Encyclopédie des Yōkai

Grande encyclopédie des yōkai japonais

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Épique
  • Raigō

    Raigō

    Épique

    raï-GÔ

    Tesso (Contes de la rancune de Raigō)

    霊・亡霊Shiga

    Version fondée sur les récits médiévaux où l’esprit de Raigō se change en une nuée de rats ou en un rat monstrueux à pelage de fer, le « Tesso », qui ronge l’entrepôt des écritures d’Enryaku-ji. Les rivalités entre puissances religieuses s’y projettent sous forme d’un esprit vengeur, liant l’efficacité des rites à l’idée de représailles. Les sources textuelles relèvent surtout des chroniques guerrières, mêlant biographie monastique et légende de revenant. Lectures populaires et peintures ultérieures ont amplifié cette image, symbolisant les ravages des rats et la destruction des sûtras, mais le noyau demeure un type folklorique où un esprit rancunier s’acharne sur objets et écritures sacrées.

  • Rituel de la « visite à l’heure du Bœuf »

    Rituel de la « visite à l’heure du Bœuf »

    Épique

    ou-shi no kok' MAI-ri

    Effigie rituelle traditionnelle

    霊・亡霊Kyoto

    Une version centrée sur les usages codifiés à l’époque d’Edo de l’archétype de l’« Ushi no koku mairi ». En linceul blanc, cheveux longs en désordre, portant à l’envers un trépied de fer (gotoku) sur la tête avec trois bougies allumées, un miroir pendant sur la poitrine, elle se rend au sanctuaire en geta à une seule dent pour étouffer ses pas. Elle plaque contre l’arbre sacré une effigie portant le nom de la cible et y enfonce chaque nuit un clou de cinq sun. L’heure est strictement le « bœuf-trois quarts » et l’accomplissement est dit s’obtenir en sept nuits. Être aperçu annule l’effet, d’où le silence en route et le soin à ne laisser aucune trace. Les images anciennes montrent parfois un taureau noir accompagnateur : le franchir la dernière nuit assure la réussite, le craindre et reculer mène à l’échec. L’usage de la poupée de paille s’est généralisé à l’époque moderne, avec des sources plus anciennes dans les effigies transpositoires percées et les rituels onmyōdō. Le folklore évite d’affirmer la réalité de la malédiction et insiste sur son annulation par la transgression ou l’exposition du secret.

  • Roi-Esprit des Cascades

    Roi-Esprit des Cascades

    Épique

    ta-ki-REH-oh (Takirei-ô)

    Interprétation iconographique à la manière de Sekien

    神霊・神格Shiga

    Partant des images de Toriyama Sekien, cette interprétation organise, en notice de bestiaire, l’idée d’une épiphanie de l’Acalanātha (Fudō Myōō) aux chutes d’eau. « Roi-Esprit des Cascades » n’est qu’un sujet pictural, l’entité étant comprise comme une manifestation du culte des Myōō. Elle apparaît dans les vasques des chutes à travers le pays, soumettant démons et nuisances, surtout évoquée dans les récits de grâce rapportés par ascètes et pèlerins. Le caractère de majesté et d’exorcisme l’emporte sur la frayeur yōkai, si bien qu’elle est traitée comme proche du divin. Les toponymes précis et les faits datés sont rares, la tradition reposant surtout sur les images et les engi de temples.

  • Sanki Daigongen

    Sanki Daigongen

    Épique

    sanki-daigongen

    Le seul dieu démon du Japon gardant le mont Misen, Sanki Daigongen

    Oni/Monstre géantHiroshima

    Le cœur de Sanki Daigongen réside dans sa nature divine inversée, transformant les oni, originellement redoutés, en une « divinité gardienne qui repousse le mal ». Les trois dieux démons — Tsuicho, Jibi et Mara — régissent respectivement la fortune, la sagesse et la soumission, avec Dainichi Nyorai, Kokuzo Bosatsu et Fudo Myoo comme formes bouddhistes d'origine. Cette structure de trinité démontre la fusion de la pensée Honji Suijaku (réalité originale et traces manifestées) du bouddhisme ésotérique Shingon avec l'ascétisme montagnard et le culte des tengu. Le fait qu'il commande à de grands et petits tengu comme familiers est directement lié aux contes populaires du mont Misen en tant que montagne spirituelle des tengu (comme l'histoire de l'extermination des tengu par Masanori Fukushima). Il incarne la sacralité du mont Misen lui-même, caractérisé par la fondation de Kukai, le feu spirituel inextinguible et les étranges formations rocheuses comparées au mont Sumeru. Le sanctuaire d'Itsukushima (Ichikishima-hime et Benzaiten) sur la mer et Sanki Daigongen sur la montagne forment une paire en tant que divinités gardiennes des deux pôles de Miyajima : la mer et la montagne.

