Encyclopédie des Yōkai
Grande encyclopédie des yōkai japonais
伝説 
Oni
OH-ni
Oni (image traditionnelle)
鬼・巨怪 Dans tout le Japon Un oni classique à la peau rouge, orné de fières cornes et d’un pagne en peau de tigre. Malgré son apparence terrifiante, il a le cœur chaud. Son rire tonitruant résonne dans les montagnes, et il chérit par-dessus tout les liens avec ses compagnons. Terrible lorsqu’il se met en colère, il est d’ordinaire enjoué et fait figure de grand frère attentionné.
珍しい 
Oni Hitokuchi
o-ni hi-to-kou-tchi
Version conforme aux traditions
鬼・巨怪 Origine inconnue Oni Hitokuchi apparaît dans les récits médiévaux moins comme une forme fixe que comme l’acte d’un être démoniaque qui abat un humain d’une seule morsure. Il surgit typiquement la nuit, sous l’orage, ou dans des lieux-limites comme un grenier ou le bord de route, notamment lors de rendez-vous clandestins ou de fuites amoureuses. Dans le passage d’Akutagawa des Contes d’Ise, le tonnerre couvre les cris et la rareté des traces souligne l’instantanéité du « d’un seul coup ». Les Nihon Ryōiki et les Contes de Konjaku montrent sa faculté de se déguiser en homme, faisant figure d’avertissement contre les écarts à l’ordre social tels que mariage illicite et serments rompus. Depuis l’iconographie de Sekien, le nom se fixe et, dans le folklore, offre un cadre pour re-raconter disparitions en temps de guerre, famine ou désastre comme des dévorations de l’Autre Monde. « Oni Hitokuchi » est ainsi un type plutôt qu’une forme unique, dont l’essentiel est la vitesse de dévoration et l’absence de traces.
珍しい 
Démonesse (Kijo)
KI-jô
Type standard légendaire • Kijo (démonesse ogresse)
鬼・巨怪 Diverses régions du Japon (surtout Tōhoku, Shinano, Ōmi, autour d’Ise) Type standard qui synthétise l’image classique de la kijo dans les légendes régionales. Elle incarne la croyance qu’une passion humaine à son paroxysme se mue en nature démoniaque, et son apparence varie de la belle femme à la vieille. La nuit, dans les montagnes, plaines ou aux carrefours, elle appâte les voyageurs, les invite dans une auberge ou un ermitage, puis révèle sa véritable forme. Souvent vaincue ou apaisée par le bouddhisme et les prières, elle sert autant de récit d’effroi que d’histoire édifiante. Selon les régions, les descriptions insistent plus ou moins sur l’anthropophagie, la chasse aux nourrissons ou l’absorption de sang, toutes comprises comme issues de transgressions, de soupçons et d’obsessions. Iconographiée dans le Nô, les récits prêchés et les rouleaux enluminés, le contraste entre la figure humaine et la forme ogresse à cornes, crocs et cheveux hérissés constitue un temps fort.
珍しい 
Oni-kuma (l’ours démon)
o-ni-KOU-ma
Conforme aux traditions · Oni-guma (ours-démon)
動物変化 Vallée de Kiso, province de Shinano (préfecture de Nagano) Figure de l’oni-guma fondée sur des sources de l’époque d’Edo, un vieil ours devenu yōkai. Il se terre d’ordinaire au fond des montagnes et évite la présence humaine, mais descend la nuit vers les villages lors des disettes ou aux changements de saison pour enlever le bétail. Sa démarche dressée peut être prise pour une silhouette humaine et ses traces mêlent pas d’homme et empreintes d’ours. Les récits de force prodigieuse se lient aux traditions de rochers géants et servent aussi de bornes tacites délimitant des zones périlleuses. Dans les récits de chasse, la coopération communautaire, l’usage différencié des armes et la crainte du dieu des montagnes sont soulignés, l’oni-guma devenant le symbole d’un fléau qui frappe ceux qui brisent les lois de la montagne. Les notices des recueils illustrés de l’époque accentuent l’étrangeté tout en reflétant la mémoire des attaques d’ours réelles, à la jonction entre environnement folklorique et contes de peur.
