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Yao-bikuni(yao bikuni)

Description de base

La Yao-bikuni est une nonne légendaire à la longévité démesurée, dont les récits circulent principalement dans le Wakasa et dans de nombreuses régions du Japon. On raconte souvent qu’une jeune fille, après avoir mangé de la chair de sirène, cessa de vieillir, entra en religion et parcourut le pays. Mais les sources conservées ne ramènent ni son apparence, ni son âge, ni la cause de sa longévité à une histoire unique.

Deux documents importants font apparaître cette figure à Kyōto en 1449. Le Yasuyoshi-ki, à la date du 26 mai, mentionne une « Shirabikuni » venue du Wakasa, âgée de plus de deux cents ans, que la foule venait voir. Dans le Gaun nikkenroku, à la date du 26 juillet de la même année, une nonne venue du Wakasa est appelée « Yaohyakusai rōni », la vieille nonne de huit cents ans, et les habitants de la capitale paient pour l’observer. Aucun de ces deux articles ne parle de chair de sirène : ils mettent d’abord en scène une nonne d’une extraordinaire longévité devenue une curiosité de la ville.

Le récit qui explique cette durée de vie par la chair de sirène s’affirme à l’époque d’Edo. Dans le Honchō jinja kō de Hayashi Razan, à l’entrée consacrée à Miyako no Yoshika, le père de la jeune fille rapporte une sirène reçue d’un étranger dans la montagne ; sa fille en mange la chair et atteint plus de quatre cents ans. Père, monde autre, sirène et fille forment ici la trame d’une histoire devenue emblématique, sans que l’âge soit pour autant fixé à huit cents ans.

Le nom de la Yao-bikuni s’attache aussi à l’origine de vieux arbres, de temples et de grottes. Devant le temple Kūin-ji d’Obama, dans le Wakasa, une grotte sacrée est dite liée à son entrée en méditation définitive ; au temple Jigen-ji de Musashi, un grand micocoulier aurait été planté par elle. La nonne de longue vie est à la fois une voyageuse légendaire et un nom par lequel des lieux éloignés racontent leur propre ancienneté. Dans les sources majeures du Moyen Âge et de l’époque d’Edo, elle n’est pas un fantôme : c’est une figure légendaire où se mêlent l’étonnement devant la longévité, la crainte des aliments venus de l’autre monde et le souvenir de religieuses itinérantes.

Folklore et légendes

Le journal Yasuyoshi-ki de Nakahara Yasutomi, à la date du 26 mai 1449, mentionne une Shirabikuni de plus de deux cents ans arrivée du Wakasa à Kyōto. Elle était montrée au pavillon du Grand Jizō, sur le côté nord de Nijō-Higashinotōin, et une foule se rassembla pour la voir. Le texte rapporte aussi des doutes sur son âge et suppose que son nom de Shirabikuni pouvait venir de ses cheveux blancs. La scène a la vivacité d’un fait social de l’époque de Muromachi : non pas une jeune immortelle d’une beauté intacte, mais une nonne qui prétendait à une longévité hors norme et dont on parlait dans la capitale.

Dans le Gaun nikkenroku de Zuikei Shūhō, à la date du 26 juillet de cette même année, la nonne venue du Wakasa porte le nom de « Yaohyakusai rōni », la vieille nonne de huit cents ans. Les curieux se pressaient pour la voir et devaient payer cent ou dix pièces, selon leur rang, pour entrer dans l’enceinte. La coexistence, pour une figure de la même année, d’un âge de plus de deux cents ans et d’un âge de huit cents ans montre que ce dernier chiffre n’était pas l’équivalent exact d’un âge inscrit à l’état civil, mais un nombre légendaire désignant une durée inconcevable.

Le Honchō jinja kō de Hayashi Razan, à l’époque d’Edo, transmet la trame de la chair de sirène aujourd’hui la plus célèbre. Le père de la Shirabikuni du Wakasa rencontre un étranger dans les montagnes et reçoit une sirène dans un lieu étrange. Sa fille mange la sirène qu’il a rapportée et vit plus de quatre cents ans. Un aliment dont on ignore la nature, rapporté du monde autre au foyer, change ainsi le temps de la jeune fille. La sirène est devenue le symbole le plus fort de la Yao-bikuni, mais cette histoire n’apparaît pas dans les journaux de 1449 et constitue une grande forme explicative de l’époque d’Edo.