  • Satori

    Satori

    Épique

    sa-TO-ri

    Version traditionnelle · Kakugaku de Hida-Mino

    山野の怪Gifu

    Image fondée sur l’article de Sekien dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki et sur des descriptions naturalistes sino-japonaises de créatures simiesques. Il apparaît sur les sentiers des montagnes profondes, perçoit instantanément l’état d’esprit des bûcherons et des voyageurs, le répète à voix haute et jauge leurs réactions. N’aimant pas nuire par nature, il se retire promptement dès qu’il pressent le danger, conformément au texte de Sekien. Dans les contes, selon les régions, son apparence est remplacée par un singe, un homme des montagnes, un tengu ou un tanuki, mais le noyau demeure « lecture des pensées » et « retraite face aux bruits soudains ». La lecture des pensées reflète et répète les idées de l’autre comme dans un miroir, tenant plus de l’avertissement que de la provocation. Dans le silence des montagnes, il lit la présence d’autrui mais se montre vulnérable aux imprévus que l’humain n’anticipe pas, tels l’éclatement du feu de camp ou le rebond d’un éclat de bois. Le nom « Kakugaku » est rapproché de l’équivalent graphique de « jué/玃 », et l’évolution de la lecture aurait fixé une figure autonome. La tradition s’étend du Chūbu au Kantō, au Tōhoku, à la Chine intérieure et au Kyūshū, où il incarne un gardien mesurant la distance entre humains et Autre au seuil des montagnes.

  • Shirōuneri

    Shirōuneri

    Épique

    shi-RO-ou-NE-ri

    Conforme à l’iconographie de Sekien

    付喪神・骸怪Origine inconnue

    Fondé sur l’iconographie de Toriyama Sekien, ce yōkai est envisagé comme un vieux torchon qui pend longuement et ondule au vent. Les sources d’origine mentionnent peu d’atteintes directes aux humains, et on l’interprète plutôt comme un symbole d’attachement aux objets anciens et de l’impermanence. Les traits agressifs des récits postérieurs doivent être distingués. Dans cette version, l’accent est mis sur la bizarrerie d’un « vieux tissu animé » et l’impression visuelle d’une étoffe glissant sans bruit entre les murs sous une veilleuse nocturne.

  • Shokuin (Zhuóyīn)

    Shokuin (Zhuóyīn)

    Épique

    sho-KOU-ine

    Version des livres et des rouleaux illustrés

    神霊・神格Inconnue (issu du Shanhaijing, transmis au Japon par les textes)

    Au Japon, il est compris comme une divinité-spirite étrangère présentée dans l’intérêt naturaliste inspiré du Shanhai Jing. L’iconographie le montre avec un visage humain et un long corps de serpent rouge, reprenant l’idée que l’ouverture et la fermeture des yeux séparent le jour et la nuit, et que sa respiration apporte vents saisonniers et variations de froid et de chaleur. La confusion avec le « Zhurong/Choku-ryū » apparaît déjà à l’époque moderne, mais les présentations restent prudentes, indiquant les différences de passages et de descriptions des sources. Aucune trace claire d’un culte domestique n’est attestée. Ainsi, peu de rites locaux, d’interdits ou de traditions orales, et une réception centrée sur la lecture, la copie et la thématisation picturale. Souvent cité comme exemple d’une divinité étrangère intégrée aux registres de yōkai, il est placé comme personnification du temps et des saisons.

  • Shōkera

    Shōkera

    Épique

    SHO-ke-ra

    Interprétation iconographique traditionnelle

    霊・亡霊Origine inconnue

    S’appuie sur l’iconographie de Toriyama Sekien pour en faire un être de surveillance guettant par le vasistas la veillée de Kōshin. Assimilé aux Trois Vers ou agent spirituel parlant pour leur fonction, il examine la paresse humaine et la rupture des serments, et, en cas d’écart, inflige des malheurs de ses griffes. Le nom s’écrit aussi « shaukera » ou « seukera » en orthographe historique, et son image varie selon les régions et les sources, mais il est compris comme un yōkai matérialisant la norme morale du culte de Kōshin. Les documents d’époque moderne donnent peu d’explications, comblées plus tard par des lectures folkloriques.