名妖 
Kidōmaru
ki-DOH-ma-rou
Version des traditions classiques
Démons et Géants Ichiharano, province de Yamashiro (trad.) / Kumohara, province de Tanba (trad.) Cette version, centrée sur le Kokon Chomonjū, présente Kidōmaru comme un oni opposé à Raikō et Tsuna. Évadé de sa capture, il épie sa cible, devance la procession vers Kurama et se dissimule par ruse dans le corps d’un bœuf à Ichiharano, mais Raikō déjoue son stratagème. Quand la flèche de Tsuna révèle sa cache, il prend forme d’oni et attaque, avant d’être abattu d’un seul coup par Raikō. Iconographiquement, Toriyama Sekien l’a fixé sous une peau de bœuf dans la neige, et les estampes guerrières de l’époque moderne le montrent souvent en rival d’arts magiques. Sa lignée n’est pas sûre: fils de Shuten Dōji selon Kumohara, ou ancien chigo du mont Hiei dans les chroniques militaires. Toujours compris comme un rôdeur des montagnes et plaines, guettant l’occasion par force brute, métamorphose et dissimulation. Ici, il est restitué sans fioritures, autour de l’infiltration, du changement de forme et de l’embuscade.
名妖 
Batsu (Hiderigami)
BA-tsou (hi-dé-ri-ga-mi)
Bacchus bibliographique et Wakansansaizue, version Batsu
神霊・神格 Tradition chinoise (transmise au Japon par des sources écrites) L’image du Batsu transmise au Japon relève surtout d’une réception bibliographique fondée sur des textes chinois tardifs. Le Wakan Sansai Zue cite le Sancai Tuhui, le Bencao Gangmu et le Shenyijing, et explique que le Batsu (dieu de sécheresse) a visage humain et corps de bête, une seule main et un seul pied, court comme le vent et empêche la pluie là où il se trouve. Toriyama Sekien, dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki, en donne une iconographie composite et note le nom alternatif « mère de la sécheresse ». Plutôt que des récits locaux, ces sources reflètent l’acceptation savante des conceptions chinoises de calamités et de correspondances calendaires, traitant le Batsu comme une entité symbolique de la sécheresse plus que comme objet de témoignages. Les formes varient entre déesse (妭) et bête, la seconde étant privilégiée dans les sources japonaises. Les réponses cultuelles suivent les mesures générales contre la sécheresse, telles que les prières pour la pluie et les cultes des dieux de l’eau, sans preuve claire d’un culte dédié au Batsu. En tant que divinité néfaste, il dessèche la végétation et épuise les cœurs humains.
名妖 
Mōryō
MOH-ryo (mɔʁ-jo)
Mōryō (iconographie traditionnelle)
水の怪 Inconnu (concept transmis de la Chine antique, adopté au Japon) Image générique du mōryō fondée sur les sources classiques. Nom donné aux phénomènes liés aux berges, aux cimetières, aux vieux arbres et aux pierres géantes, associé aux fléaux qui profanent les cadavres et à la diffusion de l’impureté de mort. Son apparence n’est pas fixée: parfois enfantine, parfois simple émanation vaporeuse. Au Japon, le terme a désigné des esprits voleurs de dépouilles et a servi à justifier les tabous funéraires et les rites d’asepsie.
神格 
Mahō-sama
ma-HO sa-ma
Tanuki Kyūmō divinisé conforme aux traditions
Divinités et Esprits Divins Bizen Kamo (actuelle préfecture d’Okayama, Japon) Protecteur local né de la divinisation d’un tanuki métamorphe dans des sanctuaires tels que le Mahō Jinja de Sōja (Sakaki), le Honoikazuchi Jinja et l’Amatsu Jinja à Kibichūō. Le nom n’a aucun lien avec la magie occidentale, et l’hypothèse d’une altération de Marishiten est connue. Une tradition locale le fait arriver vers la fin de l’époque Muromachi. Les prières se concentrent sur la santé des bovins et chevaux, et la protection contre l’incendie et le vol. Les foires attirent des fidèles menant bœufs et chevaux, on raconte un terrier de passage pour le tanuki et des offrandes de tofu frit. Il conserve les motifs classiques des récits de tanuki — arts de métamorphose, annonces de présages, illusion monétaire changeant des feuilles en or — mais finit par être vénéré comme dieu tutélaire du village.
