Encyclopédie des Yōkai

Grande encyclopédie des yōkai japonais

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動物変化
  • Kincho

    Kincho

    Épique

    Kincho

    Kincho, héros de la guerre des Tanuki d'Awa

    MétamorpheTokushima

    Voici Kincho, la divinité gardienne de Yamatoya et le commandant tanuki de Hikaino. À l'origine, un tanuki d'une grande loyauté dont la vie a été sauvée, il s'efforça d'apporter la prospérité à la teinturerie en retour. Plus tard, il alla s'entraîner auprès de Rokuemon, le commandant suprême des tanuki de Shikoku, mais bien que ses talents extraordinaires fussent reconnus, il s'attira les foudres de Rokuemon en refusant une proposition de mariage. Après le meurtre de son ami, Kincho mena l'armée de tanuki de Hikaino dans l'épique "guerre des Tanuki d'Awa" de trois jours contre Rokuemon. Bien qu'il ait finalement vaincu son ennemi juré dans un duel singulier, il succomba lui aussi à ses blessures. Vénéré dans la mort sous le nom de Kincho Myojin, son nom perdure aujourd'hui en tant que dieu de la prospérité commerciale et de la victoire.

  • Kūko (renard céleste inférieur)

    Kūko (renard céleste inférieur)

    Peu commun

    kou-ko

    Le Kūko — renard de haut rang juste sous le Tenko

    Animaux métamorphesPartout au Japon (renard de haut rang, juste sous le Tenko)

    Cette version examine d’un peu plus près quelle sorte d’être est le Kūko. Dans la hiérarchie des renards de l’époque d’Edo, seul le plus bas, le Yako, était censé posséder un corps de chair visible ; à partir du Kiko, les renards devenaient des êtres spirituels sans forme. Comme le Kūko se situe juste sous le Tenko, son apparence de bête ordinaire n’a presque plus de sens : il se manifeste plutôt comme une présence ou une influence. Par sa nature même, il diffère du Yako, qui se dresse sous les yeux des gens pour les tromper. Un renard de haut rang est plus proche de celui qui protège et guide que de celui qui nuit. Rejoignant la lignée des renards blancs tenus pour messagers d’Inari, le Kūko et le Tenko étaient vénérés, dans le monde de la croyance, comme de sages renards au service des dieux. Si le Kūko provoque si rarement le moindre incident concret, ce n’est pas par faiblesse, mais parce qu’il a depuis longtemps dépassé le stade où l’on importune les hommes par vanité. Il n’en demeure pas moins que, détenteur d’un immense pouvoir spirituel, on le croyait capable d’attirer le malheur sur qui le méprisait. Doux envers ceux qui le révèrent, ne montrant un éclat de sa puissance que devant les orgueilleux, le Kūko a toujours été décrit comme un renard mûr qui sait exactement la distance à garder avec les humains.

  • La Bouilloire de Morinji

    La Bouilloire de Morinji

    Peu commun

    mo-RIN-ji no KA-ma

    D’après la légende de Shukaku du Morinji

    動物変化Gunma

    Une image fondée sur l’histoire de Shukaku transmise au temple Morinji en Jōshū. La théière dont l’eau ne s’épuise jamais symbolise l’aumône et la joie du Dharma, et l’acte de partager le thé avec moines et visiteurs est compris comme une diffusion de la vertu. Shukaku est un tanuki longévif, mêlé au monde humain et lié au bouddhisme. Lorsque son identité est dévoilée, il quitte le temple, mais au moment de l’adieu il use d’illusions pour montrer des scènes d’anciennes batailles et de rites bouddhiques, exhortant les gens à l’impermanence et aux vertus de la Loi. Plus tard, ce récit a été réorganisé en deux lignées: celle du conte populaire de la «Théière qui partage le bonheur», devenue un numéro de curiosités, et celle qui demeure dans l’enceinte de la chronique du temple. Dans la région, on le raconte en lien avec la théière-trésor du temple; malgré l’influence du culte du tanuki, des récits oraux et des essais, l’essentiel se résume à deux points: «l’eau inépuisable» et «le tanuki sage qui s’en va».

