Encyclopédie des Yōkai
Grande encyclopédie des yōkai japonais
稀少 
Taimatsu-maru
TAÏ-matssou-ma-rou
D’après l’atlas d’Ishiyen (Toriyama Sekien)
山野の怪 Origine inconnue Interprétation fondée sur l’image et les notes du Hyakki Tsurezure Bukuro de Toriyama Sekien. Oiseau de proie nimbé de feu follet, laissant pendre des langues de flamme de son bec et de ses serres. Sa lueur n’éclaire pas la route mais trouble la vue et le sens de l’orientation, feu trompeur plutôt que guide. Sekien le rattache à la lumière des « pierres des tengu », intégrant les lueurs inexpliquées des montagnes au cycle des récits tengu. On dit qu’il rompt la récitation et la méditation des shugenja et des pèlerins, dispersant l’esprit, craint moins pour ses blessures directes que pour l’égarement qu’il provoque. Les traditions locales sont rares, mais on l’assimile aux feux étranges et aux feux des tengu.
珍しい 
Démon-planche
i-ta-O-ni
Conforme à la tradition
Esprits Domestiques Traditions des palais et demeures aristocratiques autour de Heian‑kyō (Kyoto) Fondé sur le Konjaku Monogatari, le nom postérieur est fixé comme “Ita-oni”. Le sujet est la planche elle-même ou un phénomène hantant une planche, prenant forme de lame saillante depuis les faîtages ou les claustras. Sans motif ni volonté exprimés, son noyau narratif est l’écrasement mortel des dormeurs. Dans les palais et résidences aristocratiques de l’époque de Heian, la garde de nuit et la surveillance des portes étaient cruciales, et les récits de l’étrange servaient d’avertissement disciplinaire. Ici, en évitant deux personnes armées pour frapper un couche vulnérable, l’histoire illustre l’éthique “la négligence mène à la mort”. En tant qu’esprit d’objet, il touche à une compréhension de type tsukumogami, sans vieillissement ni croissance autonome, et apparaît comme un phénomène ponctuel d’une planche précise surgissant selon le lieu. Aucune poursuite ou capture n’est rapportée, sa manifestation et sa disparition sont rapides et ne laissent pas de traces.
珍しい 
Retourneur d’oreiller
ma-kou-ra-ga-éshi
Type traditionnel — Lien aux phénomènes des temples et sanctuaires
住居・器物 Japon, diverses régions Une variante du makura-gaeshi soutenue par l’ancienne idée que l’oreiller relie l’âme et les frontières. Elle se manifeste aux seuils du sacré et du profane — dans certains zashiki, près des piliers ou dans la pièce bouddhique — et, pendant le sommeil, réoriente la tête vers le Bouddha ou la divinité principale, ou retourne simplement l’oreiller pour signifier un renversement de l’ordre. On la trouve dans des essais et emakimono depuis l’époque d’Edo, souvent liée aux « sept mystères » des temples et aux kakemono hantés. Selon les régions, on l’interprète comme la malice d’un zashiki-warashi, l’apparition d’un défunt de la maison, ou on l’attribue à une métamorphose animale. Le degré de crainte varie selon les époques : jadis présage d’un fléau mortel, elle est plutôt vue à l’époque moderne comme une farce légère de la chambre à coucher.
一般 
Renard à branches divergentes
é-da-bun-ki-GHI-tsuné
Version contemporaine
動物変化 Profondeurs d’un entrepôt virtuel Il s'insinue comme une ombre dans un environnement de développement silencieux, fait pousser une branche homonyme et embrouille le jugement. Par des tours qui franchissent les revues ou par un art de ramener seuls les fichiers de configuration à un état ancien, il multiplie les bogues introuvables. Son origine mêle la superstition du “double d'ombre” et l'épuisement du travail collaboratif. Un seul nom mais deux cœurs, il se nourrit des hésitations humaines pour croître.