珍しい 
Maki-jo, la démone de Maki
MA-ki-jô
Version des archives traditionnelles
鬼・巨怪 Makiyama, Ishinomaki, préfecture de Miyagi, Japon La Magi-onna est une figure d’ogresse présente dans les chroniques de temples et les histoires locales autour d’Ishinomaki, souvent jumelée à Ōtakemaru du mont Nonodake. Les récits de chasse visent surtout Ōtakemaru, tandis que la Magi-onna apparaît comme sa compagne et devient ensuite objet de commémoration et d’apaisement. Dans les légendes où le général Tamura calme les démons grâce à une statue de Kannon attribuée à Enchin et installe des images de Kannon sur diverses montagnes, on raconte qu’à Makiyama furent offertes les mèches de la Magi-onna. Les étymologies de lieux et de temples (Maki-yama issu de Maki-yama « montagne du démon ») et les transferts d’images de Kannon se perpétuent comme histoire cultuelle. L’ogresse elle-même est peu décrite, mais elle symbolise la conciliation entre la crainte des montagnes et le culte de Kannon. Les anecdotes trop romancées sont écartées, et certains documents omettent même sa mention, montrant l’ampleur des variantes.
珍しい 
Daisuke le Saumon
sa-ké no ô-ské
Récits traditionnels • Daisuke le Saumon
水の怪 Région du Tōhoku et bassin de la rivière Shinano (préfecture de Niigata), autres régions de l’Est du Japon Daisuke le Saumon, appelé le « roi de la rivière », est conté comme un marqueur des tabous et des saisons durant la montaison. À des dates précises (par ex. le 15 du mois des gelées, le 20 du dernier mois), Daisuke et sa compagne Kosuke proclament à haute voix des annonces funestes ; quiconque les entend directement meurt trois jours plus tard. Dans les hameaux riverains, ces jours-là deviennent des jours sans pêche : on bat le gong, on chante, on pile le mochi pour se boucher les oreilles. Dans les traditions du bassin du Shinano, un riche notable qui force à violer les interdits rencontre une autorité aquatique sous les traits d’une vieille femme et meurt soudain lors de la montaison suivante, illustrant la crainte du naturel et l’observance des rites. La vieille est comprise comme l’esprit personnifié de la rivière ou l’avatar de Daisuke sans que son identité soit explicitée. Le nom varie entre « Daisuke » et « Daisuke/Daisuke le Saumon », l’épouse se nommant Kosuke. Ce motif, attesté depuis l’époque moderne dans des enquêtes et recueils de contes, dépasse les toponymes pour s’étendre dans l’aire culturelle du saumon de l’Est du Japon. Les variantes créatives sont rares, les points clés restant la voix, les dates, le tabou et la mort en châtiment.
珍しい 
Narikama (le chaudron résonnant)
na-ri-GA-ma
Kaminari-gama (Hyakki Tsurezure Bukuro)
住居・器物 Folklore japonais Issu de l’idée qu’un objet devient esprit après cent ans, il apparaît avec une tête de vieux chaudron. Il se tient dans l’ombre nocturne, émettant des sons avec de faibles frissons et buées. Ses tintements sont reçus comme présages fastes ou néfastes : il se tait face au tapage inconsidéré, répond à la révérence craintive. Une image qui symbolise à la fois la divination et la mémoire rituelle des objets usés.
伝説 
Nué
nou-É
Nue des nuées du palais impérial
動物変化 Région de Kyōto, Japon Elle apparaît au-dessus de la cour impériale avec des nuages noirs et trouble les esprits par un cri étrange. Dépeinte comme un être composite au visage de singe, corps de tanuki, pattes de tigre et queue de serpent, elle reste avant tout un symbole d’énigme dont le son et la présence précèdent la forme. Facile à abattre d’une flèche mais prompte à disparaître sans trace dans les nuées et les ténèbres, en accord avec son image folklorique. L’iconographie animale composite s’est surtout répandue dans la peinture postérieure.
神格 
Grand Divin de Mugidono
mou-ghi-do-no daï-myo-djin
Image de la rougeole • Divinité foulant le démon
神霊・神格 Époque d’Edo (Japon) Iconographie typique de Mugi-dono Daimyōjin dans les images de la rougeole. Une divinité martiale écrase d’un pied ferme un démon rouge-noir tandis que les gens autour joignent les mains. L’origine précise de la statue divine reste incertaine, mais elle rend visible le fléau et apaise l’angoisse par la posture de domination. Les inscriptions associent conseils d’hygiène, interdits alimentaires et prières de guérison, alliant dévotion et pratique. Le motif reflète la simplicité d’une piété populaire.
