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Takiyasha-hime(takiyasha hime)

Description de base

Takiyasha-hime est une magicienne légendaire dont la filiation avec Taira no Masakado s’est précisée dans les romans illustrés, le kabuki et les estampes de la fin de l’époque d’Edo. Le nom et le récit aujourd’hui célèbres ne figurent pas tels quels dans les sources de l’époque de Heian. Les Contes du passé et du présent racontent l’histoire de Nyozō, troisième fille de Taira no Masayuki, qui entre en religion et voue sa foi à Jizō. Dans le Genkō shakusho médiéval, cette filiation est remaniée : Nyozō devient la troisième fille de Taira no Masakado. Elle n’est pas encore pour autant une magicienne à la tête d’une révolte.

Le grand tournant est le Zenchi anpō chūgiden de Santō Kyōden, paru en 1806. Kyōden y rassemble le survivant de Masakado, Taira no Yoshikado, la nonne Kisaragi, Niku Shisen, la magie du crapaud et le Sōma no furudairi en ruine. Dans ce roman, la nonne Kisaragi devient « Takiyaba-hime » et rejoint Yoshikado dans une histoire de restauration de Masakado. Une femme des récits religieux, silencieuse et pieuse, se transforme en princesse rebelle porteuse de la mémoire des vaincus.

Le théâtre lui donne encore un autre visage. Dans Shinobiyoru koihakusemono, créé en 1836, Takiyasha-hime prend l’apparence de la courtisane Kisaragi pour approcher Ōya Tarō Mitsukuni ; lorsqu’elle révèle son identité, elle l’affronte par la magie. Déguisement, séduction, grand crapaud et effondrement du décor font de cette princesse magicienne une figure aussi brillante qu’inquiétante.

L’image qui a durablement marqué les esprits est Sōma no furudairi d’Utagawa Kuniyoshi, vers 1845-1846. Aux centaines de squelettes du roman, Kuniyoshi substitue un unique squelette gigantesque qui déchire un store pour surgir devant les personnages. Cette créature est une invention visuelle audacieuse de l’artiste, non le yōkai appelé gashadokuro à la même époque. L’association ultérieure des deux figures révèle que Takiyasha-hime n’a jamais eu une silhouette immuable : contes, roman illustré, scène et estampe l’ont façonnée différemment au fil du temps.

Folklore et légendes

La couche la plus ancienne qui mène à Takiyasha-hime est le récit d’une nonne nommée Nyozō. Dans la vingt-neuvième histoire du livre XVII des Contes du passé et du présent, une femme vivant près du temple Enichi-ji dans la province de Mutsu est donnée pour la troisième fille de Taira no Masayuki ; elle entre en religion, prend le nom de Nyozō et voue une profonde foi à Jizō. Son père n’est pas Masakado, et il n’est question ni de révolte ni de magie. Le récit est centré sur la foi et le salut, très loin de la princesse magicienne des temps ultérieurs.

Dans le passage consacré à Nyozō dans le livre XVIII du Genkō shakusho de Kokan Shiren, la nonne devient la troisième fille de Taira no Masakado. Après la chute de ce dernier, elle aurait fui vers la région d’Ōshū et vécu près d’Enichi-ji. Elle n’est toujours ni une princesse vengeant son père ni une femme qui maîtrise la magie du crapaud. Le passage de la fille de Masayuki à la fille de Masakado constitue cependant une première étape majeure : une même figure reçoit un passé nouveau selon les époques et les sources.

À l’époque d’Edo, les récits de révolte autour des descendants de Masakado se diffusent dans les chroniques guerrières, le jōruri et les romans illustrés. Les noms et les rôles des filles changent d’une œuvre à l’autre : dans Sekihasshū tsunagiuma de Chikamatsu Monzaemon, par exemple, apparaît une femme appelée Kochō. Kochō, la nonne Nyozō et la nonne Kisaragi sont des personnages nés dans des œuvres distinctes, même s’ils partagent le motif d’une fille de Masakado. C’est du croisement progressif de ces images féminines qu’est sortie l’histoire de Takiyasha-hime.

La première partie du Zenchi anpō chūgiden de Santō Kyōden paraît en 1806. Kyōden y assemble des éléments du Genkō shakusho et du Zen Taiheiki pour relier Taira no Yoshikado, Niku Shisen, la nonne Kisaragi et Takiyaba-hime. Le personnage central qui reçoit de Niku Shisen, au mont Tsukuba, la magie du crapaud est Yoshikado, frère de la princesse ; Kisaragi, devenue Takiyaba-hime, rejoint le camp de la révolte au Sōma no furudairi. Les pouvoirs reçus par Yoshikado et le rôle de la princesse font de ce palais le théâtre où le rêve de restaurer Masakado côtoie l’étrange.