名妖 
Oni coquillage turban (Sazae-oni)
sa-za-é O-ni
Représentation picturale et allégorique (d’après Sekien)
動物変化 Origine inconnue Toriyama Sekien caricature, à partir d’un récit du Livre des Rites, la logique qui fait des coquillages marins une forme démoniaque. Figure de turban avec bras humains et œil sur le couvercle, il sert moins de monstre nuisible que de visualisation des idées de métamorphose et de chose animée. Il rejoint les figures anthropomorphes de coquillages des processions nocturnes d’époque moderne et transmet une sensibilité qui voit du sacré dans les objets littoraux. Les épisodes grivois diffusés plus tard sont très fictionnels et doivent être distingués de l’image originelle.
珍しい 
Kiri Ichibei
KIRI itchi-bé
Version traditionnelle
霊・亡霊 Préfecture de Niigata (districts de Minamiuonuma et Minamikambara) Une entité proliférante censée apparaître la nuit sur les cols et sentiers de Niigata. Sous l’apparence d’un jeune enfant, elle relâche la vigilance, poursuit ses cibles et les pousse à frapper. Plus on la tranche, plus elle se multiplie, forçant la fuite. Son identité n’est pas fixée — esprit vengeur ou forme de créature des montagnes — mais les récits insistent sur sa perte de pouvoir à l’aube ou au premier cri du coq. Le terme « Ichibai » évoque la multiplication, et des motifs de coq sur les sabres sont dits agir comme talismans. Son origine précise est inconnue; à travers les rencontres rapportées, elle sert d’avertissement contre les déplacements nocturnes en montagne.
稀少 
Yariketchō (la lance à touffe métamorphosée)
ya-ri-ke-tchô
Yarigechō (conforme aux images traditionnelles)
Objets Animés et Morts-Vivants Époque d’Edo (Japon) Une forme d’esprit-objet typique des peintures de yōkai de l’époque moderne. La lance à touffe, à la fois outil martial et emblème de cortège, fut réputée se charger d’une puissance numineuse par son lien avec des maîtres et récits de prouesses. Sekien, dans Hyakki Tsurezure Bukuro, le représente brandissant un maillet et, tout en reprenant l’ossature d’images plus anciennes, lui attribue un nom d’objet. L’héritage des motifs des processions démoniaques depuis le Muromachi, le goût antiquaire d’Edo et la valorisation des « pièces célèbres » ont abouti à la dénomination Yarigechō. Les éditions et nishiki-e modernes en ont varié l’iconographie, popularisant une lecture accentuant la touffe décorative de plumes, mais il existe peu de récits oraux propres, l’entité étant surtout connue par les images et la bibliographie.
名妖 
Hachihime (Princesse du Pont)
ha-shi-HI-mé
Hachihime d’Uji (iconographie traditionnelle)
人妖・半人半妖 Province de Yamashiro (rivière Uji et pont d’Uji) Version intégrant la figure de Hachihime en tant que divinité locale liée au pont d’Uji et la légende médiévale de la femme démon jalouse dans les chroniques guerrières et le nô. La première est vénérée au pied du pont comme dieu des eaux et du terroir, protégeant la traversée et les voyageurs. Sur le pont, on évite les paroles louant d’autres lieux ou les chants attisant la jalousie, suivant l’idée que le dieu local rejette les rumeurs venues d’ailleurs. La seconde raconte une femme qui prie à Kibune, se purifie dans l’Ujigawa, devient oni et rencontre un guerrier au pont Modoribashi. Toriyama Sekien mentionne le sanctuaire du pont d’Uji, et le nô Kanawa fixe l’image de la femme démon au cerceau de fer. Sur le plan folklorique, le pont est un entre-deux, le culte aquatique et féminin se mêle à l’avertissement contre la jalousie, et culte comme récit coexistent. Malgré des variantes de détail, la foi envers le pont d’Uji, la rencontre au Modoribashi, et la double nature de tabou et de protection en sont le noyau.
