Encyclopédie des Yōkai
Grande encyclopédie des yōkai japonais
稀少 
Kozame-bō
ko-ZA-mé-bo
Conforme aux images de Sekien
山野の怪 Région des monts Ōmine et Katsuragi (tradition) Reconstitution fondée sur l’iconographie et la brève note de Toriyama Sekien. Il apparaît sous la pluie, en petite silhouette de moine, durant les nuits pluvieuses en montagne. Il sollicite avec retenue des offrandes rituelles destinées aux moines, sans pour autant nuire aussitôt en cas de refus. Le lieu se rattache aux aires sacrées de pratique ascétique d’Ōmine et Katsuragi, sans preuve solide le liant à des sanctuaires ou figures précis. Les commentaires postérieurs évoquant des demandes de nourriture ou de menue monnaie simplifient le terme « offrande rituelle » chez Sekien et reposent sur un faible appui oral. On dit qu’il erre seulement lors de fines pluies nocturnes, et les récits par temps clair ou sous forte averse sont incertains. Les rites de renvoi ou d’invocation restent inconnus, et la rencontre sur un chemin de montagne n’est contée que comme une brève étrangeté.
稀少 
Le Voyeur du paravent
byô-bou NO-zo-ki
Version conforme aux traditions iconographiques
付喪神・骸怪 Inconnue Interprétation centrée sur le commentaire de Toriyama Sekien dans le Konjaku Hyakki Shūi, mettant l’accent sur la nature d’espionner depuis l’extérieur du paravent. Plutôt que de nuire directement, elle se contente surtout de surprendre les secrets d’autrui. On a relevé l’influence d’images issues des classiques chinois évoquant de hauts paravents, tandis qu’au Japon l’idée d’une spiritualité des objets de la chambre a conduit à expliquer qu’un paravent, après de longues années à refléter la vie humaine, devienne yōkai. Il ne s’agit pas d’une divinité locale fixée, mais d’un type de récit de tsukumogami.
伝説 
Yamanba (la sorcière des montagnes)
ya-man-ba
Yamanba (image traditionnelle)
山野の怪 Régions montagneuses du Japon Vieille femme aux cheveux blancs au corps robuste forgé par la vie en montagne. Connue pour avoir élevé Kintarō, elle incarne une mère des montagnes. Les rides gravées sur son visage sont un trésor d’expériences, et elle offre des conseils justes à ceux qui sont perdus. Derrière sa sévérité se devine un amour profond.
伝説 
Yamanba (la sorcière des montagnes)
ya-man-ba
La Mère de Kintarō
山野の怪 Régions montagneuses du Japon Dans les profondeurs du mont Ashigara, au creux des crêtes de bambou que nul humain ne foule, vit une lignée de yamauba appelée la « Forme maternelle Yakégiri ». Nées du bain des gouttes sur les feuilles superposées du paulownia et nourries du souffle de la montagne, elles auraient, dit-on, reçu des enfants en s'unissant en rêve à un « dragon rouge » apparu lors des nuits où s'assemblent des nuées écarlates. Elles croisent parfois la destinée des humains, ouvrant la voie à ceux qui ne troublent pas l'ordre des montagnes et dévoilant leurs crocs à ceux qui le violent. À Ashigara, la Forme maternelle Yakégiri a pour office d'élever les enfants, veillant surtout sur ceux dont l'énergie est puissante. Elle enseigne sobrement l'art de fendre le bois, de lire la présence des bêtes, de franchir les ruisseaux, la ronde des astres, et les vertus des herbes et écorces. Si l'enfant trébuche sur une pierre, elle observe en souriant, si le sang coule, elle applique en silence la sève de mousse. Ce n'est pas complaisance, mais transmission intacte de la rigueur de la montagne. Les nuées rouges mentionnées dans le Konjaku Monogatari shū sont sa protection, un rempart qui aveugle les dieux étrangers. On dit que lorsque Yorimitsu monta de Kazusa, il reconnut ces nuées et envoya Watanabe no Tsuna, intuition des anciens qui connaissaient la force de cette mère. Dans une chaumière vivaient une vieille femme et un jeune homme à l'allure d'enfant. La vieille se disait démonesse sans honte de son lien avec le dragon rouge rêvé, disant seulement avoir « enfanté selon les lois de la montagne ». L'enfant qu'elle éleva fut nommé plus tard Sakata no Kintoki et gagna la renommée, mais la Forme maternelle Yakégiri, dès que l'enfant entre dans le monde, se détache et se dissipe comme la brume. Insensible à l'honneur et à la fortune, elle ne souhaite que l'équilibre de la montagne. À l'époque d'Edo, les jōruri de Kimpira la dépeignirent en « ogresse », mais dans les anciens récits d'Ashigara, oni désigne une « force » redoutable, non réductible au mal. Les histoires de grossesse par la foudre, ou de l'enfant confié à Yakégiri par le dragon rouge au sommet du mont Kintoki, montrent leur double nature « reçue du ciel, nourrie par la terre ». La Forme maternelle Yakégiri a le visage d'une vieille mère lorsqu'elle partage les bienfaits de la montagne, et l'aspect d'un oni des crêtes face aux pillards. À minuit, quand les nuées rouges traînent sur les arêtes, elle consulte les astres pour le destin de l'enfant et, si besoin, ordonne aux bêtes et aux arbres d'ouvrir la voie. Elle ne laisse ni trésor, ni or, mais des marques gravées aux nœuds du bois et le poids de la hache manuelle appris dans la paume. On dit qu'aujourd'hui encore, aux matins de brume, au fond du col d'Ashigara, elle écoute, mêlée au bruissement des bambous, le souffle de ceux qui doivent grandir.
