Encyclopédie des Yōkai

Grande encyclopédie des yōkai japonais

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霊・亡霊
  • Teke Teke

    Teke Teke

    Épique

    てけてけ

    Teke Teke, la femme coupée en deux qui rampe sur ses coudes

    Esprit / FantômeLégende urbaine moderne des années 1990-2000, basée sur les accidents de train

    La « femme sans bas du corps » comme motif d'horreur du Japon d'après-guerre. Alors que la description de base retrace ses origines et sa diffusion, cette analyse approfondie replace Teke Teke dans un contexte culturel plus large : le motif du « fantôme féminin mutilé » dans le Japon de l'après-guerre. Dans l'horreur japonaise d'après-guerre, la figure de la « femme spectre au corps incomplet » est récurrente. Depuis Oiwa (défiguration faciale, « Tokaido Yotsuya Kaidan » de Nanboku Tsuruya, 1825) et Kasane (défiguration faciale et corporelle, « Shinkei Kasanegafuchi » de Encho Sanyutei), jusqu'aux entités d'après-guerre comme la Femme à la bouche fendue (bouche mutilée, apparue à Gifu en 1979), Teke Teke (absence du bas du corps), Kashima-san (absence du bas du corps) ou encore Hachishakusama (taille anormale), on retrouve le motif commun de « la perte de l'intégrité physique de la femme ». Dans cette lignée, Teke Teke est unique par son lien direct avec les « chemins de fer », une infrastructure du Japon de l'après-guerre. Le choix linguistique de l'onomatopée « Teke Teke ». Le nom de la légende, « Teke Teke », imite le bruit qu'elle fait en rampant sur ses bras. Le choix de cette onomatopée repose sur plusieurs facteurs linguistiques : (1) la combinaison des consonnes occlusives « t » et « k » suggère le bruit dur d'une frappe contre un sol en bois ou en béton ; (2) la répétition (teke-teke) instaure l'angoisse d'une « traque lente mais continue » ; (3) la prononciation est facile et ludique, favorisant sa mémorisation et sa répétition par les enfants. Ses autres noms dérivés (« Patapata », « Kotokoto », « Katakata ») ont tous subi des sélections phonologiques similaires, illustrant un modèle ethno-acoustique consistant à « exprimer le son d'un déplacement par une onomatopée dissyllabique ». Généalogie des légendes urbaines liées aux accidents de train. Lors de la période de forte croissance économique d'après-guerre, le réseau ferroviaire japonais a été le théâtre de très nombreux accidents mortels, créant un terreau fertile pour les légendes urbaines. Aux côtés de Teke Teke, plusieurs histoires liées aux passages à niveau et aux voies ferrées ont été recensées dans tout le pays depuis les années 1970 : « une femme se tient derrière vous si vous vous retournez à un passage à niveau », « une silhouette sans bas du corps apparaît au bout du quai », ou « une femme fantôme adresse la parole à ceux qui attendent un train près des voies ». Dans son ouvrage « Folklore des Yokai » (Iwanami Shoten, 1985), le folkloriste Noboru Miyata souligne que les infrastructures urbaines d'après-guerre (chemins de fer, tunnels, complexes résidentiels) remplacent les espaces traditionnels (points d'eau, carrefours, cols montagneux) en tant que nouveaux lieux de genèse de légendes macabres. Parmi ces « légendes d'infrastructures », Teke Teke est sans doute la plus retentissante. La relation croisée avec Kashima-san et le principe de la « réponse ». La méthode de survie face à Teke Teke — qui consiste à « répondre 'Kashima-san' pour être épargné » — s'est largement popularisée comme variante. Ce procédé, identique aux réponses « pommade » ou « bonbon bekkô » pour échapper à la Femme à la bouche fendue, intègre la notion de « bonne réponse » au sein de la légende pour stimuler activement l'imaginaire enfantin. Concernant Kashima-san, les parades sont elles aussi très variées (« répondre 'Kamashi' », « réciter son nom complet 'Kashima Reiko' »), à tel point que les méthodes d'esquive sont devenues un jeu à part entière dans les cours de récréation. On peut y voir une forme de sécularisation, au sein de l'environnement scolaire, des anciennes croyances japonaises liées aux incantations et aux mantras (shingon) héritées de l'époque Heian. L'interprétation du film de 2009. Le réalisateur Koji Shiraishi, avec son film « Teke Teke » (2009), a choisi d'exploiter la théorie de l'origine de Kakogawa (préfecture de Hyogo), dépeignant le monstre comme l'esprit d'une femme (du nom de « Kashima Reiko ») dont le bas du corps a été coupé lors d'un suicide ferroviaire d'après-guerre. Ce film réinterprète les recoupements oraux entre Teke Teke et Kashima-san, les présentant comme « les deux faces d'un même personnage ». Portée par la participation de Yuko Oshima (AKB48), figure de la culture idole de l'époque, la légende de Teke Teke illustre parfaitement la transition réussie d'une tradition orale enfantine d'après-guerre vers le cinéma d'horreur grand public de l'ère Heisei. Reproduction à l'ère d'Internet. Depuis les années 2010, Teke Teke n'a cessé d'être remise au goût du jour, que ce soit à travers des lectures de contes effrayants sur YouTube, des contenus paranormaux sur Niconico ou des courts métrages d'horreur sur TikTok. Dans les années 2020, elle a été adoptée par la génération Z comme « cette histoire effrayante que l'on racontait à l'école quand on était petits ». C'est l'un des rares exemples de traditions orales enfantines des années 80-90 à franchir le cap des générations. Teke Teke prouve, avec la plus grande limpidité, comment une histoire effrayante peut survivre en adaptant ses supports de transmission : « tradition orale → magazines pour enfants → cinéma → Internet ».