稀少 
Hatahiro
ha-ta-HI-ro
Source des rouleaux illustrés · Édition Sekien
付喪神・骸怪 Inconnue Une version fondée sur l’idée d’un monstre conceptualisé par Toriyama Sekien à travers image et note. On y voit la rancœur logée dans un tissu prendre forme serpentine et aller quêter le maître disparu, superposant l’esprit d’outil et le symbole ophidien. Les sources folkloriques autonomes étant rares, l’ensemble demeure une mise en ordre iconographique reliant la lignée des tsukumogami et les légendes où l’on entend le bruit du métier près de l’eau. Côté étymologie, des rapprochements avec le « vingt brasses » des arts du spectacle et des jeux de mots sont évoqués, sans attestation décisive. Visuellement, une longue étoffe ondule en serpent, l’extrémité figurant une langue ou une fente.
珍しい 
Shidai-daka (Hauteur Croissante)
shi-DAÏ-da-ka
Version canonique des traditions
山野の怪 Région du Chūgoku (préfectures de Shimane, Yamaguchi, Hiroshima, Okayama) Image de base du shidai-daka en tant qu’anomalie routière « à lever les yeux » transmise dans diverses régions du Chūgoku. Silhouette humanoïde dont la tête et les épaules se fondent dans l’ombre, sa taille s’allonge ou se rétracte selon le regard posé sur elle. Son degré de nocivité varie selon les récits, mais la peur s’amplifie par l’acte même de lever les yeux. Pour s’en prémunir: garder le regard baissé, fixer le sol, regarder entre les jambes; la figure rapetisse alors et se dissipe. On souligne sa parenté avec le Mikoshi-nyūdō, et les contes de route nommés « shidai-zaka » semblent des dérivations liées au milieu (pentes, sentiers de montagne). Les histoires de chasseurs l’associent au bakeneko à deux queues, et son identité varie selon les régions. Malgré de nombreuses fioritures fictionnelles, le noyau demeure la leçon taboue: « le regard amplifie l’étrange ».
珍しい 
Shōkichi Kappa
shô-kitchi kappa
Shōkichi Kappa, le kappa amateur de sumo de Bungo
Esprit des eaux Hita, préfecture d’Ōita (ancienne province de Bungo ; Shōkichi et le récit du kappa) Cette version s’attache au phénomène de la « possession par le kappa » que transmet le récit de Shōkichi. La plupart des histoires de kappa se dénouent au bord de l’eau, mais ici la lutte de la rivière s’invite jusque dans la maison. Ramené par les siens, Shōkichi continuait de s’agiter comme aux prises avec un adversaire invisible : l’œuvre même, disait-on, d’un kappa qui avait possédé un homme. Un esprit des eaux qui gagne la terre ferme en empruntant un corps humain — là réside le frisson fascinant de ce récit. La manière de l’apaiser, elle aussi, reflète la foi du pays. Ce qui agit d’abord, ce fut la puissance de la lame signée de Gō Yoshihiro. La croyance selon laquelle le kappa redoute un tranchant aiguisé se retrouve en bien des régions, et le détail voulant qu’il s’agite de nouveau dès qu’on éloigne le sabre en montre clairement la force. Ce qui mit fin au tumulte, ce fut enfin la prière d’un shugenja, ascète qui s’adonne à ses austérités retiré dans les montagnes. Apaiser une possession par le kappa avec ces deux forces — la puissance de la lame et le pouvoir spirituel de l’ascète — est typique des récits de kappa de Kyūshū. Hita a réuni nombre d’histoires de kappa, le Hita Gunshi en tête, et, avec le « Bungo Kawatarō » de la même province de Bungo, elles attestent la profondeur des croyances autour du kappa en ce pays.
