Encyclopédie des Yōkai

Grande encyclopédie des yōkai japonais

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住居・器物
  • Akaname

    Akaname

    Épique

    a-ka-NA-mé

    Iconographie traditionnelle, type enfant de bain

    住居・器物Japon, diverses régions (traditions centrées sur Edo)

    Figure typique fondée sur les images de Sekien et les éditions d’Edo. Ressemble à un enfant aux cheveux en bataille, avec des pieds griffus et une longue langue. Évite les humains, apparaît la nuit quand tout est désert, lèche la crasse et le tartre du bain, laissant des traces de langue humides et une odeur étrange. Il nuit rarement aux gens et est plutôt compris comme une présence qui incite les habitants à nettoyer.

  • Ao-andon

    Ao-andon

    Épique

    a-o AN-don

    Ao-andon, Démonesse du Hyakumonogatari

    Demeure / ObjetTokyo

    Il s'agit de la version d'interprétation de la « démonesse apparaissant au point culminant du Hyakumonogatari », visualisée par Toriyama Sekien, qui a exercé une influence décisive sur les générations ultérieures. Dans cette version, le Ao-andon n'est pas un simple yōkai pour faire sursauter, mais fonctionne comme le maître du jeu présidant au « rituel de terreur » qu'est le conte de fantômes, et comme un juge testant les limites psychologiques des humains rassemblés. Elle est vêtue de blanc, révélant des cornes acérées à travers ses longs cheveux noirs ébouriffés, et arbore un sourire sinistre sur ses dents noircies. Son apparence rappelle le masque de « Hannya » (une femme transformée en démon par la jalousie). Comme l'indiquent les outils de couture et les lettres éparpillés autour d'elle, elle n'est pas un « monstre venu d'ailleurs », mais la manifestation des émotions négatives — « paranoïa », « jalousie » et « rancune » — des participants, mises à nu au fil des cent contes, se condensant en un point dans la lumière de la lanterne bleue pour prendre la forme la plus terrifiante d'une « démonesse ». Au moment où la centième flamme s'éteint et que l'obscurité et le silence totaux s'installent, elle murmure aux participants : « Maintenant, je vais vous montrer la véritable horreur (l'enfer) ». Entité transcendant les frontières des encyclopédies de yōkai pour monstruosifier la mécanique même de la folie intérieure et de la peur humaine, elle est le summum du raffinement de la culture de l'horreur d'Edo.

  • Atakemaru

    Atakemaru

    Peu commun

    a-ta-KE-ma-ru

    Atakemaru (Récit d’objet-âme)

    Esprits DomestiquesTokyo

    Image folklorique de l’Atakemaru, célèbre galère du shogun, devenue une présence investie d’un reste de puissance après démantèlement et réemploi. La splendeur de la coque et la révérence populaire s’allièrent à l’idée qu’une âme réside dans les objets, avertissant qu’un traitement négligent des matériaux attire le prodige funeste. Ses manifestations sont indirectes—bruits, messages en rêve, possession de membres du foyer—et varient selon lieux et conteurs. Le croisement entre histoire navale et tradition en fait un yōkai à portée symbolique et morale.

  • Chair-de-poule

    Chair-de-poule

    Rare

    mi-no-ke-DA-tchi

    Type iconographique des rouleaux illustrés · Frisson hérissé

    住居・器物Origine inconnue (folklore japonais)

    Issu d’un emaki dépourvu de texte, ce yōkai iconographique est difficile à définir par sa fonction ou son tempérament. Sa silhouette aux poils dressés évoque une mise en image de la peur ou de l’effroi, mais les sources manquent d’explications, rendant toute conclusion hasardeuse. Noms et appellations varient selon les documents, et des figures similaires sont parfois représentées sous d’autres dénominations. Ici, la caractérisation est réduite au minimum, fondée sur la forme de l’image et l’emplacement des sources.

