Izanami
Izanami
Izanami no Mikoto, ancienne déesse-mère de la naissance et de la mort
Cycle de la naissance et de la mort: nature d'une ancienne déesse-mère. Le profil général a décrit le rôle mythique d'Izanami; le point profond est qu'elle incarne naissance et mort dans une seule figure maternelle archaïque. Izanami donne naissance aux îles d'Oyashima et à trente-cinq divinités naturelles; même sur son lit de mort, ses vomissements, son urine et ses excréments continuent de produire des dieux des mines, de la terre et des céréales. Cette ambivalence rappelle de grandes déesses-mères du monde ancien, Gaia en Grèce, Inanna en Sumer, Kali en Inde: celle qui donne la vie contient aussi la mort. Izanami n'est donc pas seulement créatrice. Elle réunit naissance et mort, monde des vivants et monde souterrain, pureté et souillure dans une variation japonaise de la déesse-mère archaïque. Kagutsuchi et la symbolique du feu. Izanami meurt parce qu'elle met au monde Kagutsuchi, dieu du feu. L'événement a une grande force symbolique dans la cosmologie japonaise ancienne. Le feu fonde la civilisation: forge, poterie, cuisson. Mais il apporte aussi destruction et mort. Dans les sociétés anciennes, l'accouchement pouvait lui aussi menacer la vie des femmes. Le mythe lie ces dangers. Kagutsuchi naît, Izanami meurt, puis de son corps mourant ou mort surgissent des dieux des mines, de la terre et des céréales. Les bases matérielles de la civilisation, métallurgie, agriculture, création du sol, sont ainsi tirées du sacrifice de la déesse-mère. Yomi no Kuni et la reine des morts. Après son ensevelissement, Izanami règne sur Yomi no Kuni. Cette structure est rare dans les mythes anciens. Les enfers chinois sont souvent gouvernés par des figures masculines comme Fengdu ou le seigneur du mont Tai; l'Inde a Yama, la Grèce a Hadès. Dans le mythe japonais, le domaine des morts est gouverné par l'ancienne déesse créatrice. Ce règne d'Izanami révèle un lien ancien entre femme, mort et monde souterrain. Les images ultérieures d'Enma, de Jizo et de la rivière Sanzu poussent dans le sol préparé par cette imagination du pays des morts. Penser la mort comme principe féminin est l'un des points les plus frappants pour la religion comparée. Le débat des sépultures: Izumo et Kumano. Le Kojiki nomme le mont Hiba, à la frontière d'Izumo et de Hoki, comme lieu de sépulture d'Izanami, tandis qu'une variante du Nihon Shoki nomme Kumano, en Kii. Les deux traditions correspondent à deux géographies religieuses. La ligne d'Izumo, Shobara, Yasugi, Higashi-Izumo, se relie aux lignées rituelles d'Izumo et à la foi en Ne no Katasukuni. La ligne de Kumano, Hana no Iwaya et Kumano Hayatama Taisha, se relie aux Kumano Sanzan, aux croyances de traversée vers Fudaraku et à l'imaginaire de la Terre pure. Izumo regarde vers le nord et la mer du Japon; Kumano vers le sud et le Pacifique. Ensemble, ces deux traditions funéraires forment un problème central de la géographie religieuse ancienne du Japon. Hana no Iwaya et le culte ancien des iwakura. Hana no Iwaya, à Kumano dans la préfecture de Mie, est nommé dans le Nihon Shoki comme lieu de sépulture d'Izanami et compte parmi les plus anciens sanctuaires du Japon; il n'a pas de pavillon, mais vénère une paroi rocheuse de quarante-cinq mètres comme corps divin. Le culte des iwakura est une ancienne forme japonaise de vénération de la nature, où arbres, rochers, cascades et sommets sont les lieux mêmes où séjournent les esprits. L'architecture des sanctuaires s'est développée à partir de tels lieux sacrés naturels. Hana no Iwaya, sans bâtiment principal, conserve donc une couche très ancienne. Le rite Otsunakage, les 2 février et 2 octobre, suspend une corde d'environ cent soixante-dix mètres du rocher à l'enceinte; c'est une rare pratique vivante qui transmet le culte des rochers jusqu'au présent. "Mille par jour, mille cinq cents par jour": cosmologie de la vie et de la mort. L'échange de Yomotsu Hirasaka est le moment où le mythe japonais fixe l'ordre de la vie et de la mort. Izanami dit qu'elle tuera mille personnes par jour; Izanagi répond qu'il en fera naître mille cinq cents. La scène est le deuil d'une séparation conjugale, mais aussi une déclaration cosmique: mort et vie, monde souterrain et monde visible, principes féminin et masculin demeureront en tension. La mort compte mille; la naissance compte mille cinq cents. La vie dépasse la mort. Cette inégalité devient une expression religieuse de la continuation du vivant. Izanami réévaluée au XXIe siècle. Les études féministes du mythe et la critique culturelle d'après-guerre ont cessé de lire Izanami seulement comme victime d'un mythe patriarcal. Elles la comprennent aussi comme incarnation de la déesse-mère archaïque qui réunit naissance, mort et monde souterrain. Le Kojiki-den de Motoori Norinaga, achevé en 1798, a posé la base philologique; les mythologues comparatistes d'après-guerre comme Orikuchi Shinobu, Obayashi Taryo et Yoshida Atsuhiko y ont ajouté de nouvelles couches d'interprétation. Au XXIe siècle, Izanami n'est plus seulement un personnage mythique. Elle est devenue l'image de la racine féminine du mythe japonais et de l'ordre cosmique comme mère.