplement un monstre serpentin. Quatre couches se superposent en elle : la femme qui a avoué son amour, la femme qu'on a fuie, la femme qui a traversé la rivière et la femme-serpent qui a brûlé la cloche. Le temple Dojoji transmet l'histoire à travers les récits sur rouleaux illustrés (etoki), et dans la pièce de Nô *Dojoji*, la danseuse shirabyoshi de la suite de l'histoire disparaît sous la cloche, pour réapparaître sous la forme d'une démonesse serpentine . En d'autres mots, la terreur de Kiyohime réside dans le fait que l'incident du passé n'est jamais vraiment terminé, étant continuellement actualisé sur la scène des arts du spectacle. En termes de classification des yokai, Kiyohime est à la fois une "femme-serpent" et une "femme se transformant en Hannya". Elle rassemble en un seul corps humain la colère et le chagrin sculptés dans le masque de Hannya, la jalousie que Hashihime a laissée au pont et à la rivière, et la calamité serpentine mythologiquement affichée par Yamata no Orochi. La cloche du temple aurait dû être une cachette sûre, mais au contact de l'obsession de Kiyohime, elle devient une fournaise au lieu d'un refuge. C'est là que réside la nature symbolique de la légende de Dojoji. Le temple bouddhiste, la route de pèlerinage de Kumano, l'eau du fleuve Hidaka, le son métallique de la cloche et le feu d'une femme entrent en collision en un seul point, transformant une histoire d'amour en un conte de yokai.

  • Koga Saburo

    Koga Saburo

    Légendaire

    Koga Saburo

    Koga Saburo, la divinité serpent du monde souterrain

    Demi-Humain / Demi-YokaiNaganoShiga

    La fascination de la légende de Koga Saburo ne réside pas seulement dans son épopée héroïque, mais dans la façon dont elle explique les origines de Suwa Myojin comme "le retour d'un mortel tombé sous terre". Contrairement à Takeminakata-no-Kami du Kojiki, qui se retire à Suwa en tant que figure vaincue dans le mythe de la cession du pays, Koga Saburo voyage d'Omi à Shinano, tombe dans le monde souterrain par une grotte du mont Tateshina et en revient sous forme de serpent. La divinité de Suwa ne descend pas simplement des cieux, ni n'arrive simplement de la mythologie centrale ; elle se manifeste en traversant les grottes des montagnes, les royaumes souterrains et le corps d'un serpent. Ce récit tisse magnifiquement ensemble les éléments du culte de Suwa (l'eau, les montagnes, les dragons, les serpents, la chasse et le syncrétisme du shintoïsme et du bouddhisme) en un seul conte. C'est précisément pour cela qu'il est pertinent de faire de Koga Saburo une figure distincte aux côtés de la divinité officielle consacrée, Takeminakata.

  • Kuchisake-onna

    Kuchisake-onna

    Légendaire

    くちさけおんな

    La Femme au masque rouge / La Kuchisake-onna de 1979

    Yōkai humain / Mi-humain mi-yōkaiLégende urbaine moderne originaire de Gifu en 1978, sans lieu sacré spécifique

