Encyclopédie des Yōkai

Grande encyclopédie des yōkai japonais

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水の怪
  • Kamubari Nyūdō

    Kamubari Nyūdō

    Peu commun

    GAHN-ba-ri NYOU-dô

    Version conforme aux traditions

    水の怪Diverses régions (Edo, Kinai, région de Sanyō)

    Synthèse fondée sur l’iconographie de Toriyama Sekien et sur les interdits et formules liés aux latrines dans diverses régions. Depuis l’Antiquité, les latrines sont vues comme un lieu où se croisent impureté et frontière, et l’on croyait que des apparitions survenaient aux heures liminaires comme minuit ou la nuit du Nouvel An. Sekien le figure en nyūdō vomissant un oiseau et mentionne le charme à réciter « ganbari nyūdō kakko ». Dans le folklore, la formule distingue malheur et bonheur, côtoyant récits de transmutation en or ou en koban et l’écoute de la huluotte comme présage funeste. On relève des jeux de mots autour du caractère de « coucou » et des noms de divinités des latrines en Chine, ainsi que des mélanges régionaux avec le « Yetsujinbō » de Wakayama ou le Mikoshi-nyūdō d’Okayama, montrant de fortes variantes de noms. L’étiquette d’entrée aux latrines et les heures à éviter, ainsi que des épreuves de bravoure infantiles, s’y rattachent, unissant tabous sur les mots à prononcer et récits d’auspices favorables.

  • Kappa

    Kappa

    Légendaire

    KA-pa

    L’esprit fluvial à la coupelle – Kappa

    Esprits des eauxKumamotoFukuoka

    « Kappa » n’est pas, à vrai dire, le nom d’une créature unique. C’est un terme collectif — le mot par lequel tout le Japon, chaque région dans son propre parler, a désigné les esprits de l’eau qui hantent rivières et étangs. Au sud de Kyushu, c’est le Garappa ; au Tōhoku, le Medochi ; à Shikoku, l’Enko ; au Chūbu, le Kawaranbe ; au Kinki, le Gataro ; à Kyushu encore, le Hyosube. D’un lieu à l’autre, le nom et l’apparence varient un peu, et on en dénombrerait plus de quatre-vingts. Certains tiennent du singe, d’autres sont velus, d’autres encore vont en bande. Mais tous partagent un même noyau : ils vivent près de l’eau, portent de l’eau dans la coupelle de leur tête, et entraînent au fond hommes et chevaux. Le kappa est, en somme, le nom commun d’un vaste clan où se sont rassemblés tous les esprits des eaux du pays. C’est la lecture du folklore qui réunit en un seul ces variantes innombrables. Yanagita Kunio et Orikuchi Shinobu voyaient dans le kappa un dieu qui présidait jadis aux eaux — une divinité des eaux — déchu en yokai à mesure que sa dévotion s’effaçait. Que dans les légendes de komahiki le kappa cherche toujours à tirer un cheval ou un bœuf vers l’eau pourrait bien être le souvenir de fêtes où l’on offrait chevaux et bœufs à une divinité des eaux pour implorer de bonnes récoltes. Dans le Kappa Komahiki Kō (1948), Ishida Eiichirō a comparé ce lien entre le cheval et la divinité des eaux aux mythes de toute l’Eurasie. C’est justement parce qu’il est dieu de l’eau que le kappa amène l’eau aux rizières, dispense le poisson et transmet jusqu’à des remèdes de rebouteux — tout en noyant les hommes et en leur arrachant le shirikodama. Ses deux faces, bienfait et malédiction, sont l’endroit et l’envers d’une divinité des eaux déchue. Les traces de la divinité des eaux affleurent jusque dans le cycle des saisons. Dans tout l’ouest du Japon, on raconte volontiers qu’à l’équinoxe d’automne le kappa monte à la montagne pour devenir un yamawaro, et qu’à l’équinoxe de printemps il redescend à la rivière pour redevenir kappa. Le dieu des champs qui descend des monts vers les villages au printemps, le dieu de la montagne qui regagne les sommets à l’automne — cette idée d’aller et de retour recouvre exactement l’alternance du kappa et du yamawaro. Ainsi les variantes du clan se rejoignent-elles, elles aussi, comme une seule terre continue. Le clan a même sa légende de chef. Sur la rivière Kuma, à Kyushu, survit le récit de Kusenbō, un général kappa qui aurait traversé depuis le continent à la tête de neuf mille des siens. Ayant attiré la colère de Katō Kiyomasa, il fut chassé de la région, gagna la rivière Chikugo et devint l’un des serviteurs du sanctuaire Suitengū, à Kurume. Que le kappa ait été imaginé non comme un monstre solitaire, mais comme un clan reliant rivière à rivière, s’exprime clairement dans cette légende de patriarche. Les lieux liés au kappa parsèment tout le pays. À Tōno, dans l’Iwate, il est une « mare aux kappa » (Kappa-buchi) où ils apparaîtraient, et au temple Jōken-ji, en l’honneur d’un kappa qui éteignit un incendie avec l’eau de sa coupelle, se dressent des « lions gardiens kappa » dont la tête a la forme d’une coupelle. Au lac Ushiku, dans l’Ibaraki, le peintre Ogawa Usen, qui peignit des kappa toute sa vie, fut surnommé « Usen aux kappa », et Tanushimaru, à Fukuoka, se proclame « berceau du clan des kappa ». Dans le quartier de Kappabashi, à Tokyo, une légende rapporte que des kappa de la rivière Sumida venaient chaque nuit aider un marchand qui menait des travaux d’endiguement. Aujourd’hui encore, des fêtes du kappa se tiennent en maints endroits, et le kappa prête son nom à des marques de saké comme à des mascottes de ville — demeurant le plus aimé de tous les yokai aquatiques du Japon.