Shinobiyoru koihakusemono est une danse de kabuki créée au théâtre Ichimura en 1836. Takiyasha-hime apparaît devant Ōya Tarō Mitsukuni sous les traits de la courtisane Kisaragi et l’invite à rejoindre son camp. Quand il refuse, elle révèle son identité et l’affronte par la magie. Le même interprète passe ainsi de la courtisane raffinée à la princesse rebelle : le kabuki crée une Takiyasha-hime propre à l’art du mouvement et de la métamorphose.

Le triptyque de Kuniyoshi Sōma no furudairi réduit cette histoire à une scène inoubliable. Là où le roman de Kyōden faisait attaquer Mitsukuni par plusieurs centaines de squelettes, l’artiste imagine un seul squelette immense qui surgit en déchirant un store. Les os blancs courant sur les trois feuilles, la princesse tenant un rouleau sur le bord de l’image et l’obscurité du palais en ruine concentrent l’effet de la magie dans une vision gigantesque.

Le yōkai nommé gashadokuro est étudié comme une création de la culture éditoriale de l’après-guerre. Le squelette de Kuniyoshi dans les années 1840 et le gashadokuro ne sont donc pas des êtres contemporains portant le même nom. En devenant, dans les encyclopédies de yōkai postérieures, une image représentative du gashadokuro, le squelette de Kuniyoshi a cependant fait se superposer fortement les deux figures. C’est une autre histoire, moderne, où une image ancienne est relue comme le portrait d’un yōkai nouveau.

Takiyasha-hime ne transmet pas intacte l’histoire d’une femme de l’époque de Heian. Elle est née de la superposition du récit religieux de Nyozō, des histoires de révolte sur les descendants de Masakado, du roman de Kyōden, du déguisement du kabuki et du squelette de Kuniyoshi. Le Sōma no furudairi lui-même n’est pas tant une demeure réelle qu’un lieu littéraire où le souvenir du Masakado vaincu revient sous la forme de l’étrange. Chaque support lui a donné un autre visage : c’est cette succession qui fait la richesse de sa légende.

Yokai liés

Des yokai profondément liés à celui-ci dans la légende.

Explication détaillée

Nyozō au commencement du récit religieux

En remontant l’histoire de Takiyasha-hime, on ne rencontre d’abord ni palais en ruine ni squelette géant. Nyozō, qui apparaît dans la vingt-neuvième histoire du livre XVII des Contes du passé et du présent, vit près d’Enichi-ji dans la province de Mutsu ; elle entre en religion et voue sa foi à Jizō. Donnée pour la troisième fille de Taira no Masayuki, elle est l’héroïne d’un récit où la foi mène au salut.

Dans le passage consacré à Nyozō au livre XVIII du Genkō shakusho, le texte lui donne Taira no Masakado pour père. Après la défaite de celui-ci, sa fille aurait fui vers Ōshū et serait devenue nonne près d’Enichi-ji. Son nom n’est pas encore Takiyasha-hime et elle ne maîtrise aucune magie ; l’idée d’une fille de Masakado ayant survécu ouvre néanmoins un espace fertile aux récits ultérieurs.

La prière calme de Nyozō et la révolte violente de Takiyasha-hime ne relèvent pas d’une même scène. Entre elles s’étendent les siècles qui ont repris la défaite de Masakado. L’intérêt de Takiyasha-hime ne tient pas à la présence immuable d’un yōkai achevé depuis l’Antiquité, mais au destin radicalement nouveau qu’un récit de nonne a acquis au fil du temps.

Takiyaba-hime au Sōma no furudairi en 1806

En 1806 paraît la première partie du roman illustré Zenchi anpō chūgiden, écrit par Santō Kyōden et illustré par Utagawa Toyokuni. Le Sōma no furudairi délabré, les enfants survivants de Masakado et la magie du crapaud y sont réunis dans une longue histoire ; la nonne Kisaragi y entre dans le camp rebelle sous le nom de Takiyaba-hime. La Takiyasha-hime aujourd’hui connue reçoit ainsi un contour distinct dans ce roman de l’époque d’Edo.