  • La Grande Pipe (Ōgiseru)

    La Grande Pipe (Ōgiseru)

    Peu commun

    ô-ghi-sé-rû

    Grande Pipe à Tabac (tradition d’Awa, Se d’Aoishi)

    動物変化Tokushima

    Récit de tanuki métamorphe lié au gué d’Aoishi sur la Yoshino, en province d’Awa. À minuit, il tend une pipe géante et exige une grande quantité de tabac haché, motif répandu des « êtres qui réclament du tabac » croisé avec le culte local du tanuki. Faute d’offrande, il provoque malédictions et désastres. On dit qu’il réclame jusqu’à dix sacs de quarante monme, quantité impraticable, ce qui servait d’avertissement à éviter les haltes nocturnes au gué. Une fois la pipe bien remplie, il s’éloigne sans dommage, révélant une vision folklorique des frontières de l’échange et de la promesse. Sa forme n’est guère décrite, souvent seule une main géante et la pipe sont perçues. Les bateaux sont menacés par bruits et remous, parfois jusqu’au naufrage, mettant en récit la crainte de l’eau nocturne et l’imprudence à bord. Il admoneste la curiosité excessive et la négligence, transmettant la dangerosité du lieu.

  • Le Chat au trépied (Gotoku-neko)

    Le Chat au trépied (Gotoku-neko)

    Rare

    go-TO-ku né-ko

    Tradition iconographique, selon Sekien

    動物変化Folklore japonais

    Cette version recompose l’image du Chat aux trois pieds de gril (Gotoku-neko) d’après les dessins originaux de Toriyama Sekien et des modèles antérieurs. Un vieux chat à queue bifide porte un trépied métallique (gotoku) comme une couronne et se tient au bord de l’âtre. Dans Le Sac oisif des cent ustensiles, Sekien joue de la frontière entre yōkai-ustensiles et yōkai-animaux, cite le « Porteur de trépied » du Tsurezuregusa en note et propose une lecture fondée sur un jeu de mots. Ainsi, le Gotoku-neko n’est pas un simple bakemono félin, mais une figure symbolique reliant l’outil domestique et l’autorité littéraire. Le yōkai portant un trépied visible dans les Rouleaux de la Parade nocturne des démons de l’époque Muromachi appartient aux cortèges coiffés d’ustensiles ; Sekien en hérite la lignée tout en lui donnant une physionomie de chat. L’image diffusée après l’ère Shōwa d’un être « allumant le feu de lui-même » dérive d’une interprétation tardive du bambou à souffler figuré, sans que les actes précis soient attestés dans les sources anciennes. En conséquence, cette version l’envisage avec retenue comme une apparition près de l’âtre, perçue avec une présence de feu.

  • Le Lapin de la Lune

    Le Lapin de la Lune

    Épique

    tsou-KI no ou-SA-gui

    Iconographie traditionnelle · Lièvre lunaire pilant le mochi

    Métamorphes AnimauxJapon, régions diverses (après l’introduction du bouddhisme)

    Représentation du lièvre lunaire selon l’iconographie japonaise. Présent dans le disque lunaire depuis l’époque d’Asuka, il est associé au corbeau solaire dans la peinture bouddhique médiévale et reçu comme porteur des phénomènes célestes. À l’époque d’Edo, l’image du lièvre utilisant un mortier et un pilon d’origine chinoise se diffuse par livres et estampes, et au XVIIIe siècle le mortier adopte une forme étranglée proprement japonaise. Le lièvre est alors compris non plus comme préparant l’élixir d’immortalité mais comme pilant le mochi, se liant aux fêtes de l’observation de la pleine lune par jeu de mots. Dans les récits, le cœur est une légende où un lièvre incarnant l’abnégation est élevé vers la lune par Taishakuten, les ombres et volutes lunaires étant interprétées comme ses traces. Dans le folklore, l’habitude de lever les yeux vers la lune pour y chercher la silhouette du lièvre et les récits contés lors des veillées de lune se perpétuent, en recoupement avec d’autres êtres célestes et le culte de la divinité lunaire.

