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DEEP DIVE・Obon

Obon

Quatre jours pour accueillir les ancêtres, treize siècles de fête

Au crépuscule du 13 août, on allume devant la porte un feu de tiges de chanvre. Les âmes des ancêtres s'en servent comme balise pour rentrer à la maison après un an d'absence ── les Japonais le croient depuis treize siècles. Sur l'autel *Bon-dana*, on aligne le cheval de concombre et la vache d'aubergine pour les accueillir, on passe quatre jours en leur compagnie, et le feu d'adieu du 16 les reconduit. La raison pour laquelle le *kaidan* se rassemble en été se loge ici, dans ces quatre jours.

Cet article fait partie du dossier *Kaidan d'été* de YOKAI.JP.

01

Qu'est-ce que l'Obon ── treize siècles depuis le rachat des « pendus à l'envers »

L'Obon (*Urabon-e*) est la fête traditionnelle d'été où l'on accueille pour quelques jours les âmes des ancêtres à la maison, avant de les reconduire vers l'autre monde. L'étymologie est longtemps tenue pour la transcription du sanscrit *ullambana*, terme bouddhique de « suspension à l'envers » qui désigne l'image de la souffrance et le rachat des morts tombés dans la voie des affamés. Karashima Seishi a proposé en 2013 une nouvelle hypothèse à partir du moyen-indien *olana* (« riz cuit ») ── plus proche du sens d'« offrir le riz sur le plateau ». L'étymologie n'est pas encore tranchée. [2]

Le texte de référence est le *Sūtra d'Urabon*. Attribué à Zhú Fǎhù sous les Jin occidentaux, mais possiblement *sūtra* apocryphe rédigé en Asie centrale ou en Chine. Le récit central est celui de Maudgalyāyana sauvant sa mère ── premier des dix grands disciples du Bouddha, doué de divination, il voit avec l'œil céleste sa mère défunte (la dame Qīngtí) suspendue à l'envers dans la voie des affamés et demande au Bouddha le moyen de la racheter. Le Bouddha enseigne : « le 15e jour du septième mois, fais offrande aux moines des dix directions ». Maudgalyāyana s'exécute, sa mère est libérée de l'enfer, et elle s'élève dans la joie en dansant ── récit. Cette danse finale est l'une des origines présumées du *Bon odori*.

La plus ancienne mention fiable au Japon est celle de l'an 3 de l'impératrice Saimei (657) ── le *Nihon shoki* rapporte la construction d'une statue du Sumeru à l'ouest du temple Asuka-dera et la tenue d'un *Urabon-e*. Le 15 du septième mois de l'an 5 (659), le *Sūtra d'Urabon* est exposé dans plusieurs temples de la capitale. En l'an 5 de Tenpyō de l'empereur Shōmu (733), l'office du *Daizenshiki* prépare le rituel d'Urabon ; dès lors, fête bouddhique annuelle de la cour, célébrée chaque 14 juillet. À Heian, elle entre dans le calendrier annuel de l'aristocratie ; sous Kamakura et Muromachi, elle gagne les guerriers, les temples et les marchands ; sous Edo, elle s'installe complètement comme rite familial bourgeois. [2]

02

Déroulement sur quatre jours ── du 13 au 16 août

L'Obon désigne en général quatre jours, du 13 au 16 août. Le 13 est l'« *mukae-bon* » (Obon d'accueil), les 14 et 15 les jours du milieu, le 16 l'« *okuri-bon* » (Obon d'adieu) ── répartition générale. Mais pas uniforme dans tout le pays. [6]

La distribution actuelle est héritée de la réforme du calendrier sous Meiji. Le 3 décembre de l'an 5 de Meiji (1872) devient le 1er janvier de l'an 6 (1873) ; le calendrier solaire est adopté. Comme le 15 du septième mois lunaire tombe à peu près mi-août, dans les régions l'usage s'installe d'un « Obon décalé d'un mois » du 13 au 16 août. Tokyo, Kanagawa, les villes du Hokkaidō, Kanazawa, les villes du Shizuoka, à proximité du gouvernement, gardent l'Obon en juillet ; la majeure partie du Hokkaidō, Tōhoku, Niigata, Nagano, le Kansai adoptent l'Obon d'août. ── « Sous les yeux du gouvernement, juillet ; ailleurs, août » : la distribution se conserve aujourd'hui encore. À Okinawa, on garde le 13–15 du septième mois lunaire, appelé « *kyū-bon* ». [6]

