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Hannya(hannya)

Description de base

Le hannya est un masque de femme-démon du nô, reconnaissable à ses deux cornes, ses yeux dorés, ses crocs et sa bouche largement fendue, où la tristesse affleure au cœur même de la colère. Le masque hannya, employé dans les pièces de nô « Aoi no Ue », « Kurozuka » et « Dōjōji », fait apparaître sur scène des femmes devenues démons par jalousie ou ressentiment, ou encore des esprits vengeurs féminins ; ce n’est pas le nom d’une espèce unique, comme Yuki-onna ou Kappa. L’Association du nô le compte parmi les grands masques d’esprits vengeurs, capables d’incarner aussi bien l’ikiryō d’une personne vivante que l’esprit d’une défunte.

Cette expression ne se réduit pas à la colère. La notice du masque hannya conservé au Musée national de Tokyo et portant l’inscription « Ōmi-uchi » explique que les cornes, les yeux dorés, les crocs et la bouche fendue disent la fureur, tandis que les paupières supérieures en accent circonflexe et les mèches éparses du front y introduisent la tristesse. C’est parce qu’il penche vers le démon sans effacer tout à fait le souvenir d’un visage humain que le masque hannya est à la fois effrayant et poignant.

Le mot « hannya » désigne d'abord la sagesse bouddhique. Dans son entrée du Konjaku gazu zoku hyakki, Toriyama Sekien rappelle qu'il s'agit du nom d'un sūtra, puis avance prudemment que le nom du masque représentant une femme devenue démone pourrait venir de l'expression « hannya-goe » dans le nô Aoi no Ue. L'attribution du masque à Hannya-bō ne figure pas dans ce commentaire : elle relève d'une autre tradition sur l'origine de son nom.

Si le hannya figure dans les encyclopédies de yōkai, c’est notamment parce que le « Konjaku gazu zoku hyakki » de 1779 lui consacre une planche sous ce titre. Alors que le même masque de nô peut servir à plusieurs personnages, le livre de Sekien fait de « Hannya » une figure surnaturelle à part entière, aux côtés des oni, de Hashihime ou de Shuten-dōji. Le hannya s’est ainsi construit au croisement de plusieurs traditions visuelles : le masque de nô, les rôles de femmes-démons, l’imagerie yōkai de l’époque d’Edo et les représentations contemporaines du masque.

Folklore et légendes

Pour comprendre le hannya, il faut d’abord distinguer le type de masque des personnages qui le portent. Le Théâtre national le présente comme un masque de femme-démon utilisé dans « Aoi no Ue », « Kurozuka » et « Dōjōji ». Un même type de masque sert à des femmes différentes dans des récits différents : le hannya ne peut donc être réduit à une seule femme-yōkai jalouse. Il faut y voir une forme scénique donnant corps non seulement aux passions amoureuses, mais aussi au ressentiment, à la solitude et à la souffrance des femmes-démons.

Dans le nô « Aoi no Ue », le shite de la seconde partie est l’esprit vivant de Dame Rokujō, devenu démoniaque ; sa colère et sa tristesse nées de la jalousie sont exprimées par le masque hannya. Personnage issu du « Dit du Genji », Dame Rokujō n’est pas le masque lui-même : celui-ci rend visible son aspect démoniaque. Dans la pièce, le cœur de l’esprit vivant s’apaise par la puissance spirituelle d’un ascète ; c’est le dénouement propre à « Aoi no Ue », non une propriété générale du masque hannya ni une faiblesse qui lui serait inhérente.

Le hannya sert aussi aux femmes-démons à forme de serpent dans « Dōjōji » et aux rôles de femmes-démons dans « Kurozuka ». Le dossier pédagogique du Théâtre national du Japon distingue les masques hannya blancs, rouges et noirs selon leur couleur, leur rang et leur puissance ; dans Aoi no Ue, précise-t-il, Dame Rokujō, femme de haut rang, porte le hannya blanc, le plus noble. Ces différences de couleur règlent sur scène le rang du personnage et l'intensité de sa passion ; elles ne décrivent pas un cycle où toutes les femmes-démons passeraient du hannya blanc au hannya rouge, puis au serpent.

La femme-démon de « Kurozuka » montre aussi qu’on ne peut enfermer le hannya dans la seule jalousie amoureuse. Lorsque l’identité de la femme d’Adachigahara se révèle et qu’elle poursuit les moines voyageurs, une terreur bien différente des querelles de chars à bœufs de la cour ou du chagrin amoureux s’impose. Pourtant, le masque hannya ne représente pas seulement un monstre mangeur d’hommes : il donne forme à une femme-démon chez qui subsistent une apparence humaine et une souffrance. Au lieu d’uniformiser les rôles, le type de masque accueille les passions de récits distincts.

