YOKAI.JP

Encyclopédie des Yōkai

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  • La Femme d’Ikebukuro

    La Femme d’Ikebukuro

    Peu commun

    iké-bou-kou-ro no on-na

    Croyance populaire d’Edo • La femme d’Ikebukuro

    総称・汎称Tokyo

    Tradition de la fin d’Edo selon laquelle, dans une maison employant une femme originaire d’Ikebukuro, surviennent en série des vacarmes et prodiges tels que bruits de jets de pierres, volets endommagés, vol d’objets comme bols et lampes, ou petites flammes pénétrant dans la salle de réception. L’initium est souvent un adultère entre le maître et la servante, et le départ de celle-ci met fin au tumulte. Les lectures varient: contrainte d’appartenance au clan d’un ujigami, lien avec les récits d’Osaki possédant de la région de Chichibu, ou simple machination et malveillance humaines. Plutôt qu’un individu yōkai, c’est un terme générique pour des troubles attachés à l’emploi de femmes d’une origine précise, avec des variantes associées à Ikeshiri, Numabukuro, Meguro, etc.

  • La Femme haute

    La Femme haute

    Épique

    ta-ka-ON-na

    Conforme à l’iconographie traditionnelle

    Yōkai domestiques et objets animésInconnue

    Reconstruction fondée sur l’iconographie de Sekien, conservant l’absence de commentaire des sources. Figure d’une femme maigre dont le corps, des pieds aux hanches, s’allonge comme un serpent, se déployant depuis la ruelle jusqu’aux croisillons du deuxième étage pour jeter un œil. Ses actes relèvent surtout de l’effroi et son hostilité n’est pas fixée. Les noms régionaux restent incertains, et les légendes tardives (maisons de plaisir, satires) sont traitées comme des ajouts. Exploitant le silence nocturne et l’architecture, elle incarne une hantise symbolique qui inquiète les résidents par le regard.

  • La Fille Fileuse

    La Fille Fileuse

    Peu commun

    i-to-hi-ki-mu-su-mé

    Conforme aux traditions

    山野の怪Tokushima

    Synthèse fondée sur les récits d’Horie, province d’Awa. La Fille au rouet apparaît au bord du chemin comme une jeune femme filant, puis, dès qu’on la regarde, se mue instantanément en vieille et éclate d’un rire haut perché. Aucun tort autre que la frayeur n’est rapporté, sans contact ni poursuite. On la raconte surtout du crépuscule à minuit, aux lisières du village, sur les levées ou aux carrefours peu fréquentés. Elle relève des contes de routes, liés aux avertissements « ne te laisse pas séduire par l’apparence, ne t’attarde pas ». Le déclic est l’acte de « s’absorber à la regarder » ou de « s’approcher », la mutation silencieuse nourrissant l’effroi. Le rouet, outil domestique, ancre la scène dans le réel et renforce l’étrangeté de la rencontre. Des parallèles existent ailleurs, mais l’exemple nommé d’Awa est le plus représentatif.

  • La Grande Pipe (Ōgiseru)

    La Grande Pipe (Ōgiseru)

    Peu commun

    ô-ghi-sé-rû

    Grande Pipe à Tabac (tradition d’Awa, Se d’Aoishi)

    Animaux métamorphesTokushima

    Récit de tanuki métamorphe lié au gué d’Aoishi sur la Yoshino, en province d’Awa. À minuit, il tend une pipe géante et exige une grande quantité de tabac haché, motif répandu des « êtres qui réclament du tabac » croisé avec le culte local du tanuki. Faute d’offrande, il provoque malédictions et désastres. On dit qu’il réclame jusqu’à dix sacs de quarante monme, quantité impraticable, ce qui servait d’avertissement à éviter les haltes nocturnes au gué. Une fois la pipe bien remplie, il s’éloigne sans dommage, révélant une vision folklorique des frontières de l’échange et de la promesse. Sa forme n’est guère décrite, souvent seule une main géante et la pipe sont perçues. Les bateaux sont menacés par bruits et remous, parfois jusqu’au naufrage, mettant en récit la crainte de l’eau nocturne et l’imprudence à bord. Il admoneste la curiosité excessive et la négligence, transmettant la dangerosité du lieu.