    Reconstitution de la chronologie de l'épidémie du phénomène de 1979. La vue d'ensemble de cette entrée a décrit l'évolution sur 7 mois, mais nous allons ici entrer dans une chronologie plus fine. Début décembre 1978 : l'observation aux toilettes par une vieille paysanne à Shinsei, district de Motosu, préfecture de Gifu -> 26 janvier 1979 : la chronique « Notes de la rédaction » du Gifu Nichinichi Shimbun (écrite par l'éditorialiste Mutsumi Murase) note « D'après des rumeurs parmi les enfants de Gifu, une belle femme ressemblant à une actrice », formant la couche la plus ancienne en tant que journal local avant les journaux nationaux -> Numéro du 23 mars : « Le voyage sur le Tokaido de la légende de Kuchisake-onna » par Teruo Kanauchi et al. dans le Shukan Asahi marque la première apparition dans un magazine national -> Avril-mai : renforcement des patrouilles sur le trajet de l'école dans tout le pays -> Le numéro du 29 juin du Shukan Asahi avec le grand dossier d'Etsuro Hiraizumi marque l'apogée de l'événement -> 21 juin : une femme de 25 ans à Himeji, préfecture de Hyogo, est arrêtée pour violation de la loi sur le contrôle des armes alors qu'elle errait avec un couteau de cuisine déguisée en Kuchisake-onna (première imitatrice) -> Juillet : le Shukan Josei et le Josei Jishin font le suivi -> Août : apaisement rapide avec le début des vacances d'été. Cette progression sur 7 mois peut être suivie avec précision à travers les journaux, les hebdomadaires et les registres de police. Parallèlement, des voitures de police ont été dépêchées à Koriyama (Fukushima) et Hiratsuka (Kanagawa), des retours de groupe ont été mis en place à Kushiro (Hokkaido) et Niiza (Saitama), et des hôtesses de Ginza ont commencé à demander aux clients « Suis-je belle ? », montrant des répercussions dans le monde des adultes. Ces suivis chronologiques précis sont théoriquement impossibles pour les yōkai oraux de l'époque d'Edo, démontrant un cas unique de structure d'ondulation où un yōkai de l'ère des médias de masse d'après-guerre « conquiert le pays en peu de temps et disparaît en peu de temps ». Le double mécanisme des cours du soir et des magazines nationaux : le point de vue de Yoshiyuki Iikura. Yoshiyuki Iikura de l'Université de Kokugakuin souligne que les cours du soir de l'après-guerre ont servi de média pour la propagation de Kuchisake-onna. Les rumeurs d'enfants d'avant-guerre étaient essentiellement confinées dans les districts scolaires, mais les cours du soir de l'après-guerre ont créé des lieux de rassemblement inter-districts, agissant comme un catalyseur pour la diffusion du bouche-à-oreille avant les médias de masse. Combiné aux dossiers des magazines nationaux à partir de mars 1979, cela a établi un mécanisme de diffusion où le bouche-à-oreille et la presse écrite s'amplifiaient mutuellement. Les yōkai de l'époque d'Edo se propageaient essentiellement par les médias oraux seuls (bien qu'il y ait eu des ukiyo-e et des livres d'images, l'amplification mutuelle du bouche-à-oreille quotidien des enfants et de l'imprimé ne s'est pas produite), et les collectes du folklore moderne étaient enregistrées uniquement par les enquêtes des chercheurs. En revanche, Kuchisake-onna a couvert le pays en six mois grâce à une structure à trois niveaux : bouche-à-oreille des cours du soir + presse des magazines nationaux + émissions de télévision. C'est une forme de génération de yōkai née de l'espace urbain du Japon des années 70, propre à l'ère des médias de masse d'après-guerre. La condensation des symboles sociaux modernes : « Masque + Chirurgie Esthétique + Ville ». La standardisation de l'image de Kuchisake-onna en tant que « belle femme couvrant le bas de son visage avec un masque » est très précieuse pour le décodage sociologique. Le boom de la chirurgie esthétique au Japon dans les années 70 — un contexte social où les cliniques ont rapidement augmenté à Tokyo et Osaka, et où le débridement des paupières et les rhinoplasties sont devenus courants — a créé une peur complexe des « belles femmes opérées », établissant l'association : bouche cachée par un masque = cicatrices de chirurgie esthétique. L'une des théories sur l'origine, la « théorie de l'opération de chirurgie esthétique ratée », a narrativisé cette association a posteriori, devenant