  • Le Loup-aux-Mille (Senbiki-ōkami)

    Le Loup-aux-Mille (Senbiki-ōkami)

    Épique

    sen-BI-ki ô-ka-mi

    Senbiki-ōkami (version traditionnelle)

    動物変化Japon (diverses régions : Shikoku, Izumo, Echigo, etc.)

    L’image traditionnelle du Senbiki-ōkami met en avant non pas le loup isolé mais l’effroi d’une meute agissant sous commandement. Le récit commence sur un col de nuit, où un rescapé grimpe à un arbre. La meute gagne en hauteur par bonds et entraide, et si elle n’atteint pas sa proie, elle appelle un chef ou des êtres extérieurs (vieille chatte, ogresse, épouse de forgeron). Ces figures sont liées à des intrus domestiques déguisés en familiers, et l’ancrage dans le réel apparaît au matin par des traces, du sang, un ustensile manquant, des blessures, ou une stèle votive. Les comportements des loups sont amplifiés mais restent interprétés à l’aune de leur vie nocturne et de la chasse en groupe, avec des tournants rituels marqués par des prières, une lame, ou l’aube. Selon les régions, le chef devient grand loup blanc, vieille chatte, ogresse, et les noms varient (femme de forgeron, vieille de Koike, vieille Yasaburō), mais la fuite vers l’arbre et l’« appel » demeurent. Folkloriquement, c’est un récit de désastre tapi aux frontières (cols, avant l’aube) et d’êtres anormaux au foyer, parfois assorti de stèles commémoratives ou de toponymes.

  • Le Moineau de la Cour intérieure

    Le Moineau de la Cour intérieure

    Peu commun

    nyû-NAÏ-suzumé

    Moineau de la Cour (récit traditionnel)

    動物変化Kyoto

    Le « moineau de la Cour » est souvent cité comme un exemple où la rancœur d’un individu prend la forme d’un petit oiseau qui va et vient dans le palais. Son atteinte aux repas rituels du Pavillon Seiryō symbolise l’intrusion en espace interdit et l’impureté alimentaire, redoutées comme perturbant l’ordre cérémoniel. Le sort de Sanekata exilé à Mutsu et son regret de la capitale furent perçus comme devenus prodiges malveillants, servant d’explication aux calamités et aux dommages. Le rêve oraculaire au Collège de la Doctrine et l’érection du tumulus du moineau illustrent la pacification des esprits par des rites bouddhiques depuis le Moyen Âge. L’arrivée et les vols massifs de moineaux, ainsi que les dommages saisonniers aux cultures, forment l’arrière-plan, lié à l’idée des petits oiseaux comme supports d’âmes. Les récits figurent dans diverses sources avec des variantes de détails et de dates, et beaucoup d’aspects demeurent incertains.

  • Le Porc à l’oreille coupée

    Le Porc à l’oreille coupée

    Peu commun

    ka-ta-KI-ra-oua

    Édition de consolidation des traditions

    Métamorphes AnimauxKagoshima

    Version synthétisée du yōkai-porc à une oreille manquante des récits d’Amami, rapprochée des traditions du porc sans oreilles et du porc borgne. Le noyau commun est l’« extraction d’âme » par passage entre les jambes : il bondit pour approcher et se faufile par derrière. Conté comme un esprit local apparaissant en des lieux précis, il se distingue par une puanteur âcre de type animal et par l’absence d’ombre. On dit qu’il surgit devant les femmes seules ou allant par deux. Savoir pratique pour l’éviter : se tenir ou marcher les jambes croisées, ce qui empêche le passage entre les jambes. La capture est difficile, sa vitesse et ses bonds lui permettant d’échapper à la poursuite.

  • Le Tanuki aux moustiquaires suspendues

    Le Tanuki aux moustiquaires suspendues

    Peu commun

    ka-ya-TSU-ri DA-nou-ki

    Tanuki à moustiquaire suspendue (conte traditionnel)

    動物変化Tokushima

    Type d’illusion emblématique des tanuki d’Awa. Il fait apparaître, en plein air, du mobilier intérieur incongru et pousse la cible à « soulever » ou « relever » à répétition, jusqu’à lui ôter le sens de l’orientation et du temps. Le nombre trente-six est parfois relié aux pratiques ascétiques et à la numérologie, mais les récits locaux donnent peu d’explications et recommandent surtout une riposte pragmatique : ne pas paniquer et engager la force dans le ventre. Il ne blesse pas et, à l’aube, le charme se défait et le chemin se rouvre comme si de rien n’était.

