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Baku (mangeur de rêves)

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Baku (mangeur de rêves)

Baku (mangeur de rêves)

Son âme vous écoute — adressez-lui la parole et elle vous répondra.

Description de base

Le Baku est une créature imaginaire dont la matrice fut la bête-esprit « mo » (貘) consignée dans les classiques chinois, et qui a grandi au Japon en quelque chose de propre : une bête qui dévore les mauvais rêves. Depuis les temps anciens, on l’a représenté comme une créature composite assemblée de plusieurs animaux — la trompe de l’éléphant, les yeux du rhinocéros, la queue du bœuf, les pattes du tigre, le corps de l’ours. Cette formule remonte à « trompe d’éléphant, yeux de rhinocéros, queue de bœuf, pattes de tigre » dans la préface que le poète des Tang Bai Juyi joignit à un paravent, son Éloge du paravent au mo. Plus ancien encore, le Shuowen Jiezi le note « semblable à l’ours, de couleur jaune et noire, habitant le pays de Shu », tandis que le commentaire de Guo Pu sur l’Erya rapporte qu’il « ronge le cuivre, le fer et les tiges de bambou ». Cette étrange manie de manger le fer passe pour refléter une bête réelle du Sichuan — le panda géant — et le nom japonais « baku » de l’animal réel (le tapir) lui fut donné plus tard, parce qu’il ressemblait à ce baku légendaire : un baptême pris à l’envers.

En Chine, le mo était à l’origine une bête conjuratrice du mal — repoussant la peste et les influences néfastes. Dormir sur une couche garnie de sa peau passait pour écarter les épidémies, et accrocher une image de sa forme, pour chasser le mal. La notion de cette bête-esprit gagna le Japon par les Œuvres complètes de Bai Juyi, lecture chérie depuis la cour de Heian, et vers l’époque de Muromachi elle avait changé de caractère pour devenir « une bête bienfaisante qui dévore les mauvais rêves et les purge ». À l’époque d’Edo, les images-talismans du baku et les « oreillers à baku » portant le caractère du baku entrèrent dans un large usage, jusque chez le petit peuple, comme porte-bonheur gardant le sommeil paisible et tenant le mal à distance. Tout à l’opposé du démon-cauchemar occidental qui apporte de mauvais rêves au dormeur, le baku est une bête de bon augure qui se tient non du côté qui dérobe les rêves, mais du côté qui mange les mauvais rêves et les fait disparaître.

Folklore et légendes

Au cœur des traditions entourant le baku se trouve une coutume propre au Japon : conjurer un mauvais rêve en le confiant au baku. Ses sources étaient dans le culte chinois de conjuration du mal. Dans la préface de son Éloge du paravent au mo, le poète des Tang Bai Juyi écrivit que dormir sur une couche garnie de la peau du mo écarte la peste et que dessiner sa forme chasse le mal — ajoutant aussi que « dans le langage commun on l’appelle le baize ». La source de la fréquente confusion du baku avec le baize, autre bête conjuratrice, remonte jusqu’à ce passage. Au Japon, un exemple précoce paraît dans le texte Enkyō-bon du Dit des Heike (1309-10), et des ouvrages encyclopédiques tels que le Wakan Sansai Zue (Terashima Ryōan, 1712) répandirent au loin sa forme composite et sa nature conjuratrice.

À l’époque pré-moderne, la croyance au mangeur de rêves s’épanouit, liée à la coutume du premier rêve de la nouvelle année. De la nuit du jour de l’an à celle du deux, on dormait avec, glissée sous l’oreiller, une image du navire au trésor — chargé des Sept Divinités du Bonheur et de leurs trésors. Sur sa voile, ou au dos du papier, on écrivait le seul caractère du baku, de sorte que même un mauvais rêve pût être donné à manger au baku et le malheur tranché. L’image du navire au trésor portait un poème-palindrome — « naka-kiyo no / tō no neburi no / mina mezame / nami nori-fune no / oto no yoki kana » — et le réciter trois fois avant de dormir passait pour amener un bon rêve. Au matin qui suivait un mauvais rêve, on pratiquait aussi un « lâcher de rêve », laissant flotter l’image du navire sous l’oreiller au fil d’une rivière pour en laver le malheur. Des incantations dites au chevet — « je donne au baku le rêve d’hier soir », « mange, baku, mange » — se transmettent aussi en bien des régions. Une tradition veut que Toyotomi Hideyoshi ait usé d’un oreiller à baku, et des exemples de mobilier gardien du sommeil, tels des oreillers ornés de baku en laque maki-e, subsistent jusqu’à nos jours.

Du côté de l’étude du folklore, des ouvrages comme l’Histoire culturelle de l’oreiller de Yano Ken’ichi (1985) retracent avec grand soin ces oreillers à baku et ces coutumes de mangeur de rêves. On dit parfois qu’un baku figure parmi les images de yokai de Toriyama Sekien, mais aucun baku n’est dessiné ni dans le Gazu Hyakki Yagyō ni dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki — une erreur courante. L’image du baku a changé avec les âges ; à l’époque moderne, un animal réel fut nommé d’après le baku légendaire, et aujourd’hui encore il demeure chéri comme une créature qui mange les rêves.

Cartes de Yokai2

Baku (mangeur de rêves) dans plusieurs styles artistiques

Galerie de cartes

Explication détaillée

Le nom « Baku de l’oreiller » vient de ce que cette bête a été chérie, avant tout, comme un talisman gardien au chevet. Ici, plutôt que le récit du mangeur de rêves, tournons-nous vers le baku dessiné sur l’oreiller même. Un oreiller à baku est un oreiller sur le côté en forme de boîte duquel on dessinait une image du baku ou le caractère du baku, ou sur lequel un baku était travaillé en laque maki-e ; y poser la tête pour dormir, croyait-on, et durant toute la nuit nul mal n’approcherait. Selon l’étude de l’oreiller de Yano Ken’ichi, l’oreiller à baku n’était pas un simple ornement, mais un talisman pratique, fait pour garder la tranche de temps la plus sans défense — les heures du sommeil.