名妖 
Pierre meurtrière
Sesshōseki
La pierre meurtrière de Nasu, la pierre aux exhalaisons vénéneuses
Habitations et objets Nasu, district de Nasu, préfecture de Tochigi (la Sesshōseki de l’ancienne province de Shimotsuke) Cette version examine comment la Sesshōseki, en tant que pierre vénéneuse, a été contée sur la scène du nō et dans les lieux de culte. Dans la pièce de nō Sesshōseki, lorsque le moine voyageur Gennō s’approche de la pierre sur la plaine de Nasu, une femme du village apparaît et conte l’origine de la pierre ; bientôt la pierre se fend et l’esprit du renard en surgit. L’esprit se repent des méfaits de sa vie, promet d’atteindre l’éveil, sauvé par la force rituelle du moine, et s’évanouit. Ici, la pierre meurtrière n’est pas une simple pierre qui tue, mais ce où réside une âme égarée, qu’il s’agit d’apaiser par des rites funèbres. Autour de la pierre meurtrière s’étend une terre désolée où nulle plante ne pousse et où flotte une fumée sulfureuse, appelée depuis longtemps Sai-no-Kawara et bordée d’innombrables statues de Jizō qui pleurent les morts. Le sanctuaire Nasu Onsen se dresse tout près, et lors de sa fête du Feu sacré (Goshinka), chaque mois de mai, on célébrerait un rite où le feu du sanctuaire est porté devant la pierre pour apaiser le feu de la montagne et la puissance numineuse de la pierre. Vue ainsi, la terreur de la pierre meurtrière tient moins à une pierre qui se meut de sa propre volonté qu’au sentiment d’une limite : « passe au-delà d’ici et tu perds la vie ». La zone même, emplie de vapeurs vénéneuses, était redoutée comme un seuil entre le monde des vivants et l’au-delà, et l’on croyait que le malheur n’atteignait que ceux qui franchissaient cette limite.
伝説 
Hira-san Jirōbō
Hira-san Jirōbō
Le grand tengu du second siège — Hira-san Jirōbō
Esprits des montagnes et des étendues sauvages Mont Hira, province d'Ōmi (Shiga ; rive occidentale du lac Biwa) La clé pour déchiffrer Hira-san Jirōbō tient au sens du rang « second siège, juste après Tarōbō », et aux sources médiévales propres au mont Hira. Dans la hiérarchie des tengu, Jirōbō est tenu pour le second après Atago-san Tarōbō. Cet ordre paraît presque commun tant dans les quarante-huit tengu du Tengu-kyō que dans le cadre des Huit Grands Tengu, et les noms mêmes de Tarōbō et Jirōbō dérivent des ordinaux « un » et « deux ». Plutôt qu'évoqué seul, Jirōbō paraît plus souvent en couple avec Tarōbō, comme les deux piliers du monde des tengu. La couche ancienne et ferme du tengu de Hira se trouve dans le Hirasan Kojin Reitaku (par Keisei, 1239). Ce dialogue, où le vieux tengu du mont Hira répond aux questions de Keisei et parle du monde des tengu et de l'au-delà, est une source primaire propre au mont Hira, montrant que Hira occupait une place ferme comme montagne sacrée des tengu à l'époque médiévale. Il convient ici de redresser une confusion fréquente. Jirōbō est souvent lié au récit du tengu chinois Chira Eiju (= Zegaibō), mais l'histoire originale dans le Konjaku Monogatarishū, livre 20 suit l'intrigue d'un tengu de Shintan vaincu par un moine du mont Hiei, et ne nomme pas le mont Hira comme siège du tengu japonais. Faire de Chira Eiju le tengu de Hira est un arrangement tardif ; la tradition propre au mont Hira lui-même doit plutôt se chercher dans le Kojin Reitaku susmentionné. Le récit de relocalisation depuis le mont Hiei s'entend de même non comme un fait historique mais comme un récit tardif relatant le changement de prééminence d'une montagne sacrée. Établi au mont Hira, le pic sacré d'Ōmi, craignant la loi bouddhique tout en éprouvant la présomption des hommes — cette coexistence de retenue et de fermeté est l'image de Jirōbō. Chigiri Kōsai, de l'étude des tengu, plaça lui aussi Jirōbō au rang venant juste après Tarōbō.