Le 13 au soir, on allume devant la porte le feu d'accueil. Empiler en faisceau brisé des tiges écorcées de chanvre (*ogara*) et y mettre le feu ── geste le plus typique du *mukaebi*. Au Kantō, on connaît aussi la combustion de paille d'orge. Pour la sécurité incendie, en ville, on brûle sur un plat de terre cuite, ou l'on allume une lanterne d'Obon (*chōchin*) électrique. Sens du feu : signaler la maison aux âmes des ancêtres qui rentrent après un an.

Les 14 et 15, on passe la journée avec les âmes au foyer. Devant l'autel *Bon-dana*, la famille joint les mains, prend ses repas ── beaucoup ajoutent au plateau un *gozonshiku-zen* en surplus pour les défunts. Pendant cette période, le moine du temple familial fait sa tournée pour réciter le sūtra : c'est le *tanagyō*. Coutume installée sous Edo dans le cadre du système des paroisses ; tous les courants (Sōtō, Rinzai, Jōdo, Shingon, Tendai, etc.) la pratiquent largement, sauf le Jōdo-shinshū. En ville cependant, la relation paroissiale se distend ; on ne demande désormais le *tanagyō* qu'à la maison qui célèbre son premier Obon (*hatsu-bon*). [6]

Le 16 au soir, on allume le feu d'adieu pour reconduire les âmes vers l'au-delà. Des petits feux à la porte aux grandes cérémonies collectives ── les feux des cinq montagnes de Kyoto, le grand *Daimonji* du Takamado-yama à Nara, le *Shōrō nagashi* de Nagasaki ── la palette est large. À Kyoto, le *Gozan Okuribi* s'allume à 20 h 00 au Daimonji (Nyoigatake), puis à intervalles de cinq minutes : *Myō*, *Hō*, *Funagata*, *Hidari Daimonji*, *Toriigata*. Origines partagées entre la thèse de Kūkai, celle du vœu d'Ashikaga Yoshimasa et celle de l'abbé du Shōren-in ; déjà mentionné dans le *Yōshū fushi* du début d'Edo, l'année exacte de fondation n'est pas fixée. Interruption pendant trois ans (1943–1945) sous le contrôle des feux en temps de guerre, reprise en 1946. [11]

03

Âmes ancestrales et morts sans famille ── qui est le protagoniste du kaidan

Les morts qui reviennent à l'Obon ne forment pas un bloc uniforme. La folkloristique a longtemps analysé que trois sortes de morts différents traversent ensemble la ville pendant ces quatre jours ── *sorei* (âmes ancestrales), *shinshōryō* (nouveaux esprits), et *muen-botoke* (morts sans famille). Les *sorei* ont des descendants, on les nomme, ils rentrent à la maison. Les *shinshōryō* sont les morts entre l'année passée et l'année courante ── protagonistes du *hatsu-bon* (premier Obon). Les *muen-botoke*, eux, n'ont personne pour les honorer ; affamés à jamais dans la voie des affamés, ils n'ont pas de maison.

C'est cette distinction qui est institutionnalisée par le *Segaki-e* (rite des affamés). Fondé sur le *Kuhotsu Enkō Dharani Sūtra* traduit par Bukong, le rite repose sur le récit où le vénérable Ānanda rencontre un démon affamé, et le Bouddha lui enseigne : « offrez large nourriture à tous les esprits ». La cérémonie, formée en Chine, parvient au Japon et fusionne dès Kamakura avec l'Urabon comme « offrir non seulement aux ancêtres mais à toute la communauté des morts sans famille ». Déposer sur le *Bon-dana* le « riz d'eau » (*mizu no ko*, riz cru et bâtonnets de concombre et d'aubergine sur une feuille de lotus) en est le vestige. Accueillir les ancêtres à l'intérieur et offrir, vers l'extérieur, un bol aux affamés sans famille ── ce dispositif double est au cœur du geste d'Obon.

