Toyamaとやま
7 yokai enracinés à Toyama (région de Chūbu). Explorez les légendes de cette terre.

伝説 Kama-itachi
ka-ma-i-TA-tchi
Kamaïtachi (version synthèse des récits traditionnels)
動物変化Principalement Chūbu, Kansai et Shin’etsu, et ailleurs au JaponLe kamaïtachi est un nom d’« esprit du vent » présent dans les peintures et essais de l’époque d’Edo ainsi que dans les traditions orales, désignant à la fois le phénomène et l’agent blessant. Associé aux tourbillons et aux vents glacés du Nord et des montagnes, il cause des lacérations nettes lors de chutes sur la route, avec douleur et saignement retardés, touchant surtout les membres inférieurs. Son identité varie: petit esprit invisible, bête portée par le vent, ou action divine. En Shin’etsu, on dit qu’on y est exposé en brisant des tabous calendaires; à Hida, on raconte une action en trois temps. Dans le Chūbu et le Kansai, le tourbillon lui-même est parfois nommé kamaïtachi, et des essais d’Edo mentionnent des traces de pattes après un tourbillon. Des variantes, comme le « nogama » de Tosa, attribuent des blessures semblables à des outils funéraires devenus monstrueux. En poésie, c’est un mot de saison hivernal, symbole des désastres éoliens. Ici, on se limite aux sources historiques, sans lier excessivement un lieu ou un nom, et l’on présente côte à côte les variantes régionales.

伝説 Yuki-onna
Yuki-onna (la Femme des neiges)
Le Spectre blanc de la nuit des neiges
Phénomènes naturels et esprits de la natureLe pays des grandes neiges de la côte de la mer du Japon et du nord du Tōhoku, sur HonshūEn tant que « spectre blanc », la Yuki-onna est dépeinte comme une silhouette blanche qui se dresse soudain sur le chemin, par une nuit de tempête, sans laisser d'empreintes. Avant qu'elle n'approche, l'air se refroidit d'abord et le souffle gèle, blanc ; puis, dans la lueur de la neige, une femme à la longue traîne se découpe vaguement. Ce sentiment que « le froid l'annonce avant qu'elle ne vienne » est le cœur commun des récits de rencontre à travers les régions. Son visage seul est d'une pâleur translucide, ses yeux brillent de l'intérieur, et soit elle ne répond pas quand on lui parle, soit elle demande votre nom à voix basse. Dans bien des versions, l'interdit est celui-ci : répondez à sa question et votre force vitale est aspirée ; gardez le silence et vous êtes épargné. Le récit de Minokichi et d'O-Yuki que Lafcadio Hearn a consigné dans Kwaidan rend cette image du spectre blanc avec le plus de netteté. Après avoir glacé à mort le vieux bûcheron Mosaku dans une cabane prise par la tempête, la femme des neiges ne laisse au jeune Minokichi qu'un seul ordre : ne raconte à personne ce que tu as vu cette nuit. Plus tard, Minokichi épouse une voyageuse nommée O-Yuki, a des enfants et vit heureux — jusqu'à ce qu'une nuit de neige, contemplant le pâle profil de sa femme qui coud à la lampe, il y retrouve le visage de la femme des neiges d'autrefois et laisse échapper les mots. O-Yuki se révèle, déclare ne l'épargner que par amour pour leurs enfants, et s'évanouit par le trou à fumée en une brume blanche. Un lien scellé par un seul mot interdit se dénoue : le chagrin de la séparation, et la femme de l'autre monde éprise d'un humain, se cristallisent ici. Dans la tradition picturale, on la peint d'ordinaire en grande femme vêtue de blanc, en lavis pâles, son contour jamais trop appuyé, fondue dans un blanc à peine distinct de la neige. Ses pieds se perdent dans la brume et elle ne projette aucune ombre, ce qui lui prête l'air d'une chose qui n'est pas de ce monde. Moins un esprit qui chante et danse qu'un spectre immobile qui se dresse sans bruit et s'efface sans bruit — telle est la vraie nature de la Yuki-onna en « spectre blanc ».

名妖 Mirage de shen (Shinkirō)
shin-ki-ROH
Image de palais par l’haleine du shen (iconographie à la manière de Sekien)
自然現象・自然霊Littoraux du JaponSelon la lignée iconographique issue du Konjaku Hyakki Shūi de Toriyama Sekien, le shen, c’est-à-dire la grande palourde, exhale un souffle au bord de la mer qui emplit le ciel et forme des images de terrasses et de palais. Les images montrent des châteaux et des portes à étages renversés ou étirés dérivant au-dessus des flots, parfois avec le shen lui-même ou un dragon à ses côtés. À la fin de l’époque d’Edo, le motif est repris dans des surimono et des estampes ukiyo-e et fait parler les curieux. La tradition n’est pas liée à un lieu unique, et l’on ne raconte que des témoignages sur des littoraux ou des vasières comme en Étchū. En tant que yōkai, il n’a pas de corps propre, apparaît puis se dissipe, égare les gens mais cause peu de tort.