Le nom de la Yao-bikuni subsiste aussi dans les origines locales. Le Shokoku rijindan raconte qu’au Jigen-ji du village de Mizuhata, dans le district d’Adachi en Musashi, le grand micocoulier qui se trouvait près de la porte Niō avait été planté par la Yao-bikuni du Wakasa. Le camélia est l’arbre qu’on lui associe le plus volontiers, mais certains lieux parlent aussi de micocouliers, de cèdres ou de pins. Attribuer la plantation d’un arbre géant à une femme d’une vie extraordinairement longue relie l’âge de l’arbre à une durée qui dépasse la vie humaine et donne à la mémoire d’un lieu une profondeur singulière.

La ville d’Obama présente la grotte située devant le Kūin-ji comme une grotte sacrée associée à l’entrée en méditation définitive de la Yao-bikuni. Le temple actuel fut réorganisé et renommé à l’époque d’Edo ; la tradition de la grotte ne raconte pas non plus la fin de la nonne dans le journal de 1449. Elle montre cependant comment la rumeur médiévale d’une religieuse longévive venue du Wakasa a reçu, plus tard, à Obama, un récit de retour et d’achèvement.

La tradition ne se limite pas au Wakasa. Une étude des Archives départementales de Fukui, présentant l’enquête menée par Takahashi Harumi en 1982, a recensé 166 traditions apparentées réparties entre 121 sites de 89 villes, bourgs ou villages dans 28 départements. Ce total décrit l’état de cette enquête, non un décompte actuel exhaustif ; il révèle toutefois l’ampleur avec laquelle le nom de la Yao-bikuni s’est attaché à des temples, des sanctuaires, de vieux arbres, des ponts et des grottes. Il ne prouve pas qu’une seule femme a parcouru tous ces lieux : il atteste plutôt que de nombreuses localités ont adopté le nom d’une nonne voyageuse et longévive pour raconter leur propre origine.

Cartes de Yokai2

Yao-bikuni dans plusieurs styles artistiques

Galerie de cartes

Explication détaillée

Une Shirabikuni à Kyōto en 1449

La première apparition nette de la Yao-bikuni ne se situe ni dans une grotte du littoral ni dans un banquet de sirènes, mais dans le Kyōto de l’époque de Muromachi. D’après le Yasuyoshi-ki, à la date du 26 mai 1449, une Shirabikuni qui disait avoir plus de deux cents ans arriva du Wakasa dans la capitale et fut montrée au pavillon du Grand Jizō, sur le côté nord de Nijō-Higashinotōin. Les gens se rassemblèrent pour apercevoir cette nonne de longue vie, tandis que des rumeurs mettaient son âge en doute.

Le journal suppose que le nom de Shirabikuni venait peut-être de ses cheveux blancs. Le contour n’a rien de la belle nonne restée jeune que les récits ultérieurs rendent si frappante. Il réunit une vieille religieuse venue du Wakasa, des citadins assemblés pour la voir et un âge extraordinaire dont la vérité demeure incertaine. Avant toute origine surnaturelle, la légende commence donc par le bruit fait dans une ville par une personne réputée exceptionnellement âgée.

La même année, le Gaun nikkenroku, à la date du 26 juillet, appelle la nonne venue du Wakasa « Yaohyakusai rōni », la vieille nonne de huit cents ans. Les habitants de Kyōto se disputaient pour la voir et devaient verser une somme adaptée à leur rang pour franchir la porte. La nonne de longue vie prenait ainsi également place dans une exhibition payante de curiosité.

Des âges qui vont de deux cents à huit cents ans

Les deux textes de 1449 attribuent déjà à la nonne plus de deux cents ans, dans l’un, et huit cents ans, dans l’autre. Dans le récit de la chair de sirène à l’époque d’Edo, elle vit plus de quatre cents ans ; des histoires locales la font parfois vivre mille ans. Le « huit cents » de son nom n’est pas une durée précise calculée depuis une naissance. C’est un nombre devenu immense dans le récit pour dire une femme qui a vécu au-delà de toute mesure ordinaire.