名妖 
Yamabiko
ya-ma-BI-ko
Iconographie traditionnelle (interprétation kodama/serviteur du dieu des montagnes)
自然現象・自然霊 Japon, régions montagneuses et gorges Yamabiko est la personnification du phénomène d’écho en montagne, compris comme un kodama ou un serviteur du dieu des montagnes. Le fait de renvoyer exactement les mêmes mots à un appel est vu comme une réponse qui marque les frontières du domaine, et les cris inconsidérés étaient proscrits car ils troublent le souffle de la montagne. À l’époque moderne, on le représente parfois comme un petit animal rappelant chien ou singe; les images du Hyakkai Zukan et du Gazu Hyakki Yagyō montrent l’influence du yama-ko (référencé dans le Wakan Sansai Zue) et de Penghou, esprit censé habiter l’intérieur des arbres. Selon les régions, l’écho peut être médié par une voix d’oiseau (yobukodori) ou par un rocher résonant (yamabiko-iwa). Phénomène, esprit et créature s’y superposent de manière caractéristique.
珍しい 
Yamamoto Gorōzaemon
ya-ma-mo-to go-ro-za-É-mon
Inō Mononoke Roku – Tradition des diverses copies
山野の怪 Mikami, province de Bingo (auj. Miyoshi, préfecture de Hiroshima) Cette version s’appuie sur un récit consignant les prodiges de Miyoshi à l’an Kan’en 2, avec cet épisode pour noyau. Le chef se nomme en costume de samouraï à la clôture des trente jours d’apparitions et évoque son pari avec Kamino Akugorō. Il déclare n’être ni tengu ni renard, bien que des peintures le figurent à la manière d’un tengu corbeau à trois yeux, révélant un écart entre texte et image. Selon les copies, son nom varie entre « Yamamoto Gorōzaemon », « Yaman’moto Gorōzaemon » et « Yamamoto Tarōzaemon », et d’autres traditions disent qu’il remet un autre objet (un maillet ou un rouleau de rites). Autour de Miyoshi subsistent plusieurs récits de type “épreuve du brave”, partageant la séquence d’une période de prodiges, l’imperturbabilité du maître de maison, l’apparition du chef et son éloge, puis un objet-probatoire au départ. Son identité précise et son origine ne sont pas fixées, seule l’image d’un souverain démoniaque meneur se trouve soulignée. À la lumière des différences entre essais d’époque Edo et rouleaux peints, noms propres et détails doivent être traités comme variantes propres à chaque témoin.