  • Loutre yōkai (Kawauso)

    Loutre yōkai (Kawauso)

    Épique

    ka-wa-ou-so

    Loutre métamorphe conforme aux récits traditionnels

    動物変化KochiTokushima

    Figure fondée sur les « loutres qui se transforment » des archives et traditions orales. Elle imite la parole humaine mais avec des inflexions et des finales étranges, et répond de façon incohérente lorsqu’on la met au pied du mur. Ses métamorphoses sont variées—belle femme, enfant, moine—pour détourner l’attention, éteindre les lanternes, inviter au sumo, ou faire prendre des pierres et des racines pour des personnes. Parfois mêlée aux récits de kappa, elle est puissante dans l’eau et incite l’adversaire à lever le regard pour prendre l’avantage. Dans le cadre des esprits possessifs, elle est crainte pour saper la vitalité et plonger les gens dans l’atonie. Des actes brutaux sont rapportés, mais le plus souvent il s’agit d’effroi et de farces.

  • Moine-omble (Iwana-bōzu)

    Moine-omble (Iwana-bōzu)

    Peu commun

    i-wa-na BOU-zou

    Iwanabōzu (conforme aux traditions)

    動物変化Gifu

    Conforme aux récits de l’époque d’Edo et aux contes locaux décrivant l’Iwanabōzu. Une vieille truite de montagne prend l’apparence d’un moine et aborde les pêcheurs. Elle invoque souvent la juridiction d’un temple ou sa qualité de maître du gouffre pour appeler à la modération, puis s’éloigne si on lui offre l’aumône. Plus tard, on la pêche sous forme de grande truite, et l’on découvre du riz ou des gâteaux de riz donnés en offrande dans son ventre, révélant sa nature. Ce motif renvoie au respect envers les maîtres des gouffres et des rivières, et à des idées proches des divinités aquatiques comme l’anguille. Selon les régions, coexistent un type inoffensif et moral, un type d’avertissement porteur de poison mortel, et un type salvateur qui se sacrifie pour empêcher la rupture d’une digue, tous symbolisant une norme populaire qui fixe la frontière entre les eaux et les métiers.

  • Moineau de nuit

    Moineau de nuit

    Peu commun

    yo-SUZ-mé (yosuzumé)

    Suzume de nuit (version intégrée Tosa, Iyo, Kii)

    動物変化Kochi

    Le suzume de nuit est un yōkai d’escorte nocturne largement raconté dans les montagnes de l’Ouest du Japon, se signalant surtout par son cri. À Tosa il est décrit comme un petit oiseau, à Kitagawa et en Iyo comme un papillon ou un grand papillon de nuit, son apparence n’étant pas fixe. Il encercle alternativement l’avant et l’arrière d’une personne seule et, en piaillant près de l’oreille, dérègle la cadence de marche. À Toyama-mura on transmet une formule de renvoi et l’on avertit qu’une capture irréfléchie peut rendre nyctalope. À Wakayama, à l’inverse, il annoncerait l’apparition du loup et serait pris comme signe protecteur contre les maléfices des montagnes. Des récits cousins incluent le moineau escorteur de Nara et Kii et le moineau de manche de Kōchi et Ehime; à Tsunoyama et Shirobe, ils sont souvent confondus, avec des parades comme serrer sa manche, planter trois branches ou réciter un mantra. L’ambiguïté de sa forme visible, l’ingérence par le son et les variations régionales d’interprétation fastueuse ou néfaste en sont des traits folkloriques majeurs.