Cette variation n’est pas tant une contradiction que la force même de la légende. Deux siècles dépassent déjà largement une vie humaine. À quatre cents puis à huit cents ans, les saisons et les pays qu’aurait vus la nonne s’éloignent au-delà de ce que l’on peut imaginer. Le « huit cents » inscrit dans son nom donne en un mot le sentiment de ce temps sans fin.

Son apparence varie elle aussi. Les journaux du Moyen Âge font penser à une vieille nonne aux cheveux blancs, tandis que le Kishi kikō, récit de voyage de l’Obama de l’époque d’Edo, présente une figure paraissant avoir environ dix-huit ans. Ni la vieille femme ni la jeune femme ne peuvent être posées comme sa forme originelle : les récits ont projeté sur un être hors d’âge aussi bien les cheveux blancs que la jeunesse.

La chair de sirène dans les récits

La trame aujourd’hui la plus connue raconte qu’une jeune fille cesse de vieillir après avoir mangé de la chair de sirène. Dans l’entrée consacrée à Miyako no Yoshika du Honchō jinja kō de Hayashi Razan, son père est invité par un étranger dans les montagnes et reçoit une sirène dans un lieu mystérieux. Il la rapporte chez lui, sa fille la mange et devient une Shirabikuni de plus de quatre cents ans.

Dans ce récit, la jeune fille ne voyage pas elle-même dans l’autre monde. C’est un aliment d’origine inconnue, rapporté de l’autre côté de la frontière par son père, qui transforme son temps au sein de la maison. La chair de sirène n’est donc pas seulement un remède de rajeunissement : elle est une chose de l’autre monde introduite dans le monde humain. Les longues années qui commencent après le repas peuvent se lire comme une faveur autant que comme une source de crainte.

Le poids de ce récit a fini par associer profondément la Yao-bikuni aux sirènes. Pourtant, les journaux de 1449 ne donnent aucune raison à sa longévité et des traditions locales la relient à d’autres déclencheurs, tels que des coquillages ou des remèdes. La chair de sirène est la réponse de l’époque d’Edo devenue la plus célèbre parmi de nombreux récits divergents.

Les traces d’une voyageuse dans les arbres et les temples

La Yao-bikuni est aussi racontée comme une nonne itinérante qui parcourut les provinces, planta des arbres et laissa son nom à des temples, des sanctuaires et des ponts. Au Jigen-ji du village de Mizuhata en Musashi, cité dans le Shokoku rijindan, on disait que le grand micocoulier près de la porte Niō avait été planté par la Yao-bikuni du Wakasa. Un arbre géant qui domine plusieurs générations et une nonne vivant au-delà de la durée humaine semblent ainsi expliquer l’ancienneté l’un de l’autre.

Le camélia est célèbre comme arbre de la Yao-bikuni, mais les traditions de plantation ne se limitent pas à lui. Micocouliers, cèdres ou pins sont devenus, selon les localités, les marques de son passage. Aucun journal ne consigne un itinéraire complet, mais la simple phrase « elle a planté cet arbre » fait entrer la nonne dans le passé de chaque lieu.

La Yao-bikuni dépasse ainsi la biographie d’une seule personne exceptionnellement âgée pour devenir un nom qui relie les mémoires régionales. Les traces laissées près des arbres anciens et des temples ne dessinent pas nécessairement une unique tournée à travers le Japon : elles forment plutôt un ensemble de petites histoires par lesquelles les lieux racontent leur ancienneté et leur part d’étrange.

La grotte d’Obama et les récits du pays entier

Obama, dans le Wakasa, rassemble la région d’origine indiquée par les journaux médiévaux et une tradition de fin de vie plus tardive. La ville d’Obama présente la grotte devant le Kūin-ji comme une grotte sacrée où la Yao-bikuni serait entrée en méditation définitive. Ouverte dans le flanc de la montagne, elle est devenue le décor du récit dans lequel la nonne, après un très long voyage, revient au Wakasa et disparaît paisiblement.