名妖 
Yamawaro (l’enfant de la montagne)
ya-ma-wa-ro
L’enfant des montagnes de l’ouest du Japon, le yamawaro
Esprits des montagnes et des forêts Kyūshū (yamawaro ; montagnes de l’ouest du Japon) Cette version observe le yamawaro — l’« autre moitié » du kappa — du côté de la vie en montagne. Si le kappa est l’être qui menace les gens au bord de l’eau, le yamawaro est celui qui apparaît sur les chantiers du travail forestier. Il aide les bûcherons et les charbonniers à transporter le bois et reçoit en échange du saké ou des boulettes de riz. Mais cet échange obéit à un code sévère : remettez d’avance les biens promis et il s’enfuit sans travailler ; rompez une promesse et il entre dans une colère furieuse et attire le malheur. Pour ceux qui travaillaient la montagne, le yamawaro était à la fois un compagnon sur lequel compter et un voisin peu sûr, prêt à montrer les crocs au moindre manque d’égards. Les récits sur le yamawaro condensent tout l’étrange de la montagne : le « tengu abatteur », le fracas d’un grand arbre qui tombe alors qu’il n’y a personne ; une voix qui imite à la perfection les chants des hommes et le bruit de la hache ; et l’étrange faiblesse de détester le trait du cordeau de charpentier. Tout cela est la frayeur même qu’éprouve celui qui s’enfonce au cœur des montagnes. Et la légende de la « traversée du kappa » — entrer dans les montagnes à l’équinoxe d’automne, revenir aux rivières à l’équinoxe de printemps — relie le yamawaro et le kappa d’un même fil. Un seul dieu des eaux qui va et vient entre la montagne et la rivière : son visage de montagne, c’est le yamawaro.
稀少 
Sansei
SAN-seï (さんせい)
Description traditionnelle (Wakan Sansai Zue et école de Sekien)
山野の怪 Chine, province du Hebei, autour du xian d’Anguo Cette version s’appuie sur les sources chinoises citées dans l’encyclopédie Edo Wakan Sansai Zue et sur l’interprétation iconographique de Toriyama Sekien. Le seishō habite la montagne et épie les cabanes où l’on dépose du sel pour la cuisine ou les travaux. Sa taille varie selon les textes, d’environ un pied à trois ou quatre. Son trait majeur est une jambe unique dont le talon est fixé à l’envers, rendant ses traces difficiles à lire. Il préfère les proies de milieu humide, comme crabes et grenouilles, et apparaît le long des ruisseaux. On dit qu’il nuit aux humains la nuit par des assauts lubriques, mais il se retire si l’on prononce le nom de Batsu, divinité de la sécheresse, relevant d’un tabou d’énonciation. Toucher ou s’unir à l’être entraîne maladie ou incendie, fonctionnant comme récit d’avertissement d’évitement du contact. Au Japon, Sekien l’annota comme “oni des montagnes” et le figura tenant un crabe, guettant une cabane, offrant un indice visuel, mais les traditions orales locales sont rares et l’on en reste surtout à la notice bibliographique. Il est préférable d’en conserver l’image dans le cadre des anciens écrits plutôt que d’en proposer une lecture modernisée.
稀少 
Yamaoroshi
ya-ma-o-ro-shi
Conforme aux images de Sekien
付喪神・骸怪 Origine inconnue Une reconstitution fondée sur l’image et les notes de Toriyama Sekien. La tête évoque une râpe, sa surface hérissée est comparée aux piquants du porc-épic. Le nom s’écrit « Yama-oroshi », mais sa nature n’est pas le vent de montagne lui-même : c’est un être conceptuel né du croisement entre l’ustensile (râpe) et une imagerie animale. Les daïkon et mortiers disposés autour servent de signes d’une scène de tsukumogami, sans qu’on lui attribue nuisance ou bénéfice particuliers. S’appuyant sur des peintures de l’époque d’Edo, il n’a ni tradition orale locale ni culte, et les ouvrages postérieurs le présentent souvent comme un exemple d’objet métamorphosé ou de calembour.
珍しい 
Moine-omble (Iwana-bōzu)
i-wa-na BOU-zou
Iwanabōzu (conforme aux traditions)
動物変化 Province de Mino, district d’Ena, et divers lieux du Japon Conforme aux récits de l’époque d’Edo et aux contes locaux décrivant l’Iwanabōzu. Une vieille truite de montagne prend l’apparence d’un moine et aborde les pêcheurs. Elle invoque souvent la juridiction d’un temple ou sa qualité de maître du gouffre pour appeler à la modération, puis s’éloigne si on lui offre l’aumône. Plus tard, on la pêche sous forme de grande truite, et l’on découvre du riz ou des gâteaux de riz donnés en offrande dans son ventre, révélant sa nature. Ce motif renvoie au respect envers les maîtres des gouffres et des rivières, et à des idées proches des divinités aquatiques comme l’anguille. Selon les régions, coexistent un type inoffensif et moral, un type d’avertissement porteur de poison mortel, et un type salvateur qui se sacrifie pour empêcher la rupture d’une digue, tous symbolisant une norme populaire qui fixe la frontière entre les eaux et les métiers.