  • Sokushinbutsu

    Sokushinbutsu

    Épique

    そくしんぶつ

    Sokushinbutsu, le Bouddha vivant enchâssé dans la terre

    Humains devenus yokai / Demi-dieuxYamagata

    Contrairement à d'autres yokai qui sont des aberrations purement imaginaires, le *sokushinbutsu* est une existence rare : un ascète historique réel qui s'est élevé à mi-chemin vers la divinité grâce à une foi absolue. Le sanctuaire intérieur du mont Yudono n'a pas de bâtiment : un rocher sacré géant brun-rougeâtre crachant de l'eau bouillante sert lui-même d'objet d'adoration, et les pèlerins doivent parcourir le chemin d'accès pieds nus. Dans cette zone sacrée qui préserve l'archétype du culte de la nature, les ascètes visaient le *sokushin-jōbutsu* : devenir un bouddha dans cette vie même. L'« ascèse xylophage » était une préparation à l'auto-momification : renoncer d'abord aux céréales, pour finalement restreindre le sel et l'eau à la limite absolue afin de dessécher le corps. Dans la phase finale, ils s'enfermaient dans une chambre de pierre souterraine reliée au monde extérieur uniquement par un tube de bambou muni d'une cloche. Le moment où le son de la cloche cessait était considéré comme l'accomplissement réussi de l'entrée en méditation éternelle. Exhumés sans s'être décomposés, leurs corps devenaient des bouddhas, enchâssés à côté des divinités principales du temple pour continuer à porter la souffrance des masses. Ils ne sont pas des objets de terreur, mais les incarnations physiques d'une volonté de sauver l'humanité qui a transcendé la mort elle-même, démontrant avec la plus grande vivacité la vision de la mort de la région des monts Dewa (Dewa Sanzan) et le concept des montagnes en tant qu'autre monde.

  • Suiko (le tigre d’eau)

    Suiko (le tigre d’eau)

    Épique

    sui-ko

    Le suiko écailleux, de la taille d’un enfant

    Esprits des eauxHubei, en Chine (introduit au Japon par les livres de l’époque d’Edo)

    Cette version s’attache à ce qui distingue le suiko : ce n’est pas une créature de la légende orale, mais une figure façonnée au fil des pages. Tandis que le kappa naquit des peurs de la vie au bord de l’eau et prit d’innombrables formes et noms selon les régions, l’image du suiko voyagea presque uniquement à travers les citations de la pharmacopée et des recueils géographiques chinois. C’est pourquoi ses traits marquants restent remarquablement constants : un corps de la taille d’un jeune enfant, des écailles dures, l’habitude d’exposer sa carapace sur le sable d’automne et la manière de ne montrer que ses genoux hors de l’eau. Les érudits japonais citaient ces sources chinoises tout en se demandant comment les accorder au kappa qu’ils avaient sous les yeux. Le *Wakan Sansai Zue* plaça les deux côte à côte et trancha prudemment qu’ils étaient « semblables sans être identiques », tandis que le *Suiko Kōryaku* tenta de classer sous l’étiquette « suiko » les témoignages de créatures aquatiques venus de tout le pays. L’illustration de Toriyama Sekien dans le *Gazu Hyakki Yagyō* est elle aussi une image tirée de ce savoir continental. Certaines notices vantent des moyens de le capturer ou ses usages médicinaux, mais les interprétations varient d’un livre à l’autre et la vérité reste incertaine. Le suiko est en somme un second visage de l’esprit des eaux : la trace laissée par une tentative de l’époque moderne pour relire le kappa familier à la lumière de l’érudition chinoise.

  • Suiko-sama (la divinité du tigre d’eau)

    Suiko-sama (la divinité du tigre d’eau)

    Épique

    sui-ko-sa-ma

    Suiko Daimyōjin de Tsugaru

    Divinités et esprits sacrésAomori

    Cette version creuse Suiko-sama en tant que foi qui « éleva un yokai jusqu’au rang de dieu ». Le kappa est par nature une créature redoutable qui entraîne les gens dans l’eau. Toute la sagesse du culte de Suiko-sama à Tsugaru tient en ceci : plutôt que de tuer le kappa, on fit de lui un dieu qui en commande quarante-huit à leur tête, lui confiant l’ordre du bord de l’eau. La foi était étroitement liée à la vie des enfants. La coutume d’offrir des concombres et de les laisser dériver pendant la saison des baignades était à la fois une prière à la divinité et un moyen d’ancrer chez les enfants l’avertissement quotidien : « ne baisse jamais la garde près de l’eau ». Si l’image sacrée emprunte la forme de Benzaiten, c’est que deux divinités des eaux se sont naturellement fondues en une. Elle ne partage que ses caractères avec le féroce « suiko » des livres chinois : sur le fond, les deux n’ont rien de commun. Suiko-sama est un dieu des eaux à la manière du pays des neiges — un dieu en qui les gens ont remodelé la frayeur locale du kappa pour en faire un objet de prière. Les rites et les formules précis varient beaucoup d’un district à l’autre, et beaucoup ne sont pas parvenus jusqu’à nous.