  • La Main du kosode

    La Main du kosode

    Rare

    ko-so-dé no té

    Tradition iconographique, conforme au Toriyama Sekien

    Yōkai domestiques et objets animésÉpoque d’Edo

    Interprétation fidèle aux images et légendes de Toriyama Sekien. Seule une main féminine blanche surgit de l’ouverture de la manche, tandis que le vêtement, privé de son maître, occupe la scène. Le kosode, tenue quotidienne raffinée d’alors, voit son destin diverger entre souvenir, dépôt au temple ou vente; l’entrave spirituelle se cristallise en attachement logé dans l’étoffe. La condition des courtisanes, l’ironie de l’argent de rachat, et l’esthétique du costume se mêlent à l’impermanence, faisant de l’apparition une métaphore à voir plutôt qu’un monstre tangible. Dans les récits populaires, après l’achat d’un habit d’occasion surviennent maladie ou visites nocturnes d’une main blanche, puis l’apaisement par offrande au temple et sutras. À la croisée des objets animés et des revenants, une lecture en tsukumogami est possible, mais l’accent demeure sur la passion de la propriétaire du vêtement.

  • La Pierre qui pleure la nuit

    La Pierre qui pleure la nuit

    Peu commun

    yo-na-ki-ICH (approx.), yo-na-ki-i-shi

    Tradition de Sayononakayama

    Yōkai des montagnes et des terres sauvagesShizuoka

    Type emblématique transmis à Sayononakayama sur la route du Tōkaidō. L’esprit d’une femme enceinte brutalement tuée lors d’un voyage hante une pierre et pleure chaque nuit en pensant à son enfant. Les gens accomplissent des rites funéraires et, peu à peu, l’âme se calme. Sur le plan folklorique, l’histoire s’unit aux pratiques de commémoration au bord des routes, au culte d’oyako et à l’érection de stèles, illustrant l’ancienne idée d’esprits résidant dans la pierre.

  • La Vieille de l’amazake

    La Vieille de l’amazake

    Épique

    a-ma-za-ké-ba-ba

    Conforme aux traditions

    人妖・半人半妖Nagano

    Amazake-babaa est contée comme une visiteuse annonciatrice d’épidémies. À minuit, elle frappe à la porte et demande s’il y a de l’amazake, geste même qui sert d’épreuve taboue, toute réponse étant comprise comme vecteur de malheur. Les habitants suspendaient des symboles prophylactiques tels que rameaux de cèdre, nandina et piments au seuil, et évitaient de répondre. Dans divers quartiers d’Edo, on se rendait prier des effigies de vieille femme censées apaiser la toux, mêlant vœux et croyances populaires. Le récit se superpose aux souvenirs des varioleuses, certains y voyant une métamorphose du dieu de la variole, tandis que d’autres y intègrent l’image d’une colporteuse nocturne, créant des variations locales. L’iconographie du yōkai transmet la structure du tabou « répondre rend malade » et les rites de seuil, positionnant l’histoire comme présage de maladie.

  • La Vieille emprunteuse de van (Mikari-baba)

    La Vieille emprunteuse de van (Mikari-baba)

    Peu commun

    mi-KA-ri BA-ba

    Version conforme aux traditions

    山野の怪Kanagawa

    Une version ordonnée de l’image conforme à la tradition de la « Mikari-bā » (la vieille emprunteuse de van). Elle apparaît les jours de « Ji-Hachi » comme une vieille femme monoculaire, incitant les maisons à s’abstenir de travaux et de sorties. L’acte d’« emprunter » un van ou des yeux s’associe à l’aversion pour les objets à mailles serrées ou les symboles aux multiples yeux, d’où des contre-mesures comme placer des paniers et des vans à l’entrée, ou dresser un panier à yeux au bout d’une perche sur la faîtière. À Kōhoku (Yokohama), sa cupidité est soulignée jusqu’à réclamer les épis tombés, et l’image de feu tenu en bouche sert d’avertissement contre les incendies. Les coutumes de jeûne rituel et de retraite domestique dites « Mikari (mi-kawari) » dans le sud de Chiba réinterprètent ces normes de pré-fête en récit de yōkai. Malgré des variations locales, ces récits partagent un cadre prescrivant sécurité domestique, prévention des incendies et abstention de labeur aux seuils saisonniers de l’hiver au printemps. Cette version écarte tout élément fictionnel et ne retient que les points attestés par des observations et archives folkloriques du Kantō.

