Voix et têtes coupées dans le Tanba.Le *Kuchi Tanba Kōhishū*, compilé en 1925 par Kakita Ioji et Tsuboi Tadahiko, constitue un témoignage moderne important sur les traditions locales du Tsurube-otoshi.[1]À Hōki, autrefois dans le village de Sogabe, district de Minamikuwada, une présence descendait d'un kaya et demandait : « Le travail de nuit est-il fini ? Dois-je abaisser le seau ? Grince, grince », avant de rire et de remonter dans l'arbre. Dans le hameau de Tera, le récit devient beaucoup plus violent : une tête coupée tombe d'un vieux pin, dévore les hommes, puis ne reparaît plus pendant deux ou trois jours une fois rassasiée. Dans la seule région de Sogabe coexistent ainsi une créature qui effraie par sa voix et un prédateur qui prend des vies. Le Tsurube-otoshi n'a pas toujours possédé une apparence unique et stable ; il a changé de forme en s'attachant aux vieux arbres et aux chemins nocturnes de chaque communauté.
Seaux tombants et questions dans le Hokuriku.Les exemples du Hokuriku réunis par Matsumoto Kōzō consignent plusieurs formes sous les noms de Tsurube-otoshi, Tsurube-oroshi ou tsurube-oroshi.[3]Dans la préfecture de Fukui, un récit évoque un seau tombé d'un zelkova et blessant un passant. Dans un autre, une voix demande tard dans la nuit s'il faut abaisser le seau et si le travail du soir est achevé, puis le seau descend. Ailleurs encore, la créature provoque les voyageurs par un échange verbal et dévore celui qui ne sait pas répondre. Dans la préfecture d'Ishikawa, un Tsurube-otoshi descend au-dessus d'une demeure abandonnée comme s'il était relié au ciel et emporte quiconque le touche. Farce, projectile dangereux, voix sans corps, mangeur d'hommes ou chose venue du ciel : ces manifestations ne se laissent pas réduire proprement à deux ou trois types définitifs. Cette instabilité même est l'un des traits essentiels du yōkai.
Le visage géant de l'époque moderne.Dans son dessin original *Tsurube-otoshi* de 1992, Mizuki Shigeru représente le yōkai comme un visage colossal fondant sur le voyageur depuis un arbre.[6]La grande face rougeâtre ou la tête coupée aujourd'hui largement associée à ce nom a été renforcée par ce type d'image moderne. Tous les Tsurube-otoshi des sources locales ne possèdent pourtant pas de visage : parfois seul un seau tombe, parfois rien ne se manifeste hormis une voix. L'image moderne offre une porte d'entrée puissante dans la tradition, mais elle n'en constitue pas l'unique forme juste. Nul ne sait ce qui descendra ensuite de l'obscurité du feuillage. Cette incertitude explique peut-être précisément pourquoi le Tsurube-otoshi a survécu en tant de lieux.
Yokai liés
Des yokai profondément liés à celui-ci dans la légende.
Au crépuscule, sur un chemin de montagne, une branche grince une seule fois au-dessus de vous. Vous levez les yeux, mais la cime s'est déjà fondue dans l'obscurité. À l'instant où vous reprenez votre marche, un rire éclate et une tête coupée gigantesque plonge avec la vitesse d'un seau de puits. Sous cette forme, le Tsurube-otoshi fait de la chute elle-même une source de terreur.
Placés côte à côte, ces deux récits révèlent une méthode d'attaque. Une voix ou le bruit d'une branche attire d'abord le regard du voyageur vers le haut. La créature réduit ensuite d'un seul coup la distance qui la sépare de sa victime, depuis l'ombre du feuillage. Après l'assaut, elle remonte comme un seau tiré par sa corde. Son nom décrit son mouvement plus précisément que son apparence. Le va-et-vient familier d'un seau au bord du puits, transféré dans un vieil arbre la nuit, devient une question terrifiante : qu'est-ce qui va tomber sur celui qui se tient en dessous ?
Sa différence avec le Tsurube-bi ne peut pas davantage se décider sur la seule apparence. Le Tsurube-oroshi prémoderne et le Tsurube-bi de Sekien ont pour centre un feu étrange qui descend d'un arbre.[2]La forme à tête coupée s'organise plutôt autour de la voix, de la chute et de la prédation. Toutes deux partagent néanmoins l'idée d'une présence logée dans un vieil arbre et se déplaçant comme un seau de puits. Aucun texte ne montre une flamme se transformant simplement en visage, mais les preuves manquent tout autant pour déclarer les traditions sans rapport. Il est plus raisonnable de considérer qu'un ancien nom et un mouvement communs ont reçu des corps différents dans les récits locaux.
Le dessin original *Tsurube-otoshi* réalisé par Mizuki Shigeru en 1992 incarne clairement l'impression moderne d'un visage gigantesque apparaissant dans un arbre.[6]Une tête démesurée communique immédiatement le danger et permet de visualiser l'instant de la chute. Elle se retient donc plus facilement, dans les mangas, les encyclopédies et les figures en volume, qu'une voix invisible ou qu'un simple seau. Mais revenir aux traditions locales après avoir vu ce visage permet d'entendre ce que l'image ne montre pas : la question sur le travail de nuit, le grincement d'une corde, le frémissement des feuilles et une présence qui se rapproche depuis un point invisible au-dessus de soi. Le véritable domaine du Tsurube-otoshi n'est pas le visage géant à lui seul. Il réside dans l'instant où l'on ne peut s'empêcher de lever les yeux.
Profil du personnage
Cette section est notre propre création pour le récit. Ce n'est ni un fait historique ni une étude savante.
Présence capricieuse et cruelle, elle guette les passants dans la cime d'un vieil arbre. Elle les fait lever les yeux par un rire ou un appel, puis plonge au moment où leur attention est fixée au-dessus d'eux.
Affinités
Ceux qui recherchent les chemins de montagne nocturnes et l'ombre des vieux arbres ont davantage de chances de la rencontrer. Un voyageur prudent, attentif aux bruits venus d'en haut et préférant les voies dégagées, peut plus facilement déjouer son embuscade.
Capacités
Plonger depuis la cime d'un vieil arbreAttirer l'attention d'un voyageur par un rire ou un appelAttaquer sous la forme d'une tête coupée géanteEffrayer les passants en laissant tomber un seau de puitsDissimuler sa présence dans l'ombre d'un vieil arbre
Faiblesses
Les traditions ne mentionnent ni faiblesse fixe ni méthode de destruction commune à toutes les régions. Éviter l'espace situé directement sous les vieux arbres et remarquer un rire ou le grincement des branches constituent les meilleurs moyens d'échapper à la rencontre.
Habitat
Vieux kaya, pins, zelkovas et autres arbres bordant les chemins de montagne et les limites des villages à Sogabe et Funai dans le Tanba, à Kuze dans le Mino, dans le Hokuriku et ailleurs.
Le diagramme ci-dessous est un graphique d'évaluation diagnostique pour Tsurube-otoshi, la tête coupée qui tombe d'un vieil arbre. Plus la valeur de chaque élément est élevée, plus cette caractéristique est fortement exprimée.
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