  • Teke Teke

    Teke Teke

    Épique

    てけてけ

    Teke Teke, la femme coupée en deux qui rampe sur ses coudes

    Esprit / FantômeLégende urbaine moderne des années 1990-2000, basée sur les accidents de train

    La « femme sans bas du corps » comme motif d'horreur du Japon d'après-guerre. Alors que la description de base retrace ses origines et sa diffusion, cette analyse approfondie replace Teke Teke dans un contexte culturel plus large : le motif du « fantôme féminin mutilé » dans le Japon de l'après-guerre. Dans l'horreur japonaise d'après-guerre, la figure de la « femme spectre au corps incomplet » est récurrente. Depuis Oiwa (défiguration faciale, « Tokaido Yotsuya Kaidan » de Nanboku Tsuruya, 1825) et Kasane (défiguration faciale et corporelle, « Shinkei Kasanegafuchi » de Encho Sanyutei), jusqu'aux entités d'après-guerre comme la Femme à la bouche fendue (bouche mutilée, apparue à Gifu en 1979), Teke Teke (absence du bas du corps), Kashima-san (absence du bas du corps) ou encore Hachishakusama (taille anormale), on retrouve le motif commun de « la perte de l'intégrité physique de la femme ». Dans cette lignée, Teke Teke est unique par son lien direct avec les « chemins de fer », une infrastructure du Japon de l'après-guerre. Le choix linguistique de l'onomatopée « Teke Teke ». Le nom de la légende, « Teke Teke », imite le bruit qu'elle fait en rampant sur ses bras. Le choix de cette onomatopée repose sur plusieurs facteurs linguistiques : (1) la combinaison des consonnes occlusives « t » et « k » suggère le bruit dur d'une frappe contre un sol en bois ou en béton ; (2) la répétition (teke-teke) instaure l'angoisse d'une « traque lente mais continue » ; (3) la prononciation est facile et ludique, favorisant sa mémorisation et sa répétition par les enfants. Ses autres noms dérivés (« Patapata », « Kotokoto », « Katakata ») ont tous subi des sélections phonologiques similaires, illustrant un modèle ethno-acoustique consistant à « exprimer le son d'un déplacement par une onomatopée dissyllabique ». Généalogie des légendes urbaines liées aux accidents de train. Lors de la période de forte croissance économique d'après-guerre, le réseau ferroviaire japonais a été le théâtre de très nombreux accidents mortels, créant un terreau fertile pour les légendes urbaines. Aux côtés de Teke Teke, plusieurs histoires liées aux passages à niveau et aux voies ferrées ont été recensées dans tout le pays depuis les années 1970 : « une femme se tient derrière vous si vous vous retournez à un passage à niveau », « une silhouette sans bas du corps apparaît au bout du quai », ou « une femme fantôme adresse la parole à ceux qui attendent un train près des voies ». Dans son ouvrage « Folklore des Yokai » (Iwanami Shoten, 1985), le folkloriste Noboru Miyata souligne que les infrastructures urbaines d'après-guerre (chemins de fer, tunnels, complexes résidentiels) remplacent les espaces traditionnels (points d'eau, carrefours, cols montagneux) en tant que nouveaux lieux de genèse de légendes macabres. Parmi ces « légendes d'infrastructures », Teke Teke est sans doute la plus retentissante. La relation croisée avec Kashima-san et le principe de la « réponse ». La méthode de survie face à Teke Teke — qui consiste à « répondre 'Kashima-san' pour être épargné » — s'est largement popularisée comme variante. Ce procédé, identique aux réponses « pommade » ou « bonbon bekkô » pour échapper à la Femme à la bouche fendue, intègre la notion de « bonne réponse » au sein de la légende pour stimuler activement l'imaginaire enfantin. Concernant Kashima-san, les parades sont elles aussi très variées (« répondre 'Kamashi' », « réciter son nom complet 'Kashima Reiko' »), à tel point que les méthodes d'esquive sont devenues un jeu à part entière dans les cours de récréation. On peut y voir une forme de sécularisation, au sein de l'environnement scolaire, des anciennes croyances japonaises liées aux incantations et aux mantras (shingon) héritées de l'époque Heian. L'interprétation du film de 2009. Le réalisateur Koji Shiraishi, avec son film « Teke Teke » (2009), a choisi d'exploiter la théorie de l'origine de Kakogawa (préfecture de Hyogo), dépeignant le monstre comme l'esprit d'une femme (du nom de « Kashima Reiko ») dont le bas du corps a été coupé lors d'un suicide ferroviaire d'après-guerre. Ce film réinterprète les recoupements oraux entre Teke Teke et Kashima-san, les présentant comme « les deux faces d'un même personnage ». Portée par la participation de Yuko Oshima (AKB48), figure de la culture idole de l'époque, la légende de Teke Teke illustre parfaitement la transition réussie d'une tradition orale enfantine d'après-guerre vers le cinéma d'horreur grand public de l'ère Heisei. Reproduction à l'ère d'Internet. Depuis les années 2010, Teke Teke n'a cessé d'être remise au goût du jour, que ce soit à travers des lectures de contes effrayants sur YouTube, des contenus paranormaux sur Niconico ou des courts métrages d'horreur sur TikTok. Dans les années 2020, elle a été adoptée par la génération Z comme « cette histoire effrayante que l'on racontait à l'école quand on était petits ». C'est l'un des rares exemples de traditions orales enfantines des années 80-90 à franchir le cap des générations. Teke Teke prouve, avec la plus grande limpidité, comment une histoire effrayante peut survivre en adaptant ses supports de transmission : « tradition orale → magazines pour enfants → cinéma → Internet ».