  • Chōchin-obake

    Chōchin-obake

    Épique

    chochin-obake

    Le Chōchin-obake typique à la longue langue

    Objet / TsukumogamiTokyo

    Cette version se concentre sur l'image la plus classique du Chōchin-obake, possédant de grands yeux et une longue langue, effrayant les humains avec une attitude humoristique. Il n'apporte pas de terreur profonde ou de désastre, mais joue plutôt de petites farces aux humains après qu'un outil du quotidien a pris vie. Cette légèreté est précisément le charme du Chōchin-obake. Ouvrir une grande bouche à l'endroit où la lanterne est déchirée et en sortir une langue rouge est un design pop qui symbolise la culture visuelle de l'époque d'Edo. À l'origine, les lanternes étaient des outils destinés à éclairer l'obscurité et à apporter la tranquillité d'esprit. Cependant, lorsqu'elle se transforme en yōkai, la flamme à l'intérieur se superpose au feu de la vie, vacillant au gré du vent. Bien qu'il n'y ait pas de contes populaires clairs affirmant qu'il blesse les humains, la vue d'une lanterne ouvrant soudainement les yeux et tirant la langue sur une route sombre la nuit provoque indubitablement un effet de surprise. Cela permet de réaliser intuitivement que l'outil que l'on pensait contrôler possède en réalité sa propre volonté. C'est une anomalie minime mais tangible. Cette version du Chōchin-obake peut être vue comme une lumière guide reliant les humains au monde des yōkai. Il ne porte pas de rancune tragique comme le Oiwa-chōchin. Il émerge simplement dans l'obscurité de la nuit, utilisant des farces pour faire prendre conscience aux humains de l'existence de l'autre monde. Dans YOKAI.JP, il est tout à fait approprié de le traiter comme une icône représentant l'humour unique et l'accessibilité des Tsukumogami. S'il est représenté sur une carte, le fond devrait illustrer une route sombre de l'époque d'Edo ou un temple délabré, avec la flamme du Chōchin-obake vacillant au vent et sa longue langue exagérément tirée. Plutôt que l'horreur, il faut souligner le comique qui donne envie de rire. Il enseignera aux gens que tous les yōkai ne sont pas des ennemis terrifiants, et qu'il y a des yōkai comme lui qui ne font que jouer avec les humains dans la nuit.

  • Crabe Heike de Sanuki

    Crabe Heike de Sanuki

    Peu commun

    sa-nou-ki hé-i-ké-ga-ni

    Crabe Heike de Sanuki (lié à Yashimaura)

    住居・器物Kagawa

    Image fondée sur la croyance populaire voyant dans les crabes aux motifs faciaux échoués sur les plages de Sanuki les esprits rancuniers des Heike. Les sources les relient à divers toponymes, Sanuki étant renommée pour la mémoire de la bataille de Yashima. En tant que yōkai, ils ne nuisent pas directement mais inspirent la crainte en rappelant le destin du conflit à ceux qui les voient. Étroitement associés aux rites de commémoration et d’apaisement, ils ne diffèrent d’ailleurs des variantes d’autres régions que par le nom.

  • Danse des papiers

    Danse des papiers

    Peu commun

    ka-mi-MA-i

    Édition de compilation documentaire

    住居・器物Origine inconnue

    Plutôt qu’un être autonome, Kamimai désigne, tel qu’il a été réorganisé plus tard, un phénomène où des papiers se mettent à virevolter spontanément dans la maison. Fujisawa Morihiko est cité comme source en l’associant au mois de Kan’nazuki, mais son illustration réemploie une scène de l’Inō Mononoke Roku, et la source première n’impose aucun mois précis. Depuis l’ère Shōwa, des ouvrages de folklore et de contes rapportent des cas de contrats ou manuscrits s’envolant, étiquetés « Kamimai », mais la fiabilité en tant que témoignages directs et leur diffusion régionale restent indéterminées. Nous traitons donc ici Kamimai comme une appellation générique d’un yōkai marquant des comportements inexpliqués liés à l’habitat et aux objets (autopropulsion ou lévitation du papier), sans forme propre ni origine nette. Dans la tradition, il nuit rarement aux humains ou aux animaux, se limitant surtout à provoquer stupeur et moquerie.