Selon l’étude de Takagi Gen, Kyōden a combiné des éléments du Genkō shakusho et du Zen Taiheiki pour relier Taira no Yoshikado, Niku Shisen, la nonne Kisaragi et Takiyaba-hime. Yoshikado est celui qui reçoit la magie du crapaud de Niku Shisen au mont Tsukuba. Son apprentissage et l’entrée de Takiyaba-hime dans la révolte du Sōma no furudairi se rejoignent dans un récit où les enfants de Masakado tentent de remettre en mouvement le rêve de leur père.

Le Sōma no furudairi n’est pas un monument localisable en un point précis sur une carte contemporaine. Le mot dairi, qui résonne avec le pouvoir, devient le nom d’un ancien palais délabré et d’un foyer imaginaire de la restauration de Masakado. Il forme un palais littéraire où les vaincus de l’histoire se relèvent, et où Takiyasha-hime incarne à la fois l’obstination humaine et la magie.

La courtisane Kisaragi sur la scène du kabuki

Dans Shinobiyoru koihakusemono, créé en 1836, Takiyasha-hime paraît devant Ōya Tarō Mitsukuni sous le nom de « courtisane Kisaragi ». Sous les traits d’une femme élégante, elle l’invite à se joindre à elle ; il refuse, elle lui révèle alors qu’elle est la fille de Masakado et le combat. Le moment où la véritable identité du personnage se dévoile sur scène est l’un des grands attraits du spectacle.

Déguisement et magie y sont indissociables. La belle courtisane devient princesse de la révolte, puis magicienne accompagnée d’un grand crapaud ; le public est enfin saisi par la puissance d’un décor qui s’effondre. En transposant le long récit du roman dans le corps de l’interprète, les costumes, le son et la machinerie, le kabuki fit de Takiyasha-hime un rôle non seulement terrifiant, mais aussi somptueux et mélancolique.

La courtisane Kisaragi est le nom et l’apparence choisis par le kabuki ; elle ne se confond ni avec la nonne Nyozō ni avec toutes les scènes du roman. La considérer comme une métamorphose propre au théâtre permet de voir comment Takiyasha-hime a acquis des attraits différents selon le support.

Le squelette géant composé par Kuniyoshi

Triptyque d’Utagawa Kuniyoshi montrant, dans le Sōma no furudairi en ruine, un squelette gigantesque qui déchire un store derrière Takiyasha-hime et s’avance vers Ōya Tarō Mitsukuni et ses compagnons.
Utagawa Kuniyoshi, Sōma no furudairi
Utagawa Kuniyoshi, Sōma no furudairi, vers 1845-1846. Aux squelettes nombreux du Zenchi anpō chūgiden de Santō Kyōden, Kuniyoshi substitue un seul squelette gigantesque. Ce triptyque a fixé l’image de Takiyasha-hime associée au squelette.
Utagawa Kuniyoshi, Sōma no furudairi. Collection du Fuji Art Museum de Tokyo ; base de données des collections du Fuji Art Museum de Tokyo. CC0.
東京富士美術館は本デジタル画像をCC0で公開し、原作品をパブリックドメインと明記している。

Sōma no furudairi d’Utagawa Kuniyoshi est un triptyque d’estampes polychromes de grand format, réalisé vers 1845-1846. Dans le vaste format horizontal, un immense squelette blanc traverse un store et se penche sur Ōya Tarō Mitsukuni. Takiyasha-hime, rouleau à la main au bord de l’image, occupe le calme centre de cette apparition qu’elle commande.

Dans le roman de Kyōden, ce sont plusieurs centaines de squelettes qui attaquent Mitsukuni. Kuniyoshi change cette foule en un seul corps d’os disproportionné et utilise la largeur du triptyque pour donner au spectateur l’impression de partager l’espace du monstre. Les dents du crâne, l’arc des côtes et le store déchiré s’enchaînent en une surprise visuelle plutôt qu’en une explication de la magie de la princesse.

Ce squelette géant est une invention visuelle de la composition de Kuniyoshi. L’histoire de Takiyasha-hime ne lui faisait pas déjà commander un unique géant d’os avant l’estampe : c’est la transformation audacieuse de la scène du roman par l’ukiyo-e qui a rendu décisive l’image de la princesse et du squelette.

Du squelette géant au gashadokuro

Le squelette de Kuniyoshi est souvent appelé aujourd’hui « gashadokuro ». Pourtant, le nom et l’image du yōkai gashadokuro sont étudiés comme une formation de la culture éditoriale de l’après-guerre. Kuniyoshi n’a donc pas peint dans les années 1840 un yōkai portant ce nom.