  • Kenmun

    Kenmun

    Peu commun

    KÈN-moun

    L’esprit du banian d’Amami – Kenmun

    Esprits des eauxKagoshima

    Cette version examine de près la forme et le caractère du kenmun — parent du kappa, mais portant des couleurs bien à lui, propres à Amami. Il a la taille d’un enfant, la peau teintée de rouge, le corps couvert d’un poil de singe, et les cheveux noirs ou rouges. Dans la coupelle de sa tête il garde l’eau qui est la source de sa force, et l’on dit que ses doigts, sa bave et la coupelle elle-même luisent faiblement. Alors que le kappa du continent est lié aux rivières et aux gouffres, le kenmun a son gîte dans les vieux banians (gajumaru) et passe de la mer à la montagne au fil des saisons — un caractère singulier, enraciné dans la nature des îles méridionales. Sa répartition s’étend elle aussi d’île en île, avec ses propres récits transmis à Amami Ōshima, Kakeroma, Tokunoshima, Okinoerabu et ailleurs. Dans les récits des générations anciennes, c’était le plus souvent un esprit inoffensif qui aidait les hommes, mais au fil du temps sa part malicieuse et inquiétante est passée au premier plan. À mesure que s’efface la vie insulaire menée aux côtés de la forêt, la place du kenmun, elle aussi, s’éloigne peu à peu.

  • Kozō des vagues

    Kozō des vagues

    Peu commun

    NA-mi ko-ZO (namikozô)

    Conforme aux traditions • Messager des vagues d’Enshū-nada

    水の怪Shizuoka

    Figure légendaire liée aux rivages et estuaires de l’ancienne province de Tōtōmi, rattachée soit à la lignée d’un pantin de paille laissé à la mer par Gyōki, soit à celle où il signale par le bruit des vagues des repères aux paysans en temps de sécheresse. Décrit comme un petit enfant ou une petite poupée, sans traits fixes. Son rôle est d’annoncer le temps: direction et force du grondement indiquent l’arrivée de pluie et de vent, aidant pêcheurs et paysans à décider tôt de leurs activités. Le motif croise les idées de l’eau et de la poupée, les récits de kappa et le nom de umi-bōzu, mais reste dans le cadre d’une lecture du grondement marin comme savoir populaire. Plus qu’un objet de culte, c’est la personnification respectueuse d’un signe naturel; offrandes et rites varient selon les lieux. Les sources reposent sur archives locales et tradition orale, laissant des zones de détail indéterminées.