  • Dieu de la Pauvreté

    Dieu de la Pauvreté

    Peu commun

    bin-BO-ga-mi

    Version conforme aux récits traditionnels

    住居・器物Japon, diverses régions

    Le dieu de la pauvreté trouve son origine dans la personnification médiévale de la « misère » et commence à être nommé dès l’époque Muromachi. Il est souvent figuré en vieillard maigre portant un éventail de papier, censé vivre dans les placards ou les coins des salles. L’expulser est difficile, et l’on privilégie des rites d’« accompagnement » plutôt que la contrainte. Le Saishishū rapporte qu’on le guide hors de la porte à la nuit sombre avec une branche, le Tankai prescrit d’envoyer par l’arrière-cour sur un plateau du riz grillé et du miso grillé vers la rivière, et le Nihon Eitaigura décrit un culte respectueux la nuit des sept herbes où, touché par l’hommage, il se mue en fortune. De nombreuses croyances le lient au feu et à l’ordre domestique, comme l’âtre du réveillon à Niigata ou l’interdit de déranger le feu en Ehime. Le miso, tenu pour sa friandise, est tour à tour appât ou tabou, et des rites autour du miso grillé subsistent partout. Divinité vindicative, il devient mal à l’aise dans les foyers laborieux, propres et économes, et, dans la foi populaire, sert d’indicateur du destin du foyer en contrepoint des dieux de fortune.

  • Démon du Yo-yo Étincelant

    Démon du Yo-yo Étincelant

    Commun

    SEN-kyou-ki

    Version moderne

    住居・器物Échoppes des fêtes nocturnes, cours d’école

    Senkūki est un yōkai né d’un yo-yo usé qui, une nuit d’été, a absorbé la lumière de la lune. Il se déplace à la vitesse de l’éclair et laisse une traînée lumineuse à chaque lancer. Parfois il enroule son fil autour des poignets, parfois il danse dans le ciel nocturne en luisant d’un éclat étrange, fascinant les spectateurs. Mais entre des mains maladroites, son fil s’agite, faisant trébucher son porteur ou renversant des objets pour jouer des tours.

  • Démon rafraîchissant (Suzumi-oni)

    Démon rafraîchissant (Suzumi-oni)

    Commun

    su-ZU-mi o-NI

    Version moderne

    住居・器物Fin de l’ère Shōwa, diffusion domestique, zones urbaines

    Le Ryōmi-oni est un yōkai né de l’usage intensif de la climatisation pour fuir la chaleur estivale. D’ordinaire, il arbore un visage adorable et souffle un « Haa~ » glacé pour rafraîchir la pièce. Mais s’il s’emballe, il transforme la chambre en glacière et pousse les occupants à éternuer. On dit qu’en hiver, il se querelle avec le yōkai du kotatsu. Selon une rumeur, si l’on oublie d’éteindre la télécommande en s’endormant, le Ryōmi-oni apparaît en rêve et murmure « Profite encore de la fraîcheur ».

  • Démon-planche

    Démon-planche

    Peu commun

    i-ta-O-ni

    Conforme à la tradition

    Esprits DomestiquesTraditions des palais et demeures aristocratiques autour de Heian‑kyō (Kyoto)

    Fondé sur le Konjaku Monogatari, le nom postérieur est fixé comme “Ita-oni”. Le sujet est la planche elle-même ou un phénomène hantant une planche, prenant forme de lame saillante depuis les faîtages ou les claustras. Sans motif ni volonté exprimés, son noyau narratif est l’écrasement mortel des dormeurs. Dans les palais et résidences aristocratiques de l’époque de Heian, la garde de nuit et la surveillance des portes étaient cruciales, et les récits de l’étrange servaient d’avertissement disciplinaire. Ici, en évitant deux personnes armées pour frapper un couche vulnérable, l’histoire illustre l’éthique “la négligence mène à la mort”. En tant qu’esprit d’objet, il touche à une compréhension de type tsukumogami, sans vieillissement ni croissance autonome, et apparaît comme un phénomène ponctuel d’une planche précise surgissant selon le lieu. Aucune poursuite ou capture n’est rapportée, sa manifestation et sa disparition sont rapides et ne laissent pas de traces.