L’« entrée en méditation définitive » est ici le terme de la tradition transmise à Obama. Le journal de 1449 ne mentionne pas cette grotte, et la présentation de la ville ne détaille pas le jeûne ou la transformation en momie vivante. La grotte sacrée du Kūin-ji n’en reste pas moins un lieu soigneusement conservé, où la région a donné après coup un point de retour à la nonne longévive venue du Wakasa.

Le bulletin des Archives départementales de Fukui, qui présente l’enquête de Takahashi Harumi de 1982, dénombre 166 récits liés à la Yao-bikuni dans 121 sites de 89 villes, bourgs ou villages répartis dans 28 départements. Les chiffres correspondent à cette enquête, mais suffisent à mesurer la diffusion de la légende. La Shirabikuni observée à Kyōto, la jeune fille qui mange une sirène, la nonne voyageuse qui plante de vieux arbres et la religieuse de la grotte d’Obama se superposent : la Yao-bikuni continue ainsi de raconter à la fois la vie très longue et ce que les lieux gardent longtemps en mémoire.

Profil du personnage

Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.

Type de Yōkai
Yōkai traditionnels
Rareté
Rare
Caractère
Les sources ne décrivent pas sa vie intérieure. Elles transmettent l’image d’une nonne de longue vie offerte aux regards, l’histoire de la chair de sirène et celle d’une voyageuse dont le nom demeure attaché à de vieux arbres et à des grottes.
Affinités
Pour celles et ceux qui souhaitent découvrir comment le désir de longévité, les aliments de l’autre monde et les origines des vieux arbres ou des temples se racontent différemment selon les époques.
Capacités
Conserve, selon les récits, une longévité extraordinaire de plus de deux cents, de plus de quatre cents ou de huit cents ansDans le récit représentatif de l’époque d’Edo, acquiert sa longue vie en mangeant de la chair de sirèneLaisse son nom, en tant que nonne itinérante, dans l’origine de vieux arbres, de temples, de sanctuaires et de pontsOn dit qu’elle est entrée en méditation définitive dans la grotte située devant le Kūin-ji à Obama.
Faiblesses
Aucune méthode commune pour la vaincre ni faiblesse de pouvoir n’est transmise. L’impossibilité absolue de mourir ou la solitude comme unique souffrance ne sont pas non plus des traits communs à toutes les traditions divergentes.
Habitat
Il s’agit de lieux de tradition plutôt que d’un habitat : le Wakasa, Kyōto, le Kūin-ji d’Obama, le Jigen-ji de Musashi et, dans tout le Japon, des vieux arbres, temples, sanctuaires et grottes qui conservent son nom.

Sources et références

6
  1. 康富記・文安六年五月二十六日条中原康富(国立国会図書館デジタルコレクション, 文安6年(1449)) [古典日記]若狭国から上洛した二百余歳の白比丘尼と、それを見物する人びとの様子を記す。人魚肉の由来は記されていない。
  2. 臥雲日件録・文安六年七月二十六日条瑞渓周鳳(国立国会図書館デジタルコレクション, 文安6年(1449)) [古典日記]若州から来た「八百歳老尼」と、その姿を見ようと洛中の人びとが集まった様子を伝える。
  3. 本朝神社考・都良香条林羅山(国立国会図書館デジタルコレクション, 正保2年(1645)刊) [近世文献]父が異人から得た人魚を娘が食べ、四百余歳の長寿となった白比丘尼の説話を収める。
  4. 諸国里人談(武蔵国水波田村慈眼寺の榎)菊岡沾凉(国際日本文化研究センター怪異・妖怪伝承データベース, 寛保3年(1743)刊) [近世随筆・伝承資料]武蔵国足立郡水波田村の慈眼寺にあった大榎を、若狭の八百比丘尼が植えた木と伝える。
  5. 空印寺(酒井家墓所)小浜市(小浜市公式ホームページ, 2023年更新) [自治体公式資料] Source secondaire空印寺の寺史と、八百比丘尼が入定したと伝わる霊窟を紹介する。
  6. 江戸時代の越前・若狭を旅した人々青柳周一(福井県文書館研究紀要12, 2015年) [公的研究紀要] Source secondaire近世の小浜に伝わる八百比丘尼像を紹介し、高橋晴美による1982年の全国伝承調査の集計を引用する。

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