Que l’on remonte la forme du baku à ses racines, et deux courants y coulent mêlés. L’un est la figure transmise par le Shuowen Jiezi et le commentaire de l’Erya : un corps semblable à l’ours, moucheté de noir et de blanc, qui mange jusqu’au cuivre, au fer et au bambou. Elle dérive d’une bête réelle du Sichuan en Chine (très probablement le panda). L’autre est la figure du texte que Bai Juyi joignit à une peinture de paravent — « trompe d’éléphant, yeux de rhinocéros, queue de bœuf, pattes de tigre ». Les peintres et les encyclopédies du Japon dessinèrent le baku en joignant ces deux-là. Cette figure familière — un corps d’ours moucheté de noir et de blanc, à la longue trompe et aux pattes courtes — est le fruit de ces deux-là devenus un.

Le baku ne fut pas dessiné sur les seuls oreillers et talismans. Des sculptures du baku se trouvent aussi souvent sur les bâtiments des sanctuaires et des temples. Sur les kibana qui soutiennent le toit et sur le kaerumata (la pièce en forme de pignon au-dessus de la poutre), on sculptait des baku, chargés de tenir le feu et le malheur à distance. Comme le baku du chevet garde le sommeil, le baku du bâtiment garde la maison. Tous deux naissent de la même idée — placer un baku au seuil par où le mal entrerait — et ainsi il paraît sur l’oreiller comme sur le bâtiment.

Le baku est souvent pris pour une autre bête-esprit, le baize, et ici aussi je voudrais rendre la différence nette. Le baize est une bête qu’on dit comprendre le langage humain et connaître tous les yokai du monde — à l’origine une chose distincte du baku. Le déclencheur de la confusion résidait dans la ligne que Bai Juyi ajouta au sujet du baku, que « dans le langage commun on l’appelle le baize ». Parce que tous deux se ressemblaient en tant que « bêtes qui chassent le mal », la méprise survint aussi dans les images, et l’on connaît même un cas où une image dite « Roi Baku » était en fait un baize à l’origine. Le baku et le baize valent mieux d’être tenus à part dans l’esprit comme des bêtes distinctes — semblables en office, mais différentes d’origine.

Vu ainsi, le Baku de l’oreiller n’est ni un monstre qui dérobe les rêves ni un yokai qui attaque les hommes. C’est une sentinelle, à la façon d’un talisman, postée aux « interstices par où le mal se glisse » — le chevet quand on dort, le seuil de la maison. De pair avec la manière dont le Wakan Sansai Zue répandit par le monde la forme du baku et son pouvoir conjurateur, les gens dessinèrent le baku sur les oreillers, sur les talismans, sur les poutres des sanctuaires et des temples, le postant à veiller sans fin sur les mauvais rêves et le malheur. Ce que reflète le nom de « bête de l’oreiller », c’est ce visage du baku en gardien silencieux du guet.

Profil du personnage

Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.

Type de Yōkai
Yōkai traditionnels
Catégorie
Esprits divins
Rareté
Peu commun
Caractère
Calme et protecteur. Plutôt que de menacer les hommes, il prend pour tâche d’apaiser le sommeil troublé et les influences néfastes.
Affinités
Bien accordé aux oreillers, aux cartes-talismans du navire au trésor, aux motifs de nandina et à une couche purifiée.
Capacités
Dit dévorer les cauchemars et apaiser les mauvais songesDit écarter le mal par le caractère et l’image du bakuPorte le trait classique chinois de manger le cuivre, le fer et le bambouLié aux talismans du navire au trésor et aux oreillers, il garde l’augure du premier rêve
Faiblesses
  • Les récits d’apparition charnelle sont rares ; séparé d’un support tel qu’une carte-talisman ou un oreiller, son caractère se brouille
  • Confondu avec le tapir réel, le baize ou Boqi, le contour de sa tradition se défait aisément
  • Étant une bête de bon augure, il s’accorde mal aux lectures qui en font un démon-cauchemar nuisant aux hommes
Habitat
Le chevet ; la lisière des rêves ; les cartes-talismans du baku et les images du navire au trésor ; les motifs de literie tels les oreillers en laque maki-e au baku ; et le mobilier et le décor de la chambre (non les tombeaux)

🔮Test de compatibilité yokai

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Sources et références

5
  1. 白氏文集白居易(唐代漢籍(巻二十二「貘屏賛」序), 845) [古典文献]白居易が屏風に寄せた「貘屏賛」の序で「象鼻・犀目・牛尾・虎足」と貘の姿を記し、皮に寝て瘟を避け形を図して邪を払うと述べる。獏の複合獣描写と辟邪性の最古層の典拠。
  2. 説文解字許慎(後漢の字書, 100頃) [古典文献]貘を「熊に似て黄黒色、蜀の地に棲む」と記す。元来は四川の実在獣(パンダ的)を指したとされる古層の記述。
  3. 延慶本平家物語 [古典文献]
  4. 和漢三才図会 (寺島良安 1712)寺島良安(杏林堂, 1712) [古典文献]
  5. 枕の文化史矢野憲一(講談社, 1985) [学術論文]獏枕・宝船・夢食い習俗を民俗学的にたどる。獏枕習俗の具体的な学術ソース。

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