Le rapprochement est sans doute devenu si fort parce que son estampe est d’une puissance exceptionnelle. Pour les encyclopédies ultérieures qui devaient montrer un yōkai osseux géant, Sōma no furudairi offrait une image représentative idéale. Une estampe qui figurait d’abord le combat entre Takiyasha-hime et Mitsukuni a ainsi été relue comme le portrait classique d’une créature nouvelle.

De la prière de Nyozō à la révolte de Kyōden, du déguisement du kabuki au squelette de Kuniyoshi, puis au gashadokuro de l’après-guerre, chaque rencontre entre une histoire ancienne et un nouveau support a fait naître une autre figure de l’étrange. Takiyasha-hime porte la défaite de Masakado, mais elle éclaire aussi le chemin qui mène du récit à la scène, de la scène à l’image, puis aux encyclopédies de yōkai.

Profil du personnage

Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.

Type de Yōkai
Yōkai traditionnels
Rareté
Épique
Caractère
Princesse résolue qui porte le désir de restaurer Masakado. Dans le roman, elle rejoint la révolte ; au kabuki, elle prend l’apparence de la courtisane Kisaragi pour sonder son adversaire avant de révéler son identité et de lui résister par la magie.
Affinités
Les personnes sensibles aux récits qui prolongent la mémoire des vaincus, aux métamorphoses éclatantes et à la beauté de l’étrange née du kabuki et de l’estampe.
Capacités
Agit avec Yoshikado et ses compagnons dans le camp rebelle du Sōma no furudairi, dans le roman de 1806Prend l’apparence de la courtisane Kisaragi pour approcher Mitsukuni, dans le kabuki de 1836Affronte Mitsukuni par la magie, dans le kabuki de 1836Sa magie est représentée sur scène avec un grand crapaudPossède une iconographie liée à un squelette gigantesque dans l’estampe de Kuniyoshi vers 1845-1846
Faiblesses
Aucune manière de la vaincre ni aucune faiblesse liée à ses pouvoirs ne se retrouvent dans toutes les œuvres.
Habitat
Sōma no furudairi, palais fictif décrit dans les romans de la fin de l’époque d’Edo.

Sources et références

7
  1. 今昔物語集・巻第十七第二十九話「陸奥国女人依地蔵助得活語」不詳(国立公文書館デジタルアーカイブ, 12世紀前半頃成立) [古典籍・説話集]平将行の第三女が出家して如蔵と名乗り、陸奥国の慧日寺付近で地蔵を信仰する説話。将門の娘へ系譜が変わる以前の重要な物語層を伝える。
  2. 元亨釈書・巻第十八「尼女」如蔵虎関師錬(宮内庁書陵部・図書寮文庫, 元亨2年(1322)成立) [仏教史書・古典籍]如蔵尼を平将門の第三女とし、将門滅亡後に奥州の慧日寺付近へ逃れたと記す中世資料。宗教説話の如蔵が将門の娘へ結びつく過程を示す。
  3. 善知安方忠義伝・前編山東京伝(著)・一陽斎豊国(画)(早稲田大学図書館・古典籍総合データベース, 文化3年(1806)初版) [近世読本・一次資料]山東京伝が将門遺児、蝦蟇の妖術、相馬内裏を結んだ長編読本。公開本の書誌は前編を文化3年刊の後刷と記しており、滝夜刃姫像の形成をたどる一次資料となる。
  4. 戯作者たちの「蝦蟇」――江戸読本の方法高木元(『江戸文学』2巻4号, 1990) [学術論文] Source secondaire山東京伝が『元亨釈書』や軍記の素材を用い、良門、肉芝仙、如月尼、滝夜刃姫を組み立てた過程を論じる近世文学研究。
  5. 忍夜恋曲者日本芸術文化振興会(文化デジタルライブラリー, 天保7年(1836)初演) [公的上演芸術データベース]傾城如月に身を変えた滝夜叉姫が大宅太郎光圀へ近づき、正体を現して妖術で争う歌舞伎舞踊の成立と筋を解説する。
  6. 歌川国芳《相馬の古内裏》歌川国芳(千葉市美術館, 弘化2~3年(1845~46)頃) [美術館収蔵品・一次図像]京伝の読本に取材し、原作で群れをなす骸骨を国芳が一体の巨大骸骨へ置き換えたことを伝える美術館の収蔵品解説。
  7. Traversing the Natural, Supernatural, and Paranormal: Yōkai in Postwar JapanHirota Ryūhei(Japanese Journal of Religious Studies 48巻2号, 2021) [査読学術論文] Source secondaire戦後日本における妖怪概念と図像の形成を検討し、がしゃどくろの成立と国芳の巨大骸骨が後代に結びつく受容史を考える手掛かりを示す。

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