  • Kyūsenbō

    Kyūsenbō

    Rare

    kyou-sen-bô

    Le grand chef qui commande les kappa de Kyūshū — Kyūsenbō

    Créatures aquatiquesKumamotoFukuoka

    Cette version examine de près le rang singulier de Kyūsenbō — moins un yokai isolé que le chef de tout le peuple des kappa. Le kappa est par nature un yokai qui change de nom de lieu en lieu, conté dispersé à travers les rivières de chaque région. Parmi eux, Kyūsenbō est dépeint comme la « tête » qui gouverne d’une seule main neuf mille kappa à travers Kyūshū. Cela diffère du tenko du renard — une échelle verticale que gravit un seul renard par l’ascèse. Le siège qu’occupe Kyūsenbō est un commandement horizontal sur de nombreux kappa : en clair, l’autorité d’un général sur une armée. Cette autorité est mise à l’épreuve dans l’affrontement avec Katō Kiyomasa. La bataille unique que transmet le Honchō Zokugenshi reflète d’un coup la force et la faiblesse du kappa. Avec neuf mille familiers en main, il est pourtant vaincu sans recours dès qu’il fait face au singe que le kappa redoute depuis toujours. L’issue se règle non par la force des armes mais par la logique de l’ennemi naturel — et en cela la vraie nature du kappa est mise à nu. Ce qui vient après la défaite, c’est son revirement vers le dieu de l’eau. Le Kyūsenbō qui gagna la rivière Chikugo passa d’un démon qui attaque les hommes à un gardien contre les crues. Son lien de servir Suitengū à Kurume montre que le kappa est un être qui porte les deux sens à la fois — le péril de l’eau et la bienfaisance de l’eau. Le monument au Lieu de l’arrivée du kappa à Yatsushiro, les masques de kappa de Suitengū, et le clan des kappa que fonda Hino Ashihei à l’ère Shōwa — le récit de Kyūsenbō vit encore, de la miscellanée d’Edo à l’animation locale d’aujourd’hui, comme un fil de mémoire que les gens de Kyūshū ont filé de concert avec la rivière.

  • La Vieille au mortier

    La Vieille au mortier

    Peu commun

    ou-sou-O-i ba-ba

    Tradition de Sado–Shukunegi

    水の怪Niigata

    Phénomène maritime transmis dans une anse du sud de l’île de Sado. Il prend l’apparence d’une vieille femme blanche, surgissant à la surface au crépuscule quand le temps se gâte et que tombe la pénombre. Les deux mains ramenées dans le dos, comme si elle portait quelque chose, bien que la source ne précise aucun objet. Les témoignages parlent d’une apparition tous les 2 à 5 ans, sans que la voir n’entraîne aussitôt maladie ou naufrage. Les encyclopédies modernes l’alignent avec l’Isonna et la Nure-onna, mais sans récits d’appât ni de prédation; elle est plutôt tenue pour un signe de mauvaise pêche ou de brusque changement de temps. Le nom est peu attesté hors d’un recueil local de contes, suggérant une appellation très régionale.

  • Le Moine en kesa d’Igusa

    Le Moine en kesa d’Igusa

    Peu commun

    i-GOU-sa no ké-sa-bô

    Version registre de tradition

    Esprits AquatiquesSaitama

    Le Kesa-bō d’Igusa est décrit comme un kappa appartenant au réseau des eaux locales, se distinguant par une apparence monastique dont la kesa fait l’emblème. Ses méfaits, tels que bloquer le passage ou alourdir les charges, causent de réelles nuisances, parfois liés à des idées sacrificielles autour des entrailles. La mention de kappa voisins illustre un ensemble typique de kappa portant des noms propres selon chaque bassin, avec l’idée d’allées et venues et d’alliances. La scène se situe surtout près du cours d’eau du pont Ochiai, où l’on évitait de circuler la nuit. Des sources ultérieures confondent parfois avec un exemple de Miyagi, mais ici la tradition est fixée sous le nom d’Igusa.

  • Le Tambour du Vide

    Le Tambour du Vide

    Peu commun

    ko-KOU-da-i-ko

    Tambour du Vide (tradition de Suō-Ōshima)

    水の怪Yamaguchi

    Le Tambour du Vide est conté comme une anomalie sonore sans forme. Sur les plages et caps de Suō-Ōshima, il se manifeste surtout en juin, surtout quand le vent tourne, du soir jusqu’à minuit. On l’a rapproché du grondement de la mer et des échos entre les rochers, exemple où bruits naturels et faits spirituels se mêlent intimement. Selon la tradition, une troupe d’artistes aurait sombré par gros temps, frappant le tambour pour appeler au secours sans jamais revenir, et chaque saison le son reviendrait au large. La sonorité est décrite tantôt comme des roulements légers proches du shime-daiko, tantôt comme un unique coup ample de tambour de sanctuaire, les récits variant selon l’auditeur. Pour écarter l’idée de funeste présage et apaiser les esprits de la mer, certains joignent les mains en prière. Les dates et noms restent inconnus et la légende n’excède pas l’oralité, mais c’est un cas typique de « monstre sonore » enraciné dans la vie des villages côtiers.