  • En'enra

    En'enra

    Épique

    en-EN-ra

    Esprit de fumée d’Usura

    住居・器物Origine inconnue

    Inspiré des images de Sekien, c’est une interprétation qui met l’accent sur des volutes de fumée superposées comme de fines étoffes, formant parfois un visage humain. Plutôt qu’un être nuisible, il signale les déséquilibres du souffle domestique et rappelle la prudence dans la gestion du feu, ce qui correspond au folklore. Il ne garde pas de forme fixe, change avec le vent et la température, et son visage apparaît ou s’efface selon l’état d’esprit de l’observateur.

  • Encens de résurrection (Hangonkō)

    Encens de résurrection (Hangonkō)

    Peu commun

    han-gon-kô

    Conforme aux traditions • Apparition par encens

    住居・器物Origine inconnue

    Le « hangan-kō » est moins une substance qu’un médiateur narratif pour retrouver les défunts. Le motif chinois de « voir la silhouette dans la fumée » a été intégré à la littérature et au théâtre du Japon prémoderne, où l’usage du brûle-encens, du bois aromatique et des cendres est décrit avec solennité. Dans certains recueils illustrés de yōkai, il est classé parmi les objets possédés, la fumée figurant les traits du disparu de façon stéréotypée. On l’interprète souvent non comme un rappel de l’esprit, mais comme une pure manifestation d’ombre et de silhouette. Des vertus médicinales sont citées comme anecdotes de matière médicale, mais déjà mises en doute dans les miscellanées d’époque, et reléguées au rang d’histoires étranges. Dans le rakugo d’Osaka et d’Edo, la rencontre ne dure que jusqu’à l’extinction de l’encens, la quantité et le temps du parfum devenant clés de la mise en scène.

  • Esprit de l’ema

    Esprit de l’ema

    Peu commun

    é-ma no sé-i

    Esprit d’ema (récit traditionnel)

    Esprits DomestiquesKyoto

    Une entité spirituelle logée dans les tablettes votives ema, connue dans les légendes de sanctuaires et de temples. Elle apparaît surtout au crépuscule ou en songe, et sa forme reflète l’intention du vœu ou le motif peint. Sous l’aspect d’un vieillard, elle enseigne et avertit ; sous l’aspect d’une femme, elle invite ou se manifeste. Ce n’est pas une divinité en soi, mais une spiritualité de l’offrande, révélée par la puissance du lieu sacré. Elle abhorre qu’on emporte sans raison, salisse ou jette au feu ; elle préfère la restitution ou l’incinération rituelle respectueuses. La rencontre peut être heureuse ou redoutée, le présage dépend du traitement reçu.

  • Furisode-no-kai

    Furisode-no-kai

    Rare

    ふりそでのかい

    Le Furisode qui brûla Edo : L'incendie du Furisode

    Habitation / ObjetTokyo

    Le *Furisode-no-kai* se caractérise par le fait qu'il s'agit d'une « anomalie où un objet et une catastrophe ne font qu'un », sans prendre la forme d'un yokai spécifique. Son cœur est constitué d'une double structure : à l'intérieur, il y a la malédiction d'un objet, où un *furisode* chargé des pensées des morts prend la vie de son nouveau propriétaire (une passion proche du *tsukumogami*) ; à l'extérieur, il y a le grand désastre où le feu qui consume le *furisode* devient incontrôlable et réduit la ville entière en cendres. Le premier élément est un exemple typique des nombreux contes de « vêtements et souvenirs maudits » d'Edo, tandis que le second correspond à la tragédie historique réelle du grand incendie de Meireki. L'originalité de cette histoire de fantômes réside dans la fusion de ces deux éléments. Pour les habitants d'Edo, les incendies étaient la plus grande des terreurs. Bien qu'on louât le fait que « les incendies et les bagarres sont les fleurs d'Edo », une fois le feu propagé, la ville de bois retournait facilement en cendres. Le *Furisode-no-kai* peut être considéré comme un produit de l'imagination propre aux légendes urbaines, traduisant cette terreur en une histoire facile à assimiler sur le destin d'un vêtement, donnant ainsi un visage et une raison à une calamité aveugle.