largement répandue lors de la résurgence de Kuchisake-onna dans les années 90. De plus, familles nucléaires d'après-guerre + ménages à double revenu + avancement des femmes dans la société ont créé l'anxiété des enfants laissés seuls à la maison sans leur mère, la déstabilisation des représentations de la « mère » et de la « femme », et la méfiance envers les « femmes inconnues rencontrées dans les rues la nuit », qui ont toutes été projetées sur l'image de Kuchisake-onna. En d'autres termes, Kuchisake-onna est un symbole condensant les « anxiétés du Japon des années 70 concernant la ville, la famille et le corps » en une seule figure de yōkai. Cela correspond à une fonction de yōkai propre à une société individualisée d'après-guerre, distincte du rôle des yōkai de l'époque d'Edo de maintenir l'ordre de la communauté locale (leçons pour les enfants, avertissements moraux). Distance avec la préhistoire de Kuchisake-onna de l'époque d'Edo : continuum ou occurrence indépendante ? Les contes de l'époque d'Edo sur les « femmes à la bouche fendue » mentionnés dans la vue d'ensemble — le conte de l'homme au parapluie à Okubo Hyakunincho dans « Kaidan Oi no Tsue », le conte de la tayu de Yoshiwara dans « Ehon Sayo Shigure », le conte de la femme de Takano Shozaemon à Nakabashi dans « Shin Chomonju », et l'exemple réel de l'ère Meiji d'Otsuya à Shigaraki — forment certainement l'archétype du motif de « la femme dont la bouche est fendue jusqu'aux oreilles », mais une lignée directe avec le phénomène de 1979 n'a pas été confirmée académiquement. Toru Joko et Yoshiyuki Iikura adoptent la position de lire la Kuchisake-onna de 1979 non pas comme un continuum de l'époque d'Edo mais comme un phénomène d'après-guerre apparu indépendamment, l'archétype de l'époque d'Edo n'étant qu'un motif ancien en attente sans lien de parenté direct. Il s'agit d'une distinction importante dans la recherche sur les yōkai : l'accent mis sur la « continuité » est souvent la tendance des documents touristiques locaux (histoires locales de Gifu, Izumo, etc.), tandis que l'accent mis sur l'« indépendance » est la tendance du folklore et de la sociologie moderne. Il est intellectuellement honnête de présenter l'archétype de l'époque d'Edo comme un motif ancien tout en positionnant l'incident de 1979 comme un phénomène indépendant qui s'est reproduit sous des conditions spécifiques à l'après-guerre. Réception moderne : incorporation dans les dictionnaires de yōkai et recréation trans-est-asiatique. Le fait que « L'Encyclopédie illustrée des yōkai japonais » (1991) de Shigeru Mizuki ait inclus Kuchisake-onna comme article dans le dictionnaire des yōkai est souvent cité comme le moment symbolique où « les phénomènes étranges modernes ont été formellement incorporés dans le cadre des yōkai ». Avec cela, les légendes urbaines issues des médias de masse d'après-guerre ont été formellement incorporées dans le cadre des « yōkai » aux côtés des tsukumogami de l'époque d'Edo et des collectes du folklore moderne. L'adaptation cinématographique la plus représentative est « Carved » (2007) du réalisateur Koji Shiraishi, un film d'horreur d'après-guerre qui a abordé de front le phénomène de 1979. La version coréenne, « Ghost Mask: Scar » (2019, réalisé par Go Sone), était une coproduction nippo-coréenne qui combinait la culture de la chirurgie esthétique coréenne avec Kuchisake-onna, démontrant la vitalité des phénomènes étranges modernes trans-est-asiatiques. Dans les mangas, l'épisode 31 de « Hell Teacher Nube » par Shou Makura et Takeshi Okano est une recréation compatissante représentative, la réécrivant comme l'histoire d'une femme qualifiée de « yōkai » dont l'esprit animal possessif est exorcisé par Nube, la ramenant à son état initial magnifique — une histoire de guérison plutôt que d'exclusion. Cela indique que la culture des yōkai d'après-guerre incarne une éthique moderne (dignité individuelle, représentation des minorités) distincte de l'époque d'Edo. Le fait même que les yōkai modernes nés dans les années 70 continuent de maintenir leur vitalité dans la culture des yōkai dans les années 2020, 50 ans plus tard, prouve la puissance durable des yōkai générés par les médias de masse de l'après-guerre.

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