稀少 Dorotabō
do-ro-ta-BO
Version conforme aux images de Sekien
山野の怪Inconnue (mention du « pays du Nord » dans l’album de Sekien)Conforme aux images et aux brèves notices de Toriyama Sekien, privilégiant la figure d’un être à un œil et trois doigts émergeant à mi-corps d’un champ boueux. Évite d’étendre la tradition au-delà des sources et met l’accent sur l’allégorie. Il apparaît comme une voix blâmant l’ingratitude et la paresse agricole de ceux qui ont vendu leurs rizières, se tenant la nuit sur les levées et répétant d’une voix grave « rends les rizières ». Faiblement étayé par des sources contemporaines de l’époque, ce portrait demeure une reconstitution tenant compte du jeu de mots et de la satire sociale chez Sekien, sans lier de façon péremptoire à des lieux ou personnes réels. Traits visuels : torse d’allure monastique couvert de boue, œil unique, grande bouche, mains à trois doigts.

珍しい Moine-omble (Iwana-bōzu)
i-wa-na BOU-zou
Iwanabōzu (conforme aux traditions)
動物変化Province de Mino, district d’Ena, et divers lieux du JaponConforme aux récits de l’époque d’Edo et aux contes locaux décrivant l’Iwanabōzu. Une vieille truite de montagne prend l’apparence d’un moine et aborde les pêcheurs. Elle invoque souvent la juridiction d’un temple ou sa qualité de maître du gouffre pour appeler à la modération, puis s’éloigne si on lui offre l’aumône. Plus tard, on la pêche sous forme de grande truite, et l’on découvre du riz ou des gâteaux de riz donnés en offrande dans son ventre, révélant sa nature. Ce motif renvoie au respect envers les maîtres des gouffres et des rivières, et à des idées proches des divinités aquatiques comme l’anguille. Selon les régions, coexistent un type inoffensif et moral, un type d’avertissement porteur de poison mortel, et un type salvateur qui se sacrifie pour empêcher la rupture d’une digue, tous symbolisant une norme populaire qui fixe la frontière entre les eaux et les métiers.

珍しい Sanmai Tarō
san-maï ta-RO
Sammai Tarō (version traditionnelle)
Fantômes et EspritsPréfectures de Toyama et d'IshikawaFigure issue des traditions locales où des esprits des morts s’amassent au lieu de crémation (sammai) et se condensent en une entité. Dans la préfecture de Toyama, une forme humanoïde manifeste des actions de présage, tandis qu’en Ishikawa elle est crainte comme un grand nyūdō. Partout, elle est liée à l’ordre des vivants et des morts et aux règles des funérailles, avec une attention aux bruits nocturnes et aux usages. On dit couramment qu’elle ne peut franchir les eaux courantes, ce qui se rattache à la pratique d’ouvrir un fossé autour du sammai. Son apparence et sa taille varient selon le degré d’agrégation des esprits. Les sources folkloriques la mentionnent dès les années 1930, avec des variantes régionales d’orthographe comme « Sammai » ou « Sanmai ».

珍しい Nodéppō
no-DÉ-po (prononciation française)
Conforme à la tradition
動物変化Montagnes du Nord du JaponModèle fondé sur les récits illustrés d’Edo. Tapie dans les montagnes et plaines du Nord, active du demi-jour au soir. Petite bête rappelant le blaireau japonais ou le grand polatouche, elle prive sa proie de vision pour semer la confusion lors de l’attaque. Deux traditions coexistent: l’une la fait se jeter de tout son corps sur le visage, l’autre la montre projetant par la bouche quelque chose de type chauve-souris qui vient couvrir la face. On raconte qu’elle boit le sang, mais des lectures ultérieures y voient plutôt un voleur de provisions profitant de l’aveuglement. Les confusions et assimilations avec blaireau, tanuki, nobuzumi et chauve-souris relèvent du contexte d’époque, d’où des variations de nom et de traits. Comme moyen de s’en préserver, on cite le fait de porter une oreille enroulée dans le sein, bien que les détails varient selon régions et périodes. On évite les fictions modernes et l’on conserve l’iconographie des recueils classiques.