  • La Vieille Éteignoir

    La Vieille Éteignoir

    Rare

    hi-ke-she-BA-ba

    Conforme aux images d’Ishiyen (Toriyama Sekien)

    Yōkai humains et êtres hybridesEdo (Japon)

    Prenant pour base la vieille femme figurée par Toriyama Sekien, cette version réinterprète l’être comme portant l’ombre de l’usage du feu à l’époque d’Edo et la crainte de la nuit. Le feu, vu comme purificateur solaire, pouvait aussi causer de grands désastres, d’où une gestion stricte des lampes. La « vieille qui éteint le feu » personnifie cette tension quotidienne en lui donnant une « main invisible ». Quand une flamme s’éteint soudain lors d’un banquet ou dans une chambre d’auberge, on conte l’intervention du yōkai plutôt que la négligence ou la malchance, en symbole d’apaisement du feu. Les appellations varient (« souffler et éteindre »), toutes centrées sur l’acte de souffler. Sans culte propre ni légende locale fixe, la tradition orale relève surtout de compilations, et l’entité est classée comme une variante des « esprits de la lampe » ou « fantômes de la salle ».

  • La Vieille à la poudre blanche

    La Vieille à la poudre blanche

    Épique

    o-shi-ROI ba-BA

    La Vieille à la poudre blanche des nuits de neige

    Yōkai humains et êtres hybridesNara

    Elle apparaît les nuits de neige, visage blanchi comme au fard, chapeau de paille déchiré et gourde à saké à la main, se tenant au seuil. Elle demande du saké ou de l’amazake, remercie et s’éloigne si on lui en offre un peu, mais si on la repousse, elle harcèle les occupants en frappant à la porte et en les appelant. Figure mêlant divinité saisonnière de visite hivernale et récit de l’étrange, elle symbolise les règles du partage et de l’accueil.

  • La vieille du kokuri (Kokuribaba)

    La vieille du kokuri (Kokuribaba)

    Rare

    ko-kou-ri ba-BA

    Conforme aux images de Sekien

    Yōkai domestiques et objets animésFolklore japonais

    Interprétation fondée sur l’image et le commentaire du Konjaku Hyakki Shūi de Toriyama Sekien. Considéré comme la transformation de la bonzesse veuve d’un abbé de sept générations, tapie dans la cuisine-monastère, elle vole offrandes et argent, profane les tombes pour tresser des cheveux en vêtement, et dévore la chair des cadavres. L’illustration place une vieille filant le fil avec un chat, lisible comme une satire des entorses et corruptions au sein des temples. Le nom « kokuri » pourrait jouer sur un terme désignant l’effroyable. Sans aire régionale précise, c’est un yōkai d’iconographie surtout connu par les éditions et les livres illustrés, fonctionnant moins comme récit d’observation que comme satire et admonestation envers la société monastique.

  • Lampe-poisson rouge

    Lampe-poisson rouge

    Commun

    kin-GYO-to

    Version moderne

    住居・器物Fêtes d’été, pêche aux poissons rouges, culture des lanternes

    La Lanterne-rouge Poisson Rouge est un yōkai né, dit-on, du rêve d'un poisson rouge enfermé dans une lanterne de fête estivale. La nuit, elle flotte doucement dans les airs et disperse la lumière avec sa queue écarlate. Elle apparaît devant les enfants perdus et éclaire tendrement leur chemin, mais si l'on se laisse trop fasciner par elle, on peut être mené loin de l'agitation du festival. Petite et adorable en apparence, on dit que lorsque sa lumière s'éteint soudain, elle annonce la fin de l'été.