  • Le Zatô marin

    Le Zatô marin

    Rare

    ou-mi-za-tô

    Conforme aux iconographies traditionnelles

    水の怪Folklore japonais

    Umi-zatō est un yōkai connu uniquement par des peintures et rouleaux de l’époque d’Edo, sans récits sur sa nature ni ses actes. Le motif central montre un zatō debout entre les vagues, mettant en avant le biwa et le bâton. Par ses traits visuels, l’image est souvent lue comme une représentation de l’étrangeté des rencontres en mer et de l’absurde d’un être dressé sur l’eau instable. Kenji Murakami le classe parmi les « yōkai existant uniquement en peinture » et évoque une parenté d’imaginaire avec la lignée des Umibōzu. En conséquence, la présente notice se limite aux données iconographiques ; aucun dommage ou bénéfice, rituel ou méthode d’éloignement n’est attesté par la tradition.

  • Medochi

    Medochi

    Peu commun

    mé-do-chi

    Le kappa tapi dans les eaux de Tsugaru — Medochi

    Créatures aquatiquesFukushima

    Cette version examine de près comment le medochi, bien que simple « nom dialectal du kappa », porte un visage qui lui est propre, celui de la terre de Tsugaru. Commençons par le nom. Medochi dérive du mizuchi (蛟), qui désignait jadis une divinité serpent des eaux. Comment il en vint à être le nom du kappa retrace un courant plus large de la croyance des bords de l’eau — une divinité de l’eau déclinant au fil des âges, descendant pas à pas d’un dieu vénéré à un yokai redouté. Le nom de medochi porte cette mémoire du déclin jusqu’à nos jours. Dans son image aussi, le medochi de Tsugaru se distingue. Là où les artistes d’Edo dessinaient le kappa avec un bec et une carapace, les gens de Tsugaru parlaient d’un visage de singe et d’un corps noir. Du côté de Towada, on dit que le medotsu a le visage rouge ; la couleur et la forme vacillent d’un lieu à l’autre. Tout ce qui demeure constant, c’est la taille d’un enfant et cet étrange attrait vers l’eau. Ce qu’il ne faut pas manquer en matière de croyance, c’est sa dualité avec le Suiko Daimyōjin. À Tsugaru, le medochi qui entraîne les hommes au fond (le démon) et le Suiko Daimyōjin qui l’apaise (le dieu de l’eau) sont souvent dits les deux visages d’un même être. En 1934, Orikuchi Shinobu vit de ses yeux l’effigie du Suiko à Nagata, en fit faire une copie, et tint une fête de la rivière à Kokugakuin. Le chiffre d’« un Suiko Daimyōjin pour quarante-huit » n’a aucun fondement savant, mais le sentiment d’une hiérarchie — le medochi gouverné par un « chef » — est bel et bien enraciné dans la croyance des dieux de l’eau de Tsugaru. Ses faiblesses, et les moyens de l’apaiser, tout revient à son lien avec la rivière. Il se dissout au contact d’une tige de chanvre ; offrez le premier concombre de la saison et il n’emporte personne ; rendez un culte au Suiko Daimyōjin et la fosse profonde s’apaise. Les gens de Tsugaru vivaient de l’eau et la craignaient aussi — et le medochi, ce kappa, est comme le nœud qu’ils ont noué de ces jours-là dans leur cœur.

  • Metsuhōgai (la coquille débridée)

    Metsuhōgai (la coquille débridée)

    Peu commun

    met-sou-ho-gaï

    Conforme aux rouleaux illustrés

    水の怪Folklore japonais

    Dans les sources, la Metsuhō-gai n’est connue que par son image : une coquille monstrueuse hantant rivières et marais. Un œil apparaît au bord de la coquille, et un appendice caudal ondulant suggère son déplacement. Aucun comportement, malveillance ni présage n’est précisé. Dans les rouleaux de la fin d’Edo, les légendes sont omises pour laisser le lecteur déduire l’origine depuis le nom et l’apparence, et la créature est juxtaposée à d’autres esprits aquatiques. Le terme « metsuhō » évoque l’excès ou l’extravagance, sans source sûre ni variantes notées. Cette notice se limite donc aux traits iconographiques et aux témoins conservés.