  • Tengu de Kasho

    Tengu de Kasho

    Épique

    かしょうざんのてんぐ

    Vénérable Chuhoson, le Grand Tengu du mont Kasho

    Apparition des montagnes et des champsGunma

    Le Tengu de Kasho se distingue nettement du nom commun « tengu » ; il s'agit d'une entité propre au Kashozan Miroku-ji. En son cœur se trouve un grand moine ayant réellement existé, le Vénérable Chūhōson. Cela reflète une forme de « foi en un tengu né de la déification d'un moine », où un saint homme doté de pouvoirs ascétiques surhumains s'établit dans la montagne sous l'apparence d'un tengu (incarnation du bouddha Kasho) après sa mort. Son rang parmi les Trois Grands Tengu du Japon (aux côtés de ceux de Takao et Kurama), la fierté de posséder le plus grand masque de Grand Tengu du pays, et la coutume votive unique consistant à emprunter un masque pour en rendre deux l'année suivante, distinguent ce tengu des autres tengu des montagnes. Ajouté à son prestige historique en tant que lieu de prière pour la famille Tokugawa, le Tengu de Kasho est profondément enraciné dans la région de Numata comme un tengu dispensant des bienfaits terrestres, présidant à la victoire au combat, à la sécurité routière et à l'accomplissement de tous les vœux.

  • Tengu des feuilles

    Tengu des feuilles

    Épique

    KO-no-ha TEN-gou

    Tengu à feuilles (iconographie traditionnelle)

    山野の怪Shizuoka

    Figure issue des essais et contes d'époque Edo. Considéré inférieur au type yamabushi au long nez, il assume des tâches subalternes et prend l'apparence d'un oiseau ou d'un être à visage humain et corps d'oiseau. Des témoignages le décrivent chassant en groupe la nuit sur l'Oigawa à Suruga, d'autres l'associent aux "loups blancs" du monde des tengu comme des vieux loups promus, ou le montrent se changeant en garçonnet pour berner un chasseur à Iwakuni. Ses traits varient selon régions et sources. En général, il ne cause pas de grands ravages aux humains et bêtes, mais intervient par métamorphose et illusion. Les nishiki-e le figurent parfois reposant dans les arbres, signe qu'il n'est pas forcément féroce. Sa nature est liée aux lisières montagnardes, prompt à se retirer à l'approche des humains.

  • Têtes dansantes

    Têtes dansantes

    Épique

    maï-KOU-bi

    Récit standard de la tradition

    霊・亡霊Kanagawa

    Interprétation standard fondée sur l’image d’un esprit vengeur de la mer de Manazuru rapportée dans l’Ehon Hyaku Monogatari. Les têtes coupées de guerriers abattus ne quittent pas leur ressentiment, se mordent entre elles et crachent du feu. Deux origines sont mentionnées: une rixe lors d’une fête menant au duel, ou une exécution pour des fautes de jeu, mais dans les deux cas les têtes dansent de façon autonome, provoquent tourbillons et feux étranges en mer, et se lient aux toponymes locaux. Les peintures montrent souvent trois têtes enlacées dansant, motif repris ensuite dans les kibyōshi et yomihon. Le récit est situé dans les gouffres marins et rivages rocheux de la région, marquant la crainte des trophées de têtes, la malédiction des guerres et des rixes, et l’avertissement des dangers des eaux.