  • Langue-Rouge

    Langue-Rouge

    Épique

    a-ka-SHA-ta

    Tradition iconographique • Akajita (école de Sekien)

    Noms génériques et figures collectivesJapon, diverses régions (source non précisée)

    Akajita est un cas rare où l’iconographie précède les sources écrites : le noyau visuel est une immense langue surgissant d’un nuage noir et un visage bestial. Toriyama Sekien l’a placée au-dessus d’une écluse, et des chercheurs ultérieurs ont proposé une lecture symbolique fondée sur les idées d’impureté comme « limaille » ou « crasse » et sur des proverbes faisant de la bouche et de la langue une porte du malheur, mais Sekien n’a laissé aucune note. Dans d’autres sources d’époque, l’écluse est souvent absente et le nom oscille entre « Akajita » et « Akakuchi ». Les liens avec le nom protecteur de l’orientation de Taizai en onmyōdō « dieu Akajita » ou avec le « jour Akakuchi » des Rokuyō restent au stade d’hypothèse, sans filiation directe assurée. Depuis l’ère Shōwa, des explications fabulistes et récits locaux se sont diffusés, mais il convient d’éviter toute assertion dépassant les données de base.

  • Laveur de haricots rouges

    Laveur de haricots rouges

    Épique

    a-ZOU-ki a-RA-ï

    Lavezur d’azukis de la rivière de vallée

    Fantômes et EspritsTokyoIbaraki

    Figure d’Azuki-arai fondée sur l’image traditionnelle qui lave des azukis à minuit en se confondant avec le bruit de l’eau des ravines et des conduites. Il attire par le son et éprouve la curiosité de ceux qui guettent. Doué pour le calcul, il juge aussitôt la contenance d’un récipient et la quantité de grains, selon des sources d’époque moderne. Il ne cause guère de tort, mais rappelle les interdits des rives et veille à ce qu’on les respecte.

  • Le Blaireau au sac (Fukuro-mujina)

    Le Blaireau au sac (Fukuro-mujina)

    Rare

    foo-KRO-mou-JI-na

    Version à annotations iconographiques (selon Sekien)

    Tsukumogami et créatures d’objetsÉpoque d’Edo

    Version fondée sur l’iconographie et les brèves notes de Toriyama Sekien dans Hyakki Tsurezure Bukuro. L’apparence montre une femme-mujina portant un sac de veille sur l’épaule, mais en changeant de point de vue, c’est le sac lui‑même qui est le yōkai, et la porteuse peut n’être qu’une mise en scène métaphorique. Son comportement pousse les humains à des jugements précipités, exposant la vacuité des suppositions. Peu nuisible en réalité, il fait trébucher ceux qui « fouillent le sac » par pur à‑peu‑près, les couvrant de honte. À la manière des yōkai d’emaki, aucune époque ni région fixes, l’art de la ressemblance et de la facétie prime.

  • Le Bébé huileux

    Le Bébé huileux

    Rare

    a-bu-ra A-ka-go

    Conforme à l’Iconographie de Sekien

    Yōkai domestiques et objets animésShiga

    Cette version s’appuie sur l’iconographie de Sekien et les essais de l’époque d’Edo cités en notes, pour interpréter au minimum la figure d’un nourrisson comme personnification d’un feu étrange. Le noyau est le « feu voleur d’huile », et la forme enfantine relève d’un signe plastique de Sekien. L’huile d’andons était vitale et l’huile d’offrande des temples hautement respectée. Voler l’huile touchait au tabou religieux et moral, d’où le récit d’un feu égaré après la mort. Des ouvrages postérieurs réécrivent l’histoire en feu-follet entrant dans la maison, devenant bébé et léchant l’huile, mais les attestations orales locales sont rares et aucun type largement partagé n’est assuré. Cette version propose donc un schéma en trois temps — apparition du feu (carrefours ou enclos de temples), manifestation du bébé (léchant l’huile devant l’andon), retour au feu et départ — tout en évitant les détails sans source et en mettant en avant la symbolique: avertir contre la profanation de l’huile offerte.

  • Le Cacheur Manges-Lune

    Le Cacheur Manges-Lune

    Commun

    tsou-ki-goui-gak-chi (tsuki-gui-gak-shi)

    Version contemporaine

    人妖・半人半妖Gratte-ciel urbains et belvédères de banlieue

    Attiré par les clignotements urbains et les acclamations simultanées des réseaux sociaux, il s’allonge en ombre lorsque tous pourchassent le même instant avec le même cadrage. Il pince la ligne entre plein et vide comme un fin marque-page et arrondit la lune vue à travers l’objectif. Dans les rêves, il infiltre le crépuscule par l’interstice des rideaux occultants, implantant la sensation de salles de réunion ou de classe soudain plongées dans la pénombre. Ceux qu’il capture sont rongés par l’angoisse de « ne pas avoir réussi à prendre » même après un phénomène astronomique, et cherchent au contraire une lacune lors des nuits de pleine lune. Rarement, à ceux qui observent avec soin et honorent séparément l’enregistrement et le ressenti, il rend la photo avec un léger bord d’ombre préservé.