珍しい 
Les Poils du Seau de Chanvre
a-sa-O-ke no ké
阿波加茂社の神桶毛・麻桶の毛
Esprits Domestiques Province d’Awa (village de Kamo, district de Miyoshi ; actuelle préfecture de Tokushima) 阿波の古記録に拠る像。麻桶に納められた毛が神体の一部または神威の顕現として振る舞い、社の秩序を乱す者を拘束する。自立して徘徊するより、社域内での発動が中心と解される。毛は静かに伸び、複数に裂けて標的一人ずつを絡め取る描写が核で、見物人を無差別に襲うよりも、穢し・盗みなどの行為に反応する点が特徴。水木しげるは「麻桶毛」の名で巨大な毛塊として図像化したが、実伝承では容貌より機能の記述が濃い。信仰実践と禁忌遵守を促す社内規範の象徴として理解されることが多い。
珍しい 
Moine noir
KOU-ro BOH-zou (kuro-bōzu)
Kurobōzu (traditions classiques)
総称・汎称 Inconnue (traditions connues à Edo/Tokyo, Kumano en province de Kii, district de Nomi en province de Kaga) Le nom Kurobōzu sert de désignation générique pour des apparitions variant selon les régions. À Edo-Tokyo, on le décrit comme un esprit qui rôde dans les chambres, approche la bouche des femmes, aspire leur souffle et laisse une odeur fétide avant de partir. Son aspect est flou, parfois rapproché des visages sans traits. Dans le Kumano de Kii, il croît soudain en taille lors d’une rencontre en montagne, et plus on le poursuit, plus il devient gigantesque en fuyant à toute vitesse. Près de la rivière Nagata à Kaga, il apparaît comme une masse noire aux seuls contours visibles, s’enfuit vers l’eau lorsqu’on le frappe d’un bâton, certaines traditions l’expliquant comme l’œuvre d’une loutre. Le terme « Kurobōzu » remplace aussi ailleurs des appellations comme Ōnyūdō ou Umibōzu, partageant au moins l’une des caractéristiques suivantes : couleur noire, allure de moine, étirement corporel, proximité de l’eau. Ces formes ne s’installent pas durablement et leurs apparitions cessent d’elles-mêmes avec le temps.
珍しい 
Main noire
KOU-ro-té (kuroté)
Conforme aux traditions
住居・器物 Noto, village de Toita (actuelle préfecture d’Ishikawa) Image établie d’après le tome VI des Quatre choses indicibles, « La main noire tranchée ». La Main Noire vit dans les latrines domestiques et ne montre qu’une main noire et velue pour importuner les gens. Son corps véritable possède le pouvoir de se déguiser, prit forme de moine et reprit la main coupée. Une fois le déguisement ôté, il atteint près de neuf pieds de haut, d’une grande force, capable d’envelopper une personne d’une puissance étrange. Il réunit des éléments fréquents des contes de latrines d’époque moderne — « la main », « ce qui se jette par-dessus », « le moine métamorphosé ». Souvent confondu avec des tours de renards ou de blaireaux, il est pourtant explicitement nommé « Main Noire » dans le texte. L’iconographie n’est pas fixée, et les dessins de Mizuki Shigeru semblent influencés par d’autres traditions, si bien que les trois doigts ou l’allure simiesque ne doivent pas être généralisés.
珍しい 
Demoiselle-dragon
RYOU-jô (ryu-jyo)
Dame-Dragon du Rivage
水の怪 Folklore japonais Type folklorique distillé de la figure de la dame-dragon qui apparaît aux voyageurs et pêcheurs près des eaux. Sous forme humaine, elle converse et réclame offrandes ou serments. Si l’accord est tenu, elle repousse crues et attire les bancs de poissons ; s’il est brisé, elle corrige par flots boueux et tempêtes. Sans opposition aux divinités bouddhiques ou shintō, elle est souvent honorée comme divinité draconique lors des prières pour la pluie. Elle alterne formes humaine et draconique, sa vraie nature trahie par des écailles ou le toucher humide des étoffes.
神格 
Divinité-dragon (Ryūjin)
RYOU-jine (ryū-jine)
Ryūjin (image traditionnelle)
神霊・神格 Mer, lacs et grands fleuves Vénéré depuis l’Antiquité comme une divinité des eaux, le Ryūjin apaise même les tempêtes et protège les humains des fléaux. Son corps immense aux écailles éclatantes impose le respect. D’un cœur miséricordieux, il veille sur les gens et prête toujours sa force dans les moments difficiles.
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