  • Ubume

    Ubume

    Épique

    ou-BOU-meh

    Ubuyé (iconographie traditionnelle)

    霊・亡霊Diverses régions du Japon (surtout Tōhoku, Kantō et Kyūshū)

    Image d’une femme morte en couches dont l’attachement persiste et prend forme la nuit aux carrefours, chemins et bords de rivière. Dans les récits et illustrations de l’époque moderne, son bas du corps est taché de sang, elle porte un nourrisson et demande à quelqu’un de le garder. Certaines versions révèlent que l’on tenait une pierre ou un jizō, d’autres accordent une force prodigieuse ou la fortune en contrepartie, d’autres encore finissent en mésaventure où le bébé mord. Selon les régions, à Fukushima l’« Obo » se détourne si l’on jette des bouts d’étoffe, et à Kyūshū l’« Ugume » révèle sa nature à l’aube. Des lettrés d’Edo la comparèrent à un oiseau nocturne des chroniques chinoises, théorisant que l’esprit d’une morte en couches devient yōkai. Dans des récits d’origines de temples et sanctuaires, le porteur la sauve par le nembutsu ou des invocations, liant la croyance à la protection des enfants et aux accouchements. L’Ubuyé est à la fois objet de crainte et esprit symbolisant l’amour pour l’enfant.

  • Uwan

    Uwan

    Épique

    ou-OU-an

    Apparition du rouleau illustré (fantôme de manoir)

    住居・器物Inconnue (Folklore japonais)

    Reconstitution d’après les rouleaux de yōkai de l’époque d’Edo. Visage humain au style d’ohaguro, main à trois doigts levée, surgissant derrière des palissades ou ruines en criant « ouwan ». Aucune tradition ancienne ne décrit d’atteinte directe aux personnes ; son comportement principal est l’apparition et l’intimidation. En raison de la similarité de certains noms dialectaux et de la récurrence des décors de manoirs, il est parfois interprété comme une entité liée à l’habitat, sans certitude. Les récits tardifs plus romancés (fuite après interpellation, meurtre, etc.) doivent être distingués du noyau descriptif.

  • Wanyūdō

    Wanyūdō

    Épique

    wa-nyou-DOU

    Iconographie traditionnelle, école de Sekien

    住居・器物Kyoto

    Interprétation fondée sur l’iconographie de Toriyama Sekien. La nuit, une roue en flammes rase le sol aux carrefours, avec un visage de nyūdō fixé au moyeu qui fixe les passants. Croiser son regard ou céder à la peur affaiblit le souffle vital et plonge dans la stupeur. L’origine remonte aux légendes de roues à Kyoto et partage sans doute la matière avec la Katakuruma, mais Sekien a retenu un masque de nyūdō, fixant une figure masculine. L’ascendance demeure incertaine, entre onryō, tsukumogami ou feu follet. Les parades recommandées sont de coller à la porte un talisman portant « Ici, le village de Katsumō » ou d’éviter le regard et se cacher. Peu de variantes nomment lieux ou personnes, l’image d’un yōkai simple issue des sources classiques restant centrale.

  • Warei

    Warei

    Épique

    warei

    Le goryo d'Uwajima : Yamaga Seibee Kinyori

    Esprit / FantômeEhime

    Le *Warei* est une entité qui incarne la dynamique de la croyance au *goryo* — où un esprit vengeur se transforme en esprit honorable (*goryo*) puis en divinité tutélaire — dans l'histoire moderne de la ville d'Uwajima. De son vivant, Yamaga Seibee était un grand vassal dévoué à la réforme du domaine. Sa mort tragique (l'Incident de Warei) et la série de coups de foudre et de naufrages qui ont frappé ses assassins ont donné aux gens le sentiment bien réel d'une malédiction. L'esprit, d'abord vénéré par peur, a vu sa nature s'inverser lorsque son innocence a été officiellement reconnue, acquérant la stature divine de « Warei-sama », protecteur de la pêche et de l'industrie. Le troupeau d'*Ushi-oni* qui défile lors du festival de Warei est un dispositif rituel visant à réconforter et apaiser ce *goryo*, illustrant comment les monstres (*ushi-oni*) et les esprits (*warei*) sont inextricablement liés dans les fêtes d'Uwajima.