  • Le Chat au trépied (Gotoku-neko)

    Le Chat au trépied (Gotoku-neko)

    Rare

    go-TO-ku né-ko

    Tradition iconographique, selon Sekien

    Animaux métamorphesFolklore japonais

    Cette version recompose l’image du Chat aux trois pieds de gril (Gotoku-neko) d’après les dessins originaux de Toriyama Sekien et des modèles antérieurs. Un vieux chat à queue bifide porte un trépied métallique (gotoku) comme une couronne et se tient au bord de l’âtre. Dans Le Sac oisif des cent ustensiles, Sekien joue de la frontière entre yōkai-ustensiles et yōkai-animaux, cite le « Porteur de trépied » du Tsurezuregusa en note et propose une lecture fondée sur un jeu de mots. Ainsi, le Gotoku-neko n’est pas un simple bakemono félin, mais une figure symbolique reliant l’outil domestique et l’autorité littéraire. Le yōkai portant un trépied visible dans les Rouleaux de la Parade nocturne des démons de l’époque Muromachi appartient aux cortèges coiffés d’ustensiles ; Sekien en hérite la lignée tout en lui donnant une physionomie de chat. L’image diffusée après l’ère Shōwa d’un être « allumant le feu de lui-même » dérive d’une interprétation tardive du bambou à souffler figuré, sans que les actes précis soient attestés dans les sources anciennes. En conséquence, cette version l’envisage avec retenue comme une apparition près de l’âtre, perçue avec une présence de feu.

  • Le Chat-Sanglier au Manchon d’égout

    Le Chat-Sanglier au Manchon d’égout

    Commun

    man-hôru-sé-o-i né-ko-i-no-shi-shi

    Édition Patrouille de Minuit

    住居・器物Réseau d’égouts des villes littorales

    Aux alentours d’une heure du matin, de petits sabots piquetent l’asphalte et un cliquetis sourd résonne sur les bouches d’égout. Ils avancent en file de deux à cinq, le premier fend l’air du museau pour lire le flux d’humidité. Le second incline le couvercle sur son dos et renvoie la lueur des lampadaires pour signaler. Les nuits après la pluie, on les voit ratisser feuilles mortes et tickets vers les caniveaux avec le nez et les pattes, tels des employés qui ferment boutique. Un livreur raconte que, juste avant un tunnel, sa lampe s’est éteinte et deux grands yeux se sont alignés devant lui, n’éclairant que ses pieds d’une lueur douce. Ces yeux, semblables à du cristal, seraient en fait des organes qui captent les reflets de la ville et s’assombrissent automatiquement au feu rouge. À l’aube naissante, le groupe regagne l’arrière des fontaines de parc ou un coin de parking souterrain, cale le couvercle contre un mur et fait sa toilette. Les parents apprennent aux petits à plier un reçu en triangle, et d’un petit coup de tête léger réprimandent en cas d’échec. Parfois, leur espièglerie les pousse à faire tourner trop fort un couvercle, au point d’étourdir les chats du voisinage. Ils nuisent rarement aux humains, au contraire, ils remettent les plaques décalées en place et débouchent les drains, aidant la ville à respirer. Quand on tente une photo, la réflexion du couvercle fait souvent rater la mise au point. On dit qu’ils ne se laissent bien saisir qu’en posant une canette de café sur le bord du caniveau.

  • Le Démon des phares (Shatōki)

    Le Démon des phares (Shatōki)

    Commun

    sha-TOH-ki

    Version moderne

    住居・器物Grandes artères urbaines, autoroutes nocturnes

    Le Kuratōki se tapit derrière le verre des phares et manipule des lueurs aveuglantes pour égarer les gens. Il apparaît surtout quand un conducteur panique ou lutte contre le sommeil, et son ombre peut se refléter dans les traînées lumineuses. Mais il n’est pas que malveillant: il montre parfois une ombre fugace pour alerter du danger et réveiller le conducteur, réunissant à la fois un « gardien logé dans la lumière » et un farceur qui trouble la vue.