珍しい 
Gangi-kozō
GAN-gui ko-ZO
Version conforme aux anciens dessins
水の怪 Inconnue (attesté dans des peintures de l’époque d’Edo) Reconstruction fondée sur l’iconographie de Toriyama Sekien et ses brèves annotations. Tapie sur les rives ou dans les hauts-fonds au pied des falaises, elle guette l’instant pour happer les poissons. Son corps rappelle celui d’un petit bonze, mais entièrement couvert d’un pelage rêche et muni de dents internes en forme de râpe, avec lesquelles elle ronge sa proie. Des traits communs au kappa viennent à l’esprit (présence probable de palmures, affinité pour les berges), mais l’absence, dans les sources, d’attributs décisifs comme la carapace ou le plat ne permet pas de les retenir. Les termes « rive » et « falaise » du nom sont compris comme descriptifs du milieu d’apparition, non comme toponyme ou patronyme. Les commentaires modernes évoquent un parallèle prudent avec des exemples portant « falaise » dans le lexique des monstres montagnards (tel Takiwaro), sans identification assurée. Les seules sources primaires conservées sont l’image et le texte de Sekien ; aucun rituel, malédiction ou offrande n’est transmis. On retient ici la figure d’un petit être des eaux, silencieux, visant les poissons.
名妖 
Empereur Sutoku
Empereur Sutoku
L'empereur Sutoku, l'esprit vengeur exilé à Sanuki
Esprits et fantômes Sakaide (préfecture de Kagawa) et Kyoto (lieu d'exil et de mort ; sanctuaires de pacification) Cette édition suit en détail — en discernant la frontière entre l'histoire et la légende qui court depuis le Hōgen Monogatari — comment un seul empereur déposé se changea en le Grand Tengu et Grand Lien-Démon dit le plus grand de l'histoire du Japon. Il faut d'abord saisir l'histoire. L'infortune de Sutoku tint à l'exclusion politique d'être tenu à l'écart par l'empereur retiré Toba comme un « enfant-oncle » et d'être contraint d'abdiquer sans jamais détenir le pouvoir du gouvernement cloîtré. Après la mort prématurée de l'empereur Konoe, que son frère cadet Go-Shirakawa, plutôt que son propre fils le prince Shigehito, fût établi devint le déclencheur de la rébellion de Hōgen (1156). Du côté de Sutoku vaincu, Minamoto no Tameyoshi et Taira no Tadamasa furent exécutés publiquement pour la première fois depuis environ quatre cents ans, et Sutoku lui-même fut exilé à Sanuki. Jusqu'ici, c'est de l'histoire fondée sur les archives. L'étrange naît au-delà, dans la strate de la légende. Tant la malédiction qu'il aurait écrite avec son sang — « Je deviendrai le Grand Lien-Démon » — après s'être mordu la langue, que la figure de sa transformation en tengu, ongles et cheveux laissés longs, sont des récits transmis non par les archives contemporaines mais par le Hōgen Monogatari de l'époque de Kamakura. Or cette légende se répandit avec une grande force de persuasion, et les grands incendies, les remontrances et les bouleversements qui frappèrent la capitale à partir des années Angen — voire la guerre de Jishō-Juei menant à la chute des Taira — en vinrent à être lus comme la malédiction de Sutoku. Les événements eux-mêmes sont de l'histoire ; l'interprétation qui les impute à la rancune de Sutoku est la croyance au goryō — les deux doivent être vus comme nettement distincts. Ce qui fixa l'image de tengu de Sutoku, c'est la littérature. « Unkei Miraiki », livre vingt-sept du Taiheiki, dépeint Sutoku en roi-démon régnant sur les foules de tengu et de liens-démons, et à l'époque pré-moderne « Shiramine » de l'Ugetsu Monogatari d'Ueda Akinari donna une forme saisissante à l'esprit vengeur de Sutoku affrontant Saigyō — non en tengu au long nez, mais en milan doré. L'image de Sutoku conté comme « le premier Grand Tengu du Japon » et « le plus grand esprit vengeur de l'histoire du Japon » repose sur cette accumulation littéraire. Ce qui mérite l'attention, c'est que sa pacification atteignit jusqu'à l'époque moderne. La première année de Meiji (1868), le gouvernement de Meiji accueillit dans la capitale l'esprit divin de Sutoku, reposant à Sanuki, et le vénéra au Shiramine Jingū. Qu'au commencement d'un règne nouveau on craignît encore la malédiction d'un empereur déposé sept cents ans plus tôt dit combien la frayeur de l'esprit vengeur de Sutoku était profondément enracinée. Un poète qui laissa un vers célèbre dans le Hyakunin Isshu, et un grand roi-démon qui maudit le trône — c'est ce gouffre même qui poussa l'empereur retiré Sutoku au sommet de la croyance au goryō.