名妖 
Kejorō
keh-joh-ROH
Édition imprimée · école de Sekien
住居・器物 Époque d’Edo (Japon) Image emblématique fondée sur les planches de Toriyama Sekien et les kibyōshi d’Edo. Vêtue à la manière d’une courtisane des plaisirs, sa chevelure s’allonge anormalement pour couvrir tout le corps, rendant le visage indiscernable. Née comme satire de la culture urbaine centrée sur Yoshiwara et d’un jeu de mots entre courtisane et être surnaturel, elle ne possède ni nom propre ni récit d’origine. Une lecture proche du nopperabō est parfois proposée, en tant que symbole renversant les désirs et projections du spectateur. Les sources sont principalement imprimées, la tradition orale étant rare.
名妖 
Keukegen
KÉ-ou-ké-guène
Kehakigen (version traditionnelle)
総称・汎称 Origine inconnue Yōkai pileux d’origine incertaine, attesté d’abord dans les images d’Itō Sekien. Son nom signifie « rarement vu », et sa rareté est considérée comme sa marque distinctive. Les liens postérieurs avec l’humidité ou la maladie relèvent de commentaires tardifs sans attestations orales sûres. Ici, on suit la source première et l’on retient seulement l’apparence velue et la rareté des manifestations.
珍しい 
Kiko (renard de souffle)
ki-ko
Le Kiko — renard de rang moyen devenu un souffle de « ki »
Animaux métamorphes Partout au Japon (troisième rang dans la hiérarchie des renards) Cette version creuse le rôle que tient le Kiko parmi les quatre rangs des renards : celui d’une frontière. La hiérarchie des renards n’est pas un simple ordre de force, mais une échelle unique par laquelle la bête se rapproche pas à pas de l’esprit et du dieu. L’échelon où se tient le Kiko est précisément la couture qui sépare « le Yako de chair » des « Kūko et Tenko sans forme ». Là où le Yako est connu pour ses méfaits visibles — égarer les voyageurs, prendre une apparence pour les duper — le Kiko, ayant déjà quitté son enveloppe, tourne son action vers le dedans : posséder un être, troubler son cœur. La conception selon laquelle le renard des récits de possession n’est pas un simple Yako mais un Kiko d’un plus haut accomplissement plonge ici ses racines. Une autre chose se laisse voir chez le Kiko : l’inachèvement. Tandis que le Kūko détient le double de sa puissance et devient bientôt Tenko pour quitter le monde des hommes, le Kiko ne peut encore rompre ses liens avec eux. Oscillant entre l’instinct de la bête et le détachement d’un dieu, trompant et possédant tour à tour, il est en un sens un renard encore à mi-chemin de son ascèse. Si les renards supérieurs veillent en silence sur le monde, le Kiko est celui qui, plus proche que tous des hommes, se débat encore.
珍しい 
Fantôme quémandeur d’eau
mi-zou-KO-i you-RE-i
Fantômes du testament et mendiants d’eau (tradition)
霊・亡霊 Japon, diffusé surtout à Edo (époque d’Edo) Interprétation traditionnelle fondée sur la juxtaposition des « fantômes du testament » et des « fantômes quémandant de l’eau » dans l’Ehon Hyaku Monogatari. Les esprits de ceux morts avec des paroles inexprimées ou sous la soif et la faim apparaissent la nuit pour réclamer de l’eau. Leurs noms et faits précis sont rarement racontés ; ils fonctionnent comme parabole morale incitant à la commémoration. Quand parviennent lectures de sutras, mérites transférés, offrande aux affamés et aumônes aux morts, leur soif s’apaise avec le symbole de la « rosée suave ». On les raconte en ville comme aux campagnes, surgissant aux puits, ponts, tombes et bords de route, nœuds du passage humain et de l’eau. Ils suscitent plus la compassion que la peur ; maltraités, ils causent malédiction, mais apaisés par des funérailles décentes, ils se calment.