  • Le Démon-Phare (Tōdaiki)

    Le Démon-Phare (Tōdaiki)

    Rare

    toh-DAI-ki

    Version iconographique de tradition setuwa, selon Sekien

    Fantômes et espritsInconnue (dans les récits, la Chine des Tang)

    Version fondée sur l’interprétation des images de Toriyama Sekien (notamment dans le Konjaku Hyakki Shūi). Figure humaine vêtue à la chinoise, portant une bougie fixée sur un plateau au-dessus de la tête. On dit que sa voix a été détruite par des drogues et que son corps est tatoué; à la place des mots, elle trace des poèmes avec des larmes ou le sang du bout des doigts. Sa nature n’est pas un yōkai à proprement parler, mais l’ultime état d’un humain asservi en terre étrangère, d’où une tonalité narrative axée sur l’éthique et la souffrance malgré son inclusion dans les bestiaires. Les détails iconographiques varient selon les sources, mais l’allure d’une silhouette immobile tenant la lumière dans la nuit demeure constante. Le salut ou la fin diffèrent selon les versions, sans précisions arrêtées.

  • Le Gamin des Objets Oubliés

    Le Gamin des Objets Oubliés

    Commun

    wa-su-re-mo-no ko-ZO-u

    Kobold des objets oubliés (version moderne)

    人妖・半人半妖Écoles et vie quotidienne des gens

    Le Kobold des objets oubliés ramasse crayons, gommes et bricoles tombés d’un cartable ou d’une poche et en fait ses trésors. Il ricane en voyant les gens chercher partout, puis disparaît satisfait. Il n’est pas totalement malveillant : si le propriétaire est vraiment en détresse au bord des larmes, il remet discrètement l’objet sur le bureau. On chuchote son existence depuis l’époque des terakoya, avertissant les enfants que « le petit moine emportera ce que tu oublies ».

  • Le Gardien du hochet de moines (Hōssumori)

    Le Gardien du hochet de moines (Hōssumori)

    Rare

    HOSS-seu-mori (ほっすもり)

    Conforme aux images de Sekien

    Tsukumogami et créatures d’objetsÉpoque d’Edo, d’après des rouleaux peints

    Fondée sur la représentation du tsukumogami du hossu dans le Hyakki Tsurezure Bukuro de Toriyama Sekien. Sous un dais, il adopte la posture de lotus, joignant la pureté de l’instrument rituel et le calme de l’esprit né de l’usage prolongé. Fortement teinté de symbolisme zen, il suggère le kōan du « bouddha-nature du chiot », idée que la buddha-nature se manifeste au-delà de l’animé et de l’inanimé. En Chine, le hossu est dit chasser les influences démoniaques, ce qui nourrit l’image d’un esprit d’outil sans entrave à l’Éveil. Bien qu’étant un yōkai-objet, il n’est pas conté pour des frasques comme d’autres Hyakki, mais figure assis, observant sa propre nature. Sa mémoire iconographique le situe surtout là où s’assemblent les instruments rituels — halls, cellules monastiques, dépôts — et les traditions locales concrètes sont limitées.

  • Le Jeune Garçon à la Gourde

    Le Jeune Garçon à la Gourde

    Rare

    hyô-TAN ko-ZO

    Interprétation tsukumogami conforme aux iconographies

    Objets Animés et Morts-VivantsInconnue

    Interprétation fondée sur le Hyakki Tsurezure Bukuro d’Itō Seiyō et les iconographies affiliées au cortège nocturne. La gourde servait de récipient pour l’eau ou le saké, ou de percussion rituelle, et selon la vision des tsukumogami acquiert une spiritualité après un long usage. Le « gourde-kobold » porte un corps humain à tête de gourde et surgit soudain d’un chemin nocturne ou d’un fourré pour seulement faire sursauter les passants. Son caractère, son nom propre et tout préjudice avéré ne sont pas fixés par les sources, et, aux côtés d’ustensiles comme le « moine-pilon », il est compris comme une allégorie d’objets anciens dotés de vie. Les traditions orales locales sont rares, les sources principales étant des peintures et des commentaires postérieurs.

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