Yanagita Kunio a distingué clairement, dans *Senzo no hanashi* (1946), les trois catégories d'esprits de l'Obon : *sorei*, *shinshōryō*, *muen-botoke*. Livre écrit à la toute fin de la guerre du Pacifique, sous les bombardements de Tokyo ── époque où familles entières disparaissent et où surgissent en masse des morts sans personne pour les honorer. La question de Yanagita est ce moment exceptionnel pour la société japonaise : « le mort qui n'est honoré par personne ». Aucun monument érigé par l'État ne peut remplacer le culte des ancêtres, écrit-il. Le livre reste un repère pour penser le rapport japonais aux morts.

Les protagonistes du *kaidan* sont presque toujours des *muen-botoke*. L'O-Tsuyu du *Botan dōrō* d'Enchō ── jeune fille morte avant son mariage, laissant son fiancé seul ── n'a personne pour la prier. Aussi ne peut-elle rentrer à la maison ; le soir du 13 d'Urabon, elle vient frapper, dans le claquement de ses *koma-geta*, à la porte de son fiancé Shinzaburō. Mêmes figures pour l'Oiwa du *Yotsuya kaidan* ou l'O-Kiku de *Sara-yashiki* ── « morte sans foyer » comme figure folklorique. Le *kaidan* japonais n'est pas un récit d'éloge des ancêtres, mais un récit qui reprend la parole de qui n'est honoré par personne.

04

L'autel Bon-dana et les chevaux d'esprit ── le folklore qui habite les objets

Le *Bon-dana* (*shōryōdana*) est l'autel provisoire monté pour accueillir les âmes des morts pendant l'Obon. Devant l'autel domestique, sur la véranda ou dans un angle de pièce, on dresse un plateau bas tapissé d'une natte en *makomo* (zizania). On y dispose la tablette des ancêtres tirée de l'autel, les *sangusoku* (encensoir, chandelier, vase), puis les offrandes. Les sources iconographiques d'Edo montrent une forme élaborée : petit guéridon où l'on plante des bambous verts, entouré d'une rampe de branches de cryptomère, suspension de lanternes peintes de lotus.

Le décor caractéristique du *Bon-dana* est le *shōryōuma* (cheval d'esprit). On enfonce dans un concombre quatre tiges d'*ogara* (ou allumettes, baguettes brisées) pour faire le cheval ; et on fabrique le bœuf à partir d'une aubergine. « L'âme ancestrale monte sur le cheval de concombre pour rentrer vite à la maison, et redescend lentement sur le bœuf d'aubergine pour repartir » ── voilà le sens donné. Désir des descendants : « reviens vite, repars lentement », geste qui prend corps dans le légume. Folklore surtout du Japon de l'Est ; certaines régions de l'Ouest n'en fabriquent pas. Le Jōdo-shinshū, lui, ne dresse en principe ni *Bon-dana* ni *shōryōuma* ── par le vœu du Bouddha Amida, le mort accède immédiatement à la Terre pure après la mort ; il n'y a pas de retour des ancêtres depuis l'au-delà.

L'offrande importante sur le *Bon-dana* est le « *mizu no ko* » : riz cru et bâtonnets de concombre et d'aubergine déposés sur une feuille de lotus. Dans certaines régions, on ajoute de l'eau sur la feuille. Ce n'est pas un repas pour les ancêtres : on dépose dehors, à l'extérieur de la maison ── pour offrir aux affamés sans famille qui passent. Les ancêtres avec descendance reçoivent à l'intérieur le *gozonshiku-zen* ; ceux qui n'ont pas de maison reçoivent au moins une gorgée au-dehors ── logique folklorique du dispositif. Décorer le *Bon-dana* de lanternes-fruits (cerise d'hiver) supplée la lanterne ── par leur fruit rouge en forme de lumière, ou parce qu'on les vide pour en faire le réceptacle de l'âme. [13]