  • Fusuma

    Fusuma

    Peu commun

    Fusuma

    Le linge blanc de la route nocturne : Fusuma de Sado

    Habitation / objet domestiqueîle de Sado, préfecture de Niigata (forme principale) / Tosa, préfecture de Kōchi (variante)

    Cette version se concentre sur le type du linge blanc de Sado, le plus connu, plutôt que sur la forme de Tosa. Elle met l'accent sur les circonstances de son apparition sur les routes nocturnes, sur la méthode de défense par l'ohaguro et sur le lien légendaire avec l'usage masculin du kane. À Sado, sur les chemins de nuit, les routes enneigées ou autour des auberges, un linge blanc de la taille d'un furoshiki descendrait sans bruit, comme flottant dans la lumière de la lune, et couvrirait la victime de la tête aux épaules. Les lames ne le coupent pas. Ce n'est que lorsqu'une personne ayant l'ohaguro dans la bouche mord l'un des bords que l'apparition se flétrit et tombe. Il est bien attesté que certains hommes de Sado pratiquaient encore le kane jusqu'à l'ère Meiji, et des anciens expliquaient cette coutume comme un reste de mesures contre Fusuma. Mais l'ohaguro masculin peut aussi relever d'autres motivations, comme le costume de fête ou les rites de passage à l'âge adulte. L'idée qu'il ait existé spécialement pour repousser Fusuma doit donc être lue comme comportant une part de rationalisation postérieure. Dans l'hiver de Sado, lorsque le vent se lève sur les champs de neige, des linges blancs suspendus aux avant-toits ou aux séchoirs peuvent s'envoler et couvrir le champ de vision. De telles expériences naturelles ont peut-être, elles aussi, été racontées localement sous le nom de Fusuma.

  • Futon-kabuse

    Futon-kabuse

    Rare

    Futon-kabuse

    Le poids qui tombe sur le lit : Futon-kabuse de Sakushima

    Habitation / objet domestiqueAichi

    Cette version se concentre sur le processus de réécriture par lequel les encyclopédies modernes de yokai ont donné forme à cette apparition. La source primaire ne conserve que le noyau : « il vient doucement, se glisse par-dessus et étouffe ». Les encyclopédies de yokai d'après-guerre, notamment la lignée du Nihon Yōkai Taizen de Mizuki Shigeru et les ouvrages illustrés dirigés par Kyōgoku Natsuhiko et Tada Katsumi, ont pris cette phrase pour point de départ et y ont ajouté des détails : « un futon d'abord léger devient peu à peu lourd », « il tombe sans bruit pendant que l'on dort ». Ces éléments sont des embellissements postérieurs, sans appui dans le premier témoignage. En même temps, ils fonctionnent bien pour transmettre au lecteur moderne les sensations nocturnes d'un village de pêcheurs : le poids d'une literie humide de vent marin, la paralysie du sommeil due à l'épuisement, le froid salin qui semble remonter de la mer. Le fait que Futon-kabuse n'ait pas d'équivalent chez Toriyama Sekien - apparition du folklore côtier moderne qui n'entre pas dans les rouleaux illustrés d'Edo - a aussi laissé aux artistes et écrivains ultérieurs un espace de liberté pour l'imaginer. Cette marge fait partie de son caractère moderne.

  • Gardien du Réfrigérateur

    Gardien du Réfrigérateur

    Commun

    ré-zo-mo-ri (REI-zô-mo-ri)

    Version contemporaine

    住居・器物Immeubles collectifs urbains

    Depuis longtemps, on murmure dans les immeubles et les appartements que si les magnets du réfrigérateur tombent ou bougent tout seuls, c’est l’œuvre du Gardien du Frigo. Dans un foyer, on raconte qu’en ouvrant la porte la nuit, un magnet avait glissé ailleurs, et le lendemain le maître de maison oublia d’utiliser la viande du congélateur, qui finit par pourrir. Ailleurs, un enfant pleura devant le frigo en pleine nuit et expliqua qu’une voix venue de l’intérieur lui avait dit de manger des sucreries. De telles histoires ont fait connaître le Gardien du Frigo comme un yōkai moderne qui dérègle le rythme alimentaire des gens.