  • Myobu

    Myobu

    Rare

    myobu

    Le pur messager divin d'Inari Okami, Myobu

    Transformation animaleKyoto

    Myobu est la forme déifiée des renards blancs servant de familiers à Inari Okami, enchâssée en tant que "Myobu Tome-no-Kami" au Byakkosha, un sanctuaire subordonné de Fushimi Inari Taisha. Contrairement aux croyances laïques qui vénèrent les renards eux-mêmes comme des dieux, l'essence de Myobu réside dans sa référence aux renards blancs agissant comme des messagers divins servant de près la divinité. "Myobu" est un titre dérivé des rangs des dames de la cour sous le système Ritsuryo. Parce qu'ils servent Inari Okami, qui détient le Premier Rang Supérieur, les renards blancs étaient assimilés à des dames de cour de haut rang du palais impérial. Le bâtiment du sanctuaire de Byakkosha, construit à l'ère Kan'ei dans le style Kasuga-zukuri à une baie avec un toit en écorce de cyprès, est un bien culturel important. Initialement appelé "Oku-no-Myobu" ou "Myobusha", il est dit dans l'"Inari Jinja Engi" de Harumitsu Harada qu'il enchâsse Akomachi et Osusukiroku, provenant d'une dame de la cour nommée Susumu Myobu. Les statues de renards blancs tenant dans leur gueule des épis de riz, des parchemins, des clés et des joyaux sont une expression iconographique montrant que Myobu est un pur messager divin servant de médiateur pour la récolte des champs, les paroles, les greniers et les trésors.

  • Nekomata

    Nekomata

    Légendaire

    né-ko-ma-ta

    Nekomata aux deux queues, vieux chat métamorphosé

    Métamorphose animaleTochigi

    Il s'agit de la forme d'un chat gardé de nombreuses années dans une maison humaine, qui prend de l'âge et dont la queue se fend en deux. Cette "ascension" lui octroie le pouvoir de parler le langage humain et de manipuler des feux démoniaques. Délaissant la figure de la "bête féroce des montagnes" racontée pour l'espèce dans son ensemble, c'est une version qui pousse à l'extrême sa nature de "yôkai domestique" (kayô) partageant l'espace de vie avec les humains. Il est dit que ce Nekomata, tard dans la nuit, se dresse sur ses pattes arrière, se couvre la tête d'une serviette et danse frénétiquement dans l'ombre du foyer. Cette danse étrange, tirant son origine de l'illustration du "Gazu Hyakki Yagyô" de Toriyama Sekien, a ajouté un charme comique et humain à ce qui était à l'origine une effrayante légende de chat monstrueux. De plus, ce Nekomata imite habilement les visages et les voix des gens pour tromper les membres de la maisonnée. Il prend souvent l'apparence d'une vieille femme, ce qui est parfois interprété comme une projection de l'autorité et de l'oppression sous-jacente de la maîtresse de maison, superposée à la figure du vieux chat. Le folklore présente une dualité évidente : si le maître de maison traite le chat brutalement ou le tue de manière injustifiée, il devient un dieu de la malédiction rancunier, allumant des feux démoniaques (le feu du Nekomata) et causant la ruine de la famille. D'un autre côté, un Nekomata choyé utilise sa nature démoniaque pour "protéger la maison". Comme illustré dans le "Hyakkai Zukan" de Sawaki Sûshi, on trouve de bonnes légendes où il se métamorphose en geisha jouant du shamisen pour sauver un bienfaiteur, ou utilise son feu pour intimider et réduire en cendres les autres démons ou maladies (impuretés) tentant d'entrer dans la maison. Pour eux, la queue fendue n'est pas qu'une simple marque de monstruosité : l'une des queues sert d'antenne symbolisant "la gratitude (ou la rancœur) envers les humains", et l'autre "la nature démoniaque de la bête".