En ville, il est devenu rare, dans les appartements, de monter un *Bon-dana* en règle. Souvent on se contente d'une petite étagère devant l'autel familial, ou de seulement le concombre et l'aubergine. Mais les *shōryōuma* « créatifs » (animaux, véhicules) publiés sur les réseaux sociaux se multiplient ── à Yamagata, certaines traditions remplaçaient déjà le *shōryōuma* par des jouets-véhicules. La forme évolue, mais le sens ludique du folklore se prolonge. [18]

05

Bon odori ── mille ans de danse avec les morts

Le *Bon odori* connaît plusieurs hypothèses d'origine. Thèse bouddhique (issue du *Urabon-e*), thèse de l'héritage des chants à répondre de l'Antiquité (*utagaki*), thèse du rite primitif ── la première mention écrite date de Muromachi, mais chacune inclut des éléments antiques. La filiation la plus crédible remonte aux *nembutsu odori* lancés par Kūya (903–972) à Heian ── un geste original qui joint le *nembutsu* à la danse populaire en frappant un bol.

À Kamakura, Ippen (1239–1289) diffuse cette pratique dans tout le pays sous le nom d'*odori nembutsu*. À partir de l'an 11 de Bun'ei (1274), il parcourt le pays pendant quinze ans et demi ; en l'an 2 de Kōan (1279), il commence l'*odori nembutsu* au domaine de Tomono dans la province de Shinano. En l'an 7 de Kōan (1284), il entre à Kyoto et exécute l'*odori nembutsu* urbain au Shakadō de Shijō-Kyōgoku. Ippen installe des « cabanes de danse » dans les agglomérations et danse avec une foule de fidèles. Le rouleau peint national *Ippen Hijiri-e* (1299) conserve plusieurs scènes : pieds qui martèlent le plancher, *nembutsu* chantés à haute voix, cercles humains.

Au début d'Edo, le *Bon odori* connaît son apogée. Dans les villages, la danse traverse la nuit ; dans les places urbaines, on danse jusqu'au matin. Mais le shogunat se méfie tôt : lieu et heure sont étroitement réglementés ── les nuits où hommes et femmes dansent ensemble peuvent dégénérer en émeutes ou en désordre moral. La dimension de libération sexuelle liée au *Bon odori* est l'un des grands sujets du contrôle des mœurs. Shimokawa Kōshi en a fait, dans *Bon odori — folklore de la promiscuité*, l'objet d'une étude scientifique. [19]

En l'an 7 de Meiji (1874), le gouvernement publie un décret d'interdiction du *Bon odori*. Hommes et femmes qui s'amusent une nuit entière, parfois en costume ── jugé « indigne d'un État moderne ». Au début du XXe siècle, en certaines provinces, jusqu'au souvenir même du *Bon odori* se perd. Le mouvement de réhabilitation comme divertissement rural commence à la fin de Taishō ; Nishimonai (Akita), Kemanai (Akita), Gujō (Gifu) sont reconnus *bien culturel populaire intangible important* ; l'*Awa odori* (Tokushima), né régional, gagne tout le pays ── chaque tradition garde sa propre lignée.

La première grande étude par un Occidental est celle de Lafcadio Hearn (Koizumi Yakumo) dans *Glimpses of Unfamiliar Japan* (1894), chapitre VI « Bon-Odori ». Posté à Matsue, Hearn assiste à un *Bon odori* en Izumo et écrit : « nothing in Japan moved me so much » ── « rien au Japon ne m'a autant ému ». La sensation que les danseurs se fondent avec les morts est rendue par sa prose anglaise poétique au lecteur occidental. C'est, dans l'aire anglophone, la première véritable transmission de la pensée japonaise sur les morts.