神格 
Taira no Masakado
Taira no Masakado
Masakado, dieu goryō du Kantō
Esprits divins et divinités La région du Kantō (le tertre funéraire de Masakado à Chiyoda, Kanda Myōjin et les anciennes terres du Bandō) Cette édition suit en détail — tout en fixant la frontière entre histoire et légende — comment un seul guerrier du Bandō devint l'étrange « tête volante » puis se changea en un dieu qui garde Edo. Il faut d'abord séparer l'histoire de l'étrange. La révolte elle-même est rapportée par le Shōmonki quasi contemporain, qui consigne en chinois classique la querelle privée commençant en 935, la soumission des sièges provinciaux du Kantō, la proclamation comme Nouvel Empereur et la mort au combat en 940. Mais il n'y a ici aucun prodige de tête volante. L'histoire surnaturelle d'une tête qui ne pourrissait pas, criait et volait n'apparaît que des siècles plus tard, dans le Taiheiki de l'époque Nanboku-chō, avec des relais anecdotiques tels que le Konjaku Monogatari-shū entre les deux. C'est dans cette strate ultérieure de légende que Masakado est conté comme un « yokai ». L'histoire de la malédiction autour de son tertre est plus récente encore. L'effroi transmis au tertre de Masakado à Ōtemachi — « le déplacer, c'est s'attirer la malédiction » — est une légende urbaine moderne, superposée à des événements survenus au cœur de la ville aux ères Taishō et Shōwa : les morts des personnes impliquées dans la construction du bureau provisoire du ministère des Finances après le grand séisme du Kantō, et l'accident du bulldozer sous l'Occupation. Les événements factuels et l'interprétation qui les attribue à la malédiction de Masakado doivent être soigneusement distingués. D'autre part, le cheminement de la déification remonte au Moyen Âge. La deuxième année d'Enkyō (1309), le saint homme de l'école Ji, Shinkyō Shōnin, qui attribua une peste à la malédiction de Masakado, apaisa l'esprit et l'ajouta aux divinités vénérées de Kanda Myōjin. Cela, comme pour Michizane, est la croyance goryō exemplaire qui consiste à vénérer un esprit vengeur déchaîné pour le changer en dieu protecteur. Les vicissitudes — attirer la vénération du peuple comme grand protecteur d'Edo, être retiré des divinités comme traître à l'époque de Meiji, et être rétabli à la fin de Shōwa — reflètent aussi bien la dualité de l'image de Masakado en héros révolté contre le trône. Aux âges ultérieurs, l'histoire de sa fille, la princesse Takiyasha commandant un squelette géant, gagna en popularité dans le kabuki et la fiction populaire et fut dépeinte dans « L'Ancien Palais de Sōma » d'Utagawa Kuniyoshi ; il convient de noter qu'il s'agit d'un dérivé ayant la fille pour vedette, et non Masakado lui-même.
伝説 
Fantôme (yūrei)
yoo-RÉ-é
Toriyama Sekien « Yūrei » (ère An’ei)
霊・亡霊 Dans tout le Japon Figure inspirée du « Yūrei » contenu dans le Gazu Hyakki Yagyō de Toriyama Sekien, publié vers 1776 (ère An’ei). Dans un cimetière nocturne, un spectre féminin surgit entre des saules pleureurs, en linceul blanc et bandeau frontal, levant haut les bras comme pour arrêter le passant. Expression transitoire d’avant la fixation du fantôme sans jambes et du triangle frontal, elle insiste sur la vigueur presque vivante des bras et sur les signes de lieu que sont le saule et la stèle. Le répertoire de Sekien a ordonné les images des récits étranges, des vues bouddhiques et des usages funéraires de l’époque, influençant fortement la codification visuelle du yūrei. Tout en marquant le sexe et l’habit, l’iconographie laisse indéterminé le foyer du regret et ménage un blanc qui invite le regardeur à projeter le lien.