L'origine du nom n'a pas non plus de réponse unique. En 1779, Sekien écrivait que « hannya » était le nom d'un sūtra, puis suggérait que le masque aurait pu tirer son nom de « hannya-goe ya », dit par l'esprit vengeur de Dame Rokujō en entendant les récitations de l'ascète. Cette hypothèse importe comme étymologie proposée à l'époque d'Edo, mais elle ne constitue pas une origine certaine. L'attribution du masque à Hannya-bō ne figure pas dans ce commentaire et relève d'une autre tradition sur l'origine du nom.

Le traitement qu’en donne Sekien témoigne du passage de la scène de nô à l’image de yōkai. À l’origine, un masque est porté par un acteur pour jouer un rôle ; mais dans la planche « Hannya » du « Konjaku gazu zoku hyakki », l’image de la femme-démon et son commentaire forment une œuvre autonome. Cette planche invite à lire le hannya non comme le nom d’un peuple de démons, mais comme une image fondée sur le masque de femme-démon du nô.

Cartes de Yokai3

Hannya dans plusieurs styles artistiques

Galerie de cartes

Explication détaillée

Le hannya blanc dans « Aoi no Ue »

Le hannya blanc désigne la couleur et l'emploi d'un masque de nô, non un autre nom propre de Dame Rokujō. Le Théâtre national du Japon explique que dans la seconde partie d’Aoi no Ue, Dame Rokujō, shite de haut rang, porte le hannya blanc, le plus noble. La peau blanche, les mèches qui traversent obliquement le front, les deux cornes et la bouche fendue jusqu'aux oreilles signalent l'aspect démoniaque tout en laissant paraître, au milieu d'un ressentiment violent, la dignité et la solitude.

Une démone cornue intitulée « Hannya » ouvre la bouche vers les flammes d’un autel de goma, sous le commentaire vertical de Sekien.
Hannya dans le Konjaku gazu zoku hyakki de Toriyama Sekien
La démone fait face à un autel de goma, la bouche ouverte devant les flammes. Sekien présente d’abord « hannya » comme le nom d’un texte bouddhique, puis suppose que le masque de démone pourrait tirer son nom de l’expression « hannya-goe » dans le nô Aoi no Ue. Ce passage ne mentionne pas la théorie de Hannya-bō.
Toriyama Sekien, « Hannya », vol. 1 du Konjaku gazu zoku hyakki, édition de 1805, Smithsonian Libraries, CC0

La présentation d’« Aoi no Ue » par le Théâtre national explique que le shite de la seconde partie est l’esprit vivant de Dame Rokujō, devenu démoniaque, et que le masque hannya exprime sa colère comme sa tristesse. Le masque ne se confond pas avec Dame Rokujō. L’opposition entre Aoi no Ue, désignée par un kosode (robe à manches courtes), et l’esprit vivant de Rokujō appelé par l’arc azusa fait surgir au centre de la scène un attachement qui demeure d’ordinaire invisible.

Humiliation,
isolement et apaisement

L’aspect démoniaque de Rokujō ne se laisse pas réduire à la haine d’une rivale. L’esprit vivant qui apparaît après la querelle de chars à bœufs de la fête de Kamo, puis la conclusion où son cœur s’apaise par la force spirituelle de l’ascète, mettent en scène une humiliation publique, l’isolement et des émotions longtemps contenues. La prière n’est pas une « faiblesse du hannya » : dans « Aoi no Ue », elle est la puissance dramatique qui ouvre la possibilité de se déprendre de l’attachement.

Il ne faut pas davantage lire la Dame Rokujō du « Dit du Genji » et son aspect démoniaque dans le nô comme deux récits d’une même scène. Dans le « Dit du Genji », l’esprit vivant de Rokujō ôte la vie à Aoi no Ue ; dans le nô « Aoi no Ue », son cœur s’apaise par la force spirituelle de l’ascète. Le nô ne se contente pas de reprendre son récit-source : il place sur scène celui qui subit la possession, celle qui possède et celui qui prie, laissant subsister une possibilité de salut jusque dans l’aspect démoniaque.

Une même face pour la colère et la tristesse

L’expression du hannya blanc ne répartit pas la colère et la tristesse sur deux visages. La notice d’un masque hannya conservé au Musée national de Tokyo et portant l’inscription « Ōmi-uchi », explique que les cornes, les yeux dorés, les crocs et la bouche fendue expriment la colère, tandis que les paupières supérieures en accent circonflexe et les mèches éparses du front portent la tristesse. Dans un seul visage, le regard passe sans cesse de la fureur au chagrin.

L’arc azusa et les récitations sont des dispositifs scéniques qui donnent à comprendre la passion de Rokujō. L’arc azusa sert à faire paraître l’esprit qui tourmente Aoi no Ue ; les récitations et la puissance spirituelle font face à son aspect démoniaque dans la seconde partie. Le qualifier de « faiblesse » confondrait donc sa fonction d’appel avec le mouvement dramatique qui mène vers l’apaisement.