Le *Bon odori* contemporain se diversifie. Dans les communautés *nikkei* à l'étranger ── les cinq îles hawaïennes (les week-ends de juin à août), le festival *nikkei* du Brésil, les « Japan Festival » de la côte ouest américaine (Californie, Washington) le poursuivent. À Okinawa, l'*Eisā* se danse à l'Obon du calendrier lunaire ── une autre lignée, où les groupes de jeunes parcourent la ville avec des tambours à la taille. Au Japon, le « *Thriller Bon Odori* » de Nagoya (2010), le « *Bon Odori* silencieux » de Tōkai (Aichi, avec écouteurs sans fil) inventent de nouvelles formes. L'écho d'un rite religieux treize fois centenaire continue de résonner, sous des formes changeantes, dans le présent. [19]

06

Pourquoi le kaidan se rassemble à l'Obon

La nuit d'été, et plus encore celle d'Obon, est pour les Japonais le moment le plus proche des morts. Les ancêtres rentrent, les morts sans famille rôdent, les affamés font le tour des maisons pour quêter une offrande ── ces quatre jours sont vécus comme un amincissement de la frontière entre ce monde et l'au-delà. Pour le matériau du *kaidan*, il n'y a pas de plus juste moment.

Le *Botan dōrō* (composé en fin d'Edo, publié en sténographie en 1884) d'Enchō a pour scène le soir du 13 d'Urabon. La jeune fille morte, O-Tsuyu, frappe avec ses *koma-geta* à la porte de son fiancé Shinzaburō ── parce que, n'ayant pas de maison où rentrer, O-Tsuyu ne peut visiter une maison qu'à la faveur de l'Obon. Récit d'origine longue (vingt-deux chapitres), pièce de série pour les soirs d'été. *Shinkei Kasane-ga-fuchi* (créé en 1859) partage le même statut : long *kaidan* devenu classique de la programmation d'été au *yose*. Après Enchō, le couplage « Obon = représentations de *kaidan* au *yose* » s'installe et fournit le modèle des « spéciales *kaidan* d'été » de la télévision d'après-guerre.

Dans le monde du haïku également, « *kaidan* », « fantôme », « *hyakumonogatari* » et « *kimodameshi* » sont fixés comme mots d'été dans les almanachs, de la fin d'Edo à Meiji. Du *Kaisei getsurei haku-butsusen* de Torikai Dōsai (1808) au *Shin saijiki* de Takahama Kyoshi (1934), cent vingt-six années ont institutionnalisé l'équation « été = *kaidan* » jusque dans la langue. Pendant les soirs chauds d'août, les temples célèbrent le *Segaki-e*, les *yose* jouent les *kaidan* d'Enchō, les foyers déposent sur le *Bon-dana* le *mizu no ko* ── Obon et *kaidan* étaient deux expressions d'une même fête.

07

Obon contemporain ── ville et étranger, formes en mouvement

Au Japon contemporain, l'Obon n'est pas un jour férié légal (il fut retiré du calendrier officiel en 1873). Mais la coutume populaire des « vacances d'Obon » est solidement installée, et la plupart des entreprises ferment autour du 13–16 août. Le « *kisei rush* » (rush du retour au pays), où les salariés rentrent honorer la tombe et le *Bon-dana* de la maison familiale, est un phénomène né naturellement du rapport ville/province à l'époque de la haute croissance d'après-guerre. Les axes ferroviaires (*shinkansen*), aériens et autoroutiers entre Tokyo et les provinces transportent chaque année plusieurs dizaines de millions de personnes pendant ces quatre jours. [6]

En ville, le *Bon odori* fut un temps réduit à des rassemblements de quartier. De la fin de Heisei à Reiwa, un mouvement de restauration des grands *Bon odori* en centre-ville se diffuse ── à Shinjuku, Roppongi, Ikebukuro, Shibuya, des rassemblements de plusieurs milliers de danseurs se tiennent chaque année. *Thriller Bon Odori* (Nagoya), *Bon odori silencieux* (Aichi), incorporations de chansons d'animation ── des expériences brouillent les frontières entre tradition et présent. [19]

