Sous cette forme, le Nobusuma doit être lu comme une petite bête qui virevolte de la cime des arbres pour plaquer sa membrane planante, semblable à un tissu, contre le visage du voyageur. Le cœur de sa terreur ne réside pas dans des crocs ou des griffes, mais dans le fait qu'il arrache en un instant la capacité de « voir et respirer ». Sur un chemin de montagne, quelque chose tombe d'en haut, une membrane humide se colle au visage, les yeux et le nez sont obstrués et le sens de l'orientation est perdu. Cette série de sensations physiques élève le Nobusuma du statut de simple écureuil volant à celui de yokai.
L'illustration de Sekien[1] ne rend pas le Nobusuma excessivement gigantesque. En réalité, il est terrifiant précisément parce qu'il est petit, agile, et que ses contours sont flous dans l'obscurité. Il n'attaque pas de front comme un serpent géant ou un oni, mais se laisse tomber depuis l'ombre des branches, des toits ou des falaises, sous un angle auquel le voyageur ne s'attend pas. Sa silhouette, membranes déployées, ressemble à du tissu, mais ce n'est pas du tissu. C'est là que réside la différence décisive avec le Fusuma existant. Alors que le Fusuma de tissu blanc est la spectralisation d'un tissu sans maître, le Nobusuma est un yokai de la méprise, né à l'instant même où le corps d'un animal est confondu avec une étoffe.
Si l'on considère la capacité du Nobusuma à « couvrir le visage », sa proximité avec le Nodepo[3] apparaît clairement. On dit du Nodepo qu'il crache une substance semblable à une chauve-souris pour couvrir le visage d'une personne et lui boucher les yeux. Le Nobusuma est décrit soit comme une chose proche de ce crachat, soit comme la transformation d'une vieille chauve-souris. Dans les deux cas, la fonction de l'attaque est identique. D'abord, il vole la vue. Ensuite, il perturbe la respiration. Enfin, il suce le sang ou l'énergie vitale. Cet enchaînement peut être interprété comme la reconstitution en comportement de yokai de la terreur de perdre soudainement le nord sur un sentier de montagne.
De plus, le Nobusuma ne se laisse pas simplement rationaliser par l'idée que « si on connaît l'animal réel, on n'a pas peur ». Les écureuils volants existent bel et bien, mais rien ne garantit que quelqu'un voyant une ombre planer au-dessus de sa tête la nuit l'identifiera correctement. En pleine montagne, la limite entre un oiseau et une bête, un tissu et une ombre, une branche bougée par le vent ou une créature vivante se brouille en un instant. Le Nobusuma réside dans ce moment d'inintelligibilité. Le fait que d'anciens ouvrages d'histoire naturelle consignent le nom de l'animal, que Sekien en fasse un yokai illustré, et que des contes bizarres y ajoutent les caractéristiques de suceur de sang ou de masque étouffant, montre très bien que la connaissance n'efface pas la superstition, mais que la connaissance elle-même devient le matériau du surnaturel.
Ce que cette version met en valeur, c'est la liminalité du Nobusuma, qui ne s'arrête ni au simple « petit animal des montagnes » ni au « tsukumogami de tissu ». Son corps est celui d'une bête, son apparence est celle d'une étoffe, et son comportement est celui d'un monstre. Du point de vue du voyageur, il n'y a presque pas le temps de juger de quoi il s'agit. À l'instant où le visage est recouvert, la terreur arrive avant le nom. C'est pourquoi le Nobusuma, même dans une encyclopédie, prend toute sa dimension lorsqu'il est lu non pas comme un yokai protagoniste d'un grand récit, mais comme une anomalie condensée dans l'instant d'un chemin nocturne. Plus il reste petit, plus la proximité dérangeante de son attaque ressort. La clé réside dans cette distance — l'impression de pouvoir le repousser de la main sans y parvenir — bien plus que dans un monstre imposant.
Géographiquement, le Nobusuma est difficile à ancrer dans une seule préfecture. Si le Fusuma de tissu peut s'appuyer sur le folklore local de Sado ou de Tosa, le Nobusuma porte fortement la marque de l'édition d'Edo ayant recombiné une bête nocturne des montagnes en yokai. Par conséquent, cette version prend la culture de l'édition d'Edo comme point de départ, tout en traitant son habitat comme les forêts de montagne, les ravins et les lisières proches des habitations. Ce qui s'y tapit n'est pas un grand monstre dévoilant sa forme, mais une petite obscurité qui, à l'instant où l'on croit l'avoir vue, est déjà collée à notre visage. Sur YOKAI.JP, la position la plus naturelle pour ce Nobusuma est celle de « Bête planante des montagnes ».
Profil du personnage
Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.
Type de Yōkai - Yōkai traditionnels
Catégorie - 動物変化
Rareté - Peu commun
Caractère - Petit et rusé, il préfère susciter la confusion en recouvrant le visage de sa proie depuis les hauteurs ou par-derrière, plutôt que de la menacer de front.
Affinités - Peu compatible avec ceux qui se hâtent seuls sur des chemins nocturnes, ou ceux qui ne surveillent pas la canopée dans les bois. Il hésitera à s'approcher de ceux qui portent une lanterne et s'assurent calmement un bon champ de vision.
Capacités - Planer grâce à sa membrane pour bondir d'en hautCouvrir le visage et les traits pour voler la vuePerturber la respiration et le sens de l'orientationDans la lignée des légendes du Nodepo, un lien avec l'absorption de sang ou d'énergie vitaleTroubler son identité en se faisant passer pour le yokai de tissu 'Fusuma'
Faiblesses - Une forte lumière, une démarche attentive aux hauteurs, et le sang-froid de se ménager un espace pour respirer même avec le visage couvert. Contrairement au Fusuma de type tissu, les textes classiques ne mentionnent pas de méthode claire de destruction par le feu ou les lames.
Habitat - L'espace iconographique de l'édition commerciale d'Edo, les forêts de montagne nocturnes, les ravins et les lisières proches des habitations. Traité comme un concept de bête sauvage nocturne sans l'enfermer dans une légende villageoise spécifique.
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