  • Moine de la mer

    Moine de la mer

    Légendaire

    ou-mi-BOH-zou

    Umi-bōzu (tradition des pêcheurs)

    Esprits AquatiquesNagasakiEhime

    L’Umi-bōzu est tenu pour l’incarnation des peurs et angoisses maritimes des navigateurs. Son apparence varie, parfois simple ombre noire, parfois gigantesque silhouette de moine surgissant de la surface. On raconte qu’il approche les bateaux et murmure « Prête-moi de l’huile » ; si on lui en donne, il déclenche un feu et fait sombrer l’embarcation. Des récits récents évoquent aussi un goût de collectionneur, amassant navires et filets coulés au fond, et l’apparition avec des bouteilles lumineuses ou des lanternes. Effrayant mais symbole du mystère de la mer, il inspire aussi le respect sacré.

  • Moine de la mer

    Moine de la mer

    Légendaire

    ou-mi-BOH-zou

    Umibōzu de Kyūshū et Shikoku

    Esprits AquatiquesNagasakiEhime

    Umibōzu transmis le long des côtes de Kyūshū et de Shikoku. Il apparaît sur les bateaux et réclame une louche, mais ne monte jamais par la poupe, surgissant par l’étrave. On raconte que lorsqu’il s’accroche à l’aviron, si l’on continue de ramer, l’aviron s’enfonce comme une lame et la créature pousse un cri de douleur, « Aïe, aïe ». À Uwajima, on parle souvent de ses méfaits, mais on dit aussi que ceux qui le voient jouiront d’une longue vie.

  • Moine de la mer

    Moine de la mer

    Légendaire

    ou-mi-BOH-zou

    Umibōzu de la région de Chūgoku

    Esprits AquatiquesNagasakiEhime

    Umibōzu transmis dans toute la région de Chūgoku. À Nagato, il surgit pour éteindre les feux de veille. Dans la mer de Bisan à Okayama, il prend une forme sphérique appelée « Nurarihyon » pour dérouter les gens. Sur la côte du San’in, il s’accroche aux promeneurs et tente de les tirer à la mer. Dans le Recueil de contes étranges d’Inaba de Tottori, il apparaît comme un cyclope en forme de pieu, tourmentant les gens avec son corps gluant.

  • Moine des naufrages

    Moine des naufrages

    Peu commun

    kaï-nan pō-shi (KAI-nan POH-shi)

    Conforme aux traditions, type des Îles d’Izu

    水の怪Tokyo

    Le Hainan-bōshi est l’image vengeuse des noyés liée au jour d’interdit du 24 janvier dans les Îles d’Izu. On raconte pour origine des rancunes envers des agents insulaires et des morts collectives de jeunes pris par la tempête. Les esprits rancuniers viendraient du large sur un baquet et porterait malheur à ceux qui les voient. Les foyers couvraient le portail d’un panier, fixaient houx et pittosporum aux volets, et évitaient toute sortie. Le lendemain, on brûlait le pittosporum et l’on augurait la récolte par le bruit et le gonflement. Les variantes sont marquées: à Izumizū (Ōshima), on vénère le «Hii-sama» en un petit sanctuaire et une maison désignée veille une nuit sur le rivage; à Kōzushima, un rite solennel mené par un officier du culte accueille l’esprit dans la nuit, mêlant figure vengeresse et dieu visiteur; à Miyakejima, on offre des assiettes ou poteries au seuil et on couche tôt les enfants. Partout, l’institution d’un interdit protège la frontière entre mer et communauté, et toute légèreté ou transgression appelle malheurs et troubles. On note une rareté de traditions analogues au sud, indiquant une répartition inégale.

  • Mōryō

    Mōryō

    Épique

    MOH-ryo (mɔʁ-jo)

    Mōryō (iconographie traditionnelle)

    水の怪Inconnu (concept transmis de la Chine antique, adopté au Japon)

    Image générique du mōryō fondée sur les sources classiques. Nom donné aux phénomènes liés aux berges, aux cimetières, aux vieux arbres et aux pierres géantes, associé aux fléaux qui profanent les cadavres et à la diffusion de l’impureté de mort. Son apparence n’est pas fixée: parfois enfantine, parfois simple émanation vaporeuse. Au Japon, le terme a désigné des esprits voleurs de dépouilles et a servi à justifier les tabous funéraires et les rites d’asepsie.