Dans les communautés *nikkei* à l'étranger, le *Bon odori* prend un sens fort de « lieu où l'on éprouve dans son corps la culture du pays d'origine ». À Hawaï, tous les grands temples bouddhiques (Honpa Hongwanji, etc.) tiennent chaque week-end de juin à août des *Bon odori* solidement implantés depuis plus de trente ans dans la vie locale. Au Brésil, à São Paulo, le festival *nikkei* (Festival do Japão) intègre le *Bon odori* comme « *Matsuri Dance* », au croisement avec l'animation, la pop-culture et l'événementiel, qui touche jusqu'à la jeune génération. Sur la côte ouest américaine (San José, Los Angeles en Californie ; Seattle en Washington), les deuxième et troisième générations d'immigrés *nikkei* d'après-guerre maintiennent le *Bon odori* dans le cadre des Japan Festivals. [19]

Le *kyū-bon* d'Okinawa repose sur un système entièrement différent du Japon central. Trois jours du calendrier lunaire : le 13 (*Unkē*), le 14 (*Nakanuhī*), le 15 (*Ūkui*). Devant l'autel ── à Okinawa, on ne parle pas d'« autel bouddhique » mais de « *Tōtōmē* » ── la famille élargie se réunit autour de plats préparés. L'*Eisā*, danse de l'Obon propre à Okinawa, se danse les soirs du septième mois lunaire dans chaque localité ── les groupes de jeunes parcourent la ville en portant des tambours à la taille, formant un cortège distinct de celui du *Bon odori* du Japon central. Musique et gestes diffèrent ; une fête singulière, où la culture des Ryūkyū et le bouddhisme se sont fondus, se transmet encore. [6]

08

Pour vivre l'Obon ── participer et observer, guide pratique

La visite au tombeau d'Obon se fait généralement le matin du 13 août, ou le soir du 12. On lave la pierre à l'eau, on dresse l'encens, on dispose les fleurs. Pendant cette période, beaucoup de temples célèbrent le rite *Segaki-e* ── la plupart sont ouverts aux fidèles non paroissiens. Dire simplement « je voudrais seulement présenter mon encens » suffit le plus souvent ; les temples qui accueillent les visiteurs étrangers sont nombreux.

Le lâcher de lanternes accompagne les morts par le fleuve ou la mer. Le *Shōrō nagashi* de Nagasaki (15 août, dans les pétards et les gongs), le lâcher d'Arashiyama à Kyoto (16 août, en liaison avec les feux des cinq montagnes), le lâcher pour les victimes du bombardement atomique à Hiroshima (6 août), le lâcher de la Sumida à Tokyo ── les sites principaux sont nombreux. Lâcher depuis chez soi est devenu rare, mais la plupart des cérémonies publiques sont en accès libre.

Le *Bon odori* n'est pas « ce que l'on regarde », c'est « ce à quoi l'on participe ». Presque tous les grands *Bon odori* admettent l'inscription spontanée ── on n'a pas besoin de *yukata*, ni de connaître la chorégraphie ; on danse à l'arrière en suivant ce que l'on voit. Les trois grands *Bon odori* labellisés (Nishimonai, Gujō, *Awa odori*) sont d'envergure et chargés d'histoire, mais les petits *Bon odori* de quartier sont plus proches de la forme originelle. À l'*Awa odori*, on peut parfois rejoindre un *ren* (groupe local). « *Odora-nya son-son* » (« ne pas danser, quel dommage ») ── la formule du *Gujō odori* dit l'essentiel.

Pendant l'Obon, les temples, sanctuaires et cimetières sont pour les familles qui accueillent leurs morts un espace privé. Quand on visite en touriste ── éviter la photographie (surtout devant les autels ou pendant la récitation), ne pas parler fort, choisir une tenue sobre ── avec ces précautions minimales, beaucoup d'endroits restent ouverts aux visiteurs étrangers. Le *Gozan Okuribi* de Kyoto, le *Shōrō nagashi* de Nagasaki, l'*Eisā* d'Okinawa sont aménagés pour le tourisme ; les petits *Bon odori* et feux d'accueil de province relèvent davantage du rite domestique. Distinguer les deux.

FAQ・Questions fréquentes

Questions fréquentes

Les questions qui montent en lisant cet article, abordées une à une avec les sources de première main correspondantes.