  • Gare de Kisaragi

    Gare de Kisaragi

    Légendaire

    kisaragi-eki

    La Gare Sans Personnel Glissant vers l'Autre Monde

    Habitation / ObjetShizuoka

    Cette version de la gare de Kisaragi est une forme permettant de lire la gare elle-même comme un yōkai. Au lieu de dépeindre un monstre avec une forme physique, elle combine des éléments tels que les quais, les voies, les tunnels, les annonces dans les trains et les signaux des téléphones portables pour capturer le moment où l'espace quotidien se transforme légèrement en règles différentes. L'autre monde n'est pas dans les montagnes profondes très loin. Quand vous pensez avoir dormi une station de plus sur votre chemin habituel pour rentrer chez vous, le train est déjà entré dans un ordre inconnu. La terreur initiale commence par la rupture de la notion du temps. La distance entre les gares est trop longue, le train passe des gares où il devrait s'arrêter, le paysage par la fenêtre se transforme en quelque chose d'inconnu. À ce stade, cela peut encore être expliqué par « j'ai pris le mauvais train » ou « je suis à moitié endormi ». Mais à mesure que les explications sont écrasées une à une, le lecteur est placé dans la même voiture de train fermée que l'auteur du message. Le format du forum joue ici un rôle majeur. Parce qu'un tiers conseille mais ne peut pas la sauver, la voix de la raison elle-même est incorporée à l'anomalie. La notation en hiragana du nom de la gare est également importante. S'il était écrit en kanji comme « 如月駅 », il pencherait vers un nom de lieu élégant ou un nom de mois, mais l'écrire comme « きさらぎ駅 » (Kisaragi) en fait un symbole inorganique imprimé sur une plaque nominative de gare. Une douceur que même un enfant peut lire et un vide qui n'appartient à aucune municipalité se dressent simultanément. Selon la classification des anomalies modernes d'Asazato Itsuki, il y a ici un pouvoir de dénomination qui transperce la mémoire avec de simples mots courts, tout comme « Papier rouge, Papier bleu » dans les histoires de fantômes d'école ou « Mary-san » dans les histoires de fantômes téléphoniques. Si la gare de Kisaragi devait être reliée à la lignée des yōkai classiques, ce serait la disparition mystérieuse (kamikakushi) et les anomalies routières. Les Tengu emmenant les gens dans les montagnes, les voyageurs ensorcelés par des renards marchant en rond au même endroit, la musique de festival entendue aux carrefours. Ils ont tous parlé du moment où une route échappe au contrôle humain. Dans la gare de Kisaragi, cette route est devenue une voie ferrée. Les voies sont à l'origine une promesse moderne garantissant la destination et l'heure, mais dans cette histoire de fantômes, la force même de la garantie s'inverse. Vous ne pouvez pas revenir en arrière même si vous descendez, et vous n'atteindrez pas votre destination même si vous restez à bord. La raison pour laquelle il y a tant de dérivés ultérieurs est que le décor est très facile à étendre. Changez le nom de la gare, changez l'itinéraire, ajoutez un smartphone ou une application de carte, et une autre gare de Kisaragi naît immédiatement. Comme le montre la théorie des légendes urbaines compilée par ASIOS, les histoires de fantômes modernes circulent non seulement en préservant des textes originaux fixes, mais en incluant la vérification, le déni et la reconstitution. La gare de Kisaragi est une anomalie incluant son format de circulation, et même l'acte de recherche du lecteur devient une extension de l'histoire. Par conséquent, l'attitude la plus sincère envers cette gare sans personnel n'est pas de déterminer une vraie gare. Il y a un contour qui ressemble à l'ouest de la préfecture de Shizuoka. Mais au moment où vous écrasez le contour pour en faire un vrai nom de gare, l'essence de la gare de Kisaragi est perdue. Sur YOKAI.JP, nous la traitons comme un autre monde issu d'une création, tout en laissant la texture réaliste du réseau ferroviaire. Une gare qui n'est pas sur la carte n'est pas effrayante parce qu'elle n'est pas sur la carte. C'est effrayant parce que plus les gens croient aux cartes, plus ils y arrivent. Un autre point intéressant est que les conseils ne deviennent pas un salut. Les résidents du forum pensent rationnellement et proposent des moyens réalistes comme la police, le personnel de la gare, la famille et la confirmation de l'emplacement actuel. Mais une fois qu'elle entre dans l'autre monde, toute cette rationalité arrive légèrement trop tard. La gare de Kisaragi ne nie pas les dispositifs de sécurité modernes, mais les laisse tourner à vide tout en leur donnant l'air de fonctionner. C'est là que réside la froideur typique des histoires de fantômes d'Internet de l'ère Heisei.