La couleur n'est pas un ordre de transformation

Le Théâtre national du Japon distingue les masques hannya blancs, rouges et noirs par leur rang et leur puissance, et réserve le hannya blanc, le plus noble, à Dame Rokujō dans Aoi no Ue. Ces nuances montrent qu'un même type de masque s'adapte au rôle qu'il sert. La différence de couleur ne doit pourtant pas être comprise comme une succession immuable, du blanc au rouge puis au serpent. La femme de Dōjōji, la femme-démon d'Adachigahara et Dame Rokujō appartiennent à des récits différents ; le masque est choisi pour accueillir ces différences.

Le lien entre Dame Rokujō et le hannya blanc offre une entrée dans « Aoi no Ue ». Mais le masque hannya est également employé dans « Dōjōji » et « Kurozuka ». Plutôt que de faire de Rokujō la véritable identité de tous les hannya, on peut reconnaître dans le hannya blanc un exemple majeur de la manière dont un masque exprime la souffrance d’un esprit vivant de haut rang ; les récits comme les masques de nô s’en éclairent alors mieux.

Profil du personnage

Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.

Type de Yōkai
Yōkai traditionnels
Rareté
Épique
Caractère
Femme de haut rang et de grande culture, elle porte en elle l’amour, l’humiliation et la solitude, jusqu’à paraître sous la forme d’un esprit vivant. Sous son visage démoniaque demeure une tristesse humaine.
Affinités
Elle trouve un écho chez celles et ceux qui ne réduisent pas les émotions au seul mot « jalousie », savent regarder en silence la colère autant que la tristesse, et ne se hâtent pas de conclure à la place d’autrui.
Capacités
Exprimer, par la couleur blanche et les mèches peintes, la dignité et la souffrance d’une femme-démon de haut rangRendre la colère visible par deux cornes, des yeux dorés et des crocsFaire affleurer la tristesse par les paupières supérieures en accent circonflexe et les mèches éparsesDonner sur scène un aspect démoniaque à l’attachement que porte l’esprit vivant de Dame RokujōFaire apparaître dans le drame une passion invisible grâce au kosode, à l’arc azusa et aux récitations
Faiblesses
Dans « Aoi no Ue », le cœur de l’esprit vivant de Dame Rokujō s’apaise grâce à la puissance spirituelle de l’ascète et aux récitations. L’arc azusa n’est pas un instrument pour l’écarter, mais un moyen de faire paraître l’esprit qui tourmente Aoi no Ue.
Habitat
La scène de nô d’« Aoi no Ue » : non pas un milieu naturel, mais un espace dramatique où la mémoire de la cour de Kyōto, de la fête de Kamo et de Dame Rokujō se cristallise autour du kosode, de l’arc azusa et des récitations.

Sources et références

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  1. 能面と能装束:般若日本芸術文化振興会(文化デジタルライブラリー, 現行) [公的文化機関資料]般若を怨霊面・女面として示し、二本の金色の角、開いた口、嫉妬による怒りと悲しみで鬼となった女性の役、使用曲『葵上』『黒塚』『道成寺』を確認できる。
  2. 能楽の面公益社団法人能楽協会(公益社団法人能楽協会, 現行) [能楽団体資料]般若を生霊や死霊を写す怨霊面の代表例として示し、嫉妬に狂う女性を表す面、二本の角と口・目の表情を確認できる。
  3. 能面 般若(「近江打」朱書)東京国立博物館(文化遺産オンライン, 江戸時代・17〜18世紀) [博物館所蔵品]東京国立博物館所蔵の江戸時代の般若面。金色の眼、牙、裂けた口を怒り、八の字の上瞼と額の毛描きを哀しみの表現として解説する。
  4. 『今昔画図続百鬼』「般若」鳥山石燕(立命館大学アート・リサーチセンター翻刻, 安永8年(1779)) [古典文献]「般若」を独立した画題として掲げ、「般若は経の名」としたうえで、能『葵上』の「般若声」から般若面の名が生じたのではないかと「にや」と推量する詞書を確認できる。般若坊作とする説は、この詞書には記されていない。Notes: 本文の確認には立命館大学アート・リサーチセンターの翻刻を用いる。資料画像は、Smithsonian Libraries所蔵の文化2年(1805年)後印本を別途掲載する。
  5. 能『葵上』のあらすじと六条御息所の生霊日本芸術文化振興会(文化デジタルライブラリー, 現行) [公的文化機関資料]能『葵上』で、梓弓の音が六条御息所の生霊を呼び出すこと、賀茂の車争い、鬼相、行者の法力による成仏を確認できる。後シテが般若面で怒りと悲しみを表すことは同館の人物解説でも確認できる。
  6. L'esprit vivant de Dame Rokujō sous son aspect démoniaque dans la seconde partie d’Aoi no UeConseil des arts du Japon(Bibliothèque culturelle numérique, Page actuelle) [公的文化資料]Explique que les masques hannya se distinguent par leur couleur — blanc, rouge ou noir — ainsi que par leur rang et leur puissance, et que le hannya blanc, le plus noble, est porté par Dame Rokujō, le shite de haut rang dans la seconde partie d’Aoi no Ue.

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