  • Ningyo

    Ningyo

    Rare

    ningyo

    Le Monstre Aquatique traversant les Âges

    水の怪FukuiShiga

    Rupture iconographique avec la sirène occidentale. L'image du Ningyo qui vient à l'esprit des Japonais modernes — « un magnifique buste de femme et une queue de poisson » — est le résultat de l'importation et de l'enracinement des légendes occidentales (comme *La Petite Sirène* d'Andersen) à partir de l'ère moderne. Auparavant, l'iconographie traditionnelle japonaise du Ningyo, telle que représentée dans des ouvrages comme le *Kaikoku Heidan*, était extrêmement difforme et grotesque : « un visage semblable à celui d'un humain (ou d'un singe) sur un corps de poisson recouvert d'écailles ». Les traits du visage n'étaient d'ailleurs pas nécessairement ceux d'une belle femme ; ils étaient généralement dépeints comme des hommes, des femmes, des jeunes ou des vieillards terrifiants, aux crocs acérés. C'est précisément cette hideur qui accentuait la réalité viscérale du Ningyo en tant que « créature de l'Autre Monde » et soulignait l'aspect tabou et macabre de l'acte de consommer sa chair. Modèles biologiques et regard naturaliste. On estime que le cœur du folklore japonais entourant le Ningyo comporte une part non négligeable d'erreurs d'identification de créatures bien réelles. Par exemple, la théorie dominante suggère que les siréniens comme le dugong et le lamantin, ou les pinnipèdes tels que l'otarie et le phoque, ont servi de modèles à l'Umibōzu et au Ningyo. De plus, dans les légendes de Ningyo terrestres (vivant dans les rivières ou les marécages), il arrive que l'identité véritable du monstre soit imputée à la salamandre géante du Japon. Les herboristes de l'époque d'Edo recueillaient méticuleusement les signalements d'échouage de ces créatures marines inconnues, tentant de réexaminer les yōkai à travers le prisme de la « science » (l'histoire naturelle). La malédiction de la « vie éternelle ». Si l'« immortalité » octroyée par la chair de Ningyo est un désir universel de l'humanité, elle est toujours intimement liée à la « tragédie » dans les légendes japonaises. Comme le montre l'histoire de Yao-bikuni, quiconque obtient la jeunesse éternelle en mangeant de la viande de Ningyo est condamné à voir vieillir et mourir, l'un après l'autre, sa famille et ses époux aimés, subissant ainsi une solitude et un désespoir insoutenables (un isolement temporel). Le Ningyo est un yōkai qui agit comme un miroir cruel, confrontant brutalement les humains à « la terreur d'échapper à la mort ».

  • Oitekebori

    Oitekebori

    Peu commun

    oï-té-ké-BO-ri

    Okiyobori (version des récits traditionnels)

    水の怪Tokyo

    Raconté comme une étrangeté liée aux fossés et canaux des basses terres d’Edo, il sert d’avertissement pour la pêche abondante et d’indicateur des tabous aquatiques. L’agent n’a pas de forme fixe et se manifeste souvent par la seule voix, mais selon les régions il est identifié à des métamorphoses animales comme le kappa ou le tanuki. Les scènes principales se situent autour de Honjo, aux fossés de Kinshi et de Sendai et le long de la Sumida, avec des variantes à Kameido, Horikiri et Kawagoe. Le schéma typique suit trois temps « grande pêche — voix au départ — perte du poisson », accompagné d’un récit de pratiques permettant d’éviter le mal en partageant le butin ou en relâchant quelques prises. Attesté dans des recueils d’histoires étranges de l’ère Kansei et dans les traditions locales, il s’est plus tard fixé dans le rakugo. Bruits naturels et conduites animales fournissent la matière du prodige, et le récit fonctionnait comme symbole des normes de gestion des fossés et des ressources communes.

  • Raie rouge

    Raie rouge

    Épique

    a-ka-éi

    Conforme aux traditions • Récit du gigantesque poisson marin

    Esprits AquatiquesChiba

    Version fondée sur l’Ehon Hyaku Monogatari, qui classe la créature comme un monstre marin faisant émerger au large une masse si vaste qu’elle paraît une île. Son dos porte sable et cailloux, si bien que de loin on la prend pour un îlot désert. Quand les marins s’en approchent, elle s’immerge, déclenchant remous et lames qui brisent ou chavirent les navires. Le récit sert d’avertissement aux dangers de la navigation et aux erreurs de perception en mer. Transmise comme observation au large d’Awa, elle voisine avec des notes sur des poissons géants près d’Ezo et des variantes comme la “capitale des raies rouges”, regroupées comme phénomènes marins. Entre notice naturaliste et conte d’épouvante, la biologie reste vague, mais trois noyaux dominent: gigantesque corpulence, flottement et plongée, vagues furieuses.