  • Tessō, le Rat de fer

    Tessō, le Rat de fer

    Peu commun

    tes-SO

    Conforme aux iconographies d’Edo • Image traditionnelle

    霊・亡霊Shiga

    Fondé sur l’image du « Tetsusō » de Toriyama Sekien. Une souris géante drapée d’une ombre rappelant une robe monastique, aux yeux rouges et aux dents réputées dures comme le fer. Son origine renvoie au récit d’esprit vengeur du moine Raigō, issu des querelles autour de l’ordination à l’Onjō-ji, où les rivalités entre les factions du Mont Hiei et de Miidera furent mises en récit et mêlées à la réalité des dégâts de rongeurs rongeant sutras et objets sacrés. Les appellations varient selon les époques et sources, « Rat de Raigō », « Rat de Miidera », etc. Les chroniques guerrières médiévales en exagèrent le nombre et en font un fléau collectif, tandis que l’époque moderne l’associe à des traditions de culte propitiatoire. Les dates ne concordent pas toujours dans les sources et la part légendaire domine, mais toponymes, renga et traditions orales conservés dans les sanctuaires et temples en constituent le noyau. Dans certains récits de chasse, un grand chat du Mont Hiei ou une divinité tutélaire intervient, reflet des frontières rituelles opposant deux complexes religieux.

  • Tête dansante

    Tête dansante

    Peu commun

    o-do-ri-KOU-bi

    Conforme aux récits traditionnels

    Fantômes et EspritsHyogo

    Une représentation de la « tête dansante » fondée sur les récits de kaidan et d’anecdotes classiques. La force d’un vif ressentiment prend forme, la tête se détache seule, enfle et apparaît. Elle bâille, gémit, rit ou claque des dents, privilégiant l’intimidation sonore. Le dommage direct n’est pas toujours clair, mais on dit qu’elle cause frayeurs, chutes ou fièvres. Elle surgit surtout près des temples anciens, des cimetières, des carrefours ou au pied des ponts, dans des lieux dépeuplés ou vers les veillées funèbres. Les origines ou noms personnels sont rarement précisés, l’étrangeté de l’événement restant surtout à la postérité.

  • Têtes dansantes

    Têtes dansantes

    Épique

    maï-KOU-bi

    Récit standard de la tradition

    霊・亡霊Kanagawa

    Interprétation standard fondée sur l’image d’un esprit vengeur de la mer de Manazuru rapportée dans l’Ehon Hyaku Monogatari. Les têtes coupées de guerriers abattus ne quittent pas leur ressentiment, se mordent entre elles et crachent du feu. Deux origines sont mentionnées: une rixe lors d’une fête menant au duel, ou une exécution pour des fautes de jeu, mais dans les deux cas les têtes dansent de façon autonome, provoquent tourbillons et feux étranges en mer, et se lient aux toponymes locaux. Les peintures montrent souvent trois têtes enlacées dansant, motif repris ensuite dans les kibyōshi et yomihon. Le récit est situé dans les gouffres marins et rivages rocheux de la région, marquant la crainte des trophées de têtes, la malédiction des guerres et des rixes, et l’avertissement des dangers des eaux.

  • Ubume

    Ubume

    Épique

    ou-BOU-meh

    Ubuyé (iconographie traditionnelle)

    霊・亡霊Diverses régions du Japon (surtout Tōhoku, Kantō et Kyūshū)

    Image d’une femme morte en couches dont l’attachement persiste et prend forme la nuit aux carrefours, chemins et bords de rivière. Dans les récits et illustrations de l’époque moderne, son bas du corps est taché de sang, elle porte un nourrisson et demande à quelqu’un de le garder. Certaines versions révèlent que l’on tenait une pierre ou un jizō, d’autres accordent une force prodigieuse ou la fortune en contrepartie, d’autres encore finissent en mésaventure où le bébé mord. Selon les régions, à Fukushima l’« Obo » se détourne si l’on jette des bouts d’étoffe, et à Kyūshū l’« Ugume » révèle sa nature à l’aube. Des lettrés d’Edo la comparèrent à un oiseau nocturne des chroniques chinoises, théorisant que l’esprit d’une morte en couches devient yōkai. Dans des récits d’origines de temples et sanctuaires, le porteur la sauve par le nembutsu ou des invocations, liant la croyance à la protection des enfants et aux accouchements. L’Ubuyé est à la fois objet de crainte et esprit symbolisant l’amour pour l’enfant.