伝説 
Zashiki-warashi
za-shi-ki-wa-ra-shi
Le Zashiki-warashi — enfant qui garde la maison à Iwate
Esprits humains / mi-humains Préfectures d’Iwate et d’Aomori (enfant gardien des fermes du Tōhoku) Cette version se tourne vers un autre visage du zashiki-warashi, celui que dissimule sa face lumineuse de dieu de la bonne fortune. On a longtemps dit que le zashiki-warashi connaît des différences de rang selon le lieu où il demeure. Les plus élevés — à la peau claire et beaux, apparaissant dans le salon du fond — sont appelés choppirako et accueillis avec joie, tandis que les plus bas, qui rampent sur le sol de terre battue ou sous le mortier à riz, sont appelés notabariko ou usutsukiko et tenus pour des êtres vaguement inquiétants. Le zashiki-warashi est à cheval sur la place d’honneur pure de la maison et sur les ténèbres proches de la terre. Ce lieu sous le sol de terre battue et le mortier est profondément lié à la sombre théorie des origines du zashiki-warashi. Dans les pauvres villages d’un Tōhoku frappé par la famine, dit-on, les nourrissons que l’on ne pouvait élever étaient mis à mort sous les noms de mabiki (« éclaircir ») ou de kogaeshi (« rendre l’enfant »), et enterrés non dans les cimetières, mais sur le sol de terre battue de la maison ou près du foyer. Le zashiki-warashi ne serait-il pas l’esprit d’un enfant ainsi enseveli au sein de la maison ? On rapporte que Sasaki Kizen affirma que le zashiki-warashi était l’esprit d’un enfant étouffé et enterré à l’intérieur du foyer. La figure attendrissante d’un dieu de la fortune était aussi une mince pellicule recouvrant la part la plus déchirante de la vie villageoise. Malgré cela, les gens, loin de haïr ces enfants, les vénéraient comme des dieux qui gardent la maison. Yanagita Kunio voyait dans le zashiki-warashi un gohō-dōji, enfant divin qui protège le Bouddha, mué en gardien du foyer, tandis qu’Orikuchi Shinobu le rangeait dans la lignée des marebito — divinités visiteuses venues du dehors pour apporter le bonheur à une maison — et des esprits ancestraux. C’est là où le remords envers un enfant mort et le désir de la prospérité de la maison se fondent en un que se tient cet être étrange, le zashiki-warashi.
伝説 
Hiko-san Buzenbō
Hiko-san Buzenbō
Le chef des tengu de Kyūshū — Hiko-san Buzenbō
Esprits des montagnes et des étendues sauvages Mont Hiko (Hikosan), province de Buzen (Soeda, district de Tagawa, Fukuoka) La clé pour déchiffrer Hiko-san Buzenbō tient à Hikosan — le vaste haut lieu qui est l'un des trois grands centres du Shugendō au Japon — et au caractère du tengu aux deux faces, récompense et châtiment. L'histoire du Shugendō de Hikosan procède du moine Hōren, de l'époque de Nara. Prenant pour fondateur ce moine, que le Shoku Nihongi rapporte avoir reçu quarante chō de champs en province de Buzen en la troisième année de Taihō (703), Hikosan devint un grand centre du Shugendō à l'égal des Dewa Sanzan et de l'Ōmine. Le nom de Buzenbō paraît avec certitude dans l'engi de l'époque de Kamakura le Hikosan Ruki (1213). Cet ouvrage assimile les quarante-neuf grottes percées dans les cimes de Hikosan au ciel Tosotsu de Miroku et fait de la dix-huitième la « Buzen-kutsu », siège de Buzenbō. C'est ce système même de grottes qui est la matrice de la foi en Buzenbō comme chef des tengu de Kyūshū. L'échelle des « Trois mille huit cents bō de Hikosan » à l'époque d'Edo dit la prospérité de ce haut lieu. Ce qui caractérise le tengu Buzenbō, c'est la sévérité de sa récompense et de son châtiment. Comme le transmet l'histoire du sanctuaire de Takasumi, sur ceux au cœur avide et mauvais, il enlève les enfants et met le feu aux maisons en châtiment. À l'inverse, les vœux des justes et des profondément pieux, il les exauce et les garde. Ces deux faces de la récompense et du châtiment symbolisent, comme un jugement de tengu, les préceptes rigoureux qu'impose une montagne du Shugendō et la grâce accordée à qui les observe. L'effroi du tengu ravisseur d'enfants et la foi des parents priant pour la sécurité de leurs enfants étaient l'endroit et l'envers d'un seul et même Buzenbō. La séparation du shintō et du bouddhisme en la première année de Meiji et l'interdiction du Shugendō en Meiji 5 (1872) dispersèrent les yamabushi de Hikosan et démantelèrent le monde des trois mille huit cents bō. L'institution du Shugendō fut perdue, mais la foi en le tengu Buzenbō vit toujours au sanctuaire de Takasumi ; chanté dans la pièce de nô de Muromachi Kurama Tengu et figurant parmi les quarante-huit tengu du Tengu-kyō comme le grand tengu de Kyūshū, il est encore redouté comme celui qui siège sur la cime de Hikosan. Chigiri Kōsai, de l'étude des tengu, le plaça lui aussi dans le système des grands tengu des montagnes.