  • Shiranui

    Shiranui

    Peu commun

    shi-ra-NOU-i

    Guide-feu de Hassaku

    Esprits AquatiquesKumamotoSaga

    Le Guide-feu de Hassaku est une haute variété de shiranui qui paraît avant l’aube du premier jour du huitième mois lunaire. D’abord une ou deux lueurs rougeâtres, dites feux parents, surgissent à quelques kilomètres au large, puis se fendent en deux ailes et enfantent des feux fils, jusqu’à former une ligne de centaines et de milliers de flammes. La file s’étire, dit-on, sur quatre à huit lieues, invisible depuis le rivage bas mais nette depuis un promontoire ou une hauteur prenant le vent de mer. Autour de la marée de reflux la plus profonde, la respiration des flammes s’accorde, et l’observateur distingue un miroitement tel des écailles d’un dragon sous la vague. Si on les poursuit elles reculent, si on s’en approche elles s’éloignent, esquivant jusqu’à l’ombre du sillage et n’accordant que l’indication de la route du retour. Un ancien récit dit que, quand la barque impériale de Keikō fut enveloppée de nuit, le feu parent apparut au loin et guida l’étrave vers la côte. Les gens du littoral, craignant et honorant ce feu sans allumeur, suspendaient la pêche à minuit de Hassaku jusqu’à ce que la file se défasse. Lié au souffle d’un dieu-dragon farouche, il ne cherche pas à nuire, mais réprime l’orgueil et la précipitation. Les bateaux avides se perdent au large, quand ceux qui écoutent la marée vérifient la cadence du feu depuis un pin de grève et partent doucement au bris des lueurs, trouvant au large un clapot paisible, et, au retour, des braises vacillantes sous l’ombre de la côte pour les accueillir. Pur au point qu’on le salue comme Mille Lanternes ou Feux du Dragon, il se disperse en brume marine si on l’interpelle avec moquerie. Le vent ne l’enfle pas, il croît et décroît au seul rythme des courants, visible comme un bandeau depuis les hauteurs, invisible au bord des vagues. On dit qu’il infléchit le sens des cordes sacrées des sanctuaires côtiers et la teinte des phares, et que lorsque la corde penche un rien vers la mer, c’est le signe que naît au large la troupe des feux. Les anciens en avertissent les jeunes: aujourd’hui la marée se retire, le feu sort, abstenez-vous de sortir pêcher. Contrairement aux flammes humaines, il ne laisse ni cendre ni fumée. À l’aube, les coquilles des vasières rosissent et la rosée aux pointes des roseaux garde son souvenir. À de telles matinées, on jette du sel sur la grève en remerciement des vies guidées. Le Guide-feu ouvre la voie à qui connaît crainte et rite, s’éloigne des présomptueux et redessine en silence la frontière entre mer et hommes.

  • Shōkichi Kappa

    Shōkichi Kappa

    Peu commun

    shô-kitchi kappa

    Shōkichi Kappa, le kappa amateur de sumo de Bungo

    Esprit des eauxOita

    Cette version s’attache au phénomène de la « possession par le kappa » que transmet le récit de Shōkichi. La plupart des histoires de kappa se dénouent au bord de l’eau, mais ici la lutte de la rivière s’invite jusque dans la maison. Ramené par les siens, Shōkichi continuait de s’agiter comme aux prises avec un adversaire invisible : l’œuvre même, disait-on, d’un kappa qui avait possédé un homme. Un esprit des eaux qui gagne la terre ferme en empruntant un corps humain — là réside le frisson fascinant de ce récit. La manière de l’apaiser, elle aussi, reflète la foi du pays. Ce qui agit d’abord, ce fut la puissance de la lame signée de Gō Yoshihiro. La croyance selon laquelle le kappa redoute un tranchant aiguisé se retrouve en bien des régions, et le détail voulant qu’il s’agite de nouveau dès qu’on éloigne le sabre en montre clairement la force. Ce qui mit fin au tumulte, ce fut enfin la prière d’un shugenja, ascète qui s’adonne à ses austérités retiré dans les montagnes. Apaiser une possession par le kappa avec ces deux forces — la puissance de la lame et le pouvoir spirituel de l’ascète — est typique des récits de kappa de Kyūshū. Hita a réuni nombre d’histoires de kappa, le Hita Gunshi en tête, et, avec le « Bungo Kawatarō » de la même province de Bungo, elles attestent la profondeur des croyances autour du kappa en ce pays.

