ko-DA-ma
Le Kīnushī de Yanbaru, Kodama
Parmi les kodama qui résonnent à travers tout l'archipel, la variante que l'on trouve dans les îles du Sud, et plus particulièrement dans la région boisée de Yanbaru à Okinawa ou près des sanctuaires utaki, est connue sous le nom de « Kīnushī incarné dans l'arbre ». Comme son nom l'indique, cet esprit réside dans un seul arbre tel un maître des lieux, et vit en parfaite symbiose avec sa respiration, la circulation de sa sève et l'ancrage de ses racines. Selon les traditions orales, si le bûcheron, avant d'abattre sa hache, tapote légèrement le tronc pour décliner son identité et offrir une prière, le kodama réorganise les vibrations internes du bois, ajuste le vent dans le sens de la chute, et veille à la sécurité du travail. À l'inverse, si la lame frappe sans un mot, l'arbre grince ; un son caverneux de bois creux s'élève, atteignant la montagne avec retard. Dans les jours qui suivent, les feuilles alentour perdent leurs couleurs, comme brûlées. Parfois, lors d'une nuit suspecte, un lourd bruit sourd traverse un village montagnard sans qu'aucun arbre ne soit pourtant tombé. Ce phénomène est interprété comme le cri libéré par le Kīnushī lorsque la souffrance lui devient insupportable. Peu de temps après, la cime de l'arbre d'où provenait le bruit commence à sécher, du mycélium blanc envahit ses racines, et il finit par rendre l'âme. Instruits par ces phénomènes, les anciens comprirent que le son constituait la véritable essence du kodama. Ils érigèrent en règle absolue de ne jamais élever la voix à l'orée de la forêt, et d'attendre un instant la réponse de l'arbre après l'avoir interpellé.\n\nBien que ce kodama n'ait pas de forme, il arrive que, dans la pénombre du crépuscule, l'air autour de ses racines ondule comme la surface de l'eau, laissant s'échapper un écho aigu et répété, semblable à un rire d'enfant. Les insulaires y voient un bon présage et déposent du sel et du sucre noir en offrande à l'arbre. On raconte que si un enfant fait la sieste à son ombre, aucun moustique ni insecte volant ne viendra l'importuner, et que la brise marine s'y radoucira brusquement. Selon les aînés, lorsque le vent venu du large parcourait les divinités de la montagne, le kodama entrait en résonance avec lui pour protéger les frontières du village. Bien qu'on le confonde souvent avec un simple écho, le Kīnushī se distingue par sa capacité à annoncer la fortune ou l'infortune par le rythme et la mélodie de sa réponse. Une réplique rapide et claire indique un jour propice au travail ; un son lourd et tardif est une invitation au repos ; un bruit sourd, étouffé dans le tronc, est le présage de feuilles malades.\n\nDans ces îles, même le déplacement d'un arbre obéit à des règles. La veille de l'extraction des racines, si l'on flatte le tronc à trois reprises en murmurant le nom de la terre d'accueil, l'esprit repliera l'extrémité de ses racines et se fera menu, afin de ne pas souffrir de la soif pendant le voyage. Mais si cette étape est négligée, on dit que des échos creux retentiront nuit après nuit dans sa nouvelle demeure, tandis que la maisonnée sera frappée par la fièvre. Dans les banians de la côte, il est dit que réside un esprit qui aime jouer avec les enfants, un esprit que les gens nomment Kijimunā. Autrefois, on considérait le Kijimunā comme une émanation du Kīnushī dotée d'une volonté humaine : le kodama serait la voix des racines, et le Kijimunā le rire des branches. Tous deux puisent leur source dans la divinité de l'arbre, guidant ceux qui font preuve de respect, et admonestant les audacieux par le biais des sons. Ainsi, dans les forêts des îles du Sud, le son dicte la loi, permettant aux hommes et aux arbres de vivre en mesurant le souffle de l'autre.