  • Himamushi Nyūdō

    Himamushi Nyūdō

    Rare

    hi-ma-mou-shi nyou-DOU

    Conforme aux images de Sekien

    住居・器物Époque d’Edo

    Édition de référence fondée sur l’illustration et la note de Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi. Le torse émacié d’un nyūdō s’étire depuis sous le plancher, la bouche luisante, la langue tendue vers la coupelle d’une lanterne à huile. L’interprétation morale centrale veut qu’il soit l’esprit d’un paresseux, apparaissant chaque nuit pour lécher l’huile, affaiblir la flamme et gêner l’écriture ou la couture. Le nom renvoie au monogramme « Hemamushiyo Nyūdō », issu d’un jeu de griffonnage. Dans l’expérience vécue, il rappelle les insectes friands de graisse autour du foyer ou de la cuisine, attiré par l’odeur d’huile et l’obscurité. Il ne cause pas de grands dommages, préfère faire vaciller le feu, humecter la mèche et miner la concentration. S’il est aperçu et réprimandé, il se ratatine et se retire, créature vouée à l’ombre.

  • Hyōshigi d’escorte

    Hyōshigi d’escorte

    Peu commun

    o-KOU-ri hyô-CHI-gui

    Version conforme à la tradition

    住居・器物Tokyo

    Conforme à la bizarrerie du bois de frappe transmise parmi les Sept Merveilles de Honjo. Plutôt comprise comme un nom de phénomène sonore que comme un yōkai doté d’un corps. Elle surgit en suivant le rythme régulier des rondes nocturnes, surtout aux angles de rue, près de l’eau et par temps de pluie. Les témoignages visuels sont rares, et lorsqu’on se retourne il ne reste qu’une présence. Légende urbaine liée aux coutumes de sécurité locales (rondes de nuit), jumelle de la « lanterne d’accompagnement ». La sur‑anthropomorphisation n’apparaît pas dans la tradition, la particularité étant que c’est le son qui « accompagne ».

  • Ipetam — le « sabre qui mange »

    Ipetam — le « sabre qui mange »

    Peu commun

    i-pé-tam

    Conforme aux traditions • Image du sabre maudit

    住居・器物Hokkaido

    Cette version synthétise l’image d’Ipetam telle qu’elle apparaît dans diverses traditions aïnous. Le sabre vibre de lui-même et manifeste sa faim par l’acte décrit comme « manger » la pierre ou le cuir. Une fois tiré, il ne se calme qu’après avoir vu le sang, et l’on raconte même qu’il vole de lui-même pour trancher des gens. Sa malédiction menace maisons et kotan, attire le malheur au-delà de la volonté du propriétaire, et se contient par des rites, des interdits ou par l’immersion dans des eaux. À Asahikawa et Kamikawa, des récits se concluent par le jet dans un marais sans fond d’où surgit un rocher en forme de sabre, liant apaisement, toponymie et paysage. À Saru coexistent des anecdotes où l’imitation de son son met en fuite des bandits, montrant la force dissuasive de son nom redouté. À Kutsuroi-Katsurakoi, un récit d’alias grave dans le nom du sabre la mémoire d’un tabou enfreint et d’un tort, fixant son statut d’objet calamiteux. Des types apparentés incluent la lance anthropophage Ipeop et le couteau de défense Sosamusipe, suggérant une vision systématique des armes funestes. Cette reconstitution évite l’embellissement fictionnel et suit fidèlement les sources locales.