名妖 
Suiko (le tigre d’eau)
sui-ko
Le suiko écailleux, de la taille d’un enfant
Esprits des eaux Hubei, en Chine (introduit au Japon par les livres de l’époque d’Edo) Cette version s’attache à ce qui distingue le suiko : ce n’est pas une créature de la légende orale, mais une figure façonnée au fil des pages. Tandis que le kappa naquit des peurs de la vie au bord de l’eau et prit d’innombrables formes et noms selon les régions, l’image du suiko voyagea presque uniquement à travers les citations de la pharmacopée et des recueils géographiques chinois. C’est pourquoi ses traits marquants restent remarquablement constants : un corps de la taille d’un jeune enfant, des écailles dures, l’habitude d’exposer sa carapace sur le sable d’automne et la manière de ne montrer que ses genoux hors de l’eau. Les érudits japonais citaient ces sources chinoises tout en se demandant comment les accorder au kappa qu’ils avaient sous les yeux. Le *Wakan Sansai Zue* plaça les deux côte à côte et trancha prudemment qu’ils étaient « semblables sans être identiques », tandis que le *Suiko Kōryaku* tenta de classer sous l’étiquette « suiko » les témoignages de créatures aquatiques venus de tout le pays. L’illustration de Toriyama Sekien dans le *Gazu Hyakki Yagyō* est elle aussi une image tirée de ce savoir continental. Certaines notices vantent des moyens de le capturer ou ses usages médicinaux, mais les interprétations varient d’un livre à l’autre et la vérité reste incertaine. Le suiko est en somme un second visage de l’esprit des eaux : la trace laissée par une tentative de l’époque moderne pour relire le kappa familier à la lumière de l’érudition chinoise.
名妖 
Suiko-sama (la divinité du tigre d’eau)
sui-ko-sa-ma
Suiko Daimyōjin de Tsugaru
Divinités et esprits sacrés Région de Tsugaru, préfecture d’Aomori (autour du mont Iwaki ; Suiko Daimyōjin) Cette version creuse Suiko-sama en tant que foi qui « éleva un yokai jusqu’au rang de dieu ». Le kappa est par nature une créature redoutable qui entraîne les gens dans l’eau. Toute la sagesse du culte de Suiko-sama à Tsugaru tient en ceci : plutôt que de tuer le kappa, on fit de lui un dieu qui en commande quarante-huit à leur tête, lui confiant l’ordre du bord de l’eau. La foi était étroitement liée à la vie des enfants. La coutume d’offrir des concombres et de les laisser dériver pendant la saison des baignades était à la fois une prière à la divinité et un moyen d’ancrer chez les enfants l’avertissement quotidien : « ne baisse jamais la garde près de l’eau ». Si l’image sacrée emprunte la forme de Benzaiten, c’est que deux divinités des eaux se sont naturellement fondues en une. Elle ne partage que ses caractères avec le féroce « suiko » des livres chinois : sur le fond, les deux n’ont rien de commun. Suiko-sama est un dieu des eaux à la manière du pays des neiges — un dieu en qui les gens ont remodelé la frayeur locale du kappa pour en faire un objet de prière. Les rites et les formules précis varient beaucoup d’un district à l’autre, et beaucoup ne sont pas parvenus jusqu’à nous.
珍しい 
Kenmun
KÈN-moun
L’esprit du banian d’Amami – Kenmun
Esprits des eaux Îles Amami, préfecture de Kagoshima (esprit du banian, le Kenmun) Cette version examine de près la forme et le caractère du kenmun — parent du kappa, mais portant des couleurs bien à lui, propres à Amami. Il a la taille d’un enfant, la peau teintée de rouge, le corps couvert d’un poil de singe, et les cheveux noirs ou rouges. Dans la coupelle de sa tête il garde l’eau qui est la source de sa force, et l’on dit que ses doigts, sa bave et la coupelle elle-même luisent faiblement. Alors que le kappa du continent est lié aux rivières et aux gouffres, le kenmun a son gîte dans les vieux banians (gajumaru) et passe de la mer à la montagne au fil des saisons — un caractère singulier, enraciné dans la nature des îles méridionales. Sa répartition s’étend elle aussi d’île en île, avec ses propres récits transmis à Amami Ōshima, Kakeroma, Tokunoshima, Okinoerabu et ailleurs. Dans les récits des générations anciennes, c’était le plus souvent un esprit inoffensif qui aidait les hommes, mais au fil du temps sa part malicieuse et inquiétante est passée au premier plan. À mesure que s’efface la vie insulaire menée aux côtés de la forêt, la place du kenmun, elle aussi, s’éloigne peu à peu.