珍しい 
Penghou
PENG-hô
Version d’introduction de l’époque d’Edo (sources bibliographiques et rouleaux illustrés)
自然現象・自然霊 D’origine chinoise (introduit au Japon, vu dans les ouvrages et rouleaux illustrés) Représentation de Penghou ordonnée dans la vision japonaise du kodama durant l’époque d’Edo, lorsque érudits et peintres intégrèrent des récits chinois. Figuré comme un chien à visage humain lié aux vieux camphriers et autres arbres vénérables. L’écho des voix en montagne fut tenu pour l’action des esprits des arbres, et certaines images de Yamabiko adoptèrent une forme canine en s’appuyant sur la notice de Penghou. Les naturalia de l’époque citent clairement les sources chinoises et superposent ces passages à des traditions locales, d’où la rareté de récits régionaux précis. Au Japon, l’être est traité comme « esprit de l’arbre », kodama/kimiko en quasi-synonymes, rattaché aux interdits de coupe et aux cultes des arbres anciens. Les détails varient selon les sources, mais deux traits demeurent: l’apparition avec un sang jaillissant d’un vieil arbre et la forme canine à face humaine. Cette version écarte les embellissements fictionnels et met en valeur le lien entre le texte chinois d’origine et sa réception dans les encyclopédies japonaises.
珍しい 
Femme-Ombre
ka-gué-ON-na
Onna de l’Ombre (représentation traditionnelle)
人妖・半人半妖 Inconnue (sources picturales: Edo/Kyoto) L’image de l’Onna de l’Ombre remonte aux dessins de Sekien et a été comprise comme une « femme réduite à son ombre » apparaissant selon le jeu entre la maison et la lumière lunaire. Dans les demeures d’époque, shōji et portes laissaient filtrer la lumière, traçant une frontière entre dehors et obscurité intérieure où se détache un contour féminin. Dans les récits, ses apparitions sont passagères et servent d’augure d’un trouble domestique plutôt que d’une menace. On ne sait s’il s’agit de l’ombre d’un vivant ou d’une trace des morts, parfois liée aux malheurs d’une lignée ou à l’humeur d’un dieu local. La conduite requise est de ne pas la poursuivre, d’atténuer le feu, de fermer les seuils et de s’abstenir de parole; le lendemain, on purifie les abords de la maison—puits, arbres du jardin, sous-plancher—et l’on sollicite un rituel d’apaisement. L’ombre n’a pas de pas, change de forme au gré du vent. Chiens et chats y réagissent vivement, mais les torts causés sont rares et elle ne s’attarde pas.
稀少 
Dieu de l’Arrière (Ushirogami)
ou-shi-ro-ga-mi
Type iconographique et littéraire
霊・亡霊 Japon, diverses régions (surtout traditions d’Edo et de Tsuyama) Un type soutenu par l’édition d’Edo, centré sur l’iconographie de Sekien et l’interprétation psychique des kyōka. Moins un monstre concret qu’une personnification du sentiment d’être « tiré en arrière », il émousse la résolution par des interférences venues de derrière. Mizuki Shigeru rapporte un récit de Tsuyama où l’entité ébouriffe les cheveux et souffle d’un souffle brûlant, suggérant aussi une présence tangible. Dans tous les cas, contact par-derrière et éveil de la tergiversation sont communs. Souvent rapproché d’esprits qui font naître l’hésitation, tels qu’Okubyōgami, Sodehiki Kozō ou Buruburu. Côté culte, une mention le dit vénéré à Ise, sans qu’on connaisse la forme du rite ; on le cite surtout dans des contextes moraux et didactiques. Des récits urbains et locaux subsistent, sans généalogie claire de nom ou de corps divin ; le jeu de mots et la concrétisation du psychisme en sont le moteur.