  • Yamabiko

    Yamabiko

    Épique

    ya-ma-BI-ko

    Iconographie traditionnelle (interprétation kodama/serviteur du dieu des montagnes)

    自然現象・自然霊Nagano

    Yamabiko est la personnification du phénomène d’écho en montagne, compris comme un kodama ou un serviteur du dieu des montagnes. Le fait de renvoyer exactement les mêmes mots à un appel est vu comme une réponse qui marque les frontières du domaine, et les cris inconsidérés étaient proscrits car ils troublent le souffle de la montagne. À l’époque moderne, on le représente parfois comme un petit animal rappelant chien ou singe; les images du Hyakkai Zukan et du Gazu Hyakki Yagyō montrent l’influence du yama-ko (référencé dans le Wakan Sansai Zue) et de Penghou, esprit censé habiter l’intérieur des arbres. Selon les régions, l’écho peut être médié par une voix d’oiseau (yobukodori) ou par un rocher résonant (yamabiko-iwa). Phénomène, esprit et créature s’y superposent de manière caractéristique.

  • Yamanoke

    Yamanoke

    Épique

    Yamanoke

    L'Entité unijambiste et sans tête qui possède les femmes

    山野の怪2007年2ちゃんねる発祥の創作怪談

    La prouesse littéraire de l'Âge d'or du "ShareKowa". Comme mentionné dans la description de base, le Yamanoke est un chef-d'œuvre de l'âge d'or du forum occulte de 2channel. Dans cette analyse approfondie, nous explorons les mécanismes littéraires précis qui rendent cette histoire si percutante. Le fil de discussion 'ShareKowa' (Histoires effrayantes dont on ne peut pas rire) a engendré de nombreuses légendes du web, mais le Yamanoke de Yamano Keita se distingue par une gestion exceptionnelle du rythme narratif. L'histoire glisse naturellement d'un acte banal et légèrement espiègle d'un père (conduire sur un chemin de terre pour faire peur à sa fille) à une rencontre foudroyante avec l'incompréhensible. La frénésie de la fuite, la prise de conscience angoissante du comportement anormal de la fillette et le diagnostic théâtral posé par un prêtre bouddhiste s'entremêlent avec la précision d'une véritable nouvelle fantastique professionnelle, élevant le récit bien au-delà d'un simple post de forum. L'horreur psychologique de la possession. Contrairement aux monstres qui se contentent d'attaquer ou de tuer, la terreur du Yamanoke réside dans la « possession ». Lorsque la fillette est atteinte, elle perd la raison et se met à mimer la litanie glaçante du monstre : « Ten-sou-metsu ». L'horreur frappe à deux niveaux : le danger physique de la rencontre, suivi par la dévastation psychologique de voir l'esprit d'un être cher s'effacer pour être remplacé par quelque chose d'étranger. L'introduction d'un compte à rebours par le prêtre — « si l'exorcisme n'est pas fait dans les 49 jours, elle ne guérira jamais » — insuffle au récit une tension désespérée et haletante, qui reprend les codes classiques de la possession démoniaque tout en les enracinant profondément dans le bouddhisme populaire japonais. La résonance avec la mythologie classique : le Xing Tian. La similitude morphologique entre le Yamanoke et la figure mythologique chinoise du Xing Tian (issue du *Livre des Monts et des Mers*) exerce une fascination inépuisable chez les amateurs de folklore. Le Xing Tian, ce géant sans tête qui a combattu l'Empereur Jaune en utilisant sa poitrine en guise de visage, incarne la volonté inflexible et l'obstination dans la mythologie chinoise. Que Yamano Keita ait consciemment emprunté cette imagerie ou qu'il y ait abouti indépendamment, transplanter cette anatomie ancienne et grotesque sur un esprit moderne des montagnes japonaises crée une image à la fois absurde et profondément troublante. La juxtaposition du corps d'un guerrier mythologique avec le comportement d'un harceleur souriant et marmonnant est une leçon magistrale de conception de personnage (character design). Le génie linguistique du « Ten-sou-metsu ». L'incantation « Ten-sou-metsu » est une trouvaille scénaristique d'une rare brillance. En japonais, les syllabes « ten », « sou » et « metsu » évoquent des idéogrammes (kanjis) liés au ciel (天), au transfert/envoi (送), et à la destruction/l'anéantissement (滅). Cela résonne comme une incantation bouddhiste fragmentée ou une malédiction. Puisque l'auteur n'a jamais fourni d'orthographe ou de traduction canonique, le lecteur est contraint d'imaginer ce que l'entité essaie d'exprimer. Est-ce une menace ? Un compte à rebours ? Une prière morbide ? Cette ambiguïté linguistique oblige l'imagination du lecteur à combler les vides, garantissant ainsi que le monstre reste fondamentalement incompréhensible, et par conséquent, terrifiant. La résurgence de 2025 et la suite du récit. Le monde de l'horreur sur Internet a tremblé à la fin de l'année 2024 lorsque Yamano Keita, l'auteur original, est réapparu sur les réseaux sociaux après près de deux décennies de silence. La publication de la suite, *Zange* (Confession), en mars 2025, a prouvé que la capacité de l'auteur à instaurer une atmosphère d'effroi était restée intacte. Le fait qu'une légende d'Internet née en 2007 puisse bénéficier d'une suite canonique et officielle 18 ans plus tard — et que la communauté ait réagi avec autant de ferveur — démontre que des entités comme le Yamanoke ne sont pas de simples publications éphémères, mais des éléments pérennes du folklore numérique moderne, porteurs d'un véritable héritage culturel.