珍しい 
La Femme d’Ikebukuro
iké-bou-kou-ro no on-na
Croyance populaire d’Edo • La femme d’Ikebukuro
総称・汎称 Ikebukuro, district de Toshima, province de Musashi (actuel Tokyo) Tradition de la fin d’Edo selon laquelle, dans une maison employant une femme originaire d’Ikebukuro, surviennent en série des vacarmes et prodiges tels que bruits de jets de pierres, volets endommagés, vol d’objets comme bols et lampes, ou petites flammes pénétrant dans la salle de réception. L’initium est souvent un adultère entre le maître et la servante, et le départ de celle-ci met fin au tumulte. Les lectures varient: contrainte d’appartenance au clan d’un ujigami, lien avec les récits d’Osaki possédant de la région de Chichibu, ou simple machination et malveillance humaines. Plutôt qu’un individu yōkai, c’est un terme générique pour des troubles attachés à l’emploi de femmes d’une origine précise, avec des variantes associées à Ikeshiri, Numabukuro, Meguro, etc.
稀少 
Kutsutsura
KOUTSOU-tsou-ra (ku-tsu-tsu-ra)
Version iconographique et critique
付喪神・骸怪 Inconnue Établie d’après les anecdotes et images de Toriyama Sekien, cette version ordonne la figure comme un humanoïde bestial portant symboliquement un objet (un socque). Dans le Hyakki tsurezurebukuro, avec la page en vis-à-vis du « long chapeau », elle allégorise le proverbe « Ne pas entrer dans un champ de melons pour remettre ses chaussures, ni arranger son chapeau sous un prunier », montrant en image un avertissement à éviter tout soupçon. Aucune histoire d’apparition réelle ni de nuisance concrète n’est transmise, si ce n’est son rattachement à la lignée des monstres mangeurs de melons, et les moyens de le chasser se bornent au récit de talismans portant la maxime. Aucun lien assuré avec des toponymes japonais, et, pour la forme, la source renverrait aux rouleaux de la période Muromachi montrant des bêtes coiffées d’un léger socque.
伝説 
Kappa
KA-pa
L’esprit fluvial à la coupelle – Kappa
Esprits des eaux Rivières, étangs et marais de tout le Japon « Kappa » n’est pas, à vrai dire, le nom d’une créature unique. C’est un terme collectif — le mot par lequel tout le Japon, chaque région dans son propre parler, a désigné les esprits de l’eau qui hantent rivières et étangs. Au sud de Kyushu, c’est le Garappa ; au Tōhoku, le Medochi ; à Shikoku, l’Enko ; au Chūbu, le Kawaranbe ; au Kinki, le Gataro ; à Kyushu encore, le Hyosube. D’un lieu à l’autre, le nom et l’apparence varient un peu, et on en dénombrerait plus de quatre-vingts. Certains tiennent du singe, d’autres sont velus, d’autres encore vont en bande. Mais tous partagent un même noyau : ils vivent près de l’eau, portent de l’eau dans la coupelle de leur tête, et entraînent au fond hommes et chevaux. Le kappa est, en somme, le nom commun d’un vaste clan où se sont rassemblés tous les esprits des eaux du pays. C’est la lecture du folklore qui réunit en un seul ces variantes innombrables. Yanagita Kunio et Orikuchi Shinobu voyaient dans le kappa un dieu qui présidait jadis aux eaux — une divinité des eaux — déchu en yokai à mesure que sa dévotion s’effaçait. Que dans les légendes de komahiki le kappa cherche toujours à tirer un cheval ou un bœuf vers l’eau pourrait bien être le souvenir de fêtes où l’on offrait chevaux et bœufs à une divinité des eaux pour implorer de bonnes récoltes. Dans le Kappa Komahiki Kō (1948), Ishida Eiichirō a comparé ce lien entre le cheval et la divinité des eaux aux mythes de toute l’Eurasie. C’est justement parce qu’il est dieu de l’eau que le kappa amène l’eau aux rizières, dispense le