  • Suiko (le tigre d’eau)

    Suiko (le tigre d’eau)

    Épique

    sui-ko

    Le suiko écailleux, de la taille d’un enfant

    Esprits des eauxHubei, en Chine (introduit au Japon par les livres de l’époque d’Edo)

    Cette version s’attache à ce qui distingue le suiko : ce n’est pas une créature de la légende orale, mais une figure façonnée au fil des pages. Tandis que le kappa naquit des peurs de la vie au bord de l’eau et prit d’innombrables formes et noms selon les régions, l’image du suiko voyagea presque uniquement à travers les citations de la pharmacopée et des recueils géographiques chinois. C’est pourquoi ses traits marquants restent remarquablement constants : un corps de la taille d’un jeune enfant, des écailles dures, l’habitude d’exposer sa carapace sur le sable d’automne et la manière de ne montrer que ses genoux hors de l’eau. Les érudits japonais citaient ces sources chinoises tout en se demandant comment les accorder au kappa qu’ils avaient sous les yeux. Le *Wakan Sansai Zue* plaça les deux côte à côte et trancha prudemment qu’ils étaient « semblables sans être identiques », tandis que le *Suiko Kōryaku* tenta de classer sous l’étiquette « suiko » les témoignages de créatures aquatiques venus de tout le pays. L’illustration de Toriyama Sekien dans le *Gazu Hyakki Yagyō* est elle aussi une image tirée de ce savoir continental. Certaines notices vantent des moyens de le capturer ou ses usages médicinaux, mais les interprétations varient d’un livre à l’autre et la vérité reste incertaine. Le suiko est en somme un second visage de l’esprit des eaux : la trace laissée par une tentative de l’époque moderne pour relire le kappa familier à la lumière de l’érudition chinoise.

  • Tomokazuki

    Tomokazuki

    Peu commun

    to-mo-CHI-dzou-ki

    Conforme aux traditions – Contes du littoral de Shima

    水の怪MieShizuoka

    Conforme au folklore centré sur la « confusion d’identité du plongeur », signalé de Shima à Izu et Echizen. Il apparaît identique au témoin, avec pour signe distinctif l’extrémité du hachimaki tombant longuement. Il se manifeste par ciel couvert ou dans la pénombre marine, s’approche en offrant des ormeaux et attire vers l’obscurité. Les contre-mesures transmises incluent: garder regard et gestes stables, ne pas recevoir de la main dominante, employer des serviettes ou vêtements marqués, mais l’efficacité varie, et l’on raconte aussi des cas où une étoffe en forme de moustiquaire fut jetée dessus. Les apparitions touchent surtout les travailleurs isolés, tandis que la pêche en groupe les éviterait dans de nombreuses régions. L’entité est dite tirer les humains vers la mer comme un revenant, mais une lecture concurrente y voit des visions dues au délire ou à la fatigue de longues plongées. Quoi qu’il en soit, les ama teignaient des motifs Seiman-Doman sur vêtements et serviettes pour se protéger. Variante régionale: à Anjima (Echizen), il se meut à contretemps et sa silhouette reste difficile à saisir.

  • Yonatama

    Yonatama

    Rare

    Yonatama

    Yonatama, l'esprit marin invocateur de tsunamis

    Esprit de l'eauOkinawa

    Cet esprit des mers de Miyako est souvent dépeint comme une sirène ou un poisson parlant. La légende raconte que la nuit où il fut capturé par les pêcheurs de Shimojishima et rôti sur un filet, il répondit à un appel venu des profondeurs, implorant un tsunami pour le sauver. Seuls une mère et son enfant parvinrent à s'enfuir vers l'île d'Irabu, et le cratère effondré qui remplaça la maison des pêcheurs serait à l'origine du célèbre bassin de Toriike. Incarnant à la fois les bienfaits et la colère dévastatrice de l'océan, son nom même est la fusion des mots « mer » et « esprit ». Mêlé au souvenir tragique du grand tsunami de Meiwa de 1771, le Yonatama perdure aujourd'hui sur l'île tel un sévère avertissement adressé à ceux qui manqueraient de respect envers la mer.

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