  • Nekomata

    Nekomata

    Légendaire

    né-ko-ma-ta

    Vieux Nekomata gardien du foyer

    Métamorphose animaleTochigi

    Le vieux Nekomata gardien du foyer est une version d'un chat gardé longtemps au même endroit, ayant vieilli près de l'âtre imprégné de suie et de cendres, dont la queue se fend subitement en deux une nuit. Aux antipodes du Nekomata féroce qui attaque les humains dans les montagnes (comme mentionné dans le "Meigetsuki"), celui-ci inhale le souffle de la maison et des générations de vie, abritant en lui l'esprit du feu et la fumée des cuissons, adoptant un comportement proche d'une divinité domestique (ou du Zashiki-warashi). Bien qu'il se situe dans le prolongement de la croyance populaire du "chat de compagnie qui se transforme" citée dans les "Tsurezuregusa", il a une nature beaucoup plus protectrice. Même s'il n'utilise pas le langage humain, il signale sa présence en faisant tinter le couvercle de la marmite ou en dessinant des motifs dans la cendre. Le feu follet pâle (le feu du Nekomata) qui court dans un coin du salon tard la nuit n'est pas un feu maudit à redouter comme dans le "Yamato Kaiiki", mais est considéré comme une marque de purification par laquelle ce vieux Nekomata lèche préventivement les risques d'incendie de la maison et brûle les énergies néfastes. Dans certains villages, on croit qu'une queue relie "la lignée de la famille" et l'autre "l'énergie divine du feu", ce qui fait que la bifurcation n'est pas une simple difformité mais un signe sacré à double vocation. Le vieux Nekomata s'approche toujours lorsque la famille se rassemble autour d'un défunt. Il y a une peur commune que les chats ressuscitent les morts, ce qui entraîne souvent une confusion avec le Kasha (le chat monstrueux ravisseur de cadavres du "Gazu Hyakki Yagyô"). Cependant, cette version ne cause jamais de trouble ; il se contente de renifler le souffle désordonné et d'allumer une petite étincelle pour dissiper les attachements persistants. Par conséquent, l'étiquette veut que la famille ne brandisse pas de lames devant le Nekomata, mais brûle plutôt un bâton d'encens comme "feu d'adieu". Si l'on maltraite un chat gardé longtemps, le poêle brûlera à vide en pleine nuit, et des empreintes humides superposées apparaîtront sur les murs. À l'inverse, dans les maisons qui respectent le deuil, survit un folklore semblable aux "légendes urbaines" soulignées par Kunio Yanagita : par un matin d'hiver, seul l'espace sous le shoji est chaud, et les ombres des souris disparaissent de la huche à riz. Cette version est parfois racontée comme celle d'un vieux chat disparu autrefois dans la montagne revenant par nostalgie de la maison, ou comme un vieux chat d'intérieur dont la queue s'est fendue naturellement. La coutume de couper la queue pour empêcher la métamorphose existe, mais dans les régions du gardien du foyer, elle est taboue : "blesser la queue, c'est fendre les vertus de la famille". Son apparence se caractérise par une peau du dos pendante ressemblant à un manteau, projetant une silhouette humaine dans la pénombre. C'est pourquoi on le prend à tort pour une métamorphose de défunt, mais il n'aime pas les transformations inutiles. S'il emprunte parfois l'apparence d'une grand-mère, c'est pour endormir un enfant, sans faire de bruit, ne laissant que l'odeur de suie et de cendres. Bien qu'il ne se montre pas aux voyageurs, lors des moments marquants de la maison, il tapote doucement ses griffes sous le plancher pour prédire les présages. Trois coups signifient la chance, deux signifient prudence avec le feu. Si la mèche de la lampe est humide, il la lisse avec sa langue ; si le feu du poêle est trop fort, il l'attise avec sa queue pour l'atténuer. En échange de la prise en charge de ces petits maux quotidiens, la famille a pour coutume de partager les "bords du repas" avec lui. Trois grains de riz, une pincée de sel, et un peu de vapeur. Tant que cela est respecté, le Nekomata ne trompera pas les humains, et les bruits étranges de la nuit ne seront que de simples "craquements de la maison".