poisson et transmet jusqu’à des remèdes de rebouteux — tout en noyant les hommes et en leur arrachant le shirikodama. Ses deux faces, bienfait et malédiction, sont l’endroit et l’envers d’une divinité des eaux déchue. Les traces de la divinité des eaux affleurent jusque dans le cycle des saisons. Dans tout l’ouest du Japon, on raconte volontiers qu’à l’équinoxe d’automne le kappa monte à la montagne pour devenir un yamawaro, et qu’à l’équinoxe de printemps il redescend à la rivière pour redevenir kappa. Le dieu des champs qui descend des monts vers les villages au printemps, le dieu de la montagne qui regagne les sommets à l’automne — cette idée d’aller et de retour recouvre exactement l’alternance du kappa et du yamawaro. Ainsi les variantes du clan se rejoignent-elles, elles aussi, comme une seule terre continue. Le clan a même sa légende de chef. Sur la rivière Kuma, à Kyushu, survit le récit de Kusenbō, un général kappa qui aurait traversé depuis le continent à la tête de neuf mille des siens. Ayant attiré la colère de Katō Kiyomasa, il fut chassé de la région, gagna la rivière Chikugo et devint l’un des serviteurs du sanctuaire Suitengū, à Kurume. Que le kappa ait été imaginé non comme un monstre solitaire, mais comme un clan reliant rivière à rivière, s’exprime clairement dans cette légende de patriarche. Les lieux liés au kappa parsèment tout le pays. À Tōno, dans l’Iwate, il est une « mare aux kappa » (Kappa-buchi) où ils apparaîtraient, et au temple Jōken-ji, en l’honneur d’un kappa qui éteignit un incendie avec l’eau de sa coupelle, se dressent des « lions gardiens kappa » dont la tête a la forme d’une coupelle. Au lac Ushiku, dans l’Ibaraki, le peintre Ogawa Usen, qui peignit des kappa toute sa vie, fut surnommé « Usen aux kappa », et Tanushimaru, à Fukuoka, se proclame « berceau du clan des kappa ». Dans le quartier de Kappabashi, à Tokyo, une légende rapporte que des kappa de la rivière Sumida venaient chaque nuit aider un marchand qui menait des travaux d’endiguement. Aujourd’hui encore, des fêtes du kappa se tiennent en maints endroits, et le kappa prête son nom à des marques de saké comme à des mascottes de ville — demeurant le plus aimé de tous les yokai aquatiques du Japon.
珍しい 
Aburabō (l’esprit de l’huile)
a-bou-ra-BOH
Aburabō (type traditionnel)
人妖・半人半妖 Provinces d’Ōmi et de Yamashiro, et régions voisines (Shiga, Kyoto) Le cœur d’Aburabō tient au châtiment d’avoir détourné l’huile destinée aux lampes des temples et sanctuaires, faute qui se manifeste en feu spirituel. Les récits de l’époque moderne et les traditions locales le situent aux abords des temples du piémont du mont Hiei et en divers lieux d’Ômi, surtout du crépuscule à minuit, fréquemment de la fin du printemps au début de l’été. Il apparaît comme une petite boule de feu orangée à jaune, ou comme l’ombre d’un moine portant une jarre d’huile, suit un trajet fixe franchissant portails, salles, berges d’étang, puis s’évanouit. Le son est incertain, bien que des traditions parlent de voix indistinctes. Les appellations varient selon les régions—« Aburabō », « voleur d’huile », « retour d’huile »—et portent une leçon folklorique sur l’interdit lié à l’huile et la nécessité d’offrandes. Les individus à l’origine et les temples précis diffèrent selon les sources, mais l’administration stricte des huiles dans la société templaire a favorisé ces récits. Les apaisements évoqués incluent sutras, inhumations rituelles et réoffrande de lampes, sans formule fixe attestée.
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