珍しい 
Le Petit Suiveur (Ato-oi Kozō)
ah-toh-OH-i ko-ZO
Kô-otori Kozô (conforme aux traditions)
Esprits des Montagnes Préfecture de Kanagawa (est du massif de Tanzawa) Version ordonnée, d’après les sources folkloriques, de l’esprit montagnard en forme d’enfant aperçu dans l’est du Tanzawa. Généralement inoffensif, il suit en silence les voyageurs, mais peut parfois se placer devant eux et, aux embranchements, guider vers le bon sentier. Vêtu grossièrement de nattes, de tissu kasuri ou de peaux, il se fond dans l’ombre des forêts et disparaît dès qu’on se retourne. Il apparaît surtout l’après-midi, et la nuit on dit qu’il tient une petite flamme. Ceux qui le rencontrent à plusieurs reprises pensent à un enfant perdu et déposent boulettes de riz, patates, sucreries ou kakis séchés sur une pierre ou une souche. Certains disent qu’il s’évanouit à mesure qu’on descend vers le village, d’autres qu’il se retire si on l’interpelle ; en tout état, il n’a rien de vindicatif. Il reflète le lien entre la montagne et les morts, symbole du caractère liminal des zones montagnardes.
一般 
Le Gamin des Objets Oubliés
wa-su-re-mo-no ko-ZO-u
Kobold des objets oubliés (version moderne)
人妖・半人半妖 Écoles et vie quotidienne des gens Le Kobold des objets oubliés ramasse crayons, gommes et bricoles tombés d’un cartable ou d’une poche et en fait ses trésors. Il ricane en voyant les gens chercher partout, puis disparaît satisfait. Il n’est pas totalement malveillant : si le propriétaire est vraiment en détresse au bord des larmes, il remet discrètement l’objet sur le bureau. On chuchote son existence depuis l’époque des terakoya, avertissant les enfants que « le petit moine emportera ce que tu oublies ».
珍しい 
Insecte Écho (Ōseichū)
ô-sei-tchou
Version des essais d’Edo
人妖・半人半妖 D’origine chinoise, transmis au Japon (régions diverses) Figure de l’insecte écho selon les essais et récits de l’époque d’Edo. Forte fièvre et plaie ventrale en forme de bouche, dont la voix répète les paroles du porteur et profère parfois des injures. Il réclame nourriture et boisson, et si l’on refuse, la fièvre s’aggrave. Les cures tentaient prières et décoctions, avec une méthode consistant à faire boire des mélanges des drogues qu’il déteste, censées l’affaiblir jusqu’à l’expulsion hors du corps. Certains écrits le disent cornu et lézardiforme, mais son aspect varie. Le motif chinois de l’insecte écho s’est mêlé au concept japonais du chancre à visage humain, d’où l’insistance sur une bouche au ventre. Des tentatives d’exhiber la maladie furent notées, mais refusées par crainte du déshonneur domestique. Son origine croise matière médicinale et récit, comprise comme un trouble à la lisière du soin et du surnaturel.
伝説 
Onryō (esprit vengeur)
ON-ryo
Culte des Goryō • Version traditionnelle
霊・亡霊 Japon, régions diverses Cadre qui voit les esprits vindicatifs apaisés comme goryō, transformant la malédiction en bienfait. Épidémies et désastres sont lus comme des manifestations du ressentiment, auxquels on répond par fondation de sanctuaires, octroi d’une dignité divine et institution de rites. Le dieu vengeur réunit crainte et vénération, et sa puissance farouche se mue en protection communautaire par les arts de la psychopompe. Des rites hiérarchisés, de l’État aux villages, furent codifiés: changements d’ère, envoi d’émissaires impériaux, fêtes des goryō, cérémonies de relâcher des vies. Pour les individus: recueil de mérites, sutras copiés, nembutsu, prières d’exorcisme, tandis que la réhabilitation et l’octroi de rangs divins dénouent le ressentiment. Récits et engi expliquent l’origine du courroux, donnant mémoire aux torts: injustice, mort non naturelle, rupture. Le pouvoir des esprits n’est pas indiscriminé, il suit les causes et se manifeste par rêves, oracles, foudre, épidémies. L’apaisement se poursuit par rites annuels et entretien des sanctuaires, l’oubli appelant la récidive.
珍しい 
Feu d’Akurojin
a-koo-ro-jine no hi
Conforme aux traditions
自然現象・自然霊 Province d’Ise (actuelle préfecture de Mie) Représentation fondée sur des chroniques de l’époque d’Edo. Par nuits pluvieuses, il flotte à basse altitude, allant et venant comme une file de lanternes de feu. Plutôt que d’égarer les humains, il est redouté pour apporter des maladies à ceux qui s’en approchent, et le seul moyen de s’en tirer est de se coucher au sol jusqu’à son passage. Les appellations varient selon les régions, et il est classé parmi les feux mystérieux de la province d’Ise. Sa nature reste inconnue, presque sans bruit, et plus on s’en approche, moins on perçoit de chaleur ou d’odeur, ce qui est caractéristique.
Affichage de 101 - 120 / 402 yōkai