  • Nodéppō

    Nodéppō

    Peu commun

    no-DÉ-po (prononciation française)

    Conforme à la tradition

    動物変化Montagnes du Nord du Japon

    Modèle fondé sur les récits illustrés d’Edo. Tapie dans les montagnes et plaines du Nord, active du demi-jour au soir. Petite bête rappelant le blaireau japonais ou le grand polatouche, elle prive sa proie de vision pour semer la confusion lors de l’attaque. Deux traditions coexistent: l’une la fait se jeter de tout son corps sur le visage, l’autre la montre projetant par la bouche quelque chose de type chauve-souris qui vient couvrir la face. On raconte qu’elle boit le sang, mais des lectures ultérieures y voient plutôt un voleur de provisions profitant de l’aveuglement. Les confusions et assimilations avec blaireau, tanuki, nobuzumi et chauve-souris relèvent du contexte d’époque, d’où des variations de nom et de traits. Comme moyen de s’en préserver, on cite le fait de porter une oreille enroulée dans le sein, bien que les détails varient selon régions et périodes. On évite les fictions modernes et l’on conserve l’iconographie des recueils classiques.

  • Nue

    Nue

    Légendaire

    nou-É

    Le monstre abattu par Minamoto no Yorimasa, le Nue

    Créature métamorpheKyotoOsaka

    Il s'agit de l'interprétation de la chimère nimbée de nuages noirs, telle qu'elle fut abattue par Minamoto no Yorimasa. Dans cette version, le Nue n'est pas un simple prédateur physique. Il opère plutôt comme une sorte de « cyborg occulte », l'incarnation charnelle et la coagulation de l'« anxiété indicible » et de la « pathologie politique » qui rongeaient la société aristocratique de l'époque. Du point de vue de la recherche moderne sur les yōkai et de l'Onmyōdō (voie du Yin et du Yang), on considère que les animaux composant le Nue symbolisent les « quatre coins » (les frontières) dans la cosmologie des directions (liées au zodiaque chinois). Plus précisément, le singe représente le « Sud-Ouest (Hitsujisaru) », le tigre incarne la porte des démons au « Nord-Est (Ushitora) », et le serpent correspond au « Sud-Est (Tatsumi) ». Alors que les quatre points cardinaux structurent un monde d'ordre stable, les quatre coins sont perçus comme des marges instables ouvrant sur l'au-delà. Le Nue est donc l'incarnation du chaos, un assemblage né « en dehors de l'ordre ». Ce qui est encore plus fascinant, c'est l'absence charnelle des animaux correspondant à l'ultime direction, le « Nord-Ouest (Inui) », c'est-à-dire le « sanglier (Inoshishi) » et le « chien (Inu) ». Pourtant, dans *Le Dit des Heike*, le vassal qui s'élance pour achever le Nue transpercé par la flèche de Yorimasa s'appelle « Ino Hayata » (où "Ino" s'écrit avec le caractère du sanglier). Certains y voient un symbolisme d'une extrême précision : ce n'est qu'avec l'ajout de cet ultime point cardinal manquant (le sanglier) que l'espace magique constituant le Nue est achevé, entraînant du même coup sa destruction. La méthode par laquelle le Nue rendait l'Empereur malade ne reposait pas sur une violence directe, mais sur la pollution du « ki » provoquée par ses cris semblables à des lamentations lugubres et la pression visuelle étouffante des nuages noirs. Le Nue s'affirme ainsi comme l'un des plus grands monstres politiques de l'histoire du Japon : la manifestation sous forme de chimère du déclin de l'autorité royale et de l'atmosphère trouble de la fin de l'époque de Heian, période charnière voyant l'effondrement de l'aristocratie au profit de l'ascension des guerriers.

  • Oni coquillage turban (Sazae-oni)

    Oni coquillage turban (Sazae-oni)

    Épique

    sa-za-é O-ni

    Représentation picturale et allégorique (d’après Sekien)

    動物変化Origine inconnue

    Toriyama Sekien caricature, à partir d’un récit du Livre des Rites, la logique qui fait des coquillages marins une forme démoniaque. Figure de turban avec bras humains et œil sur le couvercle, il sert moins de monstre nuisible que de visualisation des idées de métamorphose et de chose animée. Il rejoint les figures anthropomorphes de coquillages des processions nocturnes d’époque moderne et transmet une sensibilité qui voit du sacré dans les objets littoraux. Les épisodes grivois diffusés plus tard sont très fictionnels et doivent être distingués de l’image originelle.