  • Yamawaro (l’enfant de la montagne)

    Yamawaro (l’enfant de la montagne)

    Épique

    ya-ma-wa-ro

    L’enfant des montagnes de l’ouest du Japon, le yamawaro

    Esprits des montagnes et des forêtsKyūshū (yamawaro ; montagnes de l’ouest du Japon)

    Cette version observe le yamawaro — l’« autre moitié » du kappa — du côté de la vie en montagne. Si le kappa est l’être qui menace les gens au bord de l’eau, le yamawaro est celui qui apparaît sur les chantiers du travail forestier. Il aide les bûcherons et les charbonniers à transporter le bois et reçoit en échange du saké ou des boulettes de riz. Mais cet échange obéit à un code sévère : remettez d’avance les biens promis et il s’enfuit sans travailler ; rompez une promesse et il entre dans une colère furieuse et attire le malheur. Pour ceux qui travaillaient la montagne, le yamawaro était à la fois un compagnon sur lequel compter et un voisin peu sûr, prêt à montrer les crocs au moindre manque d’égards. Les récits sur le yamawaro condensent tout l’étrange de la montagne : le « tengu abatteur », le fracas d’un grand arbre qui tombe alors qu’il n’y a personne ; une voix qui imite à la perfection les chants des hommes et le bruit de la hache ; et l’étrange faiblesse de détester le trait du cordeau de charpentier. Tout cela est la frayeur même qu’éprouve celui qui s’enfonce au cœur des montagnes. Et la légende de la « traversée du kappa » — entrer dans les montagnes à l’équinoxe d’automne, revenir aux rivières à l’équinoxe de printemps — relie le yamawaro et le kappa d’un même fil. Un seul dieu des eaux qui va et vient entre la montagne et la rivière : son visage de montagne, c’est le yamawaro.

  • Yanaré (grondement de la maison)

    Yanaré (grondement de la maison)

    Épique

    ya-NA-ré

    Ienari (représentation traditionnelle)

    住居・器物Japon, diverses régions

    Dans les rouleaux illustrés, il est figuré comme un petit démon secouant poutres et piliers, donnant une forme visible aux grincements et vibrations intangibles de la maison. Dans la tradition, on l’évoque souvent sans cause déterminée comme le « grondement de la maison » elle-même, mais selon les régions il est lié à la malédiction d’un animal, aux fautes des habitants ou à des signes d’esprits demeurant dans le domaine. Les manifestations surviennent surtout au cœur de la nuit, notamment à l’heure du bœuf, et les bruits aux lieux vitaux comme le foyer, le grenier ou les dépôts étaient redoutés comme de funestes présages. On raconte qu’il se calme par la méditation silencieuse, la récitation de sutras, l’inspection et l’offrande sous le plancher, ou la purification des piliers et poutres, mais si le phénomène persiste, déménager serait préférable. La tradition recommande d’éviter les conclusions hâtives, d’examiner d’abord l’histoire de la maison et de rendre les hommages dus aux ancêtres et au dieu domestique.

  • Zan

    Zan

    Épique

    Zan

    Zan, la sirène qui annonce les tsunamis

    Esprit de l'eauOkinawa

    Cette version dépeint la figure de la célèbre sirène Zan, prise dans les filets d'un pêcheur de Nosoko et pleurant à chaudes larmes pour qu'on lui laisse la vie sauve. La légende raconte qu'en remerciement d'avoir été épargnée, elle a prévenu le village de l'imminence d'un tsunami, sauvant ainsi toute la communauté. Sa véritable identité n'est autre que le dugong, un mammifère marin respecté de longue date dans les eaux des Ryūkyū en tant que messager sacré des dieux. Plutôt que de se déchaîner et de semer la calamité, le Zan se dresse entre l'océan et la terre pour prévenir les humains de l'approche du désastre avant qu'il ne frappe. En tant que prophète le plus bienveillant né des mers des Ryūkyū, l'histoire du Zan continue d'être contée jusqu'à nos jours.

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