  • Ittan-momen

    Ittan-momen

    Épique

    i-TAHN-mo-men

    Le tissu étrangleur du ciel nocturne de Satsuma : Ittan-Momen (Version folklore)

    Esprits DomestiquesKagoshima

    Entièrement dépouillée du motif de culture pop d'un « yôkai amical avec des yeux et une bouche qui parle un dialecte » dépeint dans les animes et mangas ultérieurs, cette interprétation reproduit fidèlement la « terreur fondamentaliste » des plus anciens contes folkloriques transmis dans la péninsule d'Ôsumi de la préfecture de Kagoshima. Cette version d'Ittan-Momen est dépeinte comme un « assassin silencieux et sans visage (Faceless) » avec lequel il est totalement impossible de communiquer. Le cœur de sa terreur réside dans son « silence » écrasant et son « altérité ». Sur les chemins faiblement éclairés au crépuscule ou à la lisière des bois déserts la nuit, il plane du ciel comme un simple morceau de tissu blanc, sans aucun battement d'ailes ni bruit de pas. Ensuite, il descend silencieusement au-dessus de la tête de sa cible, couvrant entièrement le visage avec la sensation d'un tissu froid et humide, et l'étouffe rapidement en s'enroulant plusieurs fois autour de son cou. Puisqu'il ne s'agit que d'un long tissu sans yeux, nez ou bouche, la victime ne peut ni lire ses émotions ni implorer grâce ; elle est simplement privée de sa vue et de sa respiration dans les ténèbres, faisant l'expérience de la « terreur claustrophobique » ultime. De plus, cela s'accompagne d'un épisode très macabre montrant qu'il ne s'agit pas simplement d'un « morceau de tissu en mouvement (un esprit d'outil) ». Un homme qui a été attaqué par cette apparition sur une route sombre et qui était sur le point de mourir d'étouffement a dégainé le wakizashi (épée courte) à sa taille et a frénétiquement tailladé le tissu enroulé autour de son visage. À ce moment-là, le tissu a disparu instantanément dans l'obscurité, mais la lame de l'épée laissée dans les mains de l'homme était recouverte d'un « sang frais » chaud et collant. Ce récit de confrontation vivant et physique — où « le trancher le fait saigner » — suggère fortement que l'Ittan-Momen n'est pas seulement un tour du vent ou un monstre de tissu, mais un « prédateur grotesque fait de chair et de sang » non identifié, incarnant brillamment la peur primale qui se cache dans l'obscurité rurale.

  • Iyaya (Négation, « Non point »)

    Iyaya (Négation, « Non point »)

    Rare

    i-ya-ya

    Conforme aux images de Sekien

    住居・器物Origine inconnue (Époque d’Edo, Japon)

    Interprétation strictement fondée sur les images et notes de Toriyama Sekien, en limitant les embellissements postérieurs. Iyaya est figurée comme la silhouette de dos d’une jeune femme au bord de l’eau, tandis que l’onde reflète un visage de vieillard. Le nom s’appuie sur le « kaiya » de Dongfang Shuo, laissant supposer une création allégorique de Sekien. Jeunesse et vieillesse, beauté et laideur, face et envers y sont mises en contrepoint sur une même scène, admonestant le cœur qui se laisse duper par l’apparence. Les récits oraux sûrs manquent, et le caractère n’est défini qu’à partir de l’iconographie. Les appellations « iyaya/iyami » varient selon les sources et pourraient suggérer le refus ou la répulsion liés à « iya » (« non »), sans confirmation textuelle certaine.

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