  • Warei

    Warei

    Épique

    warei

    Le goryo d'Uwajima : Yamaga Seibee Kinyori

    Esprit / FantômeEhime

    Le *Warei* est une entité qui incarne la dynamique de la croyance au *goryo* — où un esprit vengeur se transforme en esprit honorable (*goryo*) puis en divinité tutélaire — dans l'histoire moderne de la ville d'Uwajima. De son vivant, Yamaga Seibee était un grand vassal dévoué à la réforme du domaine. Sa mort tragique (l'Incident de Warei) et la série de coups de foudre et de naufrages qui ont frappé ses assassins ont donné aux gens le sentiment bien réel d'une malédiction. L'esprit, d'abord vénéré par peur, a vu sa nature s'inverser lorsque son innocence a été officiellement reconnue, acquérant la stature divine de « Warei-sama », protecteur de la pêche et de l'industrie. Le troupeau d'*Ushi-oni* qui défile lors du festival de Warei est un dispositif rituel visant à réconforter et apaiser ce *goryo*, illustrant comment les monstres (*ushi-oni*) et les esprits (*warei*) sont inextricablement liés dans les fêtes d'Uwajima.

  • Yao-bikuni

    Yao-bikuni

    Rare

    yao-bikuni

    Camélias, Grotte de Nyūjō et la Fille Éternelle : Yao-Bikuni

    霊・亡霊Fukui

    Le mythe de l'immortalité comme « Malédiction ». La légende de Yao-bikuni offre la réponse la plus cruelle et à la fois la plus belle de l'ethnologie japonaise face à « l'angoisse de la vieillesse » et « la soif de vie éternelle », des craintes inhérentes à l'humanité. Si l'immortalité peut paraître comme la bénédiction suprême, elle est ouvertement décrite ici comme une véritable « malédiction ». Sa tragédie réside non pas dans l'impossibilité de mourir, mais dans le fait que « tous les autres, inéluctablement, s'éteindront ». Restée figée sous les traits gracieux d'une adolescente tandis qu'elle veille au chevet de ses proches emportés par la vieillesse, elle endure une aliénation temporelle écrasante, une souffrance plus cruelle que la mort. Ses pérégrinations à travers le pays en quête de bonnes actions (construction d'infrastructures et plantation d'arbres) ne découlent pas uniquement d'une pure miséricorde : on peut y voir un douloureux voyage de rédemption destiné à expier son karma, dans une tentative désespérée de donner un sens à un temps infini. Wakasa, le temple Kūin-ji et l'idée du « Nyūjō ». C'est dans la ville d'Obama, dans la préfecture de Fukui, que se dresse le temple Kūin-ji, point d'arrivée de son pèlerinage. On y trouve encore aujourd'hui la grotte (Yao Hime-gū) où elle aurait vécu ses derniers instants. Le fait marquant est que sa fin n'est pas décrite comme une vulgaire « mort (famine) », mais est qualifiée de « Nyūjō ». Le Nyūjō désigne l'acte par lequel un éminent moine pénètre vivant dans un état de méditation profonde pour le salut des vivants et se transmute en une présence éternelle (la momification ou *Sokushinbutsu*). Privée de toute mort corporelle suite à l'ingestion de la chair de sirène, l'unique moyen pour elle de « mettre un terme à son existence (ou de transcender sa dimension vers le divin) » était de s'enfermer de son plein gré dans l'obscurité de la grotte et d'y refuser toute nourriture. Yao-bikuni comme métaphore dans la société contemporaine. Dans les œuvres de la sous-culture moderne — la littérature, les mangas, l'animation —, Yao-bikuni (ou ses thématiques) demeure un motif extrêmement prisé. Les notions de « beauté et jeunesse éternelles », de « solitude infinie » et d'« impossibilité de mourir » entrent fortement en résonance avec l'engouement fanatique pour l'anti-vieillissement qui frappe l'homme contemporain, et le vrai drame social de la « vieillesse et de l'isolement » qui sévit dans nos sociétés à grande espérance de vie. Elle ne campe pas seulement le rôle d'un personnage de vieux conte populaire ; elle demeure une héroïne atemporelle qui nous rappelle constamment l'injonction suprême : comment faire face au temps et à la mort.

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