Quand a lieu l'Obon ?
Du 13 au 16 août, en grande majorité ; mais à Tokyo, Kanagawa, les villes du Hokkaidō, Kanazawa, certaines villes du Shizuoka, c'est du 13 au 16 juillet. À Okinawa, c'est le 13–15 du septième mois lunaire (selon les années, fin août à septembre). Lors du passage au calendrier solaire à Meiji (1873), les provinces s'arrêtèrent sur « un mois décalé » en août, les villes proches du gouvernement gardèrent juillet ── la distribution se conserve aujourd'hui. [6]
Différence entre hatsu-bon (premier Obon, ou shinbon) et l'Obon ordinaire ?
Le premier Obon célébré après les quarante-neuf jours d'un défunt s'appelle *hatsu-bon* (« premier Obon ») ou *shinbon* (« nouvel Obon »). On le célèbre plus solennellement : lanternes blanches neuves, demande de *tanagyō* au moine, rassemblement familial. C'est l'occasion principale d'honorer pour la première fois le *shinshōryō* ── encore instable, pas tout à fait *sorei*. [6]
Faut-il faire des shōryōuma pour que les ancêtres reviennent ?
Pas obligatoirement. Le *shōryōuma* est un folklore surtout japonais de l'Est ; certaines régions de l'Ouest n'en fabriquent pas. Le Jōdo-shinshū s'en abstient par doctrine : par le vœu du Bouddha Amida, l'âme accède immédiatement à la Terre pure, il n'y a pas de retour des ancêtres. Ce n'est donc pas un interdit universel mais un choix folklorique régional et confessionnel.
Un débutant peut-il participer au Bon odori ?
Presque tous les *Bon odori* fonctionnent sur le mode du « venez et dansez ». Sans connaître la chorégraphie, on danse à l'arrière en imitant ce que l'on voit. Le *Gujō odori* (Gifu) a son vieil adage : « *odora-nya son-son* » (« ne pas danser, quel dommage »). Le *yukata* est apprécié, mais une tenue ordinaire convient. À l'*Awa odori*, certains créneaux permettent au spectateur de rejoindre un *ren* (groupe). [19]
Pourquoi le kaidan se concentre-t-il en été, et particulièrement à l'Obon ?
Trois raisons se rejoignent. Corporelle : pratique populaire d'Edo qui écoute des récits glaçants comme « rafraîchissement » dans les nuits étouffantes. Religieuse : pendant les quatre jours de l'Obon, *sorei*, *shinshōryō* et *muen-botoke* traversent ensemble la ville ── période vécue comme la plus proche des morts. Spectaculaire : *Botan dōrō* d'Enchō situe son ouverture le soir du 13 d'Urabon et devient pièce d'été du *yose*. Les trois lignes se nouent et installent « été = *kaidan* » comme fait de culture. [3]
Les Japonais à l'étranger célèbrent-ils l'Obon ?
Oui. Les temples bouddhiques (lignée Honpa Hongwanji) à Hawaï organisent chaque week-end de juin à août des *Bon odori* avec plus de trente ans de tradition. Le festival *nikkei* de São Paulo (Festival do Japão) et les Japan Festivals de la côte ouest américaine (Californie, Washington) intègrent le *Bon odori*. Pour les deuxième et troisième générations, c'est le lieu où « éprouver dans le corps la culture du pays d'origine ». [19]
Est-il vrai que les maisons Jōdo-shinshū ne montent pas de Bon-dana ?
Vrai. Le Jōdo-shinshū (Hongwanji et Ōtani) tient pour doctrine que l'âme accède immédiatement à la Terre pure après la mort, par le vœu d'Amida. La présupposition propre aux autres écoles ── « les ancêtres reviennent de l'au-delà à l'Obon pour visiter la maison » ── ne s'applique pas. Il n'y a donc, en principe, ni *shōryōdana*, ni *shōryōuma*, ni feu d'accueil, ni feu d'adieu (la pratique n'est pas nulle, mais elle est beaucoup plus sobre que dans les autres écoles). Le rite d'Urabon s'appelle alors *Kangi-e* (« assemblée de joie ») et n'est pas une convocation des ancêtres mais une cérémonie d'action de grâce.