  • Oni-kuma (l’ours démon)

    Oni-kuma (l’ours démon)

    Peu commun

    o-ni-KOU-ma

    Conforme aux traditions · Oni-guma (ours-démon)

    動物変化NaganoHokkaido

    Figure de l’oni-guma fondée sur des sources de l’époque d’Edo, un vieil ours devenu yōkai. Il se terre d’ordinaire au fond des montagnes et évite la présence humaine, mais descend la nuit vers les villages lors des disettes ou aux changements de saison pour enlever le bétail. Sa démarche dressée peut être prise pour une silhouette humaine et ses traces mêlent pas d’homme et empreintes d’ours. Les récits de force prodigieuse se lient aux traditions de rochers géants et servent aussi de bornes tacites délimitant des zones périlleuses. Dans les récits de chasse, la coopération communautaire, l’usage différencié des armes et la crainte du dieu des montagnes sont soulignés, l’oni-guma devenant le symbole d’un fléau qui frappe ceux qui brisent les lois de la montagne. Les notices des recueils illustrés de l’époque accentuent l’étrangeté tout en reflétant la mémoire des attaques d’ours réelles, à la jonction entre environnement folklorique et contes de peur.

  • Onmoraki

    Onmoraki

    Rare

    on-mo-RA-ki

    Onmoraki (iconographie et tradition fidèles)

    動物変化Japon (transmis à l’origine de Chine)

    Iconographie d’après Toriyama Sekien, Konjaku Gazu Zoku Hyakki: corps noir rappelant la grue, regard brillant tel une flamme, cri aigu et frémissement d’ailes. Né du qi d’un cadavre récent, il apparaît quand la lecture des sutras ou les offrandes manquent dans les temples. Cadre conceptuel venu de Chine, réélaboré dans les recueils d’étranges de l’époque Edo. Plus qu’une créature de rancune, il répond aux contextes de funérailles inachevées et de dépouilles provisoirement déposées, servant d’avertissement pour soutenir les normes des espaces sacrés. L’observation est fugace, il disparaît à l’approche et laisse peu de traces. Sa seule apparence fait office d’alarme, signe d’un défaut de culte funéraire.

  • Pic du temple

    Pic du temple

    Rare

    TE-ra-tsou-tsou-ki

    Tera-tsutsuki (image du Zufu de Sekien)

    動物変化Osaka

    Une représentation fondée sur l’illustration de Sekien et les récits militaires. Porte la volonté d’entraver la Loi bouddhique, tambourine le bois des temples à la nuit tombée pour annoncer le mauvais présage. Son origine est rattachée, selon la tradition, au revenant de Mononobe no Moriya, mais son aspect suit celui d’un pic. Dans les récits étranges, le son retentit d’abord, on n’aperçoit qu’une ombre et la forme n’est saisie que rarement. Sur le plan folklorique, c’est un type où se fondent les désastres attribués aux oiseaux et l’explication des dommages subis par les temples.

  • Renard Tamehachi

    Renard Tamehachi

    Peu commun

    ta-mé-HA-tchi gui-tsu-né

    Version légendaire de Kitayama-mura

    動物変化Wakayama

    Une image conforme aux récits topographiques de Kitayama-mura. Un renard posséderait les humains et leur conférerait une agilité hors du commun pour franchir des falaises. Des variantes le montrent rivalisant avec des serpents ou des ascètes shugendō, si bien que l’adversaire et les techniques varient. En s’appuyant sur les stries de la falaise citées comme preuves, il rappelle la puissance sacrée et les interdits aux limites du village. Les détails des rites et des noms demeurent obscurs dans la tradition, dont les récits restent généraux.

  • Renard à branches divergentes

    Renard à branches divergentes

    Commun

    é-da-bun-ki-GHI-tsuné

    Version contemporaine

    動物変化Profondeurs d’un entrepôt virtuel

    Il s'insinue comme une ombre dans un environnement de développement silencieux, fait pousser une branche homonyme et embrouille le jugement. Par des tours qui franchissent les revues ou par un art de ramener seuls les fichiers de configuration à un état ancien, il multiplie les bogues introuvables. Son origine mêle la superstition du “double d'ombre” et l'épuisement du travail collaboratif. Un seul nom mais deux cœurs, il